Korako

mit o Chouamo, photo Jeremy Heldebaume

 

La fable du Corbeau et du Champignon

 

Cela pourrait être une fable, celle du Corbeau et du Champignon, en manouche o parmisso foun o korako oun o Chouamo. Korako et Chouamo sont les noms manouches de deux jeunes voyageurs de Normandie et du Nord, Jérémy Heldebaume et Jessie Quintin, des « cousins », qui œuvrent sur internet pour la langue et la culture manouches. Cette fable je la leur laisse dire, en ligne et en manouche ou/et en français ! Ces noms, en tout cas, ne sont pas le fruit du hasard, ils disent déjà des choses sur la vie des Manouches, leur amour pour les oiseaux, y compris pour cet oiseau noir, si intelligent, qu’ils domestiquent parfois, et leur attrait pour les pratiques de cueillette dans la nature.

C’est mon ami Teddy, qui sait combien j’aime entendre du bon manouche sur internet, qui m’a montré la page facebook publique de Korako, Cultures Tsiganes, qui vaut vraiment le détour les amis, et je suis ensuite vite tombé sur celle du Chouamo. On voit tout de suite que Chouamo et Korako mènent exactement la vie de la plus grande partie des manouches / voyageurs d’aujourd’hui : ils font de l’élagage, de l’entretien de jardin, Korako vend un peu de ferraille et même – ce qui est une pratique qui devient rare – fait des paniers. On comprend que c’est avant tout l’amour de la langue qui les a réunis, car chacun de son côté avait du mal à trouver des interlocuteurs au quotidien ; alors ils s’appelaient et conversaient par téléphone en romenès (« le garçon Chouamo, vous le connaissez hé ben nous tous les soirs on s’appelle on essaie d’entretenir un peu cette langue manouche qui a un peu disparu de la circulation, en tout cas dans le nord de la France en Normandie... »). Comme dit Korako dans l’une de ses vidéos, « on tombe mort pour la langue manouche ». Tomber mort est une belle expression des Voyageurs, elle me rappelle les paroles de la chanson d’amour Bloumela : « Mor dji merels palal toute » : littéralement « mon coeur mourait derrière toi »...).

Chouamo en particulier, a une langue d’une grande aisance et limpidité, comme vous pouvez le voir sur cette vidéo, où il raconte en toute simplicité comment il passe ses dimanches et de tout les travaux d’élagage qu’il fait la semaine... C’est lui, dit Korako, qui l’a affermi dans la langue lui a permis d’avancer et en effet, il s’en sort très bien aussi, même s’il fait son modeste (« je ne suis pas le spécialiste de la langue manouche, j’essaye de parler un peu... » dit-il dans une vidéo). Dans une vidéo en romenès du 20 janvier dernier, où il engage ceux qui le suivent sur facebook d’entrer en conversation avec lui (« Aven te rakrel romenès mantsar ! »), Korako dit – je transcris selon une graphie à la française , sauf « e » qui fait toujours « é » – et répète : « faltel man te rakap romenès o tchelo dives » (« j’aime parler manouche toute la journée »). Il se plaint de sa difficulté de trouver des locuteurs dans son lieu de vie habituel et parmi sa famille la plus proche et se plaint de ce que beaucoup de Manouches ne veulent pas parler avec lui et ne veulent pas apprendre (« eïvo gar [poro] bout menchi ion kamen le gar te rakap romenès mit mantsar ! […] kamen le gar te siklel, ioï eïven le tchi ! »). Dans une autre vidéo, quelques jours plus tard, il redit tout cela en français et développe. J’espère qu’il ne m’en voudra pas d’en mettre par écrit une large partie, car cela me semble vraiment en valoir la peine, même s’il vaut mieux cliquer tout de suite sur le lien : « Quelle beauté, quelle belle langue Seigneur ! C’est une langue tellement riche ! Il y en a qui pensent que c’est un dialecte ou je sais pas quoi, mais c’est vraiment une vraie langue universelle, une langue où que des voyageurs de France ils peuvent essayer de parler avec d’autres voyageurs d’Allemagne, de la France ou dans l’Europe […]. Moi j’aime parler manouche toute la journée. Je me lève, je parle manouche, je travaille, je parle manouche, je m’endors, je parle manouche : c’est devenu une drogue pour moi […]. Les voyageurs où je suis dans le nord de la France, que ce soit en Normandie ou par là-bas, c’est une langue qui a disparu un peu de la circulation, bon il y en a certainement qui parlent… C’est une langue qui va disparaître, si on ne fait pas tout pour la sauver, pour la récupérer […] La langue c’est quand même un bon pourcentage des origines. Tu viens, tu parles manouche, c’est concret tout de suite… ça se voit que t’es un manouche, que tu as grandi dans la langue. C’est un truc concret on va dire. Un gadjo il peut prendre une camping, il peut voyager, mais la langue, c’est autre chose ! Pour apprendre la langue, il faut avoir l’amour de la culture tsigane et l’amour de la langue manouche, très dur… […] C’est pas parce que t’es un voyageur, que t’es un Manouche que t’as forcément un plus grand désir d’apprendre cette langue qu’un gadjo ». La preuve en est Louis Gouyon Matignon, dont j’ai parlé plusieurs fois ici (à propos de ses vidéos, de ses livres sur la langue… et de son petit film, O Kova). Les vidéos en manouche de Gouyon Matignon, on le sent bien, ne sont pas pour rien dans la décision de s’y mettre, eux aussi, Korako et Chouamo, Jérémy et Jessie : « c’est un gadjo qui m’a donné envie de réapprendre cette langue, de se réapproprier cette langue, parce que qui mieux qu’un Manouche peut parler manouche? […] Pourtant, lui, c’est un gadjo, il s’est imprégné de la culture tsigane, de la culture des voyageurs, de la langue et des métiers. […] bravo à lui ! ». Aussi, poursuit-il, « je voulais en venir à tous ses voyageurs qui disent que ça rien de parler manouche, que c’est trop arriéré, que c’est une langue qui s’est perdu, que ça sert plus à rien de la parler, des voyageurs qui, juste le fait de parler un peu devant eux, ça les énerve, ça les met mal à l’aise. Une pensée à nos anciens qui maîtrisaient cette langue, qui parlaient cette langue. Nous devons leur rendre mémoire, réapprendre cette langue et la travailler et s’en servir chaque jour. Moi je parle toujours manouche avec mon cousin [o Chouamo], je parle avec mes petits, pareil, je suis pas fou et… j’ai réfléchis. Je comprends pas pourquoi, il y en a qui peuvent pas voir cette langue, qui n’aiment pas cette langue, alors qu’un gadjo, il a réussi, il appris cette langue par cœur et il l’a aimée et il se l’est appropriée. C’est important de garder notre langue, parce que notre langue va disparaître […] Tu n’es pas plus voyageur parce que tu parles voyageur, ça n’a rien à voir, je ne suis pas plus voyageur, qu’un tel, qu’un Pierre, Paul, Jacques, qu’un garçon… Le seul truc que j’ai, c’est que j’ai un amour pour la langue manouche, voilà… C’est un truc que je peux pas me mentir à moi-même […] je connais mes origines, je connais mon histoire, je connais l’histoire des Tsiganes, des Voyageurs, je la connais par cœur et j’ai un amour pour notre culture, notre origine et notre langue. Sauvons notre langue, gardons notre langue, quelle beauté Seigneur, quelle beauté, quand tu parles manouche, quand tu vas au magasin avec un cousin à toi et que vous parlez, comme ça… quelle beauté. C’est un truc qui s’est perdu […], mais elle ne se perdra plus chez nous. Voilà la langue, très important les amis, très important ! […] à la limite, je préfère perdre le voyage que la langue… Le voyage ça fait partie de la culture manouche, de la culture tsigane, ouais, mais on va dire que le voyage c’est un peu moins dur à récupérer que la langue ».

J’ai reporté ce discours bien au long, parce que je connais nombre de locuteurs de langues très gravement menacées, dont la mienne (l’occitan), qui vivent exactement la même chose : celle d’une passion à la fois exacerbée et frustrée par le manque d’interlocuteurs, le risque même d’être pris pour un fou (ou un sectaire) dans son propre milieu (« len le man har i dinelo ! » : « me prenon per un fòl ! »). Mais cela est encore plus difficile, lorsque, comme c’est le cas pour le romani, cette langue n’est reconnue concrètement par aucune institution : aucune école ne l’enseigne, il n’en est fait nulle part la promotion, elle n’est en fait même pas censée exister, et surtout pas sous sa forme réelle, c’est-à-dire sous la forme où elle est encore parlée sur les places désignées un peu partout en France. Le déni de réalité à son égard est presque total, y compris et je le déplore, chez les chercheurs eux-mêmes.

Chouamo et Korako ont créé il y a quelques mois une chaîne youtube, La Chaîne Manouche, où ils s’emploient à doubler en manouche, avec les moyens du bord (Fimora9), des scènes cultes de films populaires (Titanic, Les Trois frères, Le Boulet, La Septième compagnie…, 10 épisodes à ce jour), parfois en modifiant sensiblement le texte, de manière à rendre l’ambiance plus « romanès » et à multiplier les clins-d’œil… C’est évidemment très drôle, pour qui connaît au moins un peu le manouche. Le but premier cependant n’est pas de « faire rire » mais, dit Korako, de « transmettre la langue », de «  faire naître la flamme de la langue manouche ». Non sous-titrés, ces films sont destinés à des internautes comprenant au moins un peu le manouche, même peu familiarisés avec la langue. Chouamo et Kokaro parient sur le fait que tout le monde connaît ces scènes et que l’on peut s’appuyer sur les images pour suivre, même si l’on ne sait que trois mots de manouche ; ainsi le passage par l’écrit n’est pas nécessaire, ni en fait souhaitable, car il s’agit ici de se mettre ou remettre la langue dans l’oreille, de l’entendre parler pour la parler soi-même.

Mais il ne faudrait pas croire que les nombreuses interventions de Korako sur Cultures Tsiganes se limitent à la défense et illustration de la langue. Elles permettent aussi d’entrer profondément dans les gestes quotidiens que les Manouches retiennent comme les définissant le mieux. Il le fait tantôt avec sérieux et poésie, tantôt avec humour : faire un feu par exemple, entreprendre un fond de panier, aller à la ferraille, faire un devis d’élagage pour un client (sur un cèdre de 30 cm de haut!), etc. Mais aussi elles nous font entrer dans le monde des valeurs manouches. Lorsque par exemple il parle du respect : « le respect il commence dès la naissance, les parents ils t’enseignent le respect. Chez nous les Manouches on a un profond respect, chez nous il y a des paroles qui ne se disent pas [...], chez nous y a des choses qu’on ne parlent pas avec nos anciens, y a des mots qu’on ne dit pas, y a des choses qui ne se font pas, chez nous... ». Le respect réside dans ce que l’on a appris à ne pas faire, à ne pas dire, à ne pas exhiber, et qui est en relation avec les anciens et les défunts (il faut évidemment lire à ce sujet, le livre de Patrick Williams, qui est une merveille : Nous on n’en parle pas1). Tout ce qui est important est vécu dans le retrait, dans la retenu : c’est d’abord cela le respect. Aussi, stigmatise-t-il ceux (en fait celui) qui, sur des vidéos, ont (a) « juré les morts », faisant rire toute la masse des gadjé qui pourtant n’ont strictement rien compris à ce qui se passait là, à ce qui ce jouait dans cette vidéo et celles qui ont suivi (la fameuse séquence de vidéo connue sous le nom de Clash des Gitans). Korako, homme, au parler mesuré et passionné, remet les pendules du voyage à l’heure, l’index levé, volontiers sentencieux mais sans donner de leçon. Les Manouches ne sont pas donneurs de leçon !

Qui plus est, Korako est résolument engagé dans le mouvement qui se dessine tous les jours un peu plus de revendication pour les places de stationnements et en faveur d’une reconnaissance publique du mode de vie non sédentaire ou demi-sédentaire, auxquels les pouvoirs publics nationaux et locaux mènent aujourd’hui une guerre impitoyable, une guerre telle que le voyage est devenu pratiquement impossible, en tout cas si l’on veut rester dans la légalité, d’où les installations forcées et le système des missions itinérantes. Il va de soi que Korako et Chouami se disent et sont, comme tant d’autres voyageurs, Gilets Jaunes (par exemple avec une vidéo du 18 février dernier, voir ici l’article que j’ai consacré l'année dernière à ce phénomène importantissime), ayant cependant leurs propres revendications de voyageurs. Mais en mettant la langue en avant, ils portent aussi des revendications culturelles et refusent de séparer le social et le culturel comme tant de bonnes âmes cherchent à leur imposer (voir ici Pas de droits culturels pour les Tsiganes).

Enfin, Korako est quelqu’un qui réfléchit beaucoup sur la question des conflits et des identités entre groupes de voyageurs et entre gadjé et voyageurs, mais du coup aussi sur la question des origines, dont je peux vous dire, d’expérience que malgré tout un courant anthropologique qui s’emploie à en minimiser l’importance et la pertinence (Williams que je citais par exemple), elle travaille tous les esprits dans le monde du voyage. Dans une vidéo saisissante (« L'origine des voyageurs et de leur langue »), il résume sa position personnelle, qu’il a élaborée par lui-même. Il ne met pas en question le grand récit, consolidé du voyage depuis les Indes, mais il sait que certains groupes (Yéniches, etc.) n’ont pas cette histoire, tout en partageant les mêmes modes de vie et des formes culturelles proches, scellées d’ailleurs par des unions matrimoniales. De toute façon que cela ne plaise ou pas, tous les Manouches, les Yéniches, ceux qui viennent d’Inde, ceux qui n’en viennent pas, « étaient des gadjé ! » : « pour moi les Yéniches, les Manouches, au départ, c’étaient des gadjé ! » qui ont été jetés sur les routes (« au début le manouche était un sédentaire, c’était un gadjo, il est devenu tsigane par la force des choses, du départ des Indes jusqu’à la France, un parcours d’histoire, de voyage, d’aventures, de travail… c’est ça les Tsiganes »). Aussi n’y a-t-il pas lieu de créer des oppositions faciles et factices et surtout des hiérarchies entre les groupes de Tsiganes / de Voyageurs et d’abord entre les gadjé et les Voyageurs, car ils appartiennent tous à une même humanité et les différences, qui sont certes importantes, ne sont jamais que culturelles. Mais en adoptant, de gré et surtout de force, le voyage, les manouches et les autres humains ont retrouvé et conservé « la culture humaine d’origine, le nomadisme. Au début tout le monde était nomade, les gadjé, les noirs, les arabes, tout le monde était nomade, au début de l’histoire de l’humanité ». Mais ainsi, justement, les voyageurs sont « porteurs de l’origine de la culture du monde ». L’origine n’est donc pas l’Inde, l’origine est celle-là même de toute humanité : le nomadisme, le feu, la relation aux animaux… D’ailleurs « un Indien qui prend un billet d’avion, Charles de Gaulle, est-il manouche, est-il tsigane ? » Bien sûr que non ! Car les Tsiganes sont les enfants du voyage : « tu es le fruit d’un si long voyage » , se plaît à répéter Korako : « Les Manouches, avant d’arriver en France, ont fait un si long voyage, inoubliable, inestimable... ». Et la langue est la meilleure expression de ce voyage « dans tous les pays où ils sont passés, ils [les Tsiganes] ont emprunté des mots, des expressions, des mots yéniches, des mots yiddish, des mots serbes, des mots russes »2, ils « se sont créés une propre langue […] La langue manouche est le résultat d’un si long voyage, d’un si long mélange, de plusieurs emprunts… […] tu as emprunté des mots dans tous les pays où tu as été, tu t’es marié, tu t’es installé, tu as gagné de l’argent... ». Et c’est donc ces mélanges, ces emprunts, la sédimentation culturelle et linguistique de ce si long voyage, et bien sûr le fait même du voyage et du mode de vie, plus de la mentalité originelle (celle des origines nomades de l’humanité) dont elle s’accompagne, qui créent et recréent en permanence la différence entre voyageurs et gadjé, les différences entre groupes de voyageurs aussi…

La conclusion tient en quelque phrase : « nous avons gardé la culture de l’espèce humaine, nous les Tsiganes : le voyage, l’état d’esprit. On aime bien faire un feu, on aime bien la liberté… cet état d’esprit du premier homme sur terre, soyons en fiers, car nous avons gardé cette origine là […] et si l’État français demain déciderait de supprimer nos modes de vie, de supprimer nos coutumes, ils supprimeraient aussi une partie de leur histoire3, aussi les amis [...] on a un culture différente des Gadjé, on a une langue différente des gadjé, on a des opinions différentes des gadjé, on a des fois un état d’esprit et une mentalité différente des gadjé, mais on a une chose en commun sur cette terre, on est tous des humains »

Je ne saurais dire mieux les amis (voilà j’ai pris le tic !), quò rakepen hi pardo foun tatchepen mire mal ! Aven te dikes o video foun o Chouamo oun o Korako et, selon la formule déjà utilisée par Gouyon Matignon à la fin de la vidéo qui l’a rendu fameux dans le monde du voyage en France, reprise par Korako : « te o Devel veïrel toumen dren ! ».

Jean-Pierre Cavaillé

PS) un peu plus de un moins après avoir posté ce texte, Korako a décidé de retirer ses vidéos de sa page facebook. D'où le sliens brisés que vous avez rencontré, si vous avez cherché à les voir. Jérémy se sentait trop exposé, et ces vidéos donnaient lieu à trop de réactions déplaisantes m'a-t-il confié par téléphone. Cela est bien dommage, hi chat... miro mal, hi chat.

 

1 Voir aussi le bon article de Bertrand Lerossignol, « ‘Marquer le respect’, un lien commun dans la communauté manouche », Études Tsiganes, n° 26 (3ème trim. 2006), p. 66-85.

2 Un point de désaccord. Korako dit de la langue manouche : « elle est maintenant terminée, elle est faite, elle est parfaite, elle est complète ». Et non les amis ! Une langue terminée est une langue morte, qui n’évolue plus, ne change plus. Par contre une langue est faite, parfaite, complète en chacun de ses moments et en chacune de ses variantes, une langue est parfaite dans ses usages ici et maintenant, et dans le fait qu’elle a justement la capacité de se transformer, de changer en permanence, ce qu’elle fait et continue à faire, quel effort que l’on fasse pour la fixer, l’arrêter, la mettre en cage (le français de ce point de vue est un très bon exemple).

3 D’autres manouches que je connais soutiennent cette position, la plus forte qui soit. C’est par exemple ce que j’ai bien souvent entendu dire par le Kèr, Joseph Stimbach et sa femme Sarah : en défendant leur propre liberté, les Manouches défendent celle de tous. Ah Joseph, si tu avais internet !