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Mescladis e còps de gula
Mescladis e còps de gula
  • blog dédié aux cultures et langues minorées en général et à l'occitan en particulier. On y adopte une approche à la fois militante et réflexive et, dans tous les cas, résolument critique. Langues d'usage : français, occitan et italien.
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22 juin 2007

Mal à la langue ! Le Débat, n° 144

tirelalangue__httpcommeuneimage

La langue française
emprunté au blog Comme une image

 

          Le n° 144 de la revue Le Débat présente un dossier autour des Conversations sur la langue française de Pierre Encrevé et Michel Braudeau, livre auquel j’ai déjà consacré un petit compte rendu. Il est constitué de quatre lectures critiques du livre, respectivement dues à Alain Bentolila, Jean-Marie Borzeix (j’y ai déjà fait référence), Jean-Claude Chevalier et Erik Orsenna, suivies des réponses des auteurs, auxquelles s’ajoutent deux longs articles ; l’un de Henriette Walter sur les « langues régionales », l’autre de Paul Bogaards intitulé « Le château de cartes de la défense de la langue française ».

 

Le français, malade imaginaire

          Cet article, écrit par un universitaire néerlandais, passe en revue une petite partie seulement des deux à trois cents organismes consacrés à la défense du français recensés par Hagège. Bogaards commence sa revue par l’Office de la langue française, créé en 1937 et poursuit par l’Office du vocabulaire français, le Comité d’étude des termes techniques français, l’association Défense de la langue française, la Fédération du français universel, le Haut comité pour la défense et l’expansion de la langue française, le Conseil international de la langue française, etc. etc. « Aucune autre langue que le français n’est entourée d’autant de comités, de conseils, de directions, de fédérations ou de délégations ayant pour but de surveiller et de protéger l’état de santé de la langue nationale ». La métaphore médicale s’impose, quand on constate que la langue française, malgré la santé tout à fait florissante dont elle jouit (ce que montre justement le livre d’Encrevé et Braudeau), apparaît bien, dans la conscience des élites hexagonales qui la parlent, comme « un grand corps malade », et le slam à les en croire ne serait que le moindre de ses maux. Elle est en fait un grand malade imaginaire ; ce fantasme de la maladie de la langue, cette obsession de sa mort imminente de la langue sont évidemment des symptômes d’autres maux dont souffrent ceux qui ne cessent de geindre qu’ils ont mal à la langue. Blessure narcissique d’une France qui n’en revient toujours pas d’avoir perdu son empire colonial ? D'une nation arrachée aux rêves de l’universel par un rappel brutal à la dure réalité du particulier ? Maladie politique d’un pays qui conçoit toute différence culturelle et linguistique en son sein comme une menace à la sainte unité nationale ? Maladie sociale d’une élite menacée qui s’accroche au pouvoir culturel avec l’énergie du désespoir ? Les maux de l’imagination, on le sait, sont les plus difficiles à diagnostiquer et à traiter.

         Boogards établit une importante distinction, en matière de politique linguistique, entre « des mesures qui concernent le statut ou les conditions d’emploi d’une langue et des dispositions qui touchent à la qualité ou à la pureté de son usage ». Or, en France, les deux plans sont sans cesse mêlés et confondus, comme le montrent les tentatives récurrentes pour exclure les anglicismes, dont la loi Toubon, en partie retoquée par le Conseil Constitutionnel en 1994, est un bon exemple, qui, entre autres choses, a donné lieu à cette étrange réalisation du Dictionnaire des termes officiels, autrement appelé « le Toubon », qui recense 3500 mots adoubés et présente un index ubuesque et très lacunaire des anglicismes proscrits. Autant les mesures concernant le statut et les conditions d’emploi d’une langue peuvent être efficaces (par exemple l’ostracisme de toute autre langue que le français sur le territoire national, inscrit dans la loi, ne s’est que trop traduite dans les faits), autant celles qui visent la correction de la langue sont vouées à l’échec : il est « aussi difficile de mener une politique concernant la qualité et l’emploi de la langue que d’essayer d’améliorer la politesse des citoyens en adoptant de nouvelles lois ». Cette comparaison montre bien quel type d’ingérence dans la vie des citoyens est visée, en pure perte, par ce type de loi. Du reste les citoyens eux-mêmes, quand on les interroge à ce sujet, sont assez défavorables à cet interventionnisme et ne considèrent pas que leur langue est une citadelle assiégée par l’anglais, même s’ils partagent le constat erroné (ou est-ce un présupposé des sondages eux-mêmes ?) d’une langue malade (sondage SOFRES, 1994). La question de fond, que pose Boggards à la fin de son article, est de « savoir pourquoi en France la langue est devenue un sujet qui est débattu au Parlement et traité dans des lois ».

On ferait bien en tout cas de méditer ces mots de Samuel Johnson, cités opportunément : « Les sons sont trop versatiles et trop subtils pour des restrictions légales ; enchaîner des syllabes et fouetter le vent sont des entreprises qui relèvent de la même façon d’un orgueil qui refuse d’adapter ses désirs à ses forces ».

 

malade

Daumier, Le Malade imaginaire

 

Indigènes morigénés, vaines écrivaines et bloc-notes électroniques

          Trois des papiers qui discutent le livre d’Encrevé sont de parfaites manifestations de l’étrange pathologie de ces français qui ont mal à la langue. On trouve même dans celui d’Érik Orsenna (signataire du manifeste Pour une littérature monde), un début de réponse aux questions que j’ai esquissées plus haut, et qui n’est pas non plus étrangère à celle de Boggards. La langue y est appréhendée comme le dernier refuge du sentiment national : « Toutes les définitions de la nation volant en éclats (la monnaie, la propriété de la terre, le pouvoir de l’État, la possibilité d’action militaire autonome…), la langue française ne serait-elle pas en train de devenir ma première référence, ma solidarité principale, mon pays ? Un pays débordant largement le mien et se nourrissant de tous les autres… » Mais comment pourrait-il se nourrir de tous les autres, alors même que le culte du monolinguisme semble au contraire en exclure la plus grande partie ?

L’affection dont souffre Borzeix est particulièrement grave s’il est vrai qu’il voit le mal partout : « Les menaces qui pèsent aujourd’hui sur notre langue – comme sur toutes les langues, y compris l’anglais – sont en effet sans précédent ». Le ton, on le voit, est apocalyptique… Menaces sur notre langue, sur toutes les langues… Sur le langage même. Comment ? Pourquoi ? Cela a directement à voir avec la mondialisation et surtout avec l’expansion de l’anglais par le biais des techniques de communication. Au beau temps où le français régnait sur l’Europe, explique le directeur des Francophonies de Limoges, « il n’atteignait pas le fameux cocher de Frédéric II, relégué dans l’infra-monde d’une culture germanique vernaculaire ». Un cocher du XVIIIe siècle qui ne connaissait pas le français était donc condamné à vivre dans un infra-monde !  Les préjugés de classe n’ont guère évolué, comme on peut le constater, depuis l’époque des Lumières. Mais passons… Aujourd’hui, poursuit notre francophoniste, « la famille du chauffeur d’Angela Merkel, comme les membres de toutes les familles européennes […] est atteinte dans son intimité par la télévision, la radio, le téléphone portable, Internet… […] Ces médias modernes servent et illustrent des langues disposant de moyens de diffusion et de promotion fort inégaux ». Si je comprends bien, ce qui aurait été une bénédiction pour le cocher de Frédéric II (sortir de son infra-monde en parlant le français) est une malédiction pour le chauffeur de Merkel… on aura du mal à ne pas en déduire que cela n’a rien à voir avec le fait que cette langue censée pénétrer dans l’intimité de tous n’est plus le français, mais l’anglais. Je dis censée, parce qu’en vérité, sa présence dans la vie de l’immense majorité des Français et des Allemands, reste on ne peut plus marginale. Du reste, jusqu’à preuve du contraire, il est possible de faire parler une radio, une télévision ou un téléphone portable en n’importe quelle langue du monde. Quant à l’Internet, Encrevé, dans sa réponse, rappelle que si en 1992, 100 % de son contenu était en anglais, il est tombé à 35 % en 2006 et ne va cesser inexorablement de chuter… De toute manière l’invocation de cette invasion technologique supposée anglophone ne suffit raisonnablement pas à expliquer pourquoi toute langue est aujourd’hui menacée en son essence. On songe, en lisant ces lignes, à ces prophètes de l’Ancien Régime qui percevaient la diffusion du livre imprimé dans des couches de plus en plus nombreuses de la population comme un péril pour la religion et l’ordre social.

 Alain Bentolila, quant à lui, identifie le foyer du mal : la banlieue, la « cité » dont il dresse un tableau linguistique tout autant apocalyptique et, qu’il le veuille ou non, proprement infamant. La communication des jeunes des cités serait, selon lui, marquée au fer rouge de la pénurie et de l’imprécision. Il parle de « populations » en pleine déshérence, qui savent de moins en moins « qui » elles sont, « d’où » elles viennent et « où » elles vont (mais leur a-t-il demandé ?) souffrant de déficiences linguistiques gravissimes qui les avoisinent de la barbarie… le tableau est effrayant, absolument fantasmatique et ne repose sur aucune espèce de données objectives, en dehors des difficultés scolaires avérées dont on peut donner de toutes autres raisons sociales et psychologiques. De la part d’un linguiste ou prétendu tel cela est tout de même pour le moins étonnant, mais dans ce domaine il ne faut s’étonner de rien. Encrevé rappelle dans sa réponse que conclure de l’échec scolaire et de l’inégalité linguistique (au sens d’une inégalité sociale des variétés de langue, égales par ailleurs pour le linguiste qui les étudie) à l’inégalité cognitive ne fait que rajeunir la « vieille théorie, aujourd’hui abandonnée par tous les spécialistes, du ‘handicap linguistique’ des locuteurs socialement les plus défavorisés ». William Labov et ses collaborateurs ont depuis longtemps mis à mal cette théorie défendue dans les années 60 par le psychosociologue Basil Bernstein, en établissant que « l’échec linguistique dans la situation scolaire est un indicateur très insuffisant des capacités linguistiques et cognitives des enfants vivant dans un milieu culturel sans rapport avec la culture scolaire ». Il renvoie Bentolila à la lecture des ouvrages importants de Labov lui-même, Logic of Non-Standard English (1970) et Language in the Inner City (1974) et de Herbert Ginzburg, The Myth of the Deprived Child (1972). Mais le mythe a la peau dure, surtout lorsqu’il sert, en contre-partie, à flatter des convictions de classe. Car, sous couvert de s’insurger contre les conditions faites aux plus pauvres, Bentolila impose sans pudeur ni retenue aucune de grossières convictions de classe : « Certains enfants ont eu la chance qu’on leur ait donné le goût de l’exigence, l’appétit de la précision ; d’autres ont dû se réfugier dans le flou et le banal pour ne pas s’exposer, pour ne pas se dévoiler au monde qu’ils pensaient hostile et dangereux. L’imprécision des mots lorsqu’elle est systématique va de pair avec l’insécurité linguistique et sociale ». Le lien est ainsi établi entre une prétendue déficience linguistique et l’insécurité, donc la criminalité. La stigmatisation culturelle et sociale ne saurait être plus lourde et surtout plus gratuite, car Bentolila avance de manière obsessionnelle le critère de l’imprécision du vocabulaire, mais justement avec une totale imprécision ! Car il ne fournit aucune donnée, aucun argument permettant de montrer que le langage des jeunes des « cités » est effectivement affecté de cette imprécision et pauvreté viscérales qu’il déplore avec tant de véhémence. Imprécision, dit-il, de leur vocabulaire, du mot « bouffon » par exemple, de « cool », de « niquer » (tels sont quelques-uns des mots retenus comme significatifs)... Dans leurs contextes d’énonciation, il est pourtant facile de montrer que ces termes sont d’une précision redoutable ; et personne ne s’y trompe, aucun des locuteurs ne se demande ce qu’ils veulent vraiment dire en les entendant ou les disant… Si l’un d’entre eux (à Dieu ne plaise), traitait Bentolila de « bouffon » en l’entendant disserter sur sa manière de parler, cela aurait pour lui et ses amis un sens très précis, n’en doutons pas ! Évidemment une injure ne tient pas lieu de critique argumentée, mais cela est une autre question, et celle-ci est tout autant effective, mais avec des mots et tournures qui ne sont bien sûr pas ceux que Bentolila reconnaît comme pertinentes… Pour le coup, c’est lui qui montre une incapacité radicale à sortir de sa propre variété linguistique et de son microcosme social pour appréhender la différence autrement que de manière négative. Un exemple d’ailleurs m’a frappé. Pour montrer que « plus la fréquence d’utilisation d’un mot est grande, moins son pouvoir d’information est élevé » (axiome à mon sens absurde, parce qu’un mot n’a de toute façon de signification, plus ou moins précise, que dans le contexte des énoncés, et la fréquence d’utilisation n’entre nullement en compte), il prend le mot « morigéner », par opposition à « gronder ». Du plus loin qu'il m'en souvienne, voilà un mot que je ne me rappelle pas avoir jamais entendu autour de moi, ni dans ma famille, ni même dans la bouche de mes amis ou collègues de travail ; je l’ai lu, certainement, en n’étant jamais sûr de ce qu’il signifie exactement et l’usage que je pourrais en faire ne manquerait pas d’être en effet imprécis. Même si j’ouvrais d’abord le dictionnaire, mes interlocuteurs seraient étonnés (à mon tour de passer pour un « bouffon » !) et il y aurait de fortes chances pour qu’ils trouvent le terme nébuleux. Il ne me semble donc pas que je perde quoi que ce soit à ne pas l’employer dans ma conversation, ou bien, tout au plus, comme marqueur, pour faire le malin ou ironiser.

Bentolila défend donc les mots rares – morigéner plutôt que gronder – et stigmatise le parler des banlieues pour sa pauvreté et son imprécision ; Orsenna décrète la « laideur » du mot « écrivaine » ; Borzeix parle des « vulgarités et complaisances » charriées dans les « blocs-notes électroniques » (sic), certes pour y voir la renaissance possible d’une « nouvelle conversation à la française » (encore un mythe auquel il faudra torde le cou !)… Ces signes épars sont éloquents : ils montrent à quel point ces trois auteurs se tiennent dans un tout petit monde, avec ses critères propres de distinction sociale (esthétiques, culturels, politiques..), dont nous sommes nombreux, très nombreux à être exclus. Nous qui n’utilisons jamais le mot « morigéner », qui ne comprenons pas, mais alors pas du tout en quoi il est laid de dire « écrivaine » et qui ne voyons pas en quoi le blog, pardon « le bloc-note électronique », est plus vulgaire ou complaisant que tout autre forme d’expression, nous sommes décidément ailleurs, à la fois dans l’infra-monde des particularismes vernaculaires et dans le macrocosme des échanges plurilingues. Pour nous libérer du poids symbolique que continuent à faire peser sur notre parole et nos textes les arbitres des élégances parisiennes et les Caton du vocabulaire, maîtres de morale linguistique, pour nous passer d’eux et de leurs livres, il suffit de regarder ailleurs, plus loin et plus près de nous, rien n’est plus simple, et surtout – plus difficile, il est vrai – d’affûter nos armes critiques.

piotr

Où l'on morigène le monde... (emprunté au blog Sa vicomterie)

 

Langues régionales ou patois de France ?

La présence d’un papier sur les « langues régionales » dans le cadre d’une discussion autour de la situation de la langue française aujourd’hui est bien sûr intéressante, d’autant plus que l’auteur n’est nullement hostile à leur enseignement. Cependant, l’approche de Henriette Walter est presque exclusivement descriptive. Elle présente « quelques éléments de l’histoire et de la géographie des langues qui ont fait la France : une image de la diversité linguistique du pays qui reste vivante malgré des siècles de tentatives d’uniformisation », passant en revue la plupart d’entre elles, en linguiste, mais en évitant toute approche juridique, sociale, politique, bref tout ce qui fait justement débat. Le lecteur un peu averti a la forte sensation que cet article est mis à la place d’une discussion qui devrait avoir lieu dans une revue dont le débat est justement la vocation. Certes celui-ci porte sur le livre d’Encrevé et Braudeau consacré au français ; mais pourquoi les langues dites régionales sont-elles abordées si rarement et, lorsqu’elles le sont, uniquement à l’occasion du français ?

Les questions « pressantes », selon le mot même de Henriette Walter,  ne sont posées que  dans les toutes dernières lignes : « faut-il les abandonner à leur destin, ou plutôt tenter de sauver des parcelles de cette autre vision du monde que peut offrir chaque langue, qu’elle soit minoritaire ou de grande diffusion ? Faut-il favoriser l’enseignement de ces langues, pour la plupart désormais confidentielles, alors qu’il serait si utile d’apprendre des langues largement répandues ? » (p. 176) En guise de réponse, la linguiste fait l’éloge du bilinguisme précoce et écrit que l’ « avantage de commencer par une des langues régionales qui […] entourent [l’enfant], c’est justement qu’elle lui est très proche, physiquement et affectivement – c’est le plus souvent la langue des grands-parents –, et qu’elle peut l’aider à mieux comprendre sa propre identité et, paradoxalement, à mieux connaître la langue française », la preuve étant faite que les élèves bilingues ont de meilleurs résultats en français (et même en mathématique) que les unilingues (l’auteure se réfère à une étude menée entre 1989 et 1993 au Pays Basque, mais il y en a bien d’autres). En dehors du rappel des avantages incontestables de l’apprentissage bilingue, il s’agit là de rapides et faibles réponses à de rapides et faibles questions, car posées en quelque sorte in abstracto, sans référence aux contextes politiques et juridiques qui, précisément, scellent le destin des langues minorées en France. L’offre d’enseignement public de ces langues est extrêmement faible ; là où il existe, il n’est tout au plus qu’une réponse minimale à une réelle demande sociale et n’oublions pas que le bilinguisme effectif, c’est-à-dire immersif, est déclaré anticonstitutionnel. L’auteure, autrement dit, formule des vœux pieux, sans aborder un seul instant la question des moyens de leur réalisation.

Mais les arguments à peine esquissés en faveur de cet enseignement par les liens familiaux à la langue sont aussi insuffisants parce que, précisément, de nombreux enfants des écoles bilingues n’ont pas de grands parents locuteurs ; l’attache identitaire manifestée par le choix de la langue, de la part des parents, n’est pas toujours, et de moins en moins, un lien familial et émotionnel, mais culturel et historique, pour ne pas dire le mot qui convient, mais qui est devenu inconvenant et qui choquerait beaucoup d’entre eux, c’est-à-dire « politique », au sens de la revendication d’une démocratie culturelle effective exercée au niveau local (niveau qui ne se confond pas avec la région ; le lieu de la revendication culturelle peut-être extérieur à la zone géographique de la pratique linguistique), impliquant le droit, obstinément refusé par le centralisme jacobin, à une pratique publique des langues et des cultures minorées.

De plus les outils et les nomenclatures utilisés dans la partie descriptive de l’article sont souvent flous et contestables, à commencer par la notion même de langue régionale, étroitement territorialisée : l’absence complète du rom, non assignable à un territoire déterminé et cependant langue historique de la France, qu’on le veuille ou non, montre par exemple ses étroites limites.

En outre, Henriette Walter s’obstine à parler de « patois » en affirmant qu’il est désormais un terme blanchi par la linguistique. Cela est faux, de nombreux linguistes refusent de l’utiliser pour éviter toute ambiguïté, bien conscients des connotations péjoratives attachées au mot ; s’il s’agit de désigner une identité linguistique infra-dialectale, on le dira plutôt ainsi, sans s’embarrasser d’un mot aussi chargé négativement et, qui plus est, si difficile à traduire. L’auteure écrit, de manière peu rigoureuse : « on les nomme dialectes lorsqu’ils [les parlers] couvrent un territoire assez vaste, ou patois lorsque le territoire est plus restreint », de sorte que lorsque je parle le languedocien de chez moi, je parle patois, dialecte ou occitan, ou les trois à la fois ? J’ai lu, dans un entretien donné par la linguiste sur le blog du journaliste Christian Le Meut que, selon elle, il  fallait renverser le sens du terme patois : « Parler un patois, ce n’est pas mal, au contraire, c’est intéressant car dans les patois se sont maintenues d’anciennes distinctions, d’anciens mots, qui ont disparu dans la langue commune. Au contraire, il faut rappeler aux gens que c’est une honneur de parler patois. Il faut en être fier. C’est ce que disent les linguistes, il ne faut pas écouter les autres ». Si l’intérêt de parler patois se limite à y trouver des archaïsmes oubliés par la langue commune (forcément le français, car en ce qui nous concerne, précisément, nous n’avons pas une langue « commune » au sens où Walter l’entend, c’est-à-dire uniformisée), il est, convenons-en, assez réduit. Mais il est difficile d’être fier parce que les linguistes (il serait plus honnête de dire « quelques-uns d’entre eux ») nous disent de l’être, alors que les autres personnes continuent à employer le terme de manière dépréciative, et même si on ne les écoute pas, selon le sage conseil de la femme de science, il est difficile de ne pas les entendre ! En général, dans ces situations, les intéressés adoptent de nouveaux termes. On ne dit plus « nègre » (sauf comme insulte) ; pourquoi devrait-on continuer à dire « patois » ?

Une fois cette réflexion faite, on s’étonne moins de ne pas trouver le terme « occitan » dans le texte, jugé sans doute trop revendicatif, en opposition trop frontale avec ce que colporte l’usage du terme « patois ». Du reste Walter hésite en permanence entre le singulier et le pluriel : parlant volontiers de « langues d’oc » et de « parlers d’oc », là où il nous semble si important de faire reconnaître, pour des questions d’abord linguistiques et non idéologiques (le nationalisme n’y est pour rien), l’existence d’ « une » langue, certes entièrement dialectalisée et plurielle, mais qui n’en est pas pour autant une collection d’idiomes différents. En dehors de la trop évidente crispation campaniliste de certains (le gascon, l’auvergnat, le provençal, « une » langue différente – pourquoi « une » au fait ? Car ce qui fait l’unité des différents parlers provençaux, ou gascons, est ce qui fait précisément l’unité de tous les parlers occitans), je n’ai pas encore entendu le début d’un argument scientifique probant à ce sujet.

 

Jean-Pierre Cavaillé

 

 

 

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Commentaires
J
Bien conscient que ce n’est pas ici que l’on résoudra les questions que soulèvent l’usage du terme “patois”, je souhaiterais cependant apporter quelques éléments de réflexion supplémentaires. Je ne manquerai pas de faire état de mes convictions personnelles, en aparté, en sus des considérations d’ordre linguistique.<br /> Il faut avant tout bien distinguer que l’on se situe dans le champ linguistique, social ou sociolinguistique.<br /> Champ linguistique<br /> 1er élément<br /> Soit un parler dit local (nommé “patois” par certains sociolinguistes), il n’est pas moins à lui-seul langue sans pour autant avoir besoin de l’inscrire dans un ensemble plus vaste, compte tenu de la double acception de “langue”, à savoir de manière sommaire et informelle : un ensemble linguistique sujet à la variation (sur le plan dialectologique) ou un système de signes autonome propre à la communication (tout idiome aussi local soit-il constitue bien une langue). Linguistiquement, le patois est donc langue en dehors de toute prise en compte des représentations sociales.<br /> <br /> 2nd élément<br /> Etant donné l’ambiguité du terme “patois”, porteur à la fois d’une définition sociolinguistique (parler local) et d’une acception sociale (idiome de valeur moindre), il est plus clair de l’exclure de l’usage lexical strictement linguistique et de lui préférer le terme “parler” ou “microlecte”. Ne pas le faire revient à établir des échelles de valeur entre les idiomes en inscrivant l’acception sociale dans le champ linguistique. Ou alors, il faudrait aussi désigner linguistiquement comme “patois” certains parlers québecquois ou belges quand bien même leurs utilisateurs n’emploient pas le terme.<br /> Bref, la linguistique se doit traiter de manière égale tout idiome qu’elle prend en considération, et ce jusque dans le lexique.<br /> <br /> Considérations personnelles<br /> D’une part, j’étudie moi-même en doctorat de linguistique à Poitiers des parlers occitan limousins, appelés couramment “patois” par leurs utilisateurs et qui n’en sont pas moins ”langue” pour autant (car il n’est nul besoin d’avoir conscience de parler une langue pour qu’elle soit “linguistiquement” langue).<br /> D’autre part, je suis également locuteur d’occitan limousin, par héritage et apprentissage auprès de mes grand-parents et de mes beaux-parents, et je sais clairement savoir parler une langue et pourtant on ne peut dire en ce qui me concerne qu’il s’agisse d’une langue véritablement seconde (cf. commentaire de Pierre Encrevé ci-dessus : « En revanche, on ne peut l'employer, à mon sens, pour les résurgences des dialectes de l'occitan ou d'oïl comme langue seconde, qui se développent heureusement. Un jeune citadin occitanophone ou bretonnant d'aujourd'hui ne parle pas un patois; mais l'arrière-grand-père qui lui a donné le gôut de cette langue était, comme il le disait lui-même, locuteur d'un patois. »). Un usager dont le soi-disant patois est la langue première peut très bien prendre conscience du fait qu’il parle une langue sans le savoir et exclure de son vocabulaire le terme “patois”, porteur d’une échelle de valeur. Cela se rencontre parfois chez les paysans mêmes. De toute façon, le locuteur d’un patois, c’est le locuteur d’une langue, même s’il l’ignore.<br /> <br /> Champs social et sociolinguistique<br /> 1er élément<br /> Le terme “patois” a été utilisé, et l’est encore sans doute, pour désigner non seulement « la forme prise par un ancien dialecte d'oïl ou d'oc lorsque ce dialecte n'est plus parlé qu'à la campagne » (cf. message de Pierre Encrevé ci-dessus) mais aussi pour désigner le plus souvent n’importe quel idiome de France (basque, breton, alsacien, catalan...) dans n’importe quel milieu social (cf. ci-dessous). Il apparait que quel que soit l’idiome non-officiel, il demeure donc un complexe d’ordre linguistique à l’égard de la langue dominante et cela même si les locuteurs utilisant le terme “patois” sont fiers de leur idiome.<br /> <br /> 2ème élément<br /> Le “patois” serait lié à la paysannerie. Certes, les paysans sont les derniers à l’utiliser. Cependant, il n’y a pas bien longtemps, on entendait clairement parler “patois” à la ville (en Limousin, à Limoges par exemple, quel que soit le milieu social, et ce, jusqu’a la seconde guerre mondiale). L’usage en était même exclusif (à l’égard du français) pendant les siècles passés et le français, depuis son introduction, est longtemps demeuré marginal. A Limoges, les derniers locuteurs du “patois” furent, voire sont encore (pour de rares individus), les habitants des bords de Vienne (Ponticauds), qui bien que distincts des “vilauds” de la Ville-Haute n’en étaient pas pour autant des “bicanards” (id est “paysans”). En fait, les Ponticauds, du bas de la Cité (par opposition à Ville-Haute), disaient bien parler “patois” et n’étaient pourtant pas paysans.<br /> Les parlers, de la campagne comme de la ville, ont certes pu subir une influence du français mais de là à devenir des “mixtes”... (cf. Pierre Encrevé dans son commentaire ci-dessus : « après la guerre de14-18 au plus tard, en tout cas en domaine d'oïl, [les patois] deviennent en fait des mixtes »). En tout cas, ce ne fut pas le cas en Limousin, malgré un certain degré de francisation, sans doute parce-que la distance de l’occitan limousin au français est un peu plus grande qu’en zone d’oïl.<br /> <br /> Considérations personnelles<br /> Je suis bien d’accord pour dire que les gens sont attachés à l’usage du terme “patois” et j’utilise justement parfois le terme en conversant avec ses utilisateurs car je suis bien conscient des représentations d’ordre social portées par l’usage et de l’attachement à la notion véhiculée par le terme.<br /> Néanmoins, pour moi, le terme “patois” est le symbole même de l’aliénation culturelle. On peut certes être heureux dans sa prison et même fier de la valeur sociale (comme le sont les patoisants, à la fois fiers et conscients qu’ils sont méprisés) dans laquelle on nous enferme mais je ne veux justement pas me laisser enfermer. Je préfère redonner sa dignité, légitime, à la langue que je parle et à la culture, façon de vivre le monde, qu’elle véhicule.<br /> <br /> <br /> Conclusion<br /> D’un point de vue sociologique et même sociolinguistique, il est passionnant d’étudier les usages du terme “patois” et les les représentations qu’il véhicule. Effectivement, le terme est même révélateur d’une singularité sociale et à ce titre, il est historiquement légitime et il faut en conserver la trace mais il est temps qu’il rejoigne sa place dans l’Histoire de même qu’il est temps que la singularité sociale qu’il incarne disparaisse car elle s’inscrit dans une réalité sociale profondément inégalitaire. Le terme “patois” n’a-t-il justement pas été introduit pour ajouter à la discrimination linguistique et sociale ?<br /> <br /> Jean-Christophe Dourdet
Répondre
T
Monsieur Encrevé,<br /> Je respecte tout à fait votre analyse qui a le mérite d’être relativement pondérée, on voit que vous aimez les langues de France bien que vous cherchiez coûte que coûte à relativiser et à justifier l’emploi calculé du terme « patois »… C’est là que nos vues divergent :<br /> Vous expliquez de façon sociologique quand, selon moi, il faut d’abord expliquer de façon politique…<br /> L’emploi du terme « patois » est, dès son origine, péjoratif. Il est, dans la représentation commune, l’antinomie parfaite du concept de « langue ». Si, concrètement et sur une période très courte, le terme patois a été perçu par ses propres utilisateurs parlant une langue de France autre que le français comme symbole de ralliement, de savoirs, de façons de vivre et d’une certaine manière de supériorité dans leur infériorité induite (« moi qui parle patois, au moins je sais manier la charrue ») , la chose est d’autant plus insidieuse que dans le même temps l’emploi du terme, c’est indéniable, a très largement favorisé la disparition, ou disons l’affaiblissement des langues désignées ainsi. On parlait aussi français dans certains endroits très ruraux jusqu’au 20è siècle et ce depuis très longtemps. La langue française s’est adaptée à la modernité et à la ville car elle possédait, justement, le statut de langue. En ce qui concerne ce que l’on nommait « patois », il était évident pour tout le monde que cette langue ne pouvait pas passer l’épreuve de la ville moderne, ou alors seulement partiellement par le contact avec les locuteurs du patois restés à la périphérie (à la campagne). Le terme patois a bien été utilisé, dès le début, par le pouvoir central et centraliste dans l’unique but de dévaloriser et d’affaiblir les langues de France au profit du français.<br /> Le fait que les paysans, comme vous le soulignez, n’auraient pas eu conscience d’une dénégation de la valeur de leur culture régionale par l’emploi du terme « patois » est, selon moi, faux. La chose, lorsqu’elle n’était pas ouvertement formulée, était tout à fait latente et ressentie, parfois, et c’est paradoxal, inconsciemment ressentie.<br /> Mais les « patois » ont tout de même franchi, dans les premiers temps de l’industrialisation puis de l’exode rural, les murs de la ville. Ainsi à Limoges, pour prendre un exemple que je connais bien, les ouvriers porcelainiers et du cuir (beaucoup venus des campagnes avoisinantes) ont pendant plusieurs décennies continué à parler leur dialecte occitan en l’adaptant à la vie urbaine. Ainsi un vocabulaire occitan de la vie ouvrière a commencé à naître avant de mourir dans l’œuf lorsque, l’Etat, les municipalités ne conférant à ce langage aucun statut officiel, aucune dignité reconnue, et les patrons et bourgeois citadins l’accueillant avec dédain, les ouvriers se sont arrêtés, en quelques années, de le parler. C’est bel et bien le statut de « patois » qui a affaibli les langues de France. Il aurait peut-être fallu justement, comme vous n’avez pas voulu le faire dans les années 1960, « violenter » les locuteurs de ces dialectes en voie de disparition et leur apprendre la dignité et l’histoire de leur langue, leur expliquer qu’ils ne parlaient pas un « patois » mais une « langue », aussi belle et riche que le français. La nouvelle, vous savez, est peut-être brusque à leurs oreilles mais n’est pas désagréable, au contraire. Quand vous pensez depuis 50 ans ou plus que vous parlez un « drôle de patois », voire un « mauvais français » et qu’on vous apprend que non, qu’on vous a menti, qu’il s’agit d’une langue au même titre que le français, qu’il ne faut pas avoir honte de la parler et que cette langue a une riche histoire intellectuelle, littéraire, elle aussi, vous êtes fiers de parler cette langue. C’est violenter beaucoup de collégiens des années 1980/1990 que de leur expliquer que le petit chapitre de 30 lignes dans leur livre d’histoire sur « les évènements » en Algérie cache en réalité des pages et des pages de drames, massacres, tortures (des deux côtés) et que l’Etat français n’a pas toujours eu le beau rôle, loin de là. Doit-on pour autant se priver de leur dire la vérité, 15 ans plus tard ?<br /> Pour conclure, si je refuse que l’on me dise que je parle « patois » , moi le jeune citadin occitanophone, je refuse catégoriquement que l’on emploie ce terme pour parler de la langue de mes grand-parents ! Car il s’agit de la même langue, il nous faut être intransigeants à ce sujet. Les différencier en continuant de préférer le terme « patois » pour la période d’avant la seconde guerre, comme vous le proposez, fait perdre toute légitimité au fait même de parler « occitan » aujourd’hui en milieu urbain. Il faut simplement rétablir la vérité : je parle occitan, cette langue qu’un mensonge d’Etat relayé par une politique scolaire négatrice ainsi que par une certaine soumission intellectuelle et une forme de passivité des locuteurs eux-mêmes, a fait appelé « patois » pendant longtemps, c’est-à-dire « moins qu’une langue », « un langage mal déterminé, obscur, sans statut, se parlant dans un espace géographique très restreint », ce qui a grandement favorisé son déclin. <br /> L’emploi du terme « patois », c’était justement diviser pour mieux régner, empêcher toute prise de conscience d’unité des différents parlers composant une langue comme l’occitan et finalement éviter toute forme de résistance du peuple concerné pour la sauvegarde de cette langue contre l'invasion francophone. Je concluerai à l’inverse de vous par ce souhait : je rêve que dans quelques décennies l’on n’entende plus dans aucune bouche de France cet horrible mot symbole de vergogne, de frustration, de dénie d’identité, d’uniformisation, de pensée unique, de mort des cultures, ce terrible mot, « patois » !
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P
Le terme français "patois", dans l'emploi courant des linguistes mais aussi des patoisants, renvoie bien à une réalité sociolinguistique précise et typiquement française (mais on la retrouve parfois ailleurs) : c'est la forme prise par un ancien dialecte d'oïl ou d'oc lorsque ce dialecte n'est plus parlé qu'à la campagne. Qu'il ait pris une valeur péjorative, comme le terme même de "paysan" dans la bouche et sous la plume des citadins, ne change rien à sa valeur descriptive. Car cette situation sociolinguistique entraîne des conséquences linguistiques: limités au monde rural, ces parlers étaient, inévitablement, voués à perdre leur autonomie (après la guerre de14-18 au plus tard, en tout cas en domaine d'oïl, ils deviennent en fait des mixtes), et à perdre toute transmission maternelle du fait de l'extinction de leurs marchés linguistiques avec la destruction de la paysannerie française et la radicale modernisation de ce qui en reste. <br /> Il me semble utile de garder le terme pour décrire ce moment socio-historique parfaitement situé. En revanche, on ne peut l'employer, à mon sens, pour les résurgences des dialectes de l'occitan ou d'oïl comme langue seconde, qui se développent heureusement. Un jeune citadin occitanophone ou bretonnant d'aujourd'hui ne parle pas un patois; mais l'arrière-grand-père qui lui a donné le gôut de cette langue était, comme il le disait lui-même, locuteur d'un patois. J'ai enquêté sur la situation linguistiquedans un village de Vendée entre 64 et 67: aucun des paysans de plus de cinquante ans n'aurait supporté qu'on sacrifie le terme de "patois". C'était le nom de leur langue maternelle (ils ignoraient tous qu'ils parlaient poitevin) et c'aurait été les violenter que de vouloir changer le terme. Les représentations sont fondamentales en sociolinguistique: un homme qui disait parler un patois se sentait linguistiquement infériorisé par rapport au citadins parlant aisément la languede l'Etat, mais il s'éprouvait plus ancré dans sa lignée, plus maître de son univers rural, plus viril aussi que ces petits messieurs parlant la langue de Paris qu'étaient devenus à ses yeux ses enfants ou petits-enfants ouvriers ou employés à la ville. Pour un linguiste évidemment les patois, même devenus mixtes et "impurs", sont de vraies langues quoi qu'en pensent les ignorants; mais le terme qui les désigne protège aussi la reconnaissance de leur singularité sociale: au XXe siècle, les patois, langues des seuls paysans, étaient les seules vraies "langues de classe" en France; ce serait regrettable que la disparition du terme fasse disparaître la trace dans la langue de cette passionnante réalité.
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J
Une brève réflexion quant à l'usage du terme "patois". J'ai eu l'occasion de demander d'un côté à Claude Hagège, de l'autre à Henriette Walter ce qu’ils entendaient linguistiquement par « patois ». <br /> Le premier, l’utilisant, a répondu qu’il assignait au terme une acception exclusivement sociale et non linguistique, à la rigueur sociolinguistique. Il reconnaît généralement le caractère péjoratif historique du terme mais consent néanmoins à son emploi dans une acception que l’on qualifiera de décomplexée. Je comprends qu’on se situe avec Hagège tout de même hors du champ linguistique avec l’emploi du terme « patois ».<br /> La seconde m’a répondu qu’elle utilisait le terme « patois » car elle n’était pas une militante notamment à l’égard de l’occitan car je l’ai d’abord questionné sur l’usage du mot « provençal » par opposition à occitan. Ainsi, le terme occitan est pour elle celui d’un militantisme. Linguistique ? Politique ? Il s’agirait de s’y pencher. Quant au terme « patois », elle aussi essaye de le décomplexer, à travers son acception populaire commune en milieu rural. On observera néanmoins qu’elle assigne au mot « patois » une définition correspondant grosso modo à celle d’un parler, en quelque sorte, un microlecte, propre à un espace donné, restreint, sans expliquer d’ailleurs comment caractériser cet espace car il est bien entendu toujours très difficile de fixer des limites subdialectales. <br /> A ce point, admettons le sens donné au mot « patois » par Henriette Walter. Il est admis que le français, après avoir subi une homogénéisation-académisation normative, est relativement moins sujet à la variation que l’occitan ou langue d’oc ou même provençal ( compris comme désignant la langue d’oc, un dialecte de l’occitan ou encore une des langues d’oc) comme vous voudrez bien l’appeler. Il n’empêche qu’il varie aussi largement sur l’espace de son extension. Qu’est-ce qui empêcherait donc de parler de « patois » concernant le parler de tel bourg du Québec ou même de Belgique, de Suisse ou encore de Catalogne ? Entendez-vous dire « patois » dans ce cas ? Jamais ! Ni chez Hagège ni chez Walter.<br /> On voit bien que le terme reste bourré de connotations péjoratives quand bien même inconscientes. Il y a bien le français d’un côté, langue supérieure, et les autres idiomes de l’autre, intéressants comme objets d’études mais n’étant pas voué à l’universel comme peut l’être le français.<br /> Dialecte ? Henriette Walter l’assigne à un espace moins restreint. Le français du Québec est-il alors un dialecte ? En fait, oui, il en est absolument un, un dialecte du français, mais jamais l’on entend dire du français du Québec qu’il s’agit d’un dialecte (remarquez, sans préciser de quelle langue) justement parce-que le terme dialecte désigne socialement, et non linguistiquement, un idiome qui serait un peu moins qu’une langue ! L’échelle de valeur demeure. J’ai bien peur que lorsqu’on utilise le mot patois ou même dialecte sans préciser de telle ou telle langue, l’on fasse le jeu des méprisants pour qui un patois ne peut être une langue digne de ce nom. En fait, il beaucoup moins militant, plus juste peut-être, d’utiliser des mots de charge affective moindre et ne pas oublier que tout individu qui parle, parle une langue.
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T
Comme ces harangues me rassérènent ! Quand diantre les Borzeix, Bentolila et leurs congénères francophonistes embrasseront-ils que leurs vitupérations à l’égard de notre biais de manœuvrer les idiomes, vitupérations dans une phraséologie le plus souvent d’un commun contristant, ne provoquent en nous que pleurs hilares et nous acculent bis repetita à leur repartir ce signe plébéien consistant à lever le doigt médian avec infatuation, marque de notre mésestime à l’égard de leurs allégations linguistiques et sociologiques ?
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