Langues de France. Nouvelles du front…

Langon, 23 juillet 2009. Jean Ganiayre, M. Mateu, P.Lavaud, Esteban Eyherbide, M. Kleinclaus
Langues de France.
Nouvelles du front…
Le 23 juillet 2009 s’est
tenu à Langon, dans le cadre des Nuits atypiques organisées par Patrick Lavaud,
en présence d’élus, de professionnels de la culture et de responsables
d’associations, le forum des langues de France, dont les actes ont été publiés
dès au mois de mars dernier[1].
Cette publication à chaud, de communications et de discussions sur les
questions les plus brûlantes et immédiates touchant à la situation de la
pluralité (ou diversité ? voir infra) linguistique en France. Le forum
était en effet consacré à dresser un sorte d’état des lieux des politiques
linguistiques régionales et nationales, mais aussi à réfléchir aux enjeux de la
modification constitutionnelle de 2008 (« les langues régionales appartiennent
au patrimoine de la France ») et de ce qui était encore présenté, il y a
un an, comme un « projet de loi gouvernementale ». Dès l’automne on
savait déjà que le gouvernement renonçait finalement à ce projet pourtant promis
par la ministre Albanel au motif que la modification de l’article rendrait
inutile une quelconque législation. C’est ce qu’a fait savoir Frédéric
Mitterand par l’intermédiaire d'Eric Besson à l’Assemblée Nationale le 8
décembre dernier (évidemment, le fait que le ministre de la culture ne se soit
pas déplacé et qu’il n’ait d’ailleurs quasiment jamais daigné prononcer un mot
sur la question est en soi significatif), fidèlement relayé par Xavier North,
directeur de la Délégation à la Langue Française et aux Langues de France, dans
un entretien publié dans l’Express en février 2010 (allant jusqu’à dire
que « l’arsenal juridique français sur ce sujet [est] déjà très
riche », ce qui laisse pour le moins rêveur…).
La
DGLFLF était d’ailleurs bien présente à Langon, en la personne de Jean-François
Baldi promettant « un compte rendu fidèle à notre ministre » ;
or l’urgence d’une loi fut à Langon l’objet d’un véritable consensus, tout le
monde s’accordant apparemment avec Thierry Delobel pour dire qu’« il est
grand temps que les langues régionales ne soient plus hors la loi ! »
(p. 132). On voit quel usage ministériel a pu être fait d’un compte rendu dont
on ne mettra certes pas en cause la fidélité… On ne peut d’ailleurs manquer de
relever la position pour le moins ambiguë de la DGLFLF qui participe volontiers
aux initiatives des acteurs culturels, mais reste, contrainte et forcée (situation
institutionnelle oblige), la voix de son maître. Sans parler, de sa dotation
ridicule : 2,4 millions par an a précisé Jean-François Baldi, lors de
cette journée, pour la langue française, la francophonie… et – dernière roue de
la charrette nationale – les langues de France ; soit, comme il l’a dit
lui-même, le coût d’un concert de Jeannot Vacance (ma traduction, qui vise à
apporter une modeste contribution à la promotion de la francophonie) !
Plus sérieusement, ce budget est inférieur, comme nous l’allons voir, à celui
consacré au développement de la langue basque en Pays-Basque Nord par l’Office
public de la langue basque. Étaient aussi venus à Langon des élus jouant un
rôle clé dans la préparation actuelle d’un projet de loi qui sera présenté au Parlement ;
en particulier Martine Faure députée PS de Gironde, présidente à l’Assemblée
nationale du Groupe d’études sur les langues régionales.
Ce
petit livre, qui contient la retranscription de toutes les interventions orales,
est précieux, parce qu’il donne une somme d’informations considérables sur une
situation pour le moins contrastée, en même temps qu’il nous présente une sorte
de photographie de l’état d’esprit des acteurs politiques et associatifs qui
militent pour la reconnaissance, la sauvegarde et la promotion des « langues de
France ». Un état d’esprit globalement combatif, et il faut bien qu’il le
soit, car travailler pour la cause des « langues » –, c’est passer
son temps en France à combattre mille préjugés et l’hostilité encore souvent
ouverte de grands et petits commis de l’État – qui oscille, selon la
localisation régionale et les fonctions, entre un optimisme mesuré et une
exaspération montante, voire une amertume difficile à contenir. En tout cas,
quelles que soient les difficultés existantes, et en particulier dans les
régions occitanes, il existe à peu près partout d’importantes initiatives et
des mesures, plus ou moins audacieuses. Je note évidemment, une fois de plus,
l’exception limousine – il n’est d’ailleurs jamais question du Limousin dans l’ouvrage
– où nous nous enfonçons toujours plus dans une situation absolument
surréaliste de déni de droit, d’indifférence souveraine des pouvoirs publics et
d’extrême faiblesse – il faut bien le dire aussi – du mouvement associatif (de
quand date la dernière manif de revendication occitane en Limousin ?).
Le modèle basque
La
région phare est sans nul doute le Pays-Basque. Sergi Javaloyès, écrivain, président
de l’Institut Occitan, très impliqué dans le mouvement des écoles associatives
Calandreta, depuis la situation allarmante de l’occitan, a salué les succès de l’Office
public de la langue basque en matière d’enseignement. Thierry Delobel,
président de la FLAREP (Fédération pour les langues régionales dans
l’enseignement public) a déclaré lui aussi que le Pays-Basque, en matière
d’enseignement, offre sans nul doute la politique régionale la plus aboutie,
qui a servi de modèle aux différents enseignements bilingues de France (p.
128). Il faut dire qu’aujourd’hui, 54 % des écoles du Pays Basque proposent un
enseignement bilingue, comme le souligne Estèbe Eyherabide, directeur de
l’Office, ce Groupement d’Intérêt Public (ou GIP, regroupant État, région,
conseil général et communes) exemplaire, créé en 2004. Eyherabide donne aussi
le budget global de l’Office : 2,5 millions (plus donc, comme je l’ai dit,
que celui de la DGLFLF). L’objectif à atteindre, qui n’a plus rien désormais
d’utopique, étant que « sur tout le territoire du Pays basque, et dans des
conditions égales, tout parent ait le choix de l’enseignement bilingue »
(p. 88). Il est clair aussi que les alouettes ne sont pas tombées toutes cuites
dans l’assiettes : « la politique menée en Pays basque est le
résultat de la militance des dix, vingt, trente, quarante, cinquante dernières
années » (p. 87). Elle est en relation, bien sûr aussi, à l’extraordinaire
moteur que représente, en la matière, le Pays-Basque sud, en Espagne, où l’on
compte tout de même (rêvons un peu) 70 % d’écoles immersives.
Immersion, bilinguisme, initiation, sensibilisation
La
question de l’immersion est évidemment fondamentale : comme le rappelle
Paxkal Indo, président de la fédération des écoles basques Seaska, seules les
écoles immersives, en l’absence d’autre apprentissage social de la langue
peuvent former « des locuteurs complets qui soient capables de
transmettre » (comme l’Éducation Nationale l’a fait, remarque-t-il, au XIXe
siècle pour le français[2]). Et
encore ! Indo en effet, se réfère à une étude montrant que sortent des
écoles bilingues du Pays-Basque sud, seulement « 60 % de locuteurs
complets, actifs », ce qui, finalement ne dépasse pas de beaucoup
« le seuil fatidique des 30 % fixé
par le célèbre sociolinguiste Fishman, qui permet à une langue menacée d’être
sauvée » (p. 47). C’est Javaloyès qui prononce ces mots au sujet de la
situation, si enviable pour les autres régions de France, du Pays-Basque nord
où, selon lui, ce seuil serait franchi, ce dont je ne suis pas sûr, si l’on ne
compte que les locuteurs complets, capables de transmettre.
Inutile
de dire que, partout ailleurs, on est encore pour les jeunes générations
recevant un enseignement par immersion ou même bilingue, très, très loin de ce
seuil ; c’est-à-dire 5 % pour la Bretagne, comme l’a dit Jean-Pierre
Thomin à Langon[3], et ailleurs bien
au-dessous encore et même sans doute (mais je fais là une estimation a vista de naz) moins de 1 % pour les zones
occitanes toutes comprises (je parle bien de la formation scolaire immersive et
bilingue). Pourtant le militantisme n’a pas manqué, relayé en certaines régions
par une volonté politique, forte en Bretagne, en Alsace, mais aussi en Aquitaine.
René Ricarrère, conseiller régional de cette région, pour lequel l’objectif à
atteindre est de « définir une politique publique qui sera pour l’occitan
au niveau, ou quasiment du basque » (p. 51), a rappelé au sujet de la
question éducative, quelques données importantes : le rôle décisif d’abord
de l’investissement des militants culturels, il y a maintenant plus de trente
ans, en diverses régions et le courage de certains élus, comme André Labarrère,
maire de Pau, qui octroya des locaux à Calandreta dès la fin des années 70
(alors, ajouterai-je, que la municipalité de Limoges, du même parti, aujourd’hui
encore, se refuse à le faire). Riccarère a aussi déclaré ceci, qui mérite
d’être rapporté : « il a fallu, à un moment donné, être
« limite » vis-à-vis des lois de la République – je pense aux
créations des écoles laïques associatives qui existent dans nos régions –, il a
fallu être limite envers ces lois, mais il fallait le faire, parce
qu’aujourd’hui, nos langues auraient complètement disparu » (p. 50). On
comprend pourquoi des acteurs issus du monde associatif peuvent être tentés par
le passage aux responsabilités politiques, comme Jean Ganiayre, désormais
conseiller général de Dordogne, qui n’a pas manqué à Langon de faire du
prosélytisme : suivant sa propre expérience, en investissant les charges
politiques, « on voit tout de suite changer le niveau d’action et de
réaction de l’institution dans laquelle on pénètre » (p. 78)[4].
Il
est en tout cas évident que toutes ces réalisations restent extrêmement
fragiles sur le plan institutionnel et légal, sans avancée législative, comme
on l’a vu avec le rejet de l’intégration des écoles Diwan au service public par
le conseil d’État. Cela montre combien il est faux d’affirmer, comme le fait Xavier
North, que la législation actuelle est suffisante pour le développement des
langues régionales ; il faut plutôt dire qu’elle est suffisamment
insuffisante pour que puissent être légalement remis en cause, à tout moment,
les maigres acquis.
En
l’absence d’un cadre légal, les négociations des élus locaux et des
associations avec les rectorats ou les médias sont extrêmement difficiles, en
fait, le plus souvent, impossibles. Marcel Mateu par exemple, conseiller
général des Pyrénées Orientale, en charge du développement de la langue catalane,
déplorait à Langon que toutes les « négociations avec le recteur » soient
« au point mort ». Plusieurs intervenants ont souligné dans quel état
critique se trouve l’enseignement de l’occitan (quasiment disparu, disons
résiduel en Limousin, ajouterai-je, dussé-je me répéter), comme l’a dit Sergi Javaloyes :
« l’Urgence me semble être l’enseignement qui est aujourd’hui, pour ce qui
concerne […] la langue occitane dans un tel état de délabrement, qu’il requiert
des mesures d’urgence absolue » (p. 42). Jean-Louis Blenet, président de
la Confédération occitane des écoles immersives laïques Calandreta, a lui aussi
tiré la sonnette d’alarme : la fac d’occitan, à son avis, est dans une
situation de plus critiques, or sans fac, évidemment, point de formation des
maîtres. Selon lui, la stratégie Fillon est claire : « étouffer
l’affaire en arrêtant au milieu, là où ça ne crie pas, et les réseaux immersifs
et les réseaux associatifs finiront par crever parce qu’ils sont
asséchés » (p. 147). Il déplore ce qu’il appelle l’hécatombe pour
l’enseignement de l’occitan, faute de modalité d’application des conventions,
lorsqu’elles existent : pour l’Aquitaine, en un an on est passé de 9121 enfants
scolarisés à 4800. Il faut impérativement, ajoute-t-il, adapter aux langues
régionales le décret de 2005 sur l’enseignement des langues vivantes et la
circulaire sur l’enseignement des langues vivantes (p. 149). Car, il n’y a
nulle fatalité là-dedans, je ne sais quelle baisse de la « demande
sociale », comme le démontre la hausse considérable des effectifs en
Midi-Pyrénées entre 2009-2010 (4800 élèves de plus que l’année précédentes, soit
exactement le nombre que perdait l’année précédente la région Aquitaine, pour
un total de 50 608 ; le nombre de bilingues à parité horaire s’élevant à
1900, et en immersion à 700)[5].
Il
faut cependant noter que dans ces effectifs, en réalité, de nombreux élèves ne
reçoivent pas de cours de langue, mais tout au plus quelques heures de
« sensibilisation » à la langue et à la culture. Pour ma part, j’ai
bien du mal à me représenter ce que peut être une sensibilisation à l’occitan qui
n’inclue pas la pratique linguistique et je préfère ne pas imaginer quel est le
niveau de langue de bien de ces sensibilisateurs (mais comment peut-on
sensibiliser des élèves à une langue que l’on ne pratique pas véritablement
soi-même ?). On me dira qu’il s’agira de sensibiliser à la « culture »,
plus encore qu’à la langue occitane, mais là aussi j’ai bien de la peine à me
représenter ce qu’est que cette culture (et d’abord y-a-t-il « une »
culture occitane, bretonne, basque etc. ?) sans la langue qui en est le
vecteur. C’est la même perplexité qu’évoque chez moi le projet de Claude Sicre,
que celui-ci a reproposé à Langon, de « la généralisation à tous les
Français de l’éducation à toutes les langues et cultures de France » (p.
33). Ce projet a eu un certain écho dans une déclaration au moins de Christine
Albanel, dans la Dépêche du Midi, le
28 mai 2008, rapportée à Langon par Patrick Lavaud : « Une initiation
à la pluralité des langues et des cultures de France aurait pour avantage de casser l’image parfois unidimensionnelle de la culture
française, si éloignée de la vérité. J’aimerais qu’on puisse accomplir sa
scolarité en France en ayant entendu parler du Barzaz Breiz, des poèmes
créoles de Gilbert Gratiant ou de la Nef des Fous de l’alsacien Sébastien
Brant » (p. 40). S’agirait-il d’introduire un cours spécifiques
« langues et cultures de France » et qu’y enseignerait-on,
réellement, à partir de quelles compétences ? Un tel enseignement serait
sans doute utile, à condition d’avoir sa place, me semble-t-il, en plusieurs
matières : géographie, histoire, littérature, et bien sûr dans la pratique
même de telle ou telle (et non de toutes, bien évidemment) langue
« régionale »… Ainsi, Patrick Lavaud a-t-il proposé d’intégrer à
l’histoire les « avancées de l’archéologie et de la linguistique (de la
toponymie notamment), ce qui permettrait de déconstruire la légende nationale
et saperait tout projet idéologique d’une histoire finalisée » (p. 39). On
ne peut qu’être d’accord avec cette proposition, fort loin d’ailleurs de
recevoir un début de commencement de mise en pratique, malgré les vœux pieux de
l’ancienne ministre.
Notons
bien cependant qu’un enseignement de ce genre, d’initiation aux langues et
cultures de France (et pourquoi d’ailleurs que de France ?), est aussi
susceptible de tenir lieu de substitut à la pratique effective des langues et
n’être finalement autre chose que le parachèvement du monolinguisme dans
l’évocation – en français évidemment – des beautés perdues ou muséifiées de nos
provinces. L’insistance à ranger les langues et les cultures régionales dans le
« patrimoine » (art. 71-1) va tout à fait dans ce sens, et l’on
comprend ainsi pourquoi Albanel a bien pu être séduite par le projet.
Le bocal scolaire
De
toute façon l’école n’est pas tout et ne saurait faire tout, même lorsqu’elle
se montre capable, comme cela est souvent le cas avec la méthode immersive, de
former des locuteurs actifs. L’enseignement immersif, la formation de locuteurs
actifs, en effet, n’a de sens que si évidemment l’on parvient à utiliser la
langue en dehors de l’école, aussi bien dans l’espace privé (c’est toute la
question de la transmission familiale dont l’Institut d’Études Occitanes, de
façon très judicieuse, fait désormais sa priorité), que dans l’espace public. Il
y a d’abord le problème, majeur pour les écoles immersives du primaire, de la
pratique de la langue après le
primaire. Jean-Louis Blenet l’a dit à Langon : « A Calandreta, on est
malheureux parce que l’on sait qu’on travaille pour le roi de Prusse : on
envoie en masse des enfants bilingues dans un système qui les rend derechef
monolingues, car c’est un système pour faire perdre les compétences
linguistiques » (p. 146). Et c’est vrai : je le constate tous les
jours à Limoges, les enfants qui sortent de Calandreta voient leurs compétences
absolument ignorées ou méprisées dans le secondaire, ils sont privés de tout
relais et soumis à un enseignement d’autres langues vivantes qui ne produit pas
des locuteurs, et n’est d’ailleurs pas fait pour en produire (si tel était le
cas, évidemment, la langue serait utilisée pour autre chose que pour elle-même,
c’est-à-dire, c’est l’immersion qui serait utilisée !).
Jean-Pierre
Thomin, du conseil régional de Bretagne, a fait remarquer que « les jeunes
qui sortent des filières bilingues parlent, à condition qu’on puisse leur
offrir des lieux où parler breton… » (p. 63), or ceux-ci sont très rares
sinon inexistants et comment le seraient-ils dès lors que tout usage public de
la langue reste banni ? Françoise Graziani, de la Collectivité
territoriale de Corse, après avoir évoqué le plan d’enseignement bilingue généralisé
voté en 2006 par l’assemblée de Corse (de 3 h hebdomadaire, ce qui est
d’ailleurs on ne très loin d’un réel bilinguisme), a remarqué qu’« il ne
peut y avoir un enseignement de la langue efficace sans que, dans la société
ensuite, la place de la langue soit définie, qu’elle soit visible et
réelle » (p. 67) ; elle prend l’exemple d’enfants se présentant à la
poste et qui demandent una franchizia,
auxquels on répond « Petit, ici c’est le service public, on utilise la
langue française, on ne parle pas corse ! ». Elle évoque la notion de
« bocal scolaire » : « la langue est dans son bocal à
l’école, et (…) en dehors il n’y a rien » (p. 71). Cela est sans doute le
problème majeur du développement de l’enseignement par immersion et de
l’enseignement bilingue (si tant est, une fois encore, que le bilingue non
immersif soit apte à former des locuteurs actifs, capables de transmettre la
langue ; cela est par exemple exclu avec un volume horaire de 3 heures par
semaine en l’absence de relais familial) ; celle de la clôture scolaire de
la langue. Les élèves vivent la langue comme une langue réservée à l’espace
scolaire, et ils ont souvent beaucoup de peine à la parler et à la transmettre
ensuite au-dehors ; évidemment rien ne les y incite, et cela fait bien
apparaître combien il est insuffisant de miser sur l’enseignement scolaire pour
réamorcer la pompe de l’usage de la langue dans les autres espaces sociaux.
David Grosclaude, président de l’IEO, devant le constat de l’agonie sinon même
de la mort actuelle de la « transmission familiale », affirme à juste
titre que l’enjeu est bien son rétablissement (p. 28). Certains parents s’y
emploient et y parviennent, comme le montre le petit film réalisé par Amic
Bedel à l’occasion de la dernière manifestation de Carcassonne. Mais elle reste
une pratique rare et il faut absolument inventer des biais pour sortir la
langue de l’école et lui donner un usage aussi bien dans l’espace familial que
dans l’espace public. A ce sujet Marcel Mateu insiste quant à lui sur
l’importance de l’investissement de l’espace public, malgré toutes les
résistances : il faut que nos langues, dit-il, « soient enseignées et
étudiées comme le français dans l’enseignement public, il faut qu’on puisse les
utiliser dans les actes administratifs. Il faut donc aller au-delà de l’article
75-1 » (p. 118).
Médias
L’un
des vecteurs de cette présence publique est bien sûr celui, essentiel, des
médias. Comme l’a dit René Ricarrère : « s’il n’y a pas dans les
journaux écrits, dans les journaux parlés, dans les journaux télévisés, la
présence de la langue, encore une fois, elle n’existe pas » (p. 53 ;
remarquons, une fois encore, qu’en Limousin, justement, nous n’avons aucun des
trois). Jean Bonnefon, Directeur des Ateliers radiophoniques Grand Sud de Radio
France, a rapporté une cinglante déconvenue qu’il a rencontrée à Radio France ;
le président Jean-Paul Cluzel en 2004 lui demanda un rapport sur l’usage des
langues régionales à la radio, qu’il présenta devant le Comité central
d’entreprise (CEE). Il eut d’abord la joie d’être approuvé et ovationné par son
président ; mais 15 jours plus tard, toutes les belles espérances étaient
envolées : « Oubliez le CEE […] occupez-vous des Corses, voyez avec
les Basques, et pour le reste… », rien ! Bonnefon a alors aussitôt démissionné…
On
comprend que David Grosclaude, président de l’IEO, après avoir entendu à l’
« amassada » (Conseil de
développement pour la langue occitane en Aquitaine), France 3 Aquitaine refuser
un quelconque effort dans le sens de la diffusion de la langue, aille jusqu’à
déclarer : « Je souhaite la disparition de France
télévision » ! Ce n’est pas en effet quelques minutes si
difficilement conservées, si souvent supprimées (et chez nous inexistantes) que
nous revendiquons, mais une télévision en occitan : « il n’y a pas de
minorité en Europe qui a un million de locuteurs et qui n’a pas sa télévision
publique. ça n’existe pas ! […] on nous enferme dans le local, parce qu’il
est bien évident que nous n’avons pas le droit de regarder le monde en occitan.
Il faut que nous regardions notre petit monde » (p. 165).
Pluralité versus diversité
Je
crois avoir donné un aperçu de ces nombreuses courtes interventions qui
constituent l’ouvrage et de l’intérêt qu’elles peuvent avoir pour un militant
associatif comme moi, et pour tous les citoyens intéressés par les langues
minorées de France, dites « régionales ». L’embarras d’ailleurs est
grand quant aux noms à donner à ces langues encore hors la loi : langues
de France, langues régionales (terme désormais constitutionnel)…
« d’autres termes, a dit Patrick Lavaud, auraient été possibles :
langues de la République, langues nationales, langues territoriales, langues
indigènes, langues autochtones, langues autochtones minorisées ou encore
langues autochtones dominées » (p. 14). La députée Martine Faure s’est
demandée elle aussi comment les appeler : langues de France, « langues
minoritaires », « langues les moins répandues » ? (p. 18).
Claude Sicre, choisit quant à lui de les désigner par la formule « langues
indigènes de France » (voir sur cette question, ici même : Nommer les
langues minorées : l’exception française).
N’ayant
été que trop long, à mon habitude, je rapporterai pour terminer la manifestation
d’un dissensus sur lequel j’espère
avoir l’occasion de revenir, car il est fort intéressant : David
Grosclaude a en effet développé l’argumentaire, désormais obligé, qui est un
peu aussi le discours officiel d’Europe Écologie sur le sujet (dont Grosclaude
est devenu entre-temps un élu), de la « biodiversité
linguistique » : « Je ferai, a-t-il dit, […] un lien avec tout
le discours sur la diversité biologique. Expliquez-moi comment on peut sauver
la diversité de la réalité concrète de la planète si on ne sauve pas la
diversité de l’expression qu’ont les hommes pour désigner cette planète qui est
la nôtre. Je ne crois pas qu’on sauvera la diversité biologique si on ne sauve
pas la diversité culturelle. Si on n’a plus les moyens d’expliquer comment se
disent les choses quand elles sont diverses, je ne vois pas comment elles
resteraient diverses » (p. 29). Claude Sicre s’est élevé avec vigueur dans
son intervention contre cet argument de la diversité, dans lequel il voit un
réductionnisme biologisant tout à fait dommageable : « Nous sommes
des adversaires de la diversité, totalement, puisque nous défendons la
pluralité contre la diversité, d’origine biologique » (p. 33) et il a mis
en avant ce qu’il a appelé la « pluralité neuve de la France » (p.
37) par opposition à la diversité des espèces linguistiques et culturelles. Sur
le fond, je suis d’accord avec Sicre : je trouve en effet pour ma part
assez humiliant ce « déguisement » en espèce biologique en voie
d’extinction qu’il nous faut endosser si nous voulons bénéficier de la moindre
reconnaissance. La pluralité a le mérité d’être plus visiblement et
irréductiblement culturelle. A la fois, ne nous leurrons pas, nous ne saurions
échapper au langage dominant de notre temps ; certes nous pouvons et devons
produire une analyse critique cohérente du paradigme (et paradoxe) de la biodiversité
linguistique, mais si nous voulons toucher et convaincre, il nous faut en
passer par les métaphores – qui n’en sont même plus dans l’esprit de ceux qui
les utilisent – et les concepts de la biologie pour avoir quelque chance
d’attirer l’attention sur nos langues.
Une
nouvelle rencontre va avoir lieu à Langon, le 27 juillet prochain qui s’annonce
tout aussi passionnante. J’espère avoir contribué, par ce compte rendu, à convaincre
quelques personnes supplémentaires de s’y rendre. Elles pourront en outre
bénéficier du remarquable programme des
Nuits Atypiques.
Jean-Pierre Cavaillé

[1] Langues de France. Actes du Forum des langues de France. Langon juillet 2009, Nuits Atypiques - Castor Astral, 2010.
[2] Évidemment les méthodes et surtout les situations sont fort différentes : l’enseignement en immersion est un enseignement bilingue, alors que celui de l’éducation nationale française était et reste globalement monolingue ; les langues proscrites de l’école étaient parlées au foyer ; elles ne le sont plus, ou presque plus et l’école aujourd’hui est le principal lieu de formation de nouveaux locuteurs.
[3] Jean-Pierre Thomin fait remarquer que si l’on dépasse en 2009, 5 % (12 300 élèves, soit 40 % de plus qu’en 2003, en deçà en tout de l’objectif qui avait été fixé à 20 000…), il y a 30 ans, il n’y avait rien (p. 59).
[4] On trouve sur le site de Jean Ganiayre un compte rendu de la manifestation.
[5] Pour une analyse de ces chiffres du Conseil Académique pour l’Enseignement de l’Occitan (Communiqués de presse - 26/05/2010), qui compte un grand nombre de cours de sensibilisation, où la langue n’est de fait pas enseignée, on se reportera à l’article assorti d’un entretien avec Didier Agar, dans la Setmana, n° 772 (01/07/2010-07/07/2010).
Commentaires sur Langues de France. Nouvelles du front…
Adieu Joan-Pèire e mercés, un còp mai, per tos articles instructius. Soi plan d'accòrdi amb lo fach que l'escòla pòt pas tot faire. Ça que la, coma ba dises, es ela qu'es a la basa de l'utilizacion d'una lenga que sa transmission familiala existís pas mai. E se cal pas contentar d'una paura sensibilizacion o iniciacion. Cal de bilinguisme - a paritat o en immersion - per aver una dinamica vertadièra que formariá de locutors reals. Per aquò cal una ofèrta generalizada, e doncas una volontat politica reala. Es pas ganhat. Puèi, cal de relais societals - dins los medias, las carrièras, las administracions - per permetre als mainatges de trapar la lenga fòra l'escòla e l'utilizar.
Per çò qu'es del ministre, me sembla que parlas d'Éric Besson. Remarca, la resulta seriá estada parièra amb Luc... mas benlèu mai espectaclós!
Tiens, Jean-Pierre, avec cette affaire diversité/pluralité, pour une fois je ne suis pas d’accord avec vous. D’abord je me méfie des raisonnements de Monsieur Sicre, dont on sait le caractère fumeux. Je ne vois pas très bien la cohérence entre sa vertueuse position sur la « pluralité » et le fait de qualifier (péjorativement) les langues minoritaires de « langues ethniques » comme il l’a fait dans un fameux article paru en 2008, dont vous vous étiez fait l’écho sur ce blog. « Personne ne peut revenir au parler ethnique de sa campagne d’origine » disait Monsieur Sicre, tenant un raisonnement de type darwinien : certaines langues disparaissent par manque d’utilité sociale (une sorte d'infériorité congénitale), et c’est très bien comme ça. En parlant de réductionisme…
Enfin bon, la question de la relation de l’homme avec son environnement, c’est ni plus ni moins que celle de se relation avec lui-même. Peut-on envisager que l’homme conçoive un jour l'environnement qui lui est légué (biologique, lingüistique…) comme un tout qu’il doit préserver, et non pas comme un adversaire à briser. La victoire de l’agriculture industrielle est concomitante avec celle de la mort des langues régionales comme langues maternelles. Faut-il s’en étonner ?
Si le discours sur la pluralité fonctionne, c’est parce qu’il romp avec d’autres plus anciens et de plus en plus disqualifiés, comme celui sur la pluralité justement. La pluralité, cette illusion qui vous fait croire que le système de démocratie représentative est capable de prendre en compte votre parole.
Erratum : il fallait lire "Si le discours sur la DIVERSITE fonctionne".
J'ai fait quelques citations (assez longues !) de votre texte (une fois de plus remarquable !) sur le blog Studi : enseigner le breton et en breton
http://studi.canalblog.com/archives/2010/07/04/18499362.html
"L’enseignement du breton : un nouveau blog"
"Le Rectorat de l'Académie de Rennes, en lien avec le Conseil régional de Bretagne, m'a chargé d'une enquête, pour comprendre ce qui va et ce qui ne va pas pour l'enseignement du breton."
"Beaucoup de questions se posent donc par rapport à l'enseignement du breton et par rapport aux métiers que peuvent envisager les jeunes bretonnants d'aujourd'hui.
C'est la raison pour laquelle, en plus des enquêtes que je mène sur le terrain, j'ai décidé d'ouvrir un blog à se sujet, pour que chacun puisse donner son avis. Au nom de Studi : c'est-à-dire "les études" en breton."
"L’adresse de ce nouveau blog (tenu par Fanch Broudic) : www.studi.canalblog.com"
Certains s'étonne d'une telle initiative du Rectorat !!!!!
(Cela fait penser à Oedipe recherchant le meurtrier de son père !)
Je trouve toujours formidable que les occitanistes qui nient la diversité des langues d'oc endossent les habits des défenseurs de la pluralité linguistique ! C'est un comble et non pas le moindre des paradoxes.
Gramaci Joan Peire per aqueu post tras qu'interessant, que pausa tanben un molon de questions sus çò que volèm, çò que fasèm...
Je note une nouvelle intervention de Clément Faugier, dont les positions sont à plus d'un titre fascinantes, mais ô combien frustrantes: elles s'arrêtent toujours très rapidement. Je ne saurais assez vous conseiller, plutôt que de tourner en rond ici, de commencer votre propre blog, ainsi il vous serait possible de faire entendre une autre voix, et il serait possible de commenter et de discuter sur un raisonnement argumenté et construit plutôt que sur des réactions partiales et toujours partielles.
En fait, ce qui me gêne avec la pluralité c'est qu'il justifie tout le mécanisme de la démocratie représentative, avec au bout le fait majoritaire : on a le droit de s'exprimer mais à la fin c'est la majorité qui l'emporte. Enfin, ce fait majoritaire c'est d'ailleurs plutôt l'étouffement et la captation d'une expression publique limitée à un bulletin dans une urne (voire qui consiste désormais majoritairement à ne pas le mettre). De toute façon, pas de place ni pour les revendications minoritaires, ni pour une réelle prise en compte des particularités y compris individuelles. C'est comme ça que les élus et fonctionnaires peuvent nous écouter patiemment et puis clore en disant : "oui, mais notre langue c'est le français..." Tout ça est bien sûr lié au mode de fonctionnement de l'Etat nation, qui est d'essence profondément militaire et, au moins pour ce qui concerne la France, démocratique seulement en surface.
Alors va pour la diversité !
Pour ce qui est du lien entre défense de la diversité biologique et de la diversité culturelle, il n'est pas si clair que ça : il existe au sein des Verts de fieffés jacobins. Europe Ecologie est une auberge espagnole, c'est d'ailleurs ça qui la rend sympathique si on compare au caporalisme qui règne ailleurs.
A lire dans le dernier Télérama un entretien avec Edouard Glissant où il n'hésite pas à parler de diversité et de mort de l'Etat nation.
Allez, pour conclure sans peur de passer pour un type de mauvaise foi, je pense que les positions de Sicre sont systématiquement à examiner avec méfiance. Tout ce qu'il dit paraît fait pour mettre du baume au coeur des représentants de la DGLFLF. Il va bien finir par l'avoir sa médaille !
Veni d'agachar, (sem anats carrièra sant Anna , a Tolosa per protestar contre l'estat Espanhòl, pas qu'un centenat èrem). Las manifestacions de Barcelona. Pas de creire. Al moment que i a mai d'un million de manifestaires per l' Independencia , se tròba que la còla d « Espanha » ven campiona del monde mercès de sets catalans. Cap de miraclas ni cap de mistèras . Catalunya serà independenta .
Aquò's pas las galopadas polidas, muscolosas, e vincidoiras de jogaires sadols, qu'i cambiaran quicòm.
Sabi pas s'abètz escotat lo silenci mediatica franchimand , (vist que degun parlèt de la protèsta giganta) un million e mai dins las carrieras a Barcelona , lo jorn de la finala del mondial. E totes los medias francès se calan , jornals e teles , e premsas « liures » totes de paucs vals , dels païses liures de l'oest . Podètz petar la Iugoslavia, Checoslovaquia, mas pas Espanha , pas França. La milhora es de la Despacha de Tolosa (de Jaurès mas que vòl pas ren pus dire mai e que dis pas ren) , que mèscla las fotòs de la protèsta, ambe la jòia d'Espanha , la de la còla de la finala , viscuda costat Madrid. La Despacha un jornalòt de mèrda qué .
Una vergonha francèsa de mai. Un païs fotut. Una pròva de mai. Que degun ne'n parlèt pas, vos sovenguètz benlèu, de la revolucion iranja, o de velors , o de sèda , o de petaç. Tre que s'agissia de far petar los païses de l'est , los jornalistes sens frontèras e sens limitas de França medias se deslargavan coma son totes los jornalistes oficials (veire porcassièrs)d'aquel païs UDR , que trabalhavan ? Que folastrèjavan? Que manganhavan la vertat , dins los medias françèses, mas tre qu' amenaçèsson l'unitat nacionala, catalans de'n primièr , bascs de seguida , après còrses , puèi bretons , puèi occitans caparuts(en 2015) ... Quicòm de grèu . Se sarran los coides.S'ajudan .
Que lo françès es fièr dels drèches de l'òme de la femna e de l'esquiròl....Mas defòra e luenh.
I arrivarèm. L'avem pagat lo drèch al "païs" . De millions de mòrts . Nosautres , a la debuta , disem pas qu'avem besonh de marina de guèrra , de frontièras. Nosautres, avem lo drèch de dire qu'aici sem en çò nòstre , qu'avem pagat lo tèrme. Que nos, lo nòrd nos a roinats..
Cò que fa qu'avem lo drech natural a la lenga e de renegar lo recul identitaire anonciat per qualques òmes mediatics, coma Slama, Debré, Rocard, Charasse, Melanchon , Villepin, D'Encausse, e autres sur FC, l'ensenhament , las bandièras , los actes administratius tot qué, i avem drèch...
Comprès independencia .
Los catalans mostran la rota...
Au sujet de l’enseignement par immersion et plus particulièrement à l’école Calandreta de Limoges, combien de parents des enfants fréquentant l’école sont-ils des locuteurs occitans ? Ne chercheraient-ils pas plutôt pour une bonne part une école qui propose un enseignement différent ( ici la pédagogie « Freinet »). Combien d’enfants accueille l’école ? Pourquoi les parents parlant couramment l’occitan n’envoient-ils pas massivement leurs enfants dans cette école ? Sont-ils si peu nombreux ? Peut être… ou peut être n’en voient-ils pas l’intérêt puisque comme il est mentionné dans votre article leurs enfants seront sûrement réduits à utiliser cette langue dans un « bocal ». Heureusement, nous savons que l’immersion précoce dans un milieu proposant plusieurs langues est en général bénéfique au développement du jeune cerveau de nos petits…Ainsi apprendront-ils plus facilement l’anglais au collège ! Et puis, si l’immersion a fonctionné, de 3 à 11 ans, l’enfant devrait pouvoir s’exprimer, comprendre et raisonner en occitan pour quelques années encore à sa sortie de l’école. A moins qu’il n’en ait pas besoin…Ce serait intéressant de savoir quelle utilisation ces enfants devenus adultes font de l’occitan.
La question que Lalirette soulève a déjà fait l'objet d'études.
A Limoges, à ma connaissance, une soixantaine d'enfants sont scolarisés. Le pourcentage de parents occitanophones est a priori faible. Il me semble que les parents inscrivent leurs enfants à la Calandreta pour des raisons multiples, de la pédagogie qui y est pratiquée, aux effectifs relativement réduits par classe, au bilinguisme et à la langue occitane
Rares sont toutefois les parents qui n'ont jamais eu aucun lien à l'occitan d'une manière ou d'une autre, que cela soit dans leur famille, chez des voisins à la campagne. Il ne faut souvent pas remonter bien loin dans la généalogie familiale en Limousin pour trouver des locuteurs. D'autres parents n'ont pas eu de lien avec l'occitan mais s'intéressent à la culture ancestrale du pays, populaire comme lettrée, et par voie de conséquence à la langue. Il s'agit d'esprits curieux du lieu où ils s'installent.
En résumé, il y a toujours au moins un intérêt pour la culture du pays que cela provienne de la famille (grands-parents ou arrière-grands-parents) ou de la connaissance de l'Histoire littéraire et artistique.
Les enfants qui sortent de la Calandreta n'ont par la suite pas la chance d'avoir de relais en collège ou lycée. C'est indigne d'une ville comme Limoges.
Les calandrons gardent toujours un excellent souvenir de leur passage à la Calandreta même si ils n'ont plus toujours l'usage de l'occitan. Le déclic peut très bien se produire à la sortie de l'adolescence au moment où les centres d'intérêt des jeunes adultes se diversifient, où ils ne pensent plus seulement aux filles, et se font éventuellement davantage culturels aussi.
A ma connaissance, à la Calandreta, les élèves étudient également d'autres langues durant leur scolarité, et sont initiés également à la compréhension des autres langues romanes par l'instigation de passerelles linguistiques.
Bref, c'est l'inverse d'un repli sur soi, tout au contraire, on donne aux élèves la possibilité et les moyens de s'inscrire dans un héritage culturel tout en les ouvrant à d'autres cultures diverses, plus ou moins proches.
Merci de votre réponse etayée. Je ne doutais pas que la Calandreta soit une école épanouissante pour les enfants. J'avais un peu peur de l'aspect "conservation du patrimoine linguistique" imposé par des parents nostalgiques. C'est vrai que ces enfants ont surement des grands parents ou plutôt même arriere grands parents qui pratiquent encore le patois limousin, mais il y a fort à parier qu'ils ne vivent pas à Limoges. Ne vaudrait il pas mieux aller sensibiliser, même si on est loin de l'immersion, les enfants des écoles rurales qui ont peut etre encore la chance d'entendre parler limousin autour d'eux? Nos petits de la campagne pourraient alors, bien plut tard, "quand ils ne penseraient plus seulement aux filles"(je vous cite)s'en souvenir! Et que faites vous des filles?
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