14 avril 2009
Dominique Schnapper et la question des « langues régionales » ou quand l’ethnique perce sous le civique
Dominique Schnapper et la question des « langues
régionales » ou quand l’ethnique perce sous le civique
Les 6-10 avril dernier, dans l’émission
de France Culture A Voix nue, Maryvonne
de Saint-Pulgent s’entretenait avec Dominique Schnapper. Les deux femmes sont à
la fois des universitaires et de hauts fonctionnaires : Maryvonne de
Saint-Pulgent est conseillère d’État, enseignante, musicienne et
journaliste ; Dominique Schnapper sociologue, directrice d’étude à l’École
de Hautes Études en Sciences Sociales, et membres du Conseil constitutionnel, fonction qui n’est pas sans importance pour ce qui va suivre. C’est à l’évocation de l’ouvrage de D.
Schnapper publié en 1994 chez Gallimard, La Communauté des citoyens, que la conversation en vint à rouler sur
la question des langues régionales. Il est difficile de ne pas être indigné par
les propos tenus, dans lesquels il n’est pas aisé de faire le départ entre
l’ignorance assez consternante manifestée sur le sujet et la mauvaise foi
éhontée, la dénonciation de chimères ne correspondant d’aucune façon à la
réalité.
Mais l’indignation ne
sert à rien et à personne ; il est plus utile de rapporter et d’analyser
assertions et arguments afin, éventuellement, de relever la fausseté des unes
et le caractère profondément contradictoire des autres. Il ne s’agira donc pas
ici de discuter le cadre théorique développé dans la Communauté des citoyens,
qui relève plutôt de la philosophie politique que de la sociologie, mais
seulement de pointer les incohérences et inconséquences internes de l’application
de ce cadre à la question linguistique et, au-delà, à celle de la diversité
culturelle. On trouvera à la suite de ma discussion la transcription la plus
exacte possible du passage de l’entretien en question, accessible pour quelques jours encore en postcast.
Civique et ethnique
Tout le discours repose
sur une distinction, établie dans le livre et reprise, avec une clarté
remarquable, lors de l’émission, entre civique et ethnique. Est civique tout ce
qui relève du projet de constitution d’un « espace public concret qui est celui de la citoyenneté dans laquelle
tous, par delà nos différences, par delà nos inégalités, nous sommes libres et
égaux en tant que citoyens ». Sont ethniques, « tous ces liens
concrets qui unissent les membres d’une même société par la référence à une
même histoire, à une même culture, souvent à une même religion, en tout cas à
une même langue ». Mais la langue a cette spécificité de relever
simultanément de l’éthique et de l’ethnique : elle est en effet « le
moyen à la fois de créer des émotions communes » (et est ainsi du côté de
l’ethnique), mais elle est aussi « du côté civique », dans la mesure
où « la démocratie consiste à résoudre les conflits par les mots et non par
la violence » et où « la langue est l’instrument nécessaire de la
pratique démocratique ». Ainsi civique et ethnique sont-ils dans la langue
inextricablement liés.
Ils le sont tellement, comme on va le
voir, que c’est en réalité au nom de caractères ethniques (au sens entendu par
l’auteure de la Communauté des citoyens)
présentés comme la quintessence du civisme (« à la française », ce
qui place d’emblée ce civisme – en tant que français et pas autre chose – du
côté de l’ethnisme), que toute dimension civique est refusée a priori à toute autre langue que le français sur le territoire national, au prix des plus
grossières contradictions, et que tout ce qui dans l’érection du français comme
langue unique de la République relève de manière flagrante et indiscutable (dans
le cadre des définitions même produites par l’auteur, je le répète), de l’ethnique
est présenté comme la quintessence du civisme. Par ce tour de passe-passe, ou
plutôt par cette confusion due aux préjugés ethniques franco-français, la
démocratie linguistique se trouve niée au nom même de la
démocratie, à travers la distinction entre une bonne et une mauvaise
démocratie, une bonne démocratie soi-disant égalitariste et universaliste et
une mauvaise démocratie, dite « extrême », selon un emprunt déclaré à
Montesquieu (mais il s’agit en fait de Tocqueville), au service des passions
individuelles et non plus de l’intérêt collectif.
Le droit à une liberté linguistique
privée (de public)
Le point de départ de
l’exposé de Dominique Schnapper, suscité et accompagné par Maryvonne de
Saint-Pulgent (les interlocutrices manifestant un accord global sur la question,
on ne saurait parler de discussion), est l’évocation de la mention récente des
langues régionales dans la Constitution au titre du patrimoine de la nation,
qui apparaît dans la conversation, en filigrane, comme un exemple de concession
dommageable à la démocratie civique. Mais l’intervention de Schnapper démarre
en fait par une défense sans restriction de la « position du Conseil
constitutionnel », dont elle est membre. Cette position n’est nullement
présentée : il s’agit sans doute du refus de la ratification de la Charte
Européenne des langues régionales et minoritaires, mais il n’en sera
étrangement question à aucun moment. Par contre la défense de cette position
est énoncée comme suit : « tout le monde a le droit d’apprendre ce qu’il
lui plaît dans l’espace privé ; le problème c’est la langue de l’espace
public et s’il n’y a plus de langue commune dans l’espace public, on ne
construit pas cet espace de citoyenneté qui est commun à tous les membres de la
société par delà leurs différences ». Schnapper sait qu’il est pourtant
difficile de nier l’existence de ce qu’elle appelle un espace de citoyenneté
commun à travers des langues différentes. Cela existe indéniablement un peu partout
dans le monde et elle prendra elle-même plus loin l’exemple de la Suisse, mais
alors pour dire que, du fait de ce qui selon elle serait le renforcement des séparations
linguistiques en Suisse (je ne sais sur quoi elle se fonde pour l’affirmer, car
la forte territorialisation linguistique est une donnée aussi ancienne que le
pays lui-même), l’espace public de la Confédération Helvétique serait en train
de se « défaire »[1]. Le
principe affirmé est qu’il ne saurait y avoir un espace public viable et
durable constitué de monolinguismes séparés. Il est faux, mais concédons-lui
encore ce présupposé.
Schnapper affirme, comme une chose allant de soi, que, précisément, les défenseurs des langues régionales remettent en cause l’existence d’une langue publique commune à toute la nation, en l’occurrence le français. C’est-à-dire que la revendication de la pratique et d’abord de l’enseignement de ces langues est nécessairement dirigée contre le français, dans le morcellement et le cloisonnement linguistique de la France. Cela est absurde : l’ensemble des acteurs associatifs engagés dans la défense et l’illustration des langues minorées de Franc travaillent à la préservation d’espaces de bilinguisme, et non à la substitution de la langue nationale par « les langues régionales ». N’oublions pas que même les écoles associatives comme Diwan, dont le Conseil d’État a refusé l’intégration au service public, ou Calandreta ici en Occitanie, sont des confédérations d’établissements sous contrat avec l’État qui, à ce titre, respectent les programmes scolaires nationaux. Aucune étude n’a jamais montré une maîtrise moindre du français par les élèves de ces écoles : bien au contraire ! Les associatifs et militants des langues régionales et des langues de France (dans lesquelles les premières sont englobées) sont tous partisans du multilinguisme, et personne, absolument personne ne rejette le français. Aussi, lorsque Schnapper affirme que les Bretons qui « apprennent le breton sans savoir le français, […] limitent leurs capacités d’échange à la Bretagne », soit elle se moque du monde, soit elle ne sait pas de quoi elle parle. Car de tels locuteurs monolingues n’existent nulle part en France, et cette description ne répond à aucune espèce de projet linguistique existant sur le territoire.
Elle ajoute que les Bretons
feraient mieux d’apprendre l’anglais, qui leur serait plus utile. Et c’est
parce que l’alsacien permet de parler allemand qu’il trouve grâce à ses yeux (à
condition de rester confiné à l’espace privé et de ne pas être aidé par le
public). Cela révèle un rapport aux langues incroyablement pauvre, étriqué,
bridé par une idéologie politique du monolinguisme… Il est évident, comme
toutes les études le montrent, que les nouvelles générations de locuteurs de
langues minorées aujourd’hui, parlent aussi de surcroît d’autres langues, dont
évidemment l’anglais. Je n’ai d’ailleurs pour ma part jamais rencontré de
bretonnant d’aujourd’hui qui ne connaisse aussi l’anglais (en plus du français,
évidemment). Mais passons… Ce que je note, c’est l’infini mépris manifesté envers
toute langue, dès lors qu’elle n’est pas langue d’État ou langue de
communication internationale (sinon Schnapper n’aurait évidemment aucune
leçon d’anglais à donner aux bretons qui choisissent d’apprendre le breton) et,
à la fois, une méconnaissance totale des pratiques linguistiques incriminées :
« on » lui a rapporté que les bretons ne se comprennent pas entre eux
(et Saint-Pulgent de renchérir en invoquant les locuteurs Gallo, qui comble de
ridicule, – n’est-ce pas ? – revendiquent leur identité par rapport au
breton !) et d’ailleurs il est bien connu que les langues régionales se
fragmentent en de multiples langues privées d’intercompréhension (laquelle est pourtant l’un des
premiers critères à partir desquel son définit aujourd’hui une langue)…
Comment peut-elle dire que la position du Conseil constitutionnel vis à vis des
langues régionales lui paraît « sociologiquement raisonnable »,
apportant ainsi généreusement la caution de la science sociologique à
l’appareil politico-juridique auquel elle appartient, alors que la moindre de ses
assertions en la matière trahit une incompétence absolue en
sociolinguistique ?
Je n’insisterai pas sur la bonne
conscience de la pratique politique du linguicide à la française : les
individus sont « libres » et ont donc le « droit » de
parler leurs langues, à la condition impérieuse de rester confinés à l’espace privé de leurs chaumières. C’est exactement de cette façon que les
langues ont été tuées en France, lentement étouffées par leur éviction de toute
forme de publicité et de publication. Comment une langue pourrait-elle survivre
durablement, dès lors qu’un enseignement public monolingue est imposé à tout
citoyen, un enseignement qui exclut les autres langues historiques non
seulement de l’espace scolaire, mais de toute dignité culturelle et sociale
(indignité reconduite ici dans chacun des mots de nos éminentes
conversantes) ? L’idée d’une langue uniquement privée est une pure
fiction, une pure abstraction ; elle ne correspond à aucune pratique
possible, même dans le cadre de la plus rigide diglossie (la structuration hiérarchique
entre langue haute et langue basse, notion d’ailleurs étrangère au vocabulaire
de Schnapper). J’entendais l’autre jour, sur la même chaîne de radio, Mona Ozouf,
pourtant fervente républicaine s’il en fût, présenter l’ouvrage qu’elle vient
de faire paraître sur la figure passionnante de son père militant breton de
gauche (Yann Sohier), rétorquant à l’inénarrable Alain-Gérard Slama, qui défendait
toujours la même position d’exclusion ignare et obtuse, qu’un jardin que l’on
ne cultive plus disparaît[2].
Droits linguistiques et « démocratie
extrême »
Nos conversantes raisonnent de toute
autre façon, et à l’inverse : elles voient le monolinguisme généralisé comme
une remarquable conquête, qui fut très longue et très dure (Saint-Pulgent,
rappelle, émerveillé, que sa grand-mère ne parlait que le breton et que son
père avait le breton comme langue maternelle) et surtout extrêmement récente eu
égard à la longue durée de la nation (après la deuxième guerre, et grâce au
coup de pouce de la télévision, remarque Schnapper), mais une conquête menacée
par ce que Schnapper affirme être, contre toute espèce de vraisemblance, des
revendications à la pratique d’un monolinguisme régional. Jamais il ne leur
passerait par l’esprit, apparemment, que ces langues constituent une richesse
culturelle inestimable à cultiver dans un horizon de plurilinguisme, où le
français, loin d’être menacé, devient un partenaire, après avoir été si
longtemps un despote fort peu éclairé. Ces revendications n’ont rien à voir avec
une mise en cause de la citoyenneté, au contraire ! C’est au nom d’une
conception éminemment civique et pour tout dire démocratique de la culture et
de l’histoire que nous réclamons nos droits linguistiques.
Cela me conduit, bien entendu, à
récuser l’analyse de ces revendications dans les termes de ce que Schnapper
appelle « démocratie extrême ». Pour elle, en effet, la pratique des
langues régionales relève d’un individualisme forcé qui se détourne des devoirs
envers la communauté nationale au profit d’une jouissance immédiate
indifférente aux valeurs collectives. En effet, selon elle, les revendications
portant sur l’usage public des langues régionales font « partie du délitement du
lien social, c’est-à-dire on veut que le lien social soit de plus en plus
proche et à force qu’il soit plus proche… […] on rétrécie de plus en plus le
sentiment de solidarité et les possibilités d’échange, et ça me paraît remettre
fondamentalement en cause l’idée démocratique dans laquelle, parce que nous
sommes tous égaux, nous pouvons entrer en communication avec tous les autres et
à force de restreindre cette possibilité profonde de communication, je crois
que l’on remets en cause le lien social qui est une condition de la société
démocratique ». Et encore : « aboutissant à ce que chacun
recherche exclusivement son propre bien être et trouve son bien être dans son
isolement, dans son soi-même, dans l’écho de son propre cœur, comme disait Tocqueville
et le replis sur les langues particulières qui, encore une fois, peuvent se
rajouter à la langue française en pleine liberté, mais qui risquent de remplacer
la langue française, me paraît un de ces signes du replis sur soi et de
l’affaiblissement de la citoyenneté commune qui, jusqu’à présent, a toujours
été une citoyenneté nationale portée par une langue nationale et donc, c’est un
signe de l’affaiblissement de la citoyenneté nationale ». Soutenir que
certaines langues, parce que parlées par une partie de la communauté nationale et
non toute, déferaient le « lien social », est contraire au bon sens,
car il n’est pas de langue naturelle dont la première fonction ne soit
précisément de faire lien et de faire société. Le nombre de locuteurs ne saurait
compter, sinon il faudrait en dire autant du français par rapport à l’anglais
ou à l’espagnol. D’ailleurs, du point de vue d’un cosmopolitisme abstrait, on
pourrait affirmer (certains ne s’en privent pas), que les langues
nationales sont des barrières à la citoyenneté globale et doivent être
abandonnées au profit d’une langue universelle. Affirmer que parler une langue
régionale est une restriction des possibilités de communication est évidemment
une ânerie, d’abord, encore une fois, parce qu’il faudrait alors le dire aussi
de cette langue locale qu’est le français, mais aussi parce que ce raisonnement
ne pourrait être soutenu que dans le cadre d’un monolinguisme local : il
va de soi qu’un locuteur parlant breton, français et anglais, par exemple,
possède une ouverture communicationnelle autrement importante et plus riche
qu’un monolingue français. Et en terme de « solidarité » tissée à
travers la langue, tourné comme il l’est à la fois vers le plus proche et vers
le plus lointain (et notons qu’il arrive souvent en Bretagne que le plus proche
parle anglais), le breton bretonnant n’a aucune leçon de civisme à recevoir des maîtres de vertus
républicaines. Quant à l’assertion selon laquelle l’acte même de pratiquer les
langues régionales contribue à affaiblir la citoyenneté nationale, elle se
trouve contredite par l’histoire linguistique du pays, telle que Schnapper
elle-même la présente, puisque le sentiment d’appartenance nationale n’a pas
attendu la fin de la deuxième guerre mondiale pour se manifester, c’est-à-dire
l’avènement béni de générations enfin purement monolingues : l’affirmer serait évidemment une injure innommable à l’encontre de tous ceux qui, de gré
ou de force, ont laissé leur vie sur les champs de bataille sans maîtriser la
langue française. Et l’on aperçoit ainsi d’ailleurs tout ce qui distingue, du
point de vue même de l’appartenance civique à la nation, les langues régionales
des langues étrangères, et interdit de les confondre dans un même statut de
privatisation imposée, comme le fait Schnapper (« le problème, dit-elle,
des langues régionales doit être traité comme
celui [je souligne] des langues étrangères » ; au cours de
l’entretien, elle fera même ce lapsus on ne peut plus révélateur :
« en 1914 on parlait encore 14 ou 17 langues étrang… euh non françaises
sur le territoire national », là encore on notera la qualité de
l’information, en l’occurrence historique). Il est par contre possible, en
effet, d’avancer que le multilinguisme relativise les sentiments d’appartenance
nationale au profit d’une vision cosmopolite de l’humanité et de l’humaine condition,
et s’avère sur ce plan beaucoup plus efficace que les prétentions universalistes
du français érigé en langue soi-disant naturelle des droits de l’homme. Mais
s’il en est ainsi, si la religion de la France ethnique s’en trouve affaiblie,
je serai bien le dernier à m’en offusquer.
Le poids des représentations ethniques de l’histoire
et de La langue de France
Car tel est le nœud de la
question : c’est bien au nom d’une représentation de la « réalité
ethnique » de la France qu’est conduite la critique des revendications
linguistiques et menée leur lecture comme exigence de « démocratie extrême »,
s’il est vrai, je le rappelle, que Schnapper définit l’ethnique comme ces
« liens concrets qui unissent les membres d’une même société par la
référence à une même histoire, à une même culture, souvent à une même religion,
en tout cas à une même langue ». En effet, au cours de son entretien, elle
ne cesse de dire que « la nation française a été construite à travers les
siècles autour de l’idée de la langue commune » et que, s’il n’y avait
plus « l’obligation du français comme langue unique de la République »
(selon les termes de la question que lui pose Saint-Pulgent), ce serait « dans l’histoire
française […] une mise en cause très grave » ; les divisions de
langues remettraient fatalement en question « l’histoire de la France
telle qu’elle s’est constitué. ». C’est au nom de la référence à ce qui
serait l’histoire spécifique de la France, non pas d'ailleurs l’histoire des historiens, mais le récit historique commun, le mythe
ethnique selon lequel depuis 1539 au moins (Villers-Cotterêts) la nation se
ferait autour de la « langue commune » (qui ne devient une réalité
sérieusement soutenable qu’après 1789), que toute avancée dans la
reconnaissance des langues régionales et l’application d’une démocratie
culturelle et linguistique non pas extrême mais bien élémentaire, est récusée a priori, en contradiction foncière avec
les principes de rationalité et d’universalité de la citoyenneté. Car, de ce
point de vue, il semble impossible de soutenir qu’il est des langues qui par
essence seraient supérieures à d’autres et mieux capables de dire l’universel. C’est
pourtant ce que Schnapper et son interlocutrice affirment sans sourciller, en
mettant dans l’entretien du 10 avril sur le même plan, au titre des effets délétères
de la démocratie extrême dans laquelle toutes les productions culturelles,
savantes ou populaires, transmises ou nouvelles, s’équivaudraient, les langues
de France (par rapport au français), les musiques du monde (par rapport à la
musique « savante ») et les nouvelles expressions artistiques
urbaines (« tags », etc. par rapport aux arts transmis selon l’apprentissage
de la tradition : manifestement, nos conversantes n’ont jamais entendu
parler de ce qu’est devenu l’art « savant » après Marcel Duchamp). Cela
leur donne d’ailleurs, lors des deux émissions, l’occasion de dénoncer la
Délégation à la Langue Française et aux Langues de France, sur le site duquel
ces dernières seraient mises sur un pied d’égalité avec le français et même prendraient
la place du français (ce qui est faux comme un simple clic suffit à le montrer).
Cette intolérance à l’égard du seul organisme public qui fait une place à ces
langues (d’ailleurs avec des financements absolument dérisoires), comme envers des
formes musicales et artistiques stigmatisées – soi-disant parce qu’elles
exprimeraient l’ethnique contre le civique – en dit long sur la conception que
nos éminentes fonctionnaires d’État se font de la démocratie culturelle ainsi
que sur leurs propres préjugés ethnicistes (encore et toujours pour utiliser
les distinctions de Schnapper). Je crois en effet que lorsqu’on s’insurge,
comme elles l’ont fait le 10 avril, contre le projet qu’avait caressé Chirac de
présenter les arts premiers au Louvre, saint des saints de la culture noble et
savante, on ne peut le faire qu’au nom des préjugés les plus ethnicistes qui soient, ceux-là mêmes qui, encore et encore, animent la
bataille contre les langues de France. Ces langues qui, soi-disant,
menaceraient de se substituer au français, sont pourtant déjà très largement et
profondément détruites, en partie, c’est évident, par ce vieux, très vieux
discours nationaliste républicain, auquel Schnapper tente ici de conférer une
dignité théorique qu’il n’a jamais eu et ne pourra jamais avoir, car il n’est
rien d’autre que l’expression d’une passion ethnique exacerbée.
Jean-Pierre
Cavaillé
A lire aussi, l'analyse de Christian le Meut
Appendice
émission A
voix nue Transcription d’un extrait suivi de l’entretien du 8 avril entre
Maryvonne de Saint-Pulgent et Dominique Schnapper
Dominique Schnapper : travail
du sociologue éclaircir les termes : « Dans la Communauté des citoyens, j’ai proposé
mes définitions. Civique : tout ce qui ressort de ce projet de
l’espace public concret qui est celui de la citoyenneté dans laquelle tous, par
delà nos différences, par delà nos inégalités, nous sommes libres et égaux en
tant que citoyens et j’ai appelé réalité ethniques tous ces liens concrets qui
unissent les membres d’une même société par la référence à une même histoire, à
une même culture, souvent à une même religion, en tout cas à une même langue ;
la langue étant le moyen à la fois de créer des émotions communes, c’est-à-dire
étant du côté de l’ethnique, et étant aussi du côté civique puisque la
démocratie ça consiste à résoudre les conflits par les mots et non pas la
violence et que la langue est l’instrument nécessaire de la pratique
démocratique. Civique et ethnique sont inextricablement liés.
Maryvonne
de Saint-Pulgent : depuis il y a eu les « langues de
France », problème encore plus compliqué en France, puisque en France, le
français est la langue de l’État.
Dominique Schnapper : Le
français langue de la République inscrit dans la Constitution, les langues
régionales : rajoutées plus loin au titre du patrimoine de la nation.
La position du
conseil constitutionnel, je la défends tout à fait ; elle me paraît
sociologiquement raisonnable : c’est-à-dire que tout le monde a le droit
d’apprendre ce qui lui plaît dans l’espace privé ; le problème c’est la
langue de l’espace public et s’il n’y a plus de langue commune dans l’espace
public, on ne construit pas cet espace de citoyenneté qui est commun à tous les
membres de la société par delà leurs différences.
Maryvonne de Saint-Pulgent : espace
public, c’est-à-dire concrètement ?
Dominique Schnapper :
l’administration, la justice et l’école. C’est particulièrement vrai en France
où la nation française a été construite à travers les siècles autour de l’idée
de la langue commune même si elle a été tardivement acquise à tous.
Maryvonne de Saint-Pulgent : Vous avez
épousé un Alsacien et moi je suis bretonne : pour ces deux marches là, ça
veut dire sacrifice d’une langue.
Dominique Schnapper : mon mari
n’était pas Alsacien, mais de toute façon, le problème des langues régionales
doit être traité comme celui des langues étrangères, c’est-à-dire qu’il est tout
à fait heureux que les alsaciens apprennent à parler l’alsacien puisque ça leur
permet d’apprendre l’allemand, c’est une excellente chose qu’une partie des Français
sachent l’allemand, mais si ils veulent participer à l’espace commun français,
il faut que la langue principale soit le français qui permet d’entrer en
communication avec tous les autres de la nation française. Il serait peut-être
plus utile aux bretons d’apprendre l’anglais que le breton, mais c’est
absolument leur liberté d’apprendre le breton s’ils le souhaitent, simplement
s’ils apprennent le breton sans savoir le français, ils limitent leurs
capacités d’échange à la Bretagne et il me semble qu’ils ont tout intérêt
intellectuel et social à pouvoir vivre éventuellement en dehors de la Bretagne,
donc je pense que la position de conseil constitutionnel est conforme à la
tradition française et à la constitution.
Maryvonne de Saint-Pulgent : est-ce que
vous iriez jusqu’à dire qu’il n’y aurait plus de nation française, s’il n’y
avait plus d’obligation du français comme langue unique de la République ?
Dominique Schnapper : Dans
l’histoire française se serait une mise en cause très grave, oui. Et je crois
d’une façon générale qu’il faut un espace public commun pour que se construise
la démocratie, c’est le problème que l’on voit au niveau européen, les
difficultés des européens à dialoguer... La démocratie est le régime du
dialogue pour remplacer la violence. Je vois toutes les difficultés aujourd’hui
dans le cas très particulier de la Suisse ou de moins en moins les
germanophones – je prends le cas le meilleur, celui où il y a le moins de
conflits, où ils ont réussis un espèce de génie politique pendant un siècle
entre la majorité germanophones et les minorités hé bien maintenant où de moins
en moins les germanophones apprennent le français et les français apprennent
l’allemand, on voit se défaire cet espace public qui était celui de la
Confédération Helvétique et c’était un cas tout à fait particulier et tout
particulièrement favorable. Dans le cas français où la population est déjà
divisée par toutes sortes de critères, ajouter celui de la langue me paraîtrait
remettre en cause l’histoire de la France telle qu’elle s’est constitué. On
considère que le français a commencé à être la langue première de la population
française juste après la seconde guerre mondiale [aidé par la télévision], en
1914 on parlait encore 14 ou 17 langues étrang… euh non françaises sur le
territoire national, sans compter les langues que les immigrés parlaient dans
l’intimité de leurs familles.
Maryvonne de Saint-Pulgent : Ma
grand-mère paternelle ne parlaient pas du tout français et mon père avait comme
langue maternelle le breton, le français est sa deuxième langue…
C’est un
discours de plus en plus difficilement reçu. De plus en plus de gens
revendiquent le droit de se faire juger, de se faire enseigner et de
communiquer dans leur langue. Ça fait partie des crises de la nation, ou c’est
autre chose ?
Dominique Schnapper : Cela fait
partie du délitement du lien social, c’est-à-dire on veut que le lien social
soit de plus en plus proche et à force qu’il soit plus proche… La langue
commune, c’est un lien avec tous les nationaux, la langue régionale un lien
avec tous les régionaux, et comme la langue régionale se divise elle-même en
une série de langues, elles-mêmes différentes les unes des autres : j’ai
entendu dire que tous les bretons ne se comprenaient pas.
Maryvonne de Saint-Pulgent : Ah oui, il
n’y a pas que le breton : il y a le breton et il y a le parler gallo,
depuis que les bretons revendiquent de parler breton, les gens du pays gallo
disent : il faut pas que le breton éteigne le parler gallo !
Dominique Schnapper : Donc on
rétrécie de plus en plus, le sentiment de solidarité et les possibilités
d’échange, et ça me paraît remettre fondamentalement en cause l’idée
démocratique dans laquelle parce que nous sommes tous égaux nous pouvons entrer
en communication avec tous les autres et à force de restreindre cette
possibilité profonde de communication, je crois que l’on remets en cause le
lien social qui est une condition de la société démocratique.
Maryvonne de Saint-Pulgent : Vous savez
qu’il existe une institution qui s’appelle la Délégation à la Langue Française,
enfin qui s’appelait la Délégation à la Langue Française… mis à la disposition
du ministère de la culture et qui s’appelle depuis quelques années la
Délégation à la Langue Française et aux Langues de France [en insistant avec
une légère emphase sur « Langues de
France »] ce qui a été une révolution conceptuelle, puisqu’à l’origine
elle avait comme mission de promouvoir l’usage du français et maintenant elle
promeut l’usage plutôt des autres langues, elle promeut l’usage de tout, bon…
et si vous allez sur son site, vous ne trouverez d’ailleurs aucune information
sur la pratique du français mais surtout des informations sur la pratique des
autres langues. Que vous inspire cette évolution d’une institution de la
République ?
Dominique Schnapper : ça m’inspire… beaucoup d’autres éléments m’inspirent le même sentiment, l’inquiétude sur ce que devient, en empruntant un terme à Montesquieu, la « démocratie extrême » aboutissant à ce que chacun recherche exclusivement son propre bien être et trouve son bien être dans son isolement, dans son soi-même, dans l’écho de son propre cœur, comme disait Tocqueville et le replis sur les langues particulières qui, encore une fois, peuvent se rajouter à la langue française en plein liberté, mais qui risquent de remplacer la langue française, me paraît un de ces signes du replis sur soi et de l’affaiblissement de la citoyenneté commune qui jusqu’à présent à toujours été une citoyenneté nationale porté par une langue nationale et donc, c’est un signe de l’affaiblissement de la citoyenneté nationale.
[1] Voir l’article, très bien informé, et aux
conclusions bien différentes de Uli Windisch,
"Multiculturalisme et plurilinguisme: le cas suisse," in. D.
Lacorne & T. Judt, (eds.) La
Politique de Babel : du monolinguisme d'état au plurilinguisme des peuples,
Fondation nationale des sciences politiques. Centre d'études et de recherches
internationales, Remarque Institute (New York University), Kathala Editions,
2002.
[2] Aux antipodes de Schnapper, lire
les déclarations de Mona Ozouf au Télégramme,
du 5 avril dernier,
en particulier sa réponse à la question suivante : « La France n'a pas ratifié la Charte
européenne des langues régionales et minoritaires: le breton et la Bretagne
feraient-ils toujours peur à Paris? » : « Le
feuilleton jamais clos de la ratification de la Charte européenne des langues
régionales et minoritaires illustre, en effet, la mauvaise grâce que la France
montre à l'expression de la diversité culturelle. En proclamant que «la langue
de la République est le français», en refusant les amendements qui auraient
permis de manifester le respect dû aux langues minoritaires, en criant à la
balkanisation du territoire français dès qu'une proposition de reconnaissance
de ces langues, fût-elle modeste, voit le jour, la France révèle sa vieille
allergie à la particularité, son goût constant pour l'uniformité. »
Commentaires
Mal barrés !
Ce qui est extraordinaire dans les arguments développés par les jacobins, c'est qu'on tourne sans cesse en rond. Dans la conclusion de Tristes Tropiques, Levi-Strauss écrit (on peut d'ailleurs penser ce qu'on veut du sort qu'il réserve à l'Islam) : "Chez les musulmans comme chez nous, j'observe (...) cette conviction obstinée qu'il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être aussitôt débarrassé. A l'abri d'un rationalisme juridique et formaliste, nous nous construisons pareillement une image du monde et de la société où toutes les difficultés sont justiciables d'une logique artificieuse, et nous ne nous rendons pas compte que l'univers ne se compose plus des objets dont nous parlons."
Mais l'incapacité de sortir d'un discours et d'un raisonnement qu'on essaie sans fin , coûte que coûte, d'appliquer à tous les problèmes, la rage avec laquelle on le plaque dès qu'il s'agit d'un problème un peu complexe, tout ça cache bien quelque chose ! Le bon sens nous dit que quand quelqu'un réagit de façon disproportionnée à une difficulté, c'est qu'il est touché plus qu'il ne veut le reconnaître et que le problème est ailleurs.
Mais où ? Sans doute dans le rapport à "l'autre", le pire, celui de l'intérieur. Parler de langues de France, c'est bien admettre, de la part du vaiqueur, que les vaincus, juste derrière la porte, n'ont pas été réduits, qu'ils n'ont pas admis l'évidence de leur défaite. C'est même pire : admettre qu'on est soi-même l'autre, que l'étranger de l'intérieur ce n'est pas seulement la bonne bretonne ou le paysan occitan quand il monte à Paris, mais aussi le prof parisien lorsqu'il descend en "province". Accepter d'être un étranger, un minoritaire... C'est donc si traumatisant ? Les jacobins sont bien mal barrés pour le XXIème siècle !
Dans le mille
Le Français de base , et le français réputé intellectuel sont généralement convaincus de parler une langue que le monde entier nous envie. (voir la nounou Russe).La plus belle avenue du monde , la France c'est quand même beau ce qui est peut être vrai , surtout au moment ou le gouvernement brade ce qui reste du "ciment " national.
Elle est claire , nette et les mots pour le dire viennent aisement ...
Je n'ai toujours pas réussi à comprendre pourquoi le français de France se sent menacé à l'idée de sonorités différentes.
Certes il y a l'apprentissage scolaire qui hypertrophie le rôle civilisateur du français,(quoique ... cela mérite l'arrêt si l'on songe une seconde à la perception que les autres peuples europeens ont de l'aventure Napoleonienne ) .
Le français dont il est question est quasiment destabilisé à l'idée que d'autres langues puissent exister sur le territoire national. Il veut bien en voir ailleurs , en ex Yougaslavie , en Espagne , au Royaume Uni, en Russie( il aime bien l'idée de la diversité en Russie ou en Chine), mais en France , cela lui paraît tout simplement impossible.
Car les mots français , il n'y a qu'à voir comme chaque speakrine de "base", torture les sons pour leur donner une touche , ille de francienne, que de vrais parigots , par ex Mistinguet serait bien incapable de reconnaître , en ajoutant des vocalises proches des emissions anglo-saxonnes.
Il est pitoyable de constater que tous les moyens sont bons pour jouer "la montre", afin que ne subiste que le français dans sa gangue concretionnée par des siècles d'ajustement progressif de l'académie française , en ignorant le plus possible tout apport "provincial" qualifié de "bas latin", qui laisse penser que toutes les élites ont de douloureux problèmes psychiques en latence,pb de tolérance , de reconnaissance, pour nier à ce point l'évidence de l'existence d'autres langages.
Le français semble pressé de confirmer dans le marbre l'existence de quatre ou cinq langues internationales reconnues comme telles et dont la sienne fait partie.
Il se sent "menacé" à l'idée d'une possible diversité nationale. Pourquoi?
A la manière des apparatchiks en leur temps .
Bravo Mr Cavaillé de denoncer, encore et toujours, leurs manifestations de craintes maladives et multiseculaires avec autant d'acuité.
épidermique
On nous refait le coup pluri-millénaire du barbare, cet autre qu'on caricature d'autant que l'on ne fait pas l'effort de l'entendre.
Quel grand moment d'humanisme, deux rombières de salons cumulardes qui n'ont jamais lu un livre, qui n'ont jamais surpris une conversation en langue d'oc, et qui ne doivent guère plus prendre les lignes vivantes du métro parisien, viennent nous faire un cours de réalisme linguistique ; merci à elles.
Peut-il être donné de se confire d'autant de certitudes sur si peu d'observations. Je crois que l'on appelait ce vilain pli avant la laïcité l'obscurantisme. Il revient où on ne l'attendait pas.
La probité intellectuelle inviterait le penseur à se faire du monde la représentation la moins imparfaite qui soit. Hélas, pour nos élites d'aujourd'hui le système est parfait puisqu'il organise toutes ses révolutions autour de soi.
Mais l'individualiste acharné, encore une fois c'est toujours l'autre ! Pensez-vous, ces grands dignitaires bardés de personnats et de prébendes n'ont jamais marché sur la tête de leurs camarades pour arriver à leur fin, leur promotion est la juste reconnaissance de leur excellence par la communauté. Cette discussion lumineuse en est la preuve ! Alors que le militant associatif qui en dehors de son boulot s'échine à maintenir une Calandreta en vie dans une zone rurale qui n'en finit de se désertifier est un forcené égocentrique, qui frise parfois l'activisme terroriste, reconnaissons le ! Eh bien oui, CQFD !
" O tempora ! O mores ! " voilà nos édiles, qui trouvent dans cet invariant sacrifice aux plus éculés des poncifs linguistiques une énième fois le moyen d'être faibles avec les forts et forts avec les faibles. La vieille toge républicaines s'effiloche toujours un peu davantage dans les mains ce ce type de "défenseurs". Je m'en désole, je m'en consterne, mais l'on entend qu'eux.
En matière de culture et de connaissance, pour traiter à part égal de langage et de langue, on comprend qu'avec des conseillers d'Etat de cette trempe des projets de loi comme l'Hodapi régenterons demain dans l'Eglise France l'accès de chacun aux produits du savoir et de la création. Derrière les grands principes, les petits intérêts.
Mesdames.
Vive la République, par ses citoyens !
Lo lapsus sus lengas estranh... regionalas dins la vita domestica.
Bonjour,
J'ai écouté avec plaisir Mona Ozouf (Humeur vagabonde - fr/inter) et la semaine d'après avec moins de plaisir Dominique Schnapper (A voix nue - fr/culture).
J'ai arrêté lors du lapsus (révélateur pour celle qui le produit) sur "langues étran... régionales" pour envoyer un petit message de remerciement à Kathleen Evin dont l'émission contrebalançait les opinions de Schnapper et la semaine de propagande pour la francophonie ; semaine dont le sommet a été atteint le vendredi en fin d'après midi avec la promotion dans une ancienne colonie d'Afrique des méthodes d'enseignements (et de dénonciations) du français semblables à celle connues par nos parents. Le journaliste ne faisant pas un commentaire.
C'est cela aussi la pluralité d'opinions du service publique de radio (je n'ai pas de télévision mais je n'y crois pas présente une telle diversité, même imparfaite... et je n'écoute quasiment jamais les radios privées).
JP
Ouch !
Tout à fait d'accord avec toi : ces dames parlent de façon péremptoires de sujets qu'elles ne connaissent pas. Et toujours cette démarche connement binaire : tout espace laissé au patois est une menace pour la langue française.
Joli, la référence istorique : si je comprends bine, le contrat civique, que je croyais bêtement né dans la dynamique issue de 89 est en fait consubstantiel à la totalité de l'histoire de France (depuis Chlodwek ?) et son fondement n'est pas l'adhésion aux principes de la démocratie, mais l'adhésion au monolinguisme d'Etat et au culte du français seul...
On n'oublie pas que la "républicaine" Schnapper est la fille de feu Raymond Aron : les chiens ne font pas des chats, mais ils peuvent faire de bons penseurs pour lecteurs du Figaro. Misère de la Philosophie...
Très bien le bouquin de Moa Ozouf : elle vient parler à Montpellier jeudi. J'irai voir.
PS private : j'oublie pas Villers Coterêts :patience ...
Q
La cultura francésa exigenta.
Ethnie ? Même si on le minimise, il y a trop de mobilité et de pluralité culturelle au sein de chaque groupe, de chaque individu ou de chaque famille, pour qu'on puisse voir devant nous une réalité ethnique nette en France. Ne faut-il y voir qu'un obstacle à l'universel ?
Je ne comprends pas que madame Schnapper distingue a priori deux principes contradictoires dans une seule nation, un civique et l'autre "ethnique". Cela me semble être une simple fiction juridique pour justifier une transcendance par l'omniprésence du français. A l'échelle individuelle, cela paraît même franchement ridicule. Mon coeur appartiendrait à ma nation ethnique (laquelle ?), mon cerveau à ma nation civique mais, heureusement, ma langue transcenderait le tout...
Tout cela est cousu de fil blanc. Le concept de nation a connu d'autres pensées plus fines...
Les langues régionales sont une partie intégrante de la culture nationale et à ce titre, doivent accéder à la sphère publique. Pourquoi est-il honteux d'imaginer qu'un homme politique parle en Breton à ses administrés ? Il faut avoir une vision exigeante (polyglotte) de la culture française !
Une Nation est presque toujours pluri-ethnique : elle n'a comme transcendance que les valeurs humanistes qu'elle fait vivre au quotidien.
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