03 juin 2009
L’occitan « langue ethnique » selon Claude Sicre

L’occitan « langue ethnique » selon Claude
Sicre
Claude Sicre, l’âme des Fabulous Troubadours et du Carrefour Culturel
d’Arnaud Bernard, l’initiateur du Forom
des Langues, des repas de quartiers, etc. etc. a donné un entretien l’année
dernière à la revue Midi-Pyrénées
Patrimoine (n° 14).
Ce texte a suscité un certain émoi dans les milieux occitanistes, toutes
tendances confondues ou presque. A juste titre, me semble-t-il, car Sicre, même
s’il est présenté par la revue en question comme le « troubadour moderne d’un occitan
vivant », croit pouvoir d'abord constater la « mort » de celui-ci comme langue
parlée, juge ensuite que cette disparition est le résultat d’un libre « choix »
des occitanophones eux-mêmes (niant expressément toute forme de
« répression » linguistique), et estime surtout que cette fin de l’occitan
comme langue d’échange spontanée, non seulement est un fait, mais un fait
positif. Cela il ne le dit pas en toutes lettres, mais il s’agit bien, comme je
voudrais le montrer, de la conséquence nécessaire d’un raisonnement que je
trouve pour ma part, non seulement fallacieux, mais pervers.
Ce qui frappe au premier abord est le
peu de sérieux des informations historiques, linguistiques et mêmes politiques
et l’on se demande quelle est la part de responsabilité de la revue à ce sujet,
en la personne du journaliste qui a réalisé l'entretien, Stéphane Thépot. Déjà, les lignes introductives
contiennent une regrettable ambiguïté, qui disent : « Jadis, membre
de l’institut d’études occitanes, Claude Sicre s’est progressivement détaché du
parti occitan… ». En l’absence de lettres capitales, le lecteur comprend
que l’Institut d’Études Occitanes, pourtant à vocation strictement culturelle,
incarne le parti occitan (et notons bien non pas le Parti Occitan, mais un
nébuleux « parti occitan », comme on parlait autrefois du parti de
Moscou, ou du parti de l’étranger).
Vient ensuite, dans les propos
rapportés de Sicre, une confusion de noms et surtout une imprécision historique,
qui méritent à peine d’être relevés[1]. Plus embarrassante est l’affirmation selon
laquelle « il n’y a jamais eu de « répression » de la langue
d’oc », et surtout pas à l’école de la République, où l’on se faisait taper
sur les doigts certes, mais pas plus quand on parlait occitan que quand on ne savait pas ses règles de multiplication. Pourtant, cette expérience de la
« répression » de la langue est rapportée par tous les anciens, qui
disparaissent aujourd’hui un à un, mais vous en trouverez encore facilement autour
de vous ; c’est un argument qu’ils donnent d’ailleurs souvent lorsqu’on
leur demande pourquoi ils n’ont pas transmis la langue. Sont-ils de mauvaise
foi, quand ils avancent cette raison ? En partie, et même pour l’essentiel,
je le crois, mais on ne saurait pour autant dire que l’école française a
finalement été débonnaire, sinon envers les patois, en tout cas avec les petits
patoisants. Cette idée, absolument discutable, s’est imposée peu à peu à partir
de l’ouvrage de Jean-François Chanet, L’école républicaine et les
petites patries (Aubier, 1996), et la passion jacobine a fait le reste,
d’autant plus que les contradicteurs potentiels – ceux qui ont vécu la pratique
du signal etc. – se font rares. Je renvoie ici à l’ouvrage de Philippe Martel
qui, sur cette question essentielle remet les pendules à l’heure (L’école
française et l’occitan. Le sourd et le bègue, Montpellier, Presses
Universitaires de la Méditerranée, 2008, voir sur ce blog L’école française face au patois).
Aussi, affirmer qu’il n’y a jamais eu de répression de la langue d’oc (dans un
pays où l’abolition des « patois » fut régulièrement considéré comme une
priorité) et aujourd’hui moins que jamais est à mon avis une chose impossible, car elle suppose, comme acquise – ce qui est visiblement le
cas pour Sicre –, que cette langue ne puisse avoir d’autre légitimité que dans
le strict domaine privé. Le « troubadour moderne » donne son plein
assentiment à l’article 2 de la constitution, selon lequel la seule langue de
la République, la seule langue officielle (publique donc) de la nation, est le
français. Tout usage public d’une langue autre que le français est alors anticonsitutionnelle,
partant, bien sûr, illégale. Si un citoyen français ne reconnaît pas la
légitimité de cet énoncé constitutionnel et passe à l’acte, en soutenant par
exemple un doctorat en breton, ou en prenant la parole pour prononcer la
moindre phase en occitan à l’Assemblée Nationale, alors la censure s’abat
immédiatement sur lui, et la parfaite légalité de cette dernière ne l’empêche
nullement d’être répressive. On peut juger cette répression nécessaire et
justifiée – je n’entre pas ici dans ce débat –, mais répression il y a et
il faut au moins avoir le courage de l’assumer comme telle. Lorsque la police
réprime une manifestation interdite par la préfecture, on peut juger cette
répression légitime, mais on ne va nous faire croire que le fait de vivre en
une démocratie – ou prétendue telle –, exclut ipso facto les pratiques répressives. En outre, dire qu’il
« n’y a pas de minorités linguistiques dans notre pays, au sens où personne
ne peut se dire stigmatisé, mis à l’écart en raison de sa langue », est
évidemment une fausseté grossière : tous les groupes et les individus qui
ne parlent pas encore le français, ou le parlent mal, ou avec ce qui est
identifié comme un fort accent, connaissent la stigmatisation et la mise à
l’écart – ce qui est sans doute un phénomène que l’on trouve à peu près dans
toutes les sociétés du monde – mais il ne faut pas prétendre alors que la
France fasse exception. Il y a des minorités « audibles » comme il y
a des minorités « visibles » –
et ce ne sont bien sûr pas forcément les mêmes. Il ne suffit pas de décréter
l’absence de pertinence du concept de minorité en régime français pour abolir
la réalité des phénomènes minoritaires. La réalité est têtue. Et si les
locuteurs de langues dites « régionales » ne sont pas stigmatisés,
c’est bien sûr en tant qu’ils parlent désormais tous le français, car il y a
bien eu stigmatisation et discrimination sociale et culturelle, indiscutablement,
des citoyen(ne)s français parlant ces langues sans connaître le français, pendant
des siècles et jusqu’à ce que disparaisse le dernière (la dernière) d’entre
eux (elles). Par piété, ne badigeonnons pas notre histoire politique et sociale,
passée et présente, en rose bonbon et bleu layette.
Une autre affirmation de Sicre, difficile à avaler, est celle selon laquelle les occitanophones, comme la plupart des locuteurs des autres langues historiques de France, ont « choisi majoritairement » d’abandonner leur langue au profit du français. Je suis le premier convaincu qu’il y a eu, de fait, en France, un déficit de résistance (active ou passive) linguistique et culturelle, des élites d’abord, puis beaucoup plus tard et pour finir des classes laborieuses et des paysans parlant d’autres langues que le français. Mais à la fois, avaient-ils véritablement le choix, dès lors que le français ne s’imposait pas seulement comme langue publique officielle (c’est-à-dire dont la connaissance était absolument nécessaire pour se défendre en justice, traiter avec l’administration, etc.), langue de l’enseignement, mais aussi comme langue des échanges marchands, de la promotion sociale, langue de la culture reconnue enfin, de la culture écrite, puis radiophonique et télévisuelle ? Le « choix », dira-t-on, leur était laissé de conserver leur langue dans la vie privée, et ce fut en effet longtemps le cas, mais le français et lui seul, par la boite de la poste devant la porte et par les antennes, sur le toît, ne cessait d’investir cet espace, sans presque aucune ouverture, presque aucune reconnaissance de l’existence de quelque chose d’autre. L’immense succès de la chronique quotidienne de Panazô sur Radio Limoges dans les années 50-60 répondait clairement à se désir frustré et ravalé pour une présence de la langue autre, pour déconsidérée qu’elle fût (et qu’elle st restée ici) dans les médias publics. Finalement, pouvons-nous parler de choix lorsque la dernière génération des locuteurs natifs (celle de mes parents) cessa de transmettre la langue à ses propres enfants ? Drôle de « choix », qui ne fut jamais exprimé, revendiqué, raisonné... Un refus sans doute, l’adhésion dans l’éducation de ses propres enfants aux modèles d’échange public dominants, voire exclusif, mais cette notion de « choix » ici est très problématique... Je suis sûr qu’il nous faut des outils psychologiques et socio-linguistiques autrement plus fins pour décrire le phénomène.

Mais là où, à mon sens,
Sicre dérape complètement, c’est en opposant ce qu’il appelle des
« langues ethniques » à des langues qui seraient affranchies de cette
qualité ; l’occitan tel qu’il est, ou plutôt tel qu’il était parlé dans
les campagnes et les villages étant gratifié de cet épithète, alors que le
français apparaît au contraire comme une langue par laquelle on échapperait à
l’ethnicité. Sicre ne donne aucune définition précise de ce qu’il entend par « langue
ethnique », mais en tout cas il est facile de voir que l’opposition qu’il
établit n’a aucune pertinence linguistique, sociolinguistique ou/ et
historique. Par contre elle exploite à plein la connotation négative qui pèse
sur la notion d’ethnicité. Que cela soit bien clair, mon objectif, n’est certes
pas ici de réhabiliter cette notion, ni d’ailleurs de participer (dans ces
lignes) à une critique des revendications ethniques et ethnicistes, mais
seulement d’analyser le discours de Sicre et ses présupposés, dont l’honnêteté
intellectuelle me paraît pour le moins suspecte.
L’histoire des langues
qu’il nous raconte en effet, de manière on ne peut plus fruste, est un récit
mythique. Au départ, selon lui, les langues naîtraient dans des
« territoires ethniques » (les guillemets sont dans le texte). Aujourd’hui,
à l’ère de la globalisation, l’ethnicité serait une chose dépassée : « à
part quelques isolats, il n’y a plus, désormais, de langues ethniques de part
[sic] le monde ». On comprend, ou croit comprendre, faute d’explication,
qu’une langue ethnique est une langue étroitement territorialisée, sans
relation ou contact avec les autres langues. A-t-il jamais existé de telles
langues ? C’est-à-dire des communautés humaines dont les membres ne
bougent pas (parce que la langue est là où sont les locuteurs et voyage avec
eux), et n’entretiennent aucun contact avec les locuteurs d’autres
langues ? En tout cas, cela n’a évidemment jamais concerné les locuteurs
des dialectes occitans, à quelque époque que ce fût. Déjà, l’expression « territoire
ethnique » laisse songeur : qu’est-ce en effet qui distinguerait un
territoire ethnique d’un territoire qui ne le serait pas, et partant une langue
ethnique de celle qui ne le serait pas ? Un élément de réponse est apporté
dans l’évocation du fait qu’il s’agirait de langues nées dans les territoires
où elles sont parlées et Sicre donne l’exemple de la Guyane où, à côté des
langues ethniques, est parlée depuis les années 1970 la langue des H’Mong
chassés du Laos, aujourd’hui figurant dans la liste des langues de France.
Cette langue ne serait donc pas ethnique, uniquement parce qu’elle ne serait
pas née en Guyane, où elle est maintenant parlée, mais au Laos (où elle était
bien sûr ethnique !). Mais... est-on sûr que les langues indigènes de Guyane
soient nées là où elle sont actuellement parlées ? Sans compter évidemment
que l’on peut se demander ce qu’est l’acte de naissance d’une langue, avant
même de s’interroger sur son lieu de naissance et sur le sens qu’il y a à
définir une langue comme ethnique ou non ethnique selon le lieu où elle est
parlée… Les linguistes utilisent plutôt la distinction entre langues indigènes
et allogènes, mais pour ne signifier généralement qu’une différence dans
l’histoire des idiomes (d’ailleurs souvent contestable si l’on va dans le
détail et que l’on observe par exemple comment la langue importée se transforme
au fil du temps) et non pas du tout de leur nature supposée (ethnique, pas
ethnique…) : ainsi en Calabre, à côté des « dialectes »
calabrais indigènes utilise-t-on le syntagme de « dialectes (ou langues) allogènes »
pour l’arbëresh (issu d’Albanie), le grico
(d’origine grecque) et… l’occitan (migration vaudoise en Calabre). Selon l’usage que Sicre fait de l’expression
« langue ethnique » en tout cas, il semble impossible de ne pas
évidemment considérer le français, « né » quelque part en France et
apparemment, selon les historiens, en divers lieux d’une partie du territoire
de la France actuelle (y compris d’ailleurs du sud), comme une langue ethnique…
Et il suffirait de parler occitan à Paris, comme nous le faisons à l’occasion
avec les amis de l'association d'Îles-de-France la Talvera, pour ne plus avoir affaire à une langue ethnique… Or
Sicre oppose justement l’occitan, qui serait ethnique, au français, qui ne le
serait pas, et qui au contraire aurait permis aux occitanophones de se délivrer
de leur ethnicité, au profit d’une langue, comprend-on, qui, elle, ne serait pas
ancrée en un sol, qui serait déterritorialisée et donc ouverte à l’universel,
là où la langue ethnique par contre resterait refermée sur le local. Cette
opposition, telle qu’elle est ici exprimée, est en fait elle-même tributaire du
mythe de l’autochtonie, de la représentation mythique de groupes d’hommes nés
de la terre où ils vivent (voir la République
de Platon), tout armés de leur langue, de leur mentalité et de leur culture.
Selon ce mythe, les langues « nées » dans le territoire où elles sont
parlées entretiendraient un rapport de consubstantialité avec le territoire, le
terroir, la terre, et les hommes, la race ou l’ethnie qui les parlent. Or une
telle conception de la langue n’a aucune pertinence linguistique, aucune, et avec
elle, c’est bien sûr l’opposition, la dichotomie établie par Sicre entre deux
types essentialisés de langues, qui s’écroule.
En fait, avec cette
distinction, nous sommes confrontés à un discours purement idéologique :
il s’agit d’accréditer l’idée d’un progrès du passage de l’occitan et des
autres langues dites ethniques, en tant qu’elles sont justement dites
ethniques, au français, langue qui, par essence ou par un heureux accident de
l’histoire, on ne sait trop, ne le serait pas. C’est un tel gain et un tel
progrès, qui est exprimé dans les énoncés qui émaillent la fin des propos de
Sicre : « Les Français ont majoritairement choisi d’abandonner leurs
langues ethniques au profit du français » ; « personne ne peut
revenir au parler ethnique de sa campagne d’origine » (la campagne est
évidemment le lieu par excellence de l’ « ethnique » !) ;
« faut-il […] mener une politique de conservation « muséale »
des langues ethniques ? » S’il est établi que l’occitan est une
langue ethnique, comme langue mythique d’avant les contacts de langues et
d’avant les migrations, de langue de la campagne réputée immobile opposée au
français, langue des villes où tout bouge et se mélange sans cesse, alors
évidemment, il est déjà, toujours déjà enfermé dans sa réserve muséale. La
seule question étant de se demander s’il faut, oui ou non, liquider le musée,
et la réponse pour Sicre est clairement affirmative. Et il faut bien voir ce que cela veut
dire : car Sicre considère qu’il n’y a plus de sens à
transmettre la langue occitane parlée, la langue utilisée dans l’échange verbal
quotidien… du moins pour être parlée, cela n’ayant plus de sens, puisque la
langue ne « sert » plus dans les échanges, qu’elle n’est plus utile,
et l’entretenir reviendrait à dépenser inutilement de l’argent et de l’énergie pour
entretenir le musée de la langue ethnique, avec en plus la sourde menace d’un
retour des fantômes du passé, empoissonnant le corps sociale de leurs méchantes revendications ethniques. Par contre, selon Sicre, ce qui devient possible, si l’on renonce
à ce qu’il appelle musée, c’est l’usage de l’occitan et des autres langues
ethniques ou désormais post-ethniques, comme « langues de mémoire »
et « langues de culture ». L’inversion est tellement surprenante,
qu’elle en devient intéressante, puisque c’est la langue parlée qui est
considérée comme un musée des antiquités ethniques alors que les œuvres de
culture et la mémoire, que l’on croirait vouées à la patrimonialisation – et
donc au musée –, sont appréhendées, dans leur renouvellement, comme la vie même
et l’avenir de la langue. Je suis sensible à la beauté intrinsèque des
paradoxes, mais pas disposé à me laisser berner par ce qui m’apparaît
comme un simple tour de passe-passe car, à mon sens, le sort des œuvres et de
la mémoire est étroitement lié à celui de l’usage verbal, oral, ordinaire de la
langue : certes l’écrit, le livre et justement les musées des arts et
traditions populaires et – pourquoi pas ? – de la langue elle-même peuvent
survivre à la parole, quelques années, quelques décennies, peut-être même
quelques générations, mais elle est alors devenue comme un poulet qui continue
de courir après qu’on lui ait coupé la tête. C’est pourquoi tous les acteurs
culturels – ou presque ! – ressentent comme une urgence absolue la
transmission de la langue parlée,
sachant qu’en effet, lorsqu’une langue n’est plus enseignée aux enfants par leurs
parents, sa mort est proche, ou disons que sa vie ne tient qu’à un fil, le fil
de la communauté capable de la parler et de transmettre cette parole…
Ce problème de la
transmission de la langue parlée une fois liquidé, à travers l’invocation
stigmatisante, je dirai même infamante, de l’ethnique et du territorial (la
région), Sicre peut librement soutenir son projet mirobolant de
« nationalisation des langues de France » ; mirobolant, mais
vide, ou à peu près car, concrètement, comment pourrait se faire, dans
l’éducation, les médias etc. le partage du patrimoine linguistique national,
riche de ses 75 langues répertoriées ? Évidemment pas à travers une offre
généralisée d’apprentissage… Cela serait fort beau, mais complètement
irréaliste. Et alors comment ? L’enseignement de chansonnettes et de
comptines en langues de France dans les écoles ? La création de
bibliothèques et médiathèques des langues de France ? Des émissions
éducatives, où l’on exposerait en français (article 2 sanctifié de la constitution
oblige) la beauté des langues ethniques perdues ? Des… musées des langues
de France ? D’ailleurs un musée
de toutes les langues de France ne
suffirait-il pas ? Paris serait évidemment l’endroit idéal… Au-delà de
l’ironie de cette rechute probable dans le musée et le centralisme, de telles
initiatives ne seraient pas d’ailleurs inutiles, elles auraient un certain
poids symbolique (c’est pourquoi du reste, elles auront bien du mal à se faire
accepter), mais à la fois, faute d’être adossées à l’effort de valorisation de
la langue parlée, elles deviendraient autant de moyens d’en attester et d’en
confirmer la mort.
Jean-Pierre Cavaillé
On pourra aussi lire le post de 2006 : discussion de Claude Sicre : Identité et civilité. 42 thèses sur le jeu de l’Occitanie, auquel Sicre, qui avait pourtant sollicité cette discussion, hélas, ne daigna pas répondre. J'espère qu'il en ira différemment de celui-ci.

[1] Ce n’est
pas « Malesherbes » (Chrétien-Guillaume
de Lamoignon de Malesherbes, botaniste, magistrat, censeur royal et secrétaire
d’État de Louis XV), qui voulait « dégasconner » la cour, mais bien
le poète Malherbe, un bon siècle plus tôt (selon ce qu’en dit Guez de Balzac,
auteur dégasconné s’il en fût, dans son Socrate
Chrétien). C’est bien lui que Sicre a en tête puisque il parle de la cour
de Henri IV « où, je le cite, la langue d’oc avait fait son entrée depuis
l’accession au trône » du gascon roi de Navarre. Malherbe ne voulait pas
chasser le gascon de la cour – tout semble montrer que le gascon n’y fut jamais
une langue de communication usuelle, même si beaucoup devait le connaître et le
parler à l’occasion –, mais purifier le français, de ce qu’il identifiait, à
tort ou à raison, comme des « gasconismes », nous dirions aujourd’hui
des occitanismes. Il est vrai, en tout cas, que la volonté de dégager le
français de tous ses emprunts régionaux et étrangers est bien l’un des
objectifs que se propose l’Académie française lors sa création. Cela explique
bien d’ailleurs les réactions épidermiques de cette institution, dès qu’il s’agit
d’accorder la moindre reconnaissance aux langues régionales.
Commentaires
Ethnogénèse
De toute façon avec l'utilisation du terme Ethnos la partie est jouée d'avance. Les anciens grecs usaient du terme pour désigner les communautés humaines qui n'étaient pas organisés en Polis, c'est à dire comme eux.
L'ethnie est donc à l'origine le strict pendant institutionnel et territorial de la barbarie, avec laquelle elle fonctionne.
Toutefois, alors que "barbare" a parlé à tous sans discontinuer autour d'un bassin méditerranéen chamarré et complexe ou le critère linguistique était désormais plus opératoire que l'institutionnel (cf. faraï un vers de Guilhem de Peiteus en pleine disette de l'écrit et dans un contexte cocasse), les sciences humaines n'ont ressortit que tardivement l'Ethnie des cartons des langues mortes mais savantes. C'était lui ménagé un succès certain quand, au lendemain de la conquête des colonies, à l'époque du positivisme on s'intéressait aux Cultures extra-européennes, en se mettant en abîmes avec les anciens hellènes (cf. d'ailleurs Anthropologie fr. versus Ethnology angl. sax.).
Après un siècle, le temps que le plis passe des exposés en Sorbonne au qualificatif fourre-tout des catalogues de tatoueur, on peut faire cette remarque sur ce que sous-tend le terme : La désignation d'une ethnie ne lui appartient jamais en propre, elle est toujours désigné ainsi par une communauté, le plus souvent "dominante", qui se distingue de toutes les autres essentiellement par ses incompréhensions à leur endroit ou la capacité de les jugés d'inadéquates ou archaïques. Il en va ainsi du choc des civilisations, des racines chrétiennes et autres tombeaux de la Raison.
C'est la victoire du Nous contre les autres. C'est se souder autour d'un défaut d'intelligence, d'une économie de réflexion, pour pasticher Girard, non pas d'une hostilité mais d'un autisme fédérateur.
Remarquons que partant il n'y a plus aucun universalisme envisageable et donc d'humanisme qui ne soit dès lors que de façade (avis à nos parlementaires...).
Il me semble que cela ne sied guère à nos idéaux républicains, alors même que la doxa des mirages nationaux s'articule toujours sur vieux ressort des temps modernes qui n'a pas finit de brouiller nos visions rétrospectives.
Ainsi cette emploi du terme, dont je soupçonne le sympathique et génial parolier, Claude Sicre, l'avoir emprunté aux visions hallucinatoires de Ben Vautier, chouette artiste mais malheureux chantre de l'"ethnicisme", lorsqu'il parvient dans la bouche des occitanophones eux-mêmes, ce n'est ni plus ni moins qu'une entrée dans la servitude volontaire, la revendication d'une vitrine au musée des arts-premiers "a la glori dau terraïre".
C'est M.-F. Castan qui doit faire la tête !
Merci pour cette article.
Bonjour,
cet article avait effectivement un peu "secoué" le milieu occitaniste, il avait d'ailleurs circulé sur les boîtes mail accompagné d'un commentaire scandalisé et de quelques noms d'oiseaux pour désigner l'interviewé... Je n'avais pas bien compris, à l'époque, s'il s'agissait de provocation de la part de Sicre, ou bien d'une position intellectuelle assumée, ou encore d'un article mal rédigé par le journaliste (on connait trop bien la propention qu'ont certains d'entre eux à déformer les propos, ceux qui en ont été victimes le savent...). Je n'ai à ce jour pas lu de démenti de la part de Sicre, je pense donc qu'il s'agit là de sa nouvelle posture concernant l'occitan... comment y croire, quand on sait qu'il était l'un des grands défenseurs des Calandretas aux origines jusqu'à un passé récent... Sicre déçu de l'occitanisme? Décu des Français? De leur tiédeur en matière de défense des langues? Nous sommes nombreux à l'avoir entendu ici et là, par le passé, tenir discours sur la manipulation de la culture par l'Etat jacobin, sur la spécificité et l'unité occitane, sur la nécessité que cette l'occitan retourne à la rue et au peuple etc. Il peut avoir changé d'avis, cependant un retournement si spectaculaire dans sa vision des choses et le choix de la stratégie linguistique à (ne pas) adopter est difficile à comprendre! Mais nos artistes sont pleins de contradiction, et Jan dau Melhau, qui récemment encore prédisait la mort de la langue dans un article du Populaire du Cnetre, présentant cette disparition comme un fait établi et à accepter, nous revient avec une série de conférences sur l'occitan, son histoire, sa civilisation, conférences dont on ne peut sortir sans se dire (et c'est le but inavoué je pense) "Battons-nous pour l'occitan!".
Cela dit, je n'ai jamais (ou très rarement) vu Sicre parler occitan en public, comme le font plus volontiers ses collègues de la Linha Imaginot (la Talvera, Massilia...), il est me semble-t-il très mondin (de Toulouse) et l'occitan est pour lui avant tout un sujet d'études et un mode de contestation politique plutôt qu'une réalité quotidienne. Plus qu'ailleurs, ou peut-être autant qu'à Montpellier et Aix, la langue occitane est une langue d'élites, de chercheurs, bien coupée de sa base populaire... Les émigrés limousins, quercinois, aveyronnais etc séjournant à Toulouse pour études et boulot en témoignent tous, la place, le rôle, le statut de la langue y est très différent qu'à Limoges, Brive, Rodez, Gaillac ou Albi. S'il fut dépatouasé avant ses homologues occitans, le peuple toulousain se sent pour le moins dépossédé de sa langue, lorsque Toulouse est certainement la ville occitane ou celle-ci est la plus reconnue par les autorités... Je m'éloigne du sujet, mais tout cela pose question et mérite réflexion...
Langue de musée, langue d'étude, il n'y a qu'un pas pour arriver à la langue morte. Dans un musée on exhibe des objet ou des animaux morts. Déjà que l'occitan est langue de zoo depuis près de 40 ans (on vient admirer les derniers locuteurs, tant qu'il y en a quelques uns de vivants...) ne brûlons pas les étapes!
Par ailleurs, et enfin, Sicre (que l'on présente romantiquement comme un anar, ah bon?) comme Castan n'a jamais nié son amour de la République française. Malheureusement, cette République est, dès le début, batie sur un modèle qui nuit à la vie des langues autres que le français. Peut-on, autre question, aimer la République sans aimer l'Etat? (je donne en exclu les sujets de philo du bac 2009...). Dernière question: peut-on aimer la République française et vouloir défendre les langues vivantes de France? Autrement dit, et je m'arrêterai là, peut-on être masochiste toute sa vie ou est-ce que, à l'aube de la soixantaine, on éprouve systématiquement le besoin de retourner sa veste pour moins souffrir?
Une médaille pour Claude Sicre
Ben voilà, le discours de Sicre est complètement vide, c'est typiquement de l'intellectualisme vaniteux, faussement contestataire, faussement ouvert au débat, donneur de leçon, sans aucun lien avec le concrêt.
La "proposition de nationalisation des langues de France" est un attrape couillon, mais l'autre texte mis en avant par Sicre, "la déclaration sur les devoirs envers les langues et le langage" du pauvre Meschonnic est tout autant fumeux. Alors qu'on a besoin de créer du DROIT pour promouvoir la diversité lingüistique, Sicre nous propose des raisonements.
"L'essentiel c'est qu'il y ait débat"... C'est la conclusion de l'entretien. Il aurait plutôt dû dire : "L'essentiel, c'est qu'on parle de moi". A ce rythme, Sicre sera bientôt décoré par Mme Albanel. Lors du prochain "forom" des langues, peut-être ?
perdu de vu
Pour avoir écouté Mr Henri Meschonic, le mentor de C Sicre , en 2008 nous expliquer qu'aucune langue ne possède de génie propre hormis le génie aléatoire de quelques écrivains , et la survenue d'évènements historiques "extrordinaires" qui les transcendent, comme par exemple la révolution "française", et qui peuvent projeter une langue hors de ses frontières naturelles, les langues ne possédent pas de genie, chacune peut tout dire, tout exprimer des choses de la vie courantes.
Je me suis "payé" la traduction de la déclaration de foi de Mr Meschonic et espère d'avoir saisi le sens de son analyse qui me paraît essentiellement humaniste ,sage et respectueuse de toutes les cultures . Je l'ai même traduite en occitan du mieux que je l'ai pu , pour ce qu'elle disait du frottement des langues et de leur soi disant hiérarchie.
J'ai lu aussi quelques écrits de Monsieur Félix Castan , écrits qui représentent sa préoccupation de faire admettre par le PC , la gauche ,au lendemain de la dernière guerre, l'existence de l'archipel linguistique français , et qui servent de référence iconographique à la pensée de C Sicre , j'avoue ne pas comprendre. Et j'aime bien la posture de C Sicre .
Je ne vois , de quelle raisonnement de Meschonnic ou de Castan il peut deduire la nécessité à un moment de "nationaliser" les langues . Est-ce seulement pour les sauver? POur les offrir à des clients potentiels d'une culture de rechange? S'agit-il d'un monde fossilisé en constante évolution , sauf que tout évolue mais que rien ne change.
Les langues de l'hexagone sont nationales de fait.
C'est le manque de "respect" desdites langues qui pose problème.
Proposer des nationalisations a N Sarkosy ou en son temps a L Jospin qui déclara " je n'ai pas pour vocation de me mêler de la gestion des entreprises"
Est-ce sérieux?
Lors de ce forum des langues 2009 auquel j'ai assisté , j'ai trouvé C Sicre complètement désemparé par l'absence de Mr Meschonic . Il y a eu donc un éloge long de ce savant , l'écoute de ses poèmes, mais de débat point. Je suis parti sur ma faim? L'année de Jaurès quand même?
C Sicre se réfère sans cesse a Mr Meschonic et à Mr Castan, sans citer la pensée qui induit son discours.
Il s'agit bien sûr d'hommes très importants pour la langue d'oc et pour le mouvement occitan . Mais je n'ai encore pas compris sa proposition de nationalisation.
Je n'ai pas compris, que la langue ne soit en fait qu'un choix , et la culture un costume. Mr Sicre est un agitateur d'idées, mais il oublie que l'homme ne se repique pas comme un poireau sur n'importe quel terreau. Et cela Mr Castan ou Meschonic ne le proposent jamais. Ils parlent de respect
Je ne suis pas alsacien ou breton , et même si je le voulais je ne le serais pas, même en y travaillant toute la vie.
Merci encore pour la clarté de votre analyse que je partage en tous points.
Alain Fabre
Occitan légitimitée?
Je suis désolé de jeter un pavé dans la mare.
Mais l'historique de l'occitan est parsemé d'illogismes, cette façon forcenée, de vouloir gommer les véritables langues régionales:
le Gascon, le Béarnais, le Languedocien, le Catalan, le Provençal, le limousin, l'Auvergnat, le Vivarais. Au passage je signale aux occitanistes que le Catalan fait bien partie du lot , ne vous arrétez pas aux frontières actuelles, le Catalan est beaucoup plus proche de nos Langues d'Oc que du Castillan.
Les occitanistes, oublient bien volontairement les poésies écrites en Provençal (allez dire à un provençal qu'il parle Occitan, si vous voulez rester ami avec lui , a éviter), "La Toulousaine" écrite en Languedocien, faisant référence a "nostro lenguo Gascouno".
S'il vous plait en mémoire de nos anciens , ne réinventez pas l'histoire.
vous avez dit "le" catalan ?
Je crois qu'il ne faut pas perdre de temps et d'énergie à discuter cette question des "langues" d'oc et avec ce genre de message qui est un modèle en matière d'illogisme et de fautes d'histoire.
illogisme : il y aurait donc "le" catalan et "les" langues d'oc ? la pluralité linguistique est réservé à nos parlers ? et pour quelle raison ? En outre, nous sommes nombreux, à mettre en cause, sur le plan strictement linguistique, à mettre en cause la frontière entre catalan et occitan, donc là aussi, l'argument tombe à plat... par ailleurs tout lemonde sait que "provençal" ou "gascon" ont servi à désigner peu ou prou l'ensemble des parlers d'oc durant l'histoire... et évidemment, il faut distinguer les plans de la héistoire, de la sociolingusitique et de la lingusistique. En outre les gens qui parlent d'occitan n'ont jamais dit évidememnt que le provençal n'existait pas, puisqu'ils en font l'un des dialectes constitutifs de la langue occitane. Enfin les provençaux qui se définissent comme occitans en même temps que provençaux sont très nombreux : il y en avait même quelques milliers à Béziers il y a deux ans... Bref je conseillerai à Niaviv d'affuter ses arguments, bien mal articulés. De toute façon la guerre pour ou contre le pluriel n'aura pas lieu ! un provençal anti-occitan et un provençal pro-occitan parlent évidemment la même chose, macarel !
JP C
Répression / Exclusion
"Plus embarrassante est l’affirmation selon laquelle « il n’y a jamais eu de « répression » de la langue d’oc », et surtout pas à l’école de la République"
La "répression" est d'abord dans l' "exclusion" de l'enseignement (de l'administration, etc. ) qu'ont eu à souffrir les langues "minoritaires" déjà en situation de domination.
Le français, langue dominante de l'Europe pendant quelques siècles, parlé par les aristocraties/bourgeoisies des pays européens, ne pouvait que faire des ravages dans les aristocraties/bourgeoisies des langues minoritaires proches.
Les défenseurs du français sont les premiers à reconnaître qu'il existe des rapports de domination entre les langues, mais pour le français, le seul rapport de domination qu'ils acceptent est celui de français-dominé/anglais-dominant.
Que le français soit aussi une langue dominante, jusque dans les anciennes colonies d'Afrique, là ça devient impossible à admettre. D'où des ruses langagières : ce ne sont pas des langues mais des ... patois, c'est du local, du régional, pas du minoritaire. Il n'y aurait pas de domination du français sur ces autres "langues" puisque ce ne sont pas des "langues" et qu'elles sont incapables d'exprimer tout ce que le français exprime. Elles sont "inadaptées", hors de la "modernité".
(L'article 2 de la Constitutionn avait soi-disant pour but de protéger le français de l'anglais. Il a surtout servit à poursuivre la ghettoïsation des langues minoritaires.)
Cort messatge !
Claudi Sicre conoisse pas l'istòria universitari, tant pièger per eu ! Mai a ben apres l'istòria di programas escolars...
Lo mossur Nadau.
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