28 octobre 2009
Brève excursion automnale entre Lèze et Arize (Ariège)

Brève excursion automnale entre Lèze et Arize (Ariège)
L’association « Autour de Pierre
Bayle » organisait en Ariège au Carla-Bayle, entre les vallées de la Lèze
et de l’Arize, les 16-18 octobre dernier, un colloque international (« Pierre Bayle, héritier et médiateur de la liberté de
conscience à l’âge classique ») sur l’auteur du Dictionnaire historique et critique,
théoricien de la liberté de conscience et de la tolérance né au village protestant du Carla (depuis
rebaptisé à son nom), contraint de fuir la France toute
catholique dans les années de la Révocation de l’Édit de Nantes pour la
Hollande.
J’y fus convié es qualité (bien que médiocre
connaisseur de Bayle) et en profitais pour écouter et regarder autour de moi,
afin d’apprendre quelque chose, selon mon habitude, de l’état de la pratique de
la langue, de sa reconnaissance et de sa visibilité. Je ne prétends pas donner
ici autre chose qu’un aperçu tout à fait lacunaire et sans doute erroné sur
plus d’un point. A la fois, l’« étranger », c’est bien connu, note
des choses trop évidentes pour être remarquées, ou du moins pour être jugées
remarquables, par les autochtones.
La langue visible/invisible
La situation est évidemment très différente de celle
que j’ai pu observer en Val Maira,
cet été, en Italie. On peut d’abord dire que la visibilité volontaire de
l’occitan en Ariège est extrêmement réduite, au sens où je n’ai vu aucune
signalisation bilingue, aucune affiche (à part une affichette égarée à
Montesquieu Volvestre appelant à la manifestation de Carcassonne) et que les
nombreux prospectus et livrets distribués aux touristes font exactement comme
si rien d’autre que le français n’existait – et n’a jamais existé – dans la
région. Un beau livre de photographies sur les estivages en haute montagne
(Leah Bosquet, Estivage, Bruxelles,
Husson, 2009), offert aux intervenants du colloque (l’accueil, je
tiens à le dire, fut de très grande qualité, sur tous les plans), contenait un
reportage sonore de 52 mn en CD, non dénué d’ailleurs d’intérêt, d’où la langue
cependant est absente, sinon, tout à fait en contrebande, à travers l’accent de quelques
uns. En m’arrêtant au syndicat d’initiative de Montesquieu Volvestre je vis
cependant en vente quelques ouvrages de littérature occitane produite en Ariège (bilingues pour la plupart) ; j’y ai aussi feuilleté un
livret grand public sur la bataille de Muret, bilingue aussi, mais… français / castillan
(pourtant, Dieu sait quelles bonnes raisons il y aurait d’y faire paraître de
l’occitan !). Je me suis également arrêté sur la route devant un panneau qui
proposait des chambres d’hôte, où l’on pouvait lire, dans une graphie presque
correcte : « Pla vengut ».
Alléché, je pris le chemin de la colline, jusqu’à un très beau corps de ferme rénové,
mais ne trouvais personne, hormis un chasseur qui arpentait les labours voisins
en galante compagnie (voilà une nouveauté intéressante dans les pratiques
cynégétiques[1]), paysan dans le coin de
longue date, mais belge de nationalité et fier de l’être (capable en outre, me
dit-il, de comprendre le « patois »), qui m’expliqua que la maison
était propriété d’ « anglais ». Que la langue soit
valorisée par des britanniques est évidemment digne d’intérêt et ne semble pas un
cas si isolé.
Évidemment, par ailleurs, la langue est
bien visible et lisible, comme partout en Occitannie, mais de manière tout à
fait clandestine : par les noms de famille bien sûr, par une infinité de toponymes, graphiés à la va comme je
te pousse et plus ou moins francisés, par des mentions de recettes, de festivités,
d’objets dans les livrets touristiques aussi, mais il s’agit bien d’une
présence clandestine, puisqu’elle n’est jamais signalée et que l’on n’y trouve
qu’exceptionnellement le souci d’une correction linguistique. La livraison 2009
de 09 le Mag (« tourisme Ariège
Pyrénées »), évoque à la même page un refuge gastronomique appelé
« Les Estagnous » et vante l’excellence de « la
mounjetado », dont la recette est donnée sans même dire que le nom évoque
le haricot (monjetada, de monjeta), base du plat en question… Ici,
dans le fascicule Vallées de l’Arize et
de la Lèze, une publicité pour l’hôtel-restaurant « Le jardin de Cadettou », au Mas d’Azil, etc. etc. Qui imaginerait en
Ariège, en effet, que l’évocation de la langue, comme on l’a par contre compris dans les vallées occitanes d’Italie, puisse être un argument
touristique? Nous sommes tellement habitués à cet état d’effacement, de relégation, de recouvrement, de
francisation systématique, que nous n’y faisons plus que très rarement attention.
C’est plutôt le contraire qui se passe : rendez la langue visible et
audible (comme actuellement dans le métro toulousain) et vous pouvez être
certain de provoquer un tollé, sur le thème : « On est en France, et
en France on parle (écrit, boit, mange, chie) en français ! ».
Intermède baylien
J’ai noté quelques unes des graphies
approximatives de toponymes et de choses, associées à l’absence en fait de toute
identification de la présence d’une altérité linguistique ; tout au plus
s’agirait-il de quelque altération… Ce constat, par delà les siècles, me ramène à Bayle,
qui comme tant d’autres fit d’immenses efforts pour se
« dégasconner » et, depuis Sedan, s’échinait à corriger son jeune
frère Joseph, resté au pays[2]. Quand Bayle parle des
« langues » à connaître et à parfaire, c’est toujours pour invoquer,
outre le français, le latin et le grec. Certes, depuis longtemps déjà, l’occitan
avait cessé d’être une langue de culture reconnue malgré l’importante
renaissance de la littérature, surtout versifiée, entre XVIe et XVIIe
siècle. Cependant Bayle se plaignait amèrement d’être « sorti de [son]
pays sans le connaître »[3], et
il ne rechignait pas à utiliser, avec ses correspondants restés au Carla, des
locutions et des proverbes en occitan, et disait au passage le plus grand bien
de tel ou tel poète rimant en « gascon »[4]. On
dispose désormais d’une excellente édition critique de la correspondance de
Bayle, citée en note (6 volumes parus). Or dans cette édition
impeccable sur le plan philologique et historique, le traitement des
occurrences occitanes nous ramène d’une certaine façon au traitement encore usuel de
la langue. Ces occurrences – locutions, proverbes et vers –, sont donnés dans la
graphie originale, jamais normalisée en note, comme on s’y attendrait pourtant dans un ouvrage de ce type, et
surtout traduite de manière tout à fait approximative à partir des informations
d’un occitanophone d’aujourd’hui vivant dans la région du Carla (M. Robert Pons
de Bordes-sur-Arize, ponctuellement cité en chacune des notes concernées) alors
que les sources littéraires et érudites ne manquent pas (à commencer par le
Catonet Gascon de Guillaume Ader, recueil de proverbes du tout début du XVIIe
siècle). Certes, dans cet ouvrage savant, la langue est nommée
(« occitan ») et c’est déjà beaucoup, mais elle est saisie comme une
référence relevant entièrement de l’oralité, pour la traduction de laquelle on
va questionner un locuteur d'aujourd'hui sans penser que les sources lettrées
nous en apprendraient évidemment plus (je ne dis certes pas que la
consultation d’un locuteur soit inutile, mais elle est bien sûr, pour un texte
du XVIIe siècle, insuffisante). Cela est parfaitement révélateur du
statut de la langue, exempt de toute dignité grammaticale et littéraire, y
compris dans un ouvrage d’érudition qui est pourtant un modèle du genre.
La langue audible
Si, entre les vallées de la Lèze et de
l’Arize, la langue n’est guère visible, elle est cependant audible, à condition
d’être attentif et de la susciter. Je l’ai d’abord entendue au banquet du
colloque, dans la bouche de l’un des participants ariégeois du colloque qui
avait entonné « Arièja mon país »,
profitant d’une coupure d’électricité, largement repris par les nombreux
convives locaux. J’ai pu aussi la parler avec quelques membres de
l’organisation, dont un en particulier, qui s’est montré très attaché à sa
pratique. Mais surtout, surtout, grâce au logement des participants en gîte rural (celui où j’ai logé était aussi tenu par des britanniques), j’ai pu
rapidement me lier avec les paysans les plus proches, un couple de retraités –
bon pied, bon œil et bonne oreille – qui ne demandaient qu’à parler
« patois », y compris avec un petit jeune (!) et surtout un étranger
comme moi. D’une gentillesse et d’un accueil délicieux, Mme et Mr
S… furent ainsi durant ces quelques jours mes « informateurs »
favoris, parlant un admirable languedocien, agrémentés de quelques touches gasconnes, en tout cas limpide pour l’albigeois égaré que
j’étais, m’apprenant plein de choses et acceptant gracieusement que je les
enregistre (rien n’est plus agréable que le collectage sauvage !). Selon eux,
la langue est encore très parlée à la campagne, par les gens qui travaillent la
terre ; ils m’ont mentionné, entre autres, une jeune fille de 25 ans
particulièrement « dòtada »
en la matière, évoquant aussi une anglaise de leurs voisines qui s’était mise
en devoir d’apprendre à le parler, avec quelques succès, au moins pour la
compréhension.
A leurs yeux (et à leurs oreilles) cet
intérêt pour la culture (et donc la langue) ariégeoise et la participation à la
vie locale, serait par contre bien mal partagée par beaucoup de ceux qu’ils nomment
« hippies » ou « marginals » (en occitan dans le
texte !) ; très nombreux dans la région. Je suis allé en effet
visiter le marché sous la très belle halle de Montbrun-Bocage, le dimanche matin :
lieu étonnant, très largement animé par divers groupes de « néos »
(autre vocable, plus neutre, que tout le monde utilise ici), qui tiennent la
grande majorité des étals. Là, on serait bien à peine de trouver la moindre
référence à une quelconque occitanité ou ariégeoisité… La plupart des signes,
des symboles, des couleurs, des produits même regardent loin vers l’orient, l’Inde
et le Tibet en particulier.
Mais qu’est-ce qui fait donc que les
vapeurs d’orient, pour des gens qui ont pourtant choisi de vivre là, plutôt
qu’en Inde, sont plus attractives que la mémoire et la langue des lieux ?
Cela tient sans aucun doute aux référents culturels (et cultuels) d’un
mouvement aujourd’hui quarantenaire, qui se sont fortement diffusés en Europe, d’ailleurs
depuis l’Amérique et non directement depuis l’orient lui-même. Les sages de
l’Inde, comme les « Indiens » d’Amérique, font très profondément
partie désormais de la mythologie contemporaine, alternative ou pas. Décidément,
nos mohicans et nos sages goguenards, au fond de leurs bordes, font moins
recette. Remarquez que je n’ai pas osé poser de question à ce sujet aux
marchands de patchouli et d’encens, je n’ai pas osé non plus leur demander
s’ils connaissaient Pierre Bayle et ce qu’ils pensaient de la Révocation
de l’Édit de Nantes… J’avais trop peur de passer pour un martien.
Jean-Pierre Cavaillé

[1] Sa compagne d’ailleurs savait que Bayle était un
« philosophe de 1600 et quelques », et je lui tirai bien sûr mon
chapeau.
[2] « Pour cette facon de parler, je n’y avois plus été, parlant des
Salenques, elle est fort en usage dans le pays, mais elle ne vaut rien. Je
voudrois de bon cœur avoir eté averti de tous les gasconismes, car je me serois
observé pour n’en pas contracter l’habitude, au lieu que ne m’en defiant pas,
je croiois bien faire que de les bien mettre en usage. Asture est un mot qui ne
se doit pas ecrire, et dans le discours familier on doit à tout le moins
prononcer ast’heure. Les Gascons doivent eviter sur tout 2 meschantes
prononciations, pour lesquelles ils sont toujours tournez en ridicule dans les
comedies, et qui rendent les predicateurs desagreables, c’est celle d’u pour
eu, et de l’e muette pour l’e fermée, car nous prononcons le feu, comme s’il y
avoit lé fu. Pour celle de l’v pour le b qui est horrible ; les gens
d’etude n’y sont pas si sujets… », Pierre Bayle à Joseph Bayle, le 12
septembre 1676, in Correspondance Pierre
Bayle, éd. Labrousse, McKenna, etc., Oxford, Voltaire Foundation, t. III,
2001, p. 363.
[3] « On me prend tous les jours sans verd quand on
me demande qu’est devenue la posterité de quantité de Gascons dont le nom a eté
celebre comme un Du bartas, un Pybrac », à Joseph, 30 janvier 1675, ibid., p. 46-47.
[4] Cf. ce qu’il dit des vers gascons de Cassé de
Pradals, dans la lettre à Joseph du 12 septembre 1676, ibid., p. 364.
Commentaires
Entre gascon et languedocien
Le parler du Carla connait :
-nd- > -n-
-ll > -th
-arium > -èr
Conservation de kw et gw
En effet, la vallée de l'Arize ne vocalise plus mais les éléments toponymiques montrent que ce fut le cas.
Il connait aussi :
entà pour per
escriver pour escriure (réduction gasconne des étymons)
subjonctif dans les subordonnées de temps
Il apparait nettement que cette région, dans le diocèse de Saint-Lizier autrefois, donc dans le Couserans antique, a été plus ou moins parfaitement languedocianisé. Je renvoie à ce texte sur la haute vallée de la Lèze :
"Sur la frontière linguistique dans la vallée de la Lèze.
Bec a fait la preuve en date de ses études (années 50-60) que la basse vallée de
la Lèze jusqu'au confluent avec l'Ariège était gasconne. La toponymie le
confirme. Je m'intéresserai à cette région prochainement.
Plus intéressante est la question de la haute vallée de la Lèze. La Lèze prend
sa source dans le massif du Plantaurel dans une région à la géographie
administrative médiévale très complexe : entre Couserans, Comté de Foix et
enclaves languedociennes (au sens de la région historique qui comprenait donc
des terres gasconnes : Seix par exemple).
Pour Bec, les premiers traits gascons apparaissent à partir d'Artigat-Pailhès :
je fournirai les cartes pour savoir précisément lesquels. J'entends faire la
preuve que la toponymie fait état de traits gascons en amont d'Artigat. Ce
faisant, cela détruirait quelques hypothèses présentes dans cet article :
http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=21147238
La toponymie d'Artigat (le village de Claude Bergeaud soit dit en passant) est
gasconne : Les Lanes, Pédescaux, Lardos, Petitoye, Coustelat, Loudas, ... Des
formations que l'on ne trouve qu'en Gascogne. Il ne s'agit même pas de les
analyser linguistiquement (Les Lanes montre la mutation nd>n), leur inexistence
ailleurs en France et au contraire les "répondants" en Gascogne, parfois très
éloignés, sont une preuve suffisante. Lardos est aquitain. On trouve aussi un
Chanaud à la limite avec la commune de Castéras (très gascon, ce serait
Castellars en languedocien, voire Carlasm typique du languedocien ibérique).
Retournons dans la vallée de la Lèze que nous remontons avec
Montégut-Plantaurel. On trouve immédiatement le Château de la Hille et la maison
La Hillette. Qui dit château dit probablement lieu-dit maintenu dans le temps
sur le long terme : une trace de nom gascon ? Difficiles de dire si Bourgaillé,
La Mouillère et Baragné sont gascons : -lièr et -nièr peuvent se confondre avec
-lhèr et -nhèr.
Voici l'intégralité de la toponymie de Montégut-Plataurel, il faudrait faire une
analyse géographique et longue. Je la ferai quand j'aurai du temps. Peut-être
aller sur place. A vue de nez :
Gascons : Barraillot, Carrerots, Coudère, La Hillete, Lavignasse, Moureou,
Peyrouteou, ...
Si l'on remonte encore la Lèze, se trouve la commune de Cazaux : le nom de la
commune semble indiquer l'ancienne extension du trait gascon de vocalisation.
http://www.ruesdemaville.com/VILLES_09/page_ville_3164.htm
Gascons : Las Vignottes, Cazalas, Bosc de Darré, Le Juncas, Darré l'Oustal (oour
darrèr), ...
La Lèze prend ici sa source. Mais si l'on longe le massif du Plataurel, on
arrive sur Loubens. La toponymie y est franchement fuxéenne mais certains
indices laissent entendre d'anciens traits gascons. D'abord Saubiac : s'il ne
s'agit pas d'un patronyme, on a le témoignage d'une ancienne villa romaine qui
serait Salviac en languedocien. Peut-être que Saubiac témoigne d'un passé
gascon.
http://www.ruesdemaville.com/VILLES_09/page_ville_3169.htm
Porteteni est très gascon également. Avant d'arriver sur la vallée de l'Ariège
(je reviendrai sur son passé que je crois aquitain), reste Crampagna (métathèse
bien gasconne).
http://www.ruesdemaville.com/VILLES_09/page_ville_3166.htm
Micouleau est gascon (vocalisation). Fourmiguères également. La Bouychère.
Je complèterai ces réflexions lancées comme ça plus tard. Je verrai ce que j'en
ferai. Mon intuition, c'est que le Pays de Foix d'une part a autrefois été
aquitain (Miglos, Aulos, Orus, Orlu, ...), en tout cas peu peuplé (aucune trace
historique, peu de restes archéologiques) puis annexé à la cité celte des
Volques (Durban en Séronais, ancienne forteresse, serait un toponyme celte sur
dun) qui a dès lors ancré la vallée de l'Ariège à Toulouse. On a également
l'abondance de toponymes en -ac et puis Verdun en haute vallée de l'Ariège.
Subrepticement, même si certains lieux-dits ont pu être importés plus tard, il
semble que les marges occidentales du Pays de Foix (nous ne parlons pas du
Séronais mais bel et bien de ce qui se trouve à l'Est de celui-ci) laissent
entrevoir peut-être un passé gascon. Ce qui est cohérent avec certains traits du
languedocien fuxéen (que énonciatif par exemple).
Un extrait sonore du "languedocien" de Saurat (que je traiterai plus tard) :
http://crdo.risc.cnrs.fr/data/thesoc/09-SAURAT.wav
C'est quand même la même langue que le gascon.
"
Merci pour ces infos.
Compléments
En complément de mes petites remarques ariégeoises :
Etudions brièvement ces villages entre Foix et Séronais qui appartiennent au
bassin de l'Ariège et non à celui de la Lèze (dont on a vu que nous pouvons
supposer qu'elle a été languedocianisée par les hauteurs). Cette région est bien
délimitée géographiquement :
http://farm4.static.flickr.com/3529/3987782111_78875c72c3_o.jpg
Commençons avec Artix. Il n'est pas certain que la signification soit la même
que pour l'Artix béarnais, anciennement Artitz (alternance ts/cs), nom basque
transparent qui signifie "pinède". Il y a de nombreux lieux-dits Artix en
Guyenne et Languedoc. Actons du fait cependant que la toponymie peut être
aquitaine (Alzen, Caralp, Escosse ??, le sont peut-être). Comme elle peut être
celtique (Sabarthès par exemple contiendrait la racine celtique *sav).
http://www.ruesdemaville.com/VILLES_09/page_ville_3162.htm
Aucun toponyme qui ne laisse entrevoir un passé gascon, sauf à la rigueur
Micheou s'il s'agit de Michel (vocalisation). Tuquet est quand même très gascon.
A Madière (-ièra<-arium), pas de toponyme gascon :
http://www.ruesdemaville.com/VILLES_09/page_ville_3139.htm
Pas plus à Saint-Victor :
http://www.ruesdemaville.com/VILLES_09/page_ville_3146.htm
Le nom d'Escosse est intéressant mais je doute franchement à en faire un
toponyme aquitain en -osse. Ils sont absents de la Gascogne de l'Est où l'on
trouve plutôt la variante -os. L'existence d'un village "Lescousse" au Nord
plaide pour un autre lien, roman probablement.
http://www.ruesdemaville.com/VILLES_09/page_ville_3132.htm
Berduc et Cassouret sont les deux seules formations de distribution gasconne
majoritaire.
S'en anar promenar
L'acculturation des "néos" m'a toujours surprise...
Il reviennent souvent à la terre au nom d'une idéologie écologiste, mais à aucun moment ils n'envisagent le fait que la culture (comme son nom l'indiquerait pourtant) est une plante comme les autres, qu'elle a besoin, comme tout le reste du vivant, d'un environnement que l'on ne maltraite pas trop et que dans le cas contraire, malgré une longue est fragile mise en place, sa perte est irrémédiable.
Je souscris aussi par expérience à la sensibilité des étranger au patrimoine linguistique, cela doit tenir, n'en déplaise au babo-tibeto-patchoulo-indo-néos, au fait qu'il ne sont pas Français...
les pauvres...
Hé brother! Encore une fois, Joan-Peire, tu tapes sur nos chers bobo-néo-patchoulo-bio-ruraux... c'est pas cool mon frère! Nous, occitanistes, sommes bien durs (et moi le premier) à leur égard, les pauvres... Pourquoi? Je me suis posé la question de cette aversion naturelle, de cette antipathie que j'avais pour beaucoup de ces néo-trucs... Je pense en fait que notre "milieu occitaniste", comme on aime l'appeler (symptomatique ça aussi non?), est majoritairement urbain, majoritairement fonctionaire, majoritairement prof, majoritairement politisé à gauche, majoritairement intello. Mais "notre langue" (comme on aime à l'appeler) et notre cultures nous ont majoritairement été transmises (mal certes, mais en tout cas données à voir) par nos grands-parents, majoritairement ruraux. Nous souffrons donc majoritairement, et tu le sais Joan-Peire, d'une espèce de frustration de ne plu appartenir à ce monde rural, car oui on peut toujours dire, dans de grands discours enflammés, dans nos poèmes, dans nos chansons, que nous sommes issus de ceci cela, que nous portons la terre d'Occitanie, ses valeurs, ses traditions, ses richesses au plus profond de nous, lorsque l'on travaille à la fac ou à la Poste ou à la médiathèque dans une grande ville, qu nous reste-t-il de la vie de nos grands-parents et de leur communion avec la terre, à part cette attache sentimentale, amoureuse, que nous essayons de conserver au fond de notre coeur, malgré les insultes "Ploucs!", "passéistes!" etc... Les hippies, les babs puis les néo, eux, sont retournés à la terre, physiquement... et l'on est peut-être un peu jaloux, finalement. Surtout que, souvent venus d'ailleurs, souvent venus de Paris ou Lyon, ils ont pris la terre mais n'ont pas pris la culture qui allait avec... Pourquoi? Peut-être ne se sont-ils pas senti le droit de prendre ça par dessus le marché, cette chose qui les différenciait fondamentalement des vieux paysans rencontrés lors de leur installation, je parle de la langue du pays (et de tous les savoirs qui vont avec). Ou alors peut-être fut-ce par paresse, occupés qu'ils étaient à retaper maisons et bergeries, à planter légumes et arbres, à traire brebis et chèvres, peut-être qu'effectivement la culture locale n'était pas de leurs préoccupations premières... Peut-être enfin n les a-t-on pas souvent encouragé à étudier cette langue et cette culture du pays, les traitant d'emblée comme des étrangers qui "ne parlent pas et ne parleront jamais patois, donc qui ne seront jamais comme nous". Entre la méfiance et le mutisme de beaucoup de vieux occitanophones à l'arrivée des babs dans les années 1960-1970, et la quasi-disparition de l'occitan dans nos campagnes aujourd'hui, fallait et faut vraiment du courage pour apprendre la langue du pays... il faut vraiment, en effet, aujourd'hui plus que jamais, s'en faire une préoccupation première. Et souvent, le premier besoin, c'est de réussir une récolte de légumes bios, c'est de réussir l'ouverture d'un lieu "alternatif" en zone rurale etc. Mais soyons honnêtes, ces néo-ruraux font aussi beaucoup de bien à nos campagnes trop longtemps désertées, ils relancent souvent la vie économique d'une commune, créent des réseaux sociaux très intéressant là où il n'en existait parfois plus depuis 40 ans. Malheureusement, nous autres occitanistes, ça nous emmerde, vraiment, que la question linguistique (notre passion, notre raison de vivre) ne soit pas prioritaire, et soit même parfois méprisée par ces néo... Notre réflexe serait de dire "ils cultivent la terre de mes grands-parents mais laissent crever leur culture" (je pense dire tout haut ce que beaucoup pensent souvent tout bas).
Bon, pour finir un bémol, il ne faudrait pas généraliser, beaucoup de néo sont des occitanistes (et inversement), beaucoup de néo ne méprisent pas du tout cette langue (sans pour autant la maîtriser), au contraire, voyons en Limousin, chez Télé Millevaches ou IPNS, comment le sujet de la langue est régulièrement traité (jamais assez à notre goût, certes). Mais les Français en poste (la tribu des "expates") à Marrakech ou à Dakar ne se soucient guère non plus d'apprendre le berbère et le wolof, ils savent que ça existe, qu'il faut connaître deux trois mots pour être un minimum accepté par l'hôte, l'indigène, mais ça ne va pas plus loin... et puis il y a les exceptions, ceux qui reviennent d'un poste de deux ou trois ans au Maroc en sachant parler couramment arabe ET berbère (véridique, j'en connais!).
quand même...
et j'ai oublié de signaler un point important, car samedi 24 octobre à Carcassonne, José Bové, ex-bab lui-même et grand chef spirituel des néos, n'était-il pas en tête du cortège de la manif pour la défense et la promotion de l'occitan?
Merci Tavan pour ce texte.
@ Fignel : merci à celui qui a inventé le terme de « bobo », ça permet vraiment de moderniser son lexique, parce que « petit bourgeois » devenait carrément inutilisable, beaucoup trop daté. Et accoler « bobo » à « occitaniste », ça marche super bien puisque , comme tout le monde le sait, un bobo c’est quelqu’un qui vit en dehors des problèmes de notre société, et la défense de la langue occitane est tellement déconectée de la réalité d’aujoud’hui. Parce que, voyez-vous, l’occitan ça sert à rien.
Au fait, c’est quoi exactement un bobo ? Un fonctionnaire, un prof ? L’Occitanie en a tellement produit… Et c’est pas pour rien que ce sont justement ces classes moyennes vivant à l’abri des circuits économiques qui se sont engagés pour la langue : félibres puis occitanistes, ridicules dans leur obsession improductive. Malheureusement, contrairement aux corses et aux basques, nos années 70 n’ont pas pu nous sortir de cette impasse. L’occitan ne crève pas des occitanistes, il crève de son manque d’utilité sociale et politique, dans une société où tout était dejà plié au sortir de la dernière guerre.
En cas de faillite, c’est toujours plus facile de s’accuser soi-même ou ses associés plutôt que d'analyser les causes externes qui inexorablement vous ont acculé au mur. Merveilleuse auto-critique, qui est juste un moyen d’habiller ses renoncements. J’espère que la fois prochaine on ira manifester main dans la main avec les autres peuples minorés de France, pour se sortir un peu de ce mazochisme nombriliste.
don't stop the fight
@laurent,
pas bien compris si ton message m'était adressé, auquel cas tu n'as pas du bien comprendre le mien...
d'abord, je ne renonce pas à la sauvegarde de la langue occitane, je suis certainement bien trop masochiste pour renoncer! C'est qu'on y prend goût à ce lynchage permanent des méchants d'en face, les Jacobins modernistes uniformistes uniformisateurs...
Non, ce que je voulais seulement dire, c'est que les bobos, néo-ruraux, babas etc (chacun choisit sa catégorie) ne sont certainement pas les assassins de notre culture d'oc. Ils sont les maillons, comme tu le dis (si j'ai bien compris) d'une longue chaîne dévastatrice, annihilatrice. Du reste tout comme le sont les trois quarts des membres de nos chères familles d'occitanistes, et non, je ne suis pas fils et encore moins petit-fils d'occitaniste, donc bien que tout le monde soit acquis, chez moi, au fait que notre patois est beau et que c'est dommage qu'il crève, je suis bien le seul "militant" per la lenga dins ma familha... Cela dit chez moi il y a des gens qui militent pour des idées que je soutiens mais pour lesquelles je ne "milite" pas, chacun son combat...
Moi, dans les causes de la disparition de l'occitan, j'aurais plutôt tendance (on en a déjà parlé ici) à accuser, après le maudit État français, bien sur, la passivité de nos grands-parents et de nos parents (donc les gens nés entre 1900 et 1950)... oui, ils ont laissé crever la langue, on doit l'admettre, car eux-mêmes l'admettent. Mon hobby préféré lorsque je suis de sortie (sorti de la ville je veux dire), poser à des ruraux de 80 ans ces quatre questions:
-Vous aimez votre patois? > -Oui!
-Vous l'avez parlé à vos enfants? > -Non!
-Pourquoi? > -Je ne sais pas, ça ne se faisait plus...
-Vous trouvez dommage que votre patois disparaisse? > -Oui, très dommage!
Ça marche à tous les coups avec les vieux limousins, et je n'ai toujours pas compris quelle force les a poussés, plus que les Alsaciens, les Basques et les Corses de leur génération, à ne pas transmettre leur langue.
Mais les vieux en Occitanie c'est comme les vaches en Inde, c'est sacré, et quand je dis ça je blasphème!
Le mystère reste entier, mais la lutte continue!
ps: avant que l'on m'accuse de quoi que ce soit, j'affirme:
-que j'aime énormément l'occitan, que je parle,
-que je respecte énormément les vieux, et que ma défunte grand-mère qui a pu, avant sa mort, me léguer un peu de sa culture, je l'ai aimé et je l'aime (désolé on dirait du Cabrel),
-que je lis depuis dix ans des ouvrages sur le centralisme, le jacobinisme, l'uniformisation culturelle en France, et que je condamne moi aussi (comment faire autrement) les agissements de l'Etat français en la matière.
Bon, ai encara fach de provocacion un chic a palpas, ai benlèu un pauc tot mesclat e finalament Fignel t'acusi pas de ren. Ne sem gaireben totes al meteis nivel.
Voliai desnonciar l'argument segon lo qual la promocion de la lenga occitana es un daquòs de bòbòs, es un dels arguments de los que volon barrar las Calandretas al nom de la desfensa del servici public.
E pensi que los "néos", de quin biais que se prenga lo problèma, son de colons, emai simpatics.
Al reveire.
Les néos
Les néos propagent en effet une variante de la culture parisienne et urbaine jusque dans nos sanctuaires occitanissimes. A ce titre, les bergers de l'Ariège 68ards à l'accent parigot font beaucoup de mal à la culture d'oc car ils la mettent en minorité là où elle tenait encore. Sans oublier que les néos arrivent avec leurs maisons en bois dégueulasses qui défigurent l'architecture vernaculaire, n'ont souvent de cesse de vilipender les autochtones aliénés dans un productivisme maladroit, encouragent la sanctuarisation de nos montagnes (ours, ...).
Òu putanier, seriam d'acordi amb Gascon ?...
Héhé, encara un còp e nos vas aprene que sias un occitanista desfrocat.
E Òc
Excellent regard porté sur l'occitanité du pays plond. Un état des lieux pas tout à fait optimiste , mais pas tout à fait noir non plus.
Personnellement j'ai fait l'experience de la langue d'oc dans le métro de Toulouse , avec des amis pour qui l'occitanitat est un ovni.
J'ai constaté qu'après la manif de Carcassonn, et toutes les manifestations del festenal d'Occitania , ils ne riaient que moyennement jaune . Et évoquaient le spectre des attentats et du séparatisme...
Au chapitre des effets collatéraux du festenal Occitania , il s'est produit quelque chose d'extra à Mureth , ou la mairie a financé la venue de Catharsis Sound Maquina , celle d'une expo a propos de la croisade , celle d'une conférence avec Alem Surre Garcia, et encore une animation occitana à la bibliothèque , et celle de M O Dumeaux contes pour enfants.
Becvord es grand ...
Outre l'achat d'un fond conséquent de livres occitans , il est prévu de participer encore plus activement l'an prochain au festival d'Occitania.
Notamment au niveau de la creation de totems dans le cadre du carnaval... Et encara una accion cap a las escòlas mairalas...
Tout cela pour dire que les choses commencent de bouger . Et que les jacobins commencent de rire jaune et de se crisper.
Et la semaine s'est achevée en apothéose avec Carcassonne.
Ah j'oubliais encore la conference hommage a Robert Lafont avec P Gardy e P Martel , un plaser vertadièr que de los ausir parlar totes dos del dabancièr... E de leiçons de coratge ...
Aquel mes foguèt una benaurança se volètz
Adiussiatz e mercès plan.
parler du Carla-Bayle
Un petit mot pour indiquer que P. Poujade ne classe pas le parler du Carla Bayle dans le gascon, à peine dans les parlers de transition vers le gascon malgré la présence de quelques traits.
cf. P. Poujade. L'occitan en Ariège.
Un jour, j'ai entendu dire J. L. Fossat, qui travailla avec Jean Séguy, que les parlers gascons, sur la limite, étaient capables de simuler la distance au languedocien.
Si j'ai bien compris, cela signifie que la distance constatée sur la limite languedocien/gascon n'est pas forcément valable quand on prend pour comparaison d'autres parlers gascons géographiquement plus éloignés au sein de l'ensemble dialectal gascon. Il s'agit donc de relativiser la distance linguistique entre gascon et languedocien en prenant avec prudence les observations sur la limite.
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