J'ai reçu un texte de Jan dau Melhau par la poste, s'insurgeant contre le sort subi par le Limousin dans le remembrement régional. Il me demande de le diffuser, si je le trouve à mon goût, par les moyens qui sont les miens (Melhau se tient hélas à l'écart d'internet). Je le fais volontiers, même si, bien qu'en accord sur le fond (voir le texte de la Coordination Occitane publié avant-hier), je trouverais à discuter bien des choses dans ces lignes (une certaine vision de l'histoire en particulier). Superbement écrit, comme à l'accoutumée, il mérite en tout cas amplement la lecture et la discussion. JP C

Melhau1

 

APPEL DU 5 JUIN

 

            La Révolution, en créant les départements sur des appellations purement géographiques, avait voulu détruire tout ce qui rappelait l’Ancien régime, que des anciennes provinces ne demeurât pas même le nom, que les peuples de France en perdissent toute identité.

            Il s’agissait de créer l’homme nouveau, le citoyen désincarné, hors toute communauté autre que nationale, tout seul face à l’État.

            Un siècle plus tard, l’école de la République fit la guerre aux langues et cultures des peuples de France, leur fit honte de ce qu’ils étaient, vida les campagnes de ce qu’elle pensait être leurs meilleurs éléments pour en faire les serviteurs zélés de l’État ou du capitalisme national.

            Le Limousin, avec sa langue, mourait tout doucement…

            La régionalisation sous laquelle nous vivions avait créé des monstres tels que Provençalp’côt’d’azur, dont les habitants, à l’évidence, devaient se dire, en toute simplicité Provençalpcôtdazuriens, mais le Limousin, miracle ! était réapparu avec un minimum de conscience de soi.

            La République a réussi à réduire sa langue à la dernière extrémité, elle veut achever aujourd’hui de l’éradiquer en le noyant dans une mer d’incohérence, en mariant la carpe et le lapin, l’éleveur limousin et le céréalier beauceron, la platitude et le plateau.

            Le Limousin, d’aucune façon, en quoi que ce soit, ne peut avoir à faire avec la présente région Centre. Et les liens qu’il a toujours eux avec le Poitou et la Saintonge ne peuvent lui donner l’idée ni l’envie d’être de leur attelage.

            Le Limousin, avant d’être au centre, est au nord, au nord des terres occitanes, statut qu’il partage avec sa sœur – ou sa cousine – l’Auvergne.

            Il est, depuis les Celtes lemovices, un pagus, un pays, il a eté, aux XIème et XIIème siècles, le berceau de la grande poésie lyrique des troubadours, et alors envahissait l’Europe de ses ors émaillés.

            Les Catalans, en cet honneur, au XIXème siècle de leur renaissance, nommèrent leur langue llemosi.

            Qu’il garde au moins mémoire de cette gloire-là !

            Il a toujours été à la fois de la montagne et de l’Aquitaine, il est en fait la partie montagnarde de l’Aquitaine, mais avant tout il doit rester limousin, et de si grandes régions sont des aberrations humaines que bien sûr on nous présente comme des nécessités économiques. Comme si l’économie, depuis belle lune, se préoccupait de l’homme !

            Qu’il reste limousin !

            Au nom de Bernard de Ventadour, de Léonard Limosin, des maçons limousins et de Marcelle Delpastre.

 

            J’accuse le petit monarque de Paris (car nous vivons dans un régime de monarchie élective) de vouloir achever de nous détruire dans ce qui nous fait au plus profond de l’être (et ne pensez pas, Limousins, qu’il suffira de quelques galetous, d’un clafoutis pour sauver votre identité !).

            J’accuse les élus du Limousins, les socialistes en tout premier lieu, de complicité active, de duplicité ou de jobardise.

            Et j’appelle les Limousins à la résistance et à l’insurrection, à des actions non-violentes que je souhaite nombreuses, imaginatives – humour et ironie –, imparables.

 

N’i a pro !

Le préfet du maquis

alias Jan dau Melhau