Veni de tornar trobar per talastre dins la memòria en rambalh de mon ordinador aquelas linhòtas en francés, de julhet de 2002, qu’aviaí completament doblidadas (deja !). Cresi ben que son mas primièras reflexions sus aquel afar de las lengas. Dison pas grand causa d’original mas balhan plan l’idea, çò me sembla, de la tòca d’aquel blòg, qu’es fin finala pas tant de militar, de far conéisser de libres, de musica o de films e de fiular la conariás que se dison e legisson cada jorn sul sicut, mas puslèu d’ensajar ièu d’i comprene quicòm. Quora escriguèri aquò, èri dins las Polhas en Italia e, se me soveni plan, veniái de veire e d'enregistrar una pèça de teatre en salentin, sus la plaça d’un vilatge blanc, amb lo monde assemblats jos lo cel traucat per las gridas dels faucilhs. Aquò foguèt pas per res dins aquela decision.

teatroscorrano

Piccolo Teatro Scorranese

E mo... fazza Diu !!!!


La langue marâtre

 

C’est pour essayer d’y voir plus clair dans cette affaire des langues mal dites régionales et de leur contentieux avec le français que j’ai décidé d’ouvrir ce document sur mon traitement de texte, pour y jeter mes souscadisses comme elles viendront. Elles auront sans doute un fort caractère introspectif parce que cette préoccupation est inséparable d’un souci d’analyser ce qui est en train de m’arriver, depuis que j’ai recommencé, il y a maintenant un peu plus de deux ans, à m’intéresser de près à l’occitan, lorsque j’ai pris la décision de me donner les moyens de sauter le pas, c’est-à-dire, de parler enfin la langue et, dans la foulée, de l’écrire, après l’avoir fréquentée toute mon enfance, à Caussade et à Albi, entouré de gens qui la parlaient – mes grands-parents, mon père, des voisins… mais qui ne me l’ont pas réellement apprise, parce que j’étais un enfant, et qu’il fut décidé de manière tacite, confuse, mais irrévocable, que l’on épargnerait désormais cette tare aux générations futures. Autrement dit, cette réflexion est aussi, peut-être d’abord, un exercice de mémoire, qui est celui-là même par lequel il m’a été possible de me mettre à parler, tant bien que mal et – hélas – plutôt mal que bien, en me réappropriant, en remaniant et en transformant radicalement les bribes de langue qui me restaient, avec l’aide des livres, des cassettes de collectage, de Radio occitania (au niveau de langue trop souvent calamiteux), et surtout de la fréquentation de quelques cours à l’université.

 Mais pourquoi le faire en français ? La question se pose, et c’est une question toute nouvelle pour moi. Pourquoi est-ce que j’entreprends d’écrire en français sur l’occitan et non l’inverse ? Je ne sais trop comment les choses iront de l’avant, ni d’ailleurs si elles iront tout court, mais la réponse provisoire paraît simple : la conviction de ne pouvoir prétendre à une sûreté d’expression suffisante en òc. Il y a peut-être aussi une autre raison : s’il arrive que ces lignes finissent par devenir publiables, je voudrais qu’elles contribuent à susciter le trouble et le malaise dans l’usage même de la langue maîtresse.

 Enfin, cette décision d’écrire est sans doute précipitée, parce que je suis encore très ignorant sur le sujet, mais c’est aussi que j’ai peur de devenir trop vite savant : le savoir universitaire me paraît à la fois susceptible d’escamoter le problème de la langue comme problème personnel et d’affaiblir la critique politique. Je voudrais plutôt me donner les moyens d’une appropriation critique de savoirs, dont je sais par avance qu’ils sont presque toujours au service d’idéologies que je récuse, ou dans lesquelles je ne me reconnais que par tactique.

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Daissatz nos crebar

 L’expérience la plus dure, commune sans doute à tous ceux qui cherchent à renouer le fil rompu d’une pratique familiale, intergénérationnelle de la langue, est de se heurter au refus narquois, agacé ou amer de ses propres parents. Dans l’effort d’apprentissage et de transmission, ils voient quelque chose comme une sorte de snobisme citadin, d’impudeur aussi envers eux et finalement de mépris. Car il est bien clair, à leurs yeux, que c’est « leur » patois et non le nôtre, et qu’à cet égard nous n’avons rien en commun. Elle est la langue de leur monde qui doit disparaître avec eux et ils voudraient bien qu’on les laisse crever tranquilles. Ils se plaignent bien sûr de la désertification et du silence qui croît, à mesure que meurent un à un leurs interlocuteurs... Mais comment pourrions-nous imaginer que notre bavardage déplacé et maladroit puisse compenser une telle perte ? Il ne fait que leur en donner un sentiment plus aigu et plus désespéré. Aussi se montrent-ils volontiers blessants, soulignant la qualité déplorable de notre accent ou de notre scansion, l’incongruité de notre vocabulaire appris dans les livres, etc.

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Monsieur Dont-dont

 

           « … dans aucune des langues dont il est question n’existe le vocabulaire des sciences et des techniques dont je suis en charge dans l’enseignement professionnel »[1]. J’ai vu sur le stand d’une librairie occitane au forum des langues de Decazeville un glossaire occitan des années 70, entièrement consacré au vocabulaire technique du nucléaire : il m’a paru saugrenu et dérisoire. Aujourd’hui, je regrette de ne pas l’avoir acheté. Je l’aurais envoyé à monsieur le ministre avec un petite lettre où j’aurais tenté de lui expliquer que sa haine des patois n’a aucune raison d’être, qu’il fantasme des ennemis politiques là où il pourrait trouver tout aussi bien des alliés, s’il faisait preuve d’un peu de tolérance et d’abord de simple bon sens. Mais à la fois, je pense exactement le contraire, et il ne fait aucun doute que cette haine est symptomatique d’une conception foncièrement autoritaire et en fait crypto-totalitaire en matière de politique linguistique et culturelle. Cette conception et ces pratiques politiques ne sauraient être évidemment assumées comme telles, parce qu’elles sont en contradiction flagrante avec les principes dont elles se réclament. On peut et on doit mettre cette contradiction en évidence et la dénoncer, appeler à plus de bon sens, de logique et de cohérence, mais cela ne suffit pas ; la haine du patois est toujours là.

Dans ces affaires de langue, j’ai souvent l’impression naïve que la seule invocation du bon sens et des valeurs démocratiques devrait suffire à convaincre les plus récalcitrants et, à la fois, je constate que même les arguments les plus évidents et consensuels ne peuvent faire changer d’avis ceux-là mêmes qui sont prêts à reconnaître la faiblesse logique de leur position (le fait qu’elle soit en contradiction avec leurs propres principes éthiques et politiques). Le cœur du problème est peut-être à chercher dans ce nœud de passions négatives, de préjugés identificatoires et d’habitudes invétérées qui constituent la paranoïa française de la langue supérieure, unique, exclusive, cernée de toute part, menacée au dehors et au dedans, par le haut et par le bas, par l’anglais et l’arabe, le corse et le breton, les créoles et les argots.

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Négationnisme linguistique

 

           On entend souvent, on lit souvent que les discussions autour des langues « régionales » n’ont aucun sens, parce que ces « langues » ne seraient plus parlées par personne. On leur reconnaît donc le statut de « langues », mais uniquement à titre posthume… Bien sûr des vivants tentent de se faire entendre pour dire qu’ils les parlent encore, ou à nouveau. Mais les arguments du négationnisme linguistique sont imparables : enlevez les vieux qui vont crever bientôt, les enfants des écoles par immersion, contraints à une pratique absurde, et quelques extrémistes à la fois vichistes et soixante-huitards attardés (çò ditz Mélanchon), heureusement en nombre dérisoire, et il ne reste personne. Et il n’y a aucun sens évidemment à dépenser les deniers publics pour entretenir artificiellement des langues qui ne sont en fait plus parlées par personne. Mais il est une forme de négationnisme plus violent encore, plus exaspérant et terrible : c’est celui qui consiste à faire un silence absolu sur la question linguistique. Par exemple on entend sur France Culture (Pays d’ici) des heures d’émission sur la vie dans les Cévennes sans que ne soit une seule fois évoquée, d’aucune façon, la présence de la langue, ou sous une forme plus populaire, on édite des dictionnaires de prénoms « traditionnels » « régionaux », tous français. C’est évidemment la même chose pour les livres de contes des veillées basques ou bretonnes, pour les livres de cuisine, etc. Les exemples sont légion. Ainsi, le négationnisme linguistique, qui fait du français la langue éternelle et unique du territoire national, porte-t-il aussi bien sur le passé que sur le présent. Aux revendications régionalistes actuelles, on oppose encore, sans aucun scrupule, peut-être même sans se rendre compte de la contradiction, les morts de quatorze dix huit, dont une majorité sans doute n’avait pas le français comme langue maternelle.

J.-P. C.

 

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Piccolo Teatro Scorranese

Li cumprumessi sposi

 


 

[1] Déclaration de Jean-Luc Mélenchon, à l’occasion d’une question parlementaire sur la création d’un centre de préparation au Capes d’occitan à Nice, cité par la Setmana, n° 364.