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Daumier. Le perroquet de Guizot

 Patois bourbonnais, bourguignon et verlan : le traitement des langues minoritaires à l’Assemblée nationale

 

     Les mêmes scènes de bizutage linguistique se répètent dans l’hémicycle, au fils des ans,à l’occasion de la proposition d’amendements visant à la modification de l’article 2 de la Constitution (« La langue de la République est le français »), et l’affaire se termine invariablement par la victoire caractérisée des députés hostiles aux langues minorisées.

Amendement à la constitution

On se souvient peut-être du long débat du 21 novembre 2002, où Marc Le Fur (député UMP des Côtes d’Armor) avait présenté un amendement pour compléter le premier alinéa de l’article par les mots « dans le respect des langues régionales, qui font partie de son patrimoine ». François Bayrou avait proposé d’ajouter « et la défense » après « respect », car disait-il, le respect ne suffit pas. L’amendement avait été repoussé à 50 voix contre 39[1]. Le 26 janvier 2005 une initiative similaire se solda par un résultat plus maigre encore (46 voix contre 25)[2]. La dernière tentative date du 13 décembre de l'année qui vient de s'écouler : le même Marc Le Fur, proposait, à l’occasion de la discussion du projet de loi constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie, un amendement visant à insérer dans l’article la précision « dans le respect des langues régionales qui font partie de notre patrimoine »[3]. Nouveau refus : 44 pour, 57 contre…

 

« le patois bourbonnais ! »

Le progrès est net, mais en parlant de respect des langues, sa pratique est loin d’être acquise à la chambre des députés. A peine a-t-il le temps de prononcer les mots de « langues régionales » que Marc Le Fur est interrompu par Gérard Charasse, député de l’Allier (non inscrit membre du PRG), qui lance : « le patois bourbonnais ! » apparemment comme un quolibet du plus grand comique. Le Fur continuait, imperturbablement : « La République s’honorerait à manifester d’une manière quelconque son respect, son attention, sa bienveillance à l’égard des langues régionales ».

« Le patois bourbonnais »…  il faudrait tout de même que Gérard Charasse, qui publie sur son blog les nombreuses protestations suscitées par son bon (?) mot, sans s’expliquer pour autant, nous dise ce qu’il voulait signifier par là, étant donné que sa participation au débat s’est limitée à ces trois mots. On peut cependant faire des suppositions : il s’agit apparemment de ridiculiser toute revendication concernant les « langues régionales » en ramenant celles-ci à de vulgaires patois (pardon pour le pléonasme !) parce que, comme on l’a souvent remarqué ci, quand on a dit « patois », on a tout dit, et « bourbonnais » , dans la bouche du député de la région – car ce Charasse là est député de l’Allier –, vous a un air bonhomme de province bêtasse, de Bécassine gardant ses oies avant de rejoindre la capitale. On voit en tout cas d’emblée la haute considération de l’élu pour la culture linguistique de sa circonscription.

Mais d’abord, qu’entend-il par « bourbonnais » (mettons de côté le mot de patois) ? En effet, il devrait savoir que terme est ambigu, pouvant désigner aussi bien des variantes dialectales de l’occitan, parlé dans le sud de la région  du marchois - bon bout de ce que l’on appelle le « croissant » -, et des parlers relevant de la langue d’oïl (encore en usage dans la moitié nord). Donc notre député aurait dû au moins utiliser le pluriel, mais savait-il seulement de quoi il parlait ? On peut en douter… Son attitude en tout cas, est tout à fait comparable à celle de Jean-Pierre Soisson (UMP), qui interrompit lui aussi l’orateur en criant « Vive le français ! » comme s’il se lançait dans un assaut désespéré pour reconquérir le drapeau national dérobé par l’ennemi. Surtout, lors du débat de 2005, alors que le rapporteur Pascal Clément et divers membres de l’assemblée énuméraient les noms de langues méritant d’être citées dans le débat (à vrai dire ce moment de l’échange, qui se référait à l’épisode 2002, n’est pas d’une grande clarté, comme on pourra le constater), Soisson s’était écrié « En tout cas, pas le bourguignon ! Si l’Assemblée nationale ne défend pas le français, à quoi servons-nous ? ».

« Pas le bourguignon» … Là aussi bien des questions se posent… entend-il par bourguignon le français lui-même, son français de député de l’Yonne ? Ou bien reconnaît-il l’existence de ce dialecte de la langue d’oïl, qui eut ses heures de gloire littéraire, le bourguignon-morvandiau, considéré comme l’une des langues de France par la DGLFLF ? Quoi qu’il en soit, il s’agit là aussi d’évoquer la région de sa circonscription, dans une représentation qui la place immédiatement dans une relation d’absolue dépendance culturelle (et bien sûr politique) consentie envers Paris et l’île de France, une sorte d’évidence sans appel, qui relègue par extension toute autre langue que le français présente sur le territoire national (évidemment territoires d’outre-mer compris) dans l’indignité et la dérision.

 

Mon patois chéri

Cela n’empêche d’ailleurs pas souvent ceux qui ont ce type de réaction (les hommes politiques comme les autres) de revendiquer une affection profonde pour le « patois » de leurs ancêtres ou de leurs villages. Lors du débat de 2002, Pascal Clément (UMP), qui en sa qualité de rapporteur (déjà), conduisit une lutte sans merci contre les propositions d’amendement (« il serait dangereux de les inscrire dans la Constitution »), y alla de « deux souvenirs » personnels : « Mon grand-père avait été placé en 1914 à la tête d’une section de sa région car ces hommes ne parlaient que le patois. Et moi-même, lorsque j’étais tout jeune maire, j’avais constaté que nombre d’anciens ne s’entretenaient qu'en patois ». L’ancien maire de Saint-Marcel-de-Félines n’a aucune hostilité à l’égard du « patois », mais il veut sans doute dire qu’il y a beaucoup plus de panache à mourir pour la patrie en parlant français que patois, et qu’une conversation en français est autrement civile dans la langue de l’Académie et des salons. Or cet immense progrès de la culture, selon lui, est mis en cause par les revendications linguistiques de ces patois qui prétendent usurper le nom de langue. Ce jour de novembre 2002, il fut vigoureusement appuyé par Jacques Myard (UMP, né à Lyon) qui, entre deux sorties virulentes, confessa : « Moi aussi, j’ai parlé patois ». Comprenons bien, il y a là une certaine roublardise démagogique : « parler patois » cela fait peuple, cela sent son terroir à l’ancienne… René André (UMP), lui aussi entièrement hostile à l’amendement, y alla de son couplet breton : « Nous sommes tous attachés à la langue de nos régions, moi le premier ! « O Breiz ma bro, Bro goz mazadou ! »[4]. Il se permit même de régaler l’auditoire d’une anecdote historique en forme d’apologue : « En 1870, Napoléon III, en visite au camp de Conlie, se félicitait de l’ardeur guerrière des fantassins bretons, qu’il entendait répéter « A la guerre ! A la guerre ! », sans se douter un instant que les malheureuses recrues ne souhaitaient qu’une chose : rentrer à la maison : « Ar ger ! » (Sourires) Voulons-nous susciter ce type d’incompréhension ? ». Apologue intéressante du reste, puisque dans cette historiette évidemment fort sujette à caution, c’est le pouvoir qui se méprend sur ce que lui disent les citoyens, et l’idée de derrière, sous cette plaisante équivoque, est bien qu’un peuple qui parle une autre langue que ceux qui le gouvernent n’est pas fiable. Du reste, on raconte aussi que si Gambetta tardait autant à armer ces 80 000 fantassins bretons qui croupissaient dans un camps sans baraquements, mal vêtus et mal nourris, c’était par crainte du « péril chouan ».

 

Faire rire

Mais foin de vérité ou même de vraisemblance, l’important pour le député de la Manche était de faire rire ­– et notons qu’il y parvint –, pour mieux avancer l’argument le plus imbécile qui soit : à savoir, et très explicitement, que si l’on enseignait les langues régionales, alors les Français ne se comprendraient plus entre eux, allant jusqu’à dire, contre les données les plus élémentaires des études sur le bilinguisme, les mots suivants : « l’enseignement du français est-il à ce point performant qu’il faille le rendre plus difficile encore ? » (vous avez bien lu, le français devient plus difficile si l’on apprend aussi une autre langue !). Jean-Pierre Balligand (socialiste, député de l’Aisne) eut beau dire que le « bilinguisme est une chance », rien n’y fit. Victorin Lurel (socialiste, élu de la Guadeloupe) ne fut pas plus entendu, qui déclara : « M. le ministre et le président Clément n’ont pas la chance d’appartenir à une société multiculturelle. Je peux vous assurer que le bilinguisme est une richesse. J’ai été élevé en créole, et je suis élu de Saint-Martin : les enfants de Saint-Martin maîtrisent le français, l’anglais, le papamiento qui est la langue de Curaçao, le créole et l'espagnol... Le créole n'est pas un patois, c’est une langue. En 1870, quand les Alsaciens demandaient à être Français, ils entendaient l'être en allemand. Car être Français, c’est vouloir être Français, conformément à la conception élective de la nation que Renan et Fustel de Coulanges opposaient alors à la conception ethnique de Mommsen ». Mais que valent l’appel à l’expérience du multilinguisme, que vaut le rappel à la conception élective (aujourd’hui complètement oubliée) et donc non linguistique de la nation[5], face à l’apologue des bretons de Napoléon III, et à l’invocation rédhibitoire, parce que censée être cocasse, du bourguigon ? Dans la même veine, Jacques Myard proposa même d’ajouter le verlan à la liste des langues régionales. L’assimilation à l’argot visant évidemment, comme l’identification au patois, à dévaloriser l’objet du débat et à rendre la discussion dérisoire. Le Fur, ce jour là, pourtant du même parti (mais la question des langues régionale divise en fait tous les partis, à l’exception peut-être de l’UDF), eut en tout cas bien raison de reprocher à ses camarades (je ne suis pas sûr que le terme convienne) de véhiculer « des lieux communs au risque de tomber dans la caricature folklorisante ».

 

Domination sans appel

 A mon sens, ces « lieux communs » en disent plus long que les arguments juridiques et politiques invoqués pour rejeter les amendements à cet article ajouté à la Constitution en 1992 soi disant pour faire front contre l’invasion de l’anglais et utilisé aujourd’hui pour combattre les langues minorisées. Ou plutôt ces clichés humiliants révèlent la violence symbolique qui s’exerce sur les cultures et les langues minoritaires, une violence le plus souvent largement intégrée par les dépositaires et les locuteurs de ces langues même, une violence normale et normée, puisque institutionnalisée et même inscrite dans la loi fondamentale de la nation française. Ce rapport de domination sans appel, foncièrement incompatible avec toute pratique démocratique en la matière, est à la racine de tous les arguments que l’on fait valoir pour maintenir le statu quo national et achever (car c’est bien de cela qu’il s’agit) l’entreprise abolitionniste initiée par les jacobins de 1793. Or voilà que la persistance de revendications linguistiques un peu partout sur le territoire, l’existence de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires (signée mais non ratifiée par la France), la présence, fantomatique certes mais néanmoins embarrassante, de la DGLFLF[6], le principe promu par l’UNESCO d’un patrimoine immatériel de l’humanité comprenant les langues, empêchent de terminer le boulot sereinement et en toute conscience. D’autant plus que le même labeur d’éradication doit être sans relâche renouvelé à l’égard de chaque nouvelle vague d’immigrés, qu’il s’agit d’intégrer en la passant au kärcher du monolinguisme. Sans parler de l’anglais avec lequel il faut bien compter (au deux sens du terme), et de l’appartenance européenne qui semblerait exiger que l’on s’intéressât aux langues nationales de nos voisins. La solution actuelle, sur tous ces fronts linguistiques, est le replis sur la seule et unique langue nationale (exception faite de l’anglais « commercial »), un replis dont il est cocasse de voir qu’il est sans cesse justifié par le combat du communautarisme et des identités, alors qu’il en est l’expression la plus caricaturale. Il y a là, de fait, un choix politique, assez largement partagé par des élus de toutes tendances, masqué derrière un discours d’apparat sur « la diversité culturelle » et surtout justifié par des arguments économiques : il ne faut plus payer les enseignements inutiles (ceux que l’on juge tel), parmi lesquels les langues en général, mortes et vives, et les langues régionales en particulier.[7]

 

Terminer le boulot

Qu’il s’agisse, concernant les « patois », de terminer enfin le boulot de l’abbé Grégoire, est clairement signifié par certains. Ainsi Pascal Clément, lors du débat de 2005, rappela-t-il, comme il l’avait déjà fait en 2002, « tout l’effort de la IIIe République - et peut-être faut-il remonter plus loin -, tout l’effort des hussards noirs de la République […] Nous nous situons donc au terme d'une phase extrêmement lente d’unification de la langue : ce n'est que depuis peu que tout Français a la possibilité de comprendre la langue française. Il y a peu en effet, après la Seconde Guerre mondiale, on trouvait encore dans nos villages des personnes qui ne parlaient et ne comprenaient que le patois. La République a mis beaucoup de temps pour parvenir à cette victoire ». A aucun moment, dans cette vision de l’histoire, l’acquisition du français n’est séparée ni séparable de la disqualification des autres langues en « patois » et du dénie de les considérer comme vecteurs de culture, avec le français et non contre lui. La victoire de leur République (car cette conception de la République n’est certes pas la nôtre) n’est pas seulement l’alphabétisation (qui peut se faire en toute langue), mais la « victoire » du français, si longue à venir, contre les « patois ». A partir de là, de toute forme de bilinguisme ne saurait être qu’une trahison de lalangue de la République.

 

Diversité culturelle et monomanie francophoniste

           Dans le cadre d’une telle conception exclusivement francophoniste de la République, qui continue à se justifier par la vocation prétenduement universelle de la langue dite des droits de l’homme (fausse et absurde, car les droits de l’homme se déclinent évidemment en toutes les langues, et l’invocation du français comme leur langue naturelle est une négation pure et simple de leur universalité même), l’invocation de la « diversité culturelle » ne saurait être autre chose qu’une formule obligée. On sait que le président de la République s’est montré, dans certains de ses discours, un fervent défenseur de cette diversité, et lors du débat de 2005, Jean-Yves Le Drian (député socialiste du Morbihan), l’avait fait valoir : « Je me souviens de déclarations assez fortes du Président de la République au Canada, à propos de la langue inuit. Il disait notamment que lorsqu'une langue n'est pas reconnue, c’est une partie du patrimoine de l'humanité qui disparaît ». En réalité le texte de l’allocution de Chirac, prononcée le 6 septembre 1999 devant l’Assemblée territoriale de Ninavut[8], si Drian se réfère bien à cet épisode, est d’une parfaite ambiguïté. En effet, le chef de l’État y défend les revendications culturelles des Inuits mais, étrangement, en les mettant sur le même plan lque es revendications culturelles de la francophonie : « Nous devons encourager et promouvoir nos créations, nous battre et imposer nos langues, nos cultures, nos traditions sur les nouveaux réseaux de l’information » : dans le cas d’espèce ce « nous » recouvre les langues, cultures, traditions des Inuits et… celles de la francophonie. Le contexte est très clair, il n’est fait aucune référence aux langues et cultures non francophones du territoire français, en dehors de celles des « peuples premiers » : « Nous devons aussi protéger et faire connaître notre patrimoine. Rien n'est plus important pour la culture humaine que de conserver et de vivifier l’ensemble de ses racines. J’ai voulu, c’est vrai, qu’en France on reconnaisse ce que nous nous appelons les peuples premiers ». Donc les peuples d’outre-mer susceptibles de relever de la notion de « peuples premiers » peuvent se prévaloir dans leurs revendications des discours du Président, mais certainement pas les Corses, les Bretons ou les Occitans, ni a fortiori les Créoles qui ne sauraient prétendre à la primauté ou primalité (ce n’est pas le lieu ici de s’interroger sur cette notion de « peuples premiers », primat qui tant les rapproche des primates) : dans le discours présidentiel, ils passent à la trappe, ou plutôt sont censés se fondre dans le grand fleuve de la francophonie.

 

L'unitarisme antidémocratique

         Les raisons profondes du refus de modifier l’article 2 et d’abord de son introduction même sont donc à rechercher, selon moi, dans la peur panique d’une réelle démocratisation de la vie culturelle et linguistique et des effets que celle-ci pourrait avoir sur le centralisme français et donc sur les élites aux commandes étroitement monolingues et, en matière de culture, monomanes (hors de nos classiques, point de culture).

Si la Constitution était modifiée il deviendrait sans doute possible de demander plus d’engagements de l’État en faveur des langues régionales, en matière d’éducation (l’intégration au service public des écoles immersives par exemple, refusée par le Conseil d'Etat au motif de l’article 2, plus de classes bilingues dans le public, etc.) et d’aide à la culture. Même si François Baroin, représentant du gouvernement lors du dernier débat, l’a nié avec véhémence et arrogance, la porte serait enfin ouverte à la ratification de la Charte européenne. Celle-ci, comme on le sait, fait pousser les hauts cris à nos fanatiques du français, à grands recours de langue de bois républicaine : « la charte, a rappelé Baroin (mêmes propos de Clément lors des débats précédants), porte atteinte à l’unité du peuple français, à l’indivisibilité de la République et à l’égalité devant la loi, en conférant des droits spécifiques à des groupes de locuteurs de langues régionales ou minoritaires ». En vérité, ces arguments, sont pour le moins étonnants. En quoi la reconnaissance de droits linguistiques compromet-elle, en soi, l’unité, l’indivisibilité et l’égalité ? Nous sommes là dans le domaine des abstractions lyriques. En quoi, la charte conduit-elle à reconnaître des droits spécifiques à des groupes de locuteurs ? Ces droits ne sont pas spécifiques à des groupes, puisqu’ils concernent potentiellement tous les citoyens qui désireraient apprendre ces langues et l’invocation anti-communautariste, selon lequel les locuteurs se replieront fatalement et resteront enclavés sur un territoire, est un faux argument, car il n’y a pas de raison de ne pas permettre aussi l’apprentissage de ces langues ailleurs que dans les régions où elles se parlent. Il existent d’ailleurs des formations en breton ou en occitan en Île de France, pour divers niveaux de scolarité, et l’expérience montre que les usagers, en région parisienne comme dans les territoires d’origine, n’obéissent en rien à une quelconque logique de replis communautariste. Il s’agit bien plutôt de faire valoir un droit pour tous, actuellement bafoué (car à l’exception de la Corse, l’offre d’apprentissage linguistique est dérisoire ou inexistante), et non des droits spécifiques. Quant aux principes intangibles d’unité et d’indivisibilité, on comprend mal en quoi ils seraient menacés par le bilinguisme, voire par le multilinguisme ; encore faut-il accepter de dissocier, comme Renan et Fustel de Coulanges l’ont fait en leur temps, l’appartenance nationale et l’unité républicaine des particularités culturelles et linguistiques. C’est d’abord une réalité historique, puisque la France telle qu’on la connaît, pour le meilleur et pour le pire, s’est construite avec la sueur, le sang et les larmes (le grand père de Pascal Clément à Verdun en savait quelque chose) de générations successives de citoyens qui ne parlaient pas, ou pas seulement le français.

 

J.-P. Cavaillé

Voir également l'article de Pierre Encrevé publié dans Libération



 

[1] Pour le texte du débat http://www.assemblee-nationale.fr/12/cra/2002-2003/073.asp

[2] http://www.assemblee-nationale.fr/12/cri/2004-2005/20050126.asp

[3] http://www.assemblee-nationale.fr/12/cri/2006-2007/20070093.asp#P807_224088

[4] Bro gozh ma zadoù : Vieux pays de mes pères. hymne breton.

[5] Voir Fustel de Coulanges, L'Alsace est-elle allemande ou française : réponse à M. Mommsen, (1870). http://www.bmlisieux.com/curiosa/alsace.htm

[6] Délégation Générale à la Langue française et aux Langues de France. Il est frappant de voir que le syntagme même de « langues de France » est absent de tous les débats et discours parlementaires. A quoi sert donc la DGLFLF, qui relève du ministère de la culture, si elle n’a pas même les moyens de faire prendre en compte la notion qui en justifie l’existence – celle de « langues de France » – par les ministres et les grands commis de l’État.

[7] Un exemple récent : les justifications données par le directeur du Service Interacadémique des Examens et Concours d’Arcueil pour justifier en clair le refus d’accepter à l’avenir l’inscription de candidats à l’épreuve d’occitan au baccalauréat dans cette académie, à moins que les parents des inscrits n’acceptent de prendre en charge les « frais de la certification de l’épreuve » ! (source : CREO de la Talvera).

[8] http://www.elysee.fr/elysee/francais/interventions/discours_et_declarations/1999/septembre/allocution_prononcee_par_m_jacques_chirac_president_de_la_republique_devant_l_assemblee_territoriale_du_nunavut-iqaluit.1543.html