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François Bon, ermite du Mont-Anis et son « Occitagnie » mystique

 

Voici un texte qui va plaire à tout le monde : aux occitanistes, car il montre qu’en 1837 on pouvait considérer que le Puy-en-Velay était en « Occitanie », et il va plaire aussi aux anti-occitanistes, car il est écrit par un auteur, François Bon, dit Michée ou l’Ermite du Mont-Anis, catalogué parmi les fous littéraires et donc assez peu crédible.

François Bon est un auteur à redécouvrir, sans nul doute, car sa prose est fascinante, comme les extraits suivants le montrent et je conseille tous les lecteurs de mettre le nez dans l’ouvrage dont ils sont tirés. On le trouve aisément sur Google Books et le site Gallica. Le titre en est le suivant :  Histoire de la vérité sortie du fond du puy, écrite par elle-même, ou le pauvre Michée, l’hermite [sic] du Mont-Anis, interprète des oracles, mystères, visions et prophéties, tant de l’ancien que du nouveau Testament, qui doivent servir, par leur accomplissement, à prouver la divinité de la révélation et de la religion chrétienne, afin d’éclairer les hommes à la fin des temps. Un ouvrage d’apologétique chrétienne donc, mais vraiment très, très spécial, largement fondé sur des visions et révélations personnelles et des spéculations cabalistiques sur les lettres et les nombres. Notamment, nous le verrons, la lettre G se trouve érigée en symbole majeur de la divinité en relation directe avec la manière dont Dieu se dit en son Velay natal (Gieaou dans sa graphie toute symboliste).

François Bon se présente lui-même comme un «prophète » et un « illuminé » annonçant en particulier la création au Puy-en-Velay d’une nouvelle Jérusalem terrestre, la Jérusalem occidentale faisant pendant à la Jérusalem orientale. Monarchiste forcené, Napoléon est pour lui, littéralement, l’antéchrist annoncé par l'apocalypse de Jean.

L’un des textes de son ouvrage est autobiographique : il y raconte sa vie « antémystique ». Né au Puy en 1761, il fut longtemps, comme son père, négociant en tissus, dans le nord de la France, avant de s’installer à Paris en 1801, s’y faisant discrètement connaître par un journal produisant des recettes infaillibles pour gagner à la loterie. Il se maria deux fois, connut diverses banques-routes et fit plusieurs métiers (représentant de commerce, caissier…), jusqu’à la nuit du 28 septembre 1820, celle de la naissance du Comte de Chambord, où toujours résidant à Paris, il prétend que l’archange Saint-Michel lui apparut pour lui révéler, par un très complexe calcul, qu’en 1821 « le grand consolateur » reviendrait pour mettre fin aux « malheurs de la terre ». D’autres visions suivront, comme celle de la « vérité mythologique », sous la forme d’une « femme presque nue »… Il revint vivre au Puy, et creusa lui-même une petite grotte d’ermite à trois kilomètre du Puy, sur la route de Clermont-Ferrand, au col de la Paille, débitant aux passants, « de la bière, du vin, de l’eau-de-vie et autres rafraîchissements »…

Pour ma part, je n’ai aucune affection pour la catégorie de « fou littéraire », dans lequel on a fourré l’ermite du Mont-Anis. Une lettre que lui adresse le préfet de la Haute-Loire, qu’il ne cesse de solliciter, montre bien qu’il n’était pas considéré par les autorités seulement comme un simple fou ou un doux rêveur, mais comme répandant des idées nouvelles, dangereuses pour lui et pour les simples ; aussi l’autorité préfectorale lui demande-t-elle de se laisser dorénavant guider par le clergé et de renoncer à publier ses fantaisies. François Bon, du reste, ne cherche pas à faire œuvre littéraire, mais à remplir la mission prophétique dont il se sent investi. Son style en tout cas et ses vaticinations cabalistiques méritent que l’on prenne le temps de le lire.

 

 

Extraits de L’Histoire de la vérité sortie du fond du puy, écrite par elle-même

 

Aussitôt je me retournai pour voir de qui était la voix qui me parlait et m’étant tourné, je vis le juste qui crie ; au moment que je l’aperçus je tombai comme mort à ses pieds, mais il mit sur moi sa main droite et me dit, ne craignez point, je suis L’alpha et L’oméga, le premier et le dernier, je suis le coq et l’oiseau jeai. Souva de l’aigueo, ieaou sei l’ieaou de gieaou, d’aquei d’aqui es espelly la coulombo dei Saint-Esprit. Ce qui veut dire :

            Sauvé de l’eau, je suis l’œuf de Dieu, de celui-là est éclos la Colombe du St-Esprit.

[…]

            Voicy le mystère des sept Etoiles que vous voyez dans ma main droite. Ces sept Etoiles qui se croient plus brillantes que le soleil et qui prétendent éclairer tout l’univers, sont les sept Anes de sept moulins qui ont enlevé à Occitagnus, la lettre mystérieuse G, pour se l’approprier, s’ils sont Anges, ils ne le sont que de ténèbres, d’erreurs et de mensonge… (p. 162).

… Quelques jours après étant allé visiter le lac du Boucher, dit en patois du pays, lou lac de l’ieaou, la mer d’airain, auprès de Cayre, dans la haute Egypte occidentale, je trouvai un morceau de basalte ou lave de volcan, tout jaspé de particules d’émeraudes, de saphirs, de rubis, de hyacinthes, de topases, d’améthyste et autres pierres précieuses que j’ai apporté avec moi comme un échantillon des pierres qui doivent servir à bâtir la Jérusalem occidentale, parallèle de la Jérusalem orientale, lesquelles deux villes doivent former les deux angles inférieurs du grand delta dont le supérieur doit être la Jérusalem céleste. (p. 196)

Cependant G est véritablement l’initiale du nom du grand architecte, et je vais vous le faire connaître comme St Jean me l’a enseigné en me révélant les mystères de l’étoile flamboyante.

            Le vrai nom de Dieu est composé des cinq sons vocals, c. a. d. des cinq voyelles AEIOU, précédées de la lettre mystérieuse G qui ne doit jamais s’employer ni se prononcer que comme gue, par un mouvement guttural et non comme J par un mouvement maxillaire, comme dans géométrie que l’on doit écrire jéométrie, ange que l’on doit écrire anje, etc. etc. Voyez le delta, page 205 ; partant du G à droite vous trouvez GIEAOU [voir triangle infra].

            Mais ce n’es pas là tout le mystérieux de la lettre G, elle est aussi l’initiale de Gallus qui signifie Coq et Français, le français est un peuple et une langue : cette langue doit être la première comme le peuple le premier, car elle est la langue du Coq, d’où dérive Languedoc, par inversion sens-dessus-dessous du d en q et transposition du C qui de dernier de la syllabe devient premier, toujours pour le jeu de la cabale….. Languedoc se dit en latin occitania et Languedocien occitanus diminutif par élision du g d’occitagnus ou d’ociscus agnus qui est l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, qui doit ouvrir le libre et rompre les sept sceaux.

            Enfin, la lettre G est aussi l’initiale de gloire, mot brillant, mais bien environné de nuages ou de ténèbre, auquel tant de gens aspirent et qui cependant, n’est du qu’à Dieu seul.

Le Courrier des spectacles du 5 juillet 1822, disait de la

Gloire

Je porte avec six pieds un héros jusqu’aux Cieux,

Pourtant à dire vrai, je ne suis que fumée,

Mon chef à bas, je n’ai plus d’envieux,

Et je suis tout-à-coup en fleuve transformée.

            Ce qui explique la fin du 2me verset du 1er chapitre de la genèse qui dit : et l’esprit de Dieu était porté sur les eaux….. Quel est l’esprit de Dieu, si ce n’est la gloire ? Si ce n’est la gloire, c’est donc son nom ? Je le trouve aussi sur les eaux dans AIGUEO qui composé des mêmes lettres que GIEAOU signifient en patois Vellavien, Dieu et eau….. L’esprit étant dans la tête, je vois avec admiration la grandeur future de ce fleuve qui prend sa source près du Puy, dans les hautes montagnes de l’occitanie ; lorsque les brouillards seront dissipés on verra le G le coq en tête de la Loire, faire changer son nom contre celui de gloire si exalté dans la Bible, et le Puy devenir le siége du département de la Haute-Gloire, comme il sera un jour le siège de la Chrétienneté. (p. 198-199)

Ci contre le grand delta renfermant le nom de Dieu et des Montag[n]es saintes en hébreux, en français et en patois Languedocien, en y ajoutant le Tau le T qui fait SOINT SAINT.

books(p. 204-205)

Pour prouver que c’est au Puy, à la sion d’Anis latinisée par anicium, à la Jérusalem de l’occitanie, de l’occisi agni, que ces paroles doivent s’accomplir en esprit et en vérité, je puis citer bien des autorités…. (p. 242-3)