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Mescladis e còps de gula
Mescladis e còps de gula
  • blog dédié aux cultures et langues minorées en général et à l'occitan en particulier. On y adopte une approche à la fois militante et réflexive et, dans tous les cas, résolument critique. Langues d'usage : français, occitan et italien.
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6 juillet 2008

Les langues régionales comme bouc émissaire


Patrick Sauzet a réagi à l'article de Daniel Lefeuvre, Langues régionales et identité nationale, paru dans le Figaro le 30 juin et sur le site Observatoire du communautarisme, puis reproduit plusieurs fois sur les blogs (soi-disant) républicains. Cette réaction était destinée au Figaro, qui ne l'a pas publiée. Je le dis et je répète, le "débat" sur les langues régionales reste largement confisqué par leurs opposants, qui dominent dans les médias nationaux.

scapegoatcristall
Scapegoat, Vero Cristalli

Les langues régionales comme bouc émissaire

 

L'article de mon collègue Daniel Lefeuvre est une belle anthologie de préjugés linguistiques et je ne manquerai pas de le faire analyser à ce titre par mes étudiants.

Tous d'abord les insinuations : de la "filiation d'un arrêté vichyste" qui ouvre le texte jusqu'aux "Volksgruppen" qui le concluent. Daniel Lefeuvre ne dit pas les défenseurs des langues régionales sont le parti de l'étranger ou les complices d'un complot nazi, mais le laisse entendre.

Par ailleurs, par un tour de passe passe extraordinaire (mais hélas bien banal !) il nous dit les langues régionales se portent bien (pensez! près 400 000 élèves les étudient) alors que c’est bien le français, lui, qui est menacé ! Avec 400 000 élèves en effectifs cumulés dont certains ne suivent qu'une légère sensibilisation, sur 12 millions d'enfants scolarisés, les langues régionales se portent bien, alors que le français, une des quatre ou cinqs langues dominantes à l'échelle mondiale serait menacé. Comme le personnage de Sempé qui humilié par son patron se venge sur son chien, certains défenseurs proclamés du français veulent faire payer aux langues régionales leur incapacité à tenir des positions internationales. Tout cela n’a aucun rapport. Comme n’a aucun rapport le recul des études classiques, qui n’est pas spécifiquement français et n’est pas plus fort que je sache en Bretagne ou en Pays d’Oc que dans la Brie ou l’Orléanais !

Je trouve par ailleurs assez étonnante la mobilisation du latin et du grec à l’appui de l’identité nationale. S’il y a bien dans la culture européenne (et au-delà) un élément salutaire de dépassement des crispations nationales et nationalistes, c’est bien, avec la référence chrétienne, la culture antique. Le latin et le grec ancien sont un patrimoine commun à un Letton et à un Portugais, à un Français et à un Allemand.

Quand Daniel Lefeuvre évoque la culture, c’est sans suspicion ni arrière-pensée qu’il l’associe aux langues classiques et au français, mais pour les langues régionales la culture ne saurait selon lui être que prétexte dissimulant des visées de régression ethnique.

La culture occitane, pour parler de celle que je pratique, transmets et enseigne, porte une des premières littératures d’Europe, par l’âge et l’importance. Elle est à ce titre plus présente dans les universités européennes ou américaines que dans les universités françaises, hélas.

Si l’on oublie les mythes et les phantasmes que nourrit Daniel Lefeuvre, il reste des cultures, Occitane, Basque, Bretone, Catalane, qui avec les cultures antiques et les cultures nationales dominantes font partie du patrimoine culturel de l’Europe et de l’humanité. Et il est clair que les langues qui portent ces cultures sont gravement menacées en France (que Daniel Lefeuvre se réfère aux études de l’INED sur la question). Ce n’est pas une vague initiation qui suffira à les faire vivre, mais il faut pour cela un plan vigoureux d’enseignement généralisé , de présence dans les médias et de soutien public. L’affirmation par la Constitution qu’elles sont un « patrimoine » est le rappel bien modeste d’une évidence, mais peut aider à légitimer ce nécessaire soutien public par l’État comme par les collectivités locales.

Le rappel de la diversité patrimoniale des langues en France me paraît enfin éminemment « républicain » n’en déplaise à Daniel Lefeuvre. La république est un principe politique et non ethnique. Elle doit donc s’accommoder de la diversité linguistique, sauf à admettre que l’affirmation républicaine n’est que le masque de la réduction des différences. Et c’est, sur la base partagée des principes démocratiques, la même unité politique dans la diversité culturelle qu’il faut aujourd’hui construire à l’échelle européenne.


Patrick Sauzet
professeur d'occitan à L'université Toulouse le Mirail

Diable

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Commentaires
L
Les langues régionales ne sont pas le ciment de la République, bien au contraire.<br /> Il convient, avant de se consacrer aux langues et cultures régionales, de connaître et de maîtriser la culture nationale et sa langue, le Français, et son Histoire. Les langues régionales sont secondaires dans l'ordre des priorités,car avant d'être Occitan, Breton, Auvergnat, on est Français. En tant que Français, nous avons aussi l'héritage du Latin et du Grec, qui sont deux langues "mortes" ou en passe de l'être...car la mode est aux langues régionales, mais plus au Latin-Grec, qui sont deux langues formatrices de la pensée et de l'expression. Je ne nie en rien l'apport culturel d'une langue comme l'Occitan, riche en mots, en sons et en littérature. Mais avant de penser à ces langues qui sont particulières (eh oui...moi qui vis en Ile de France, quelle est ma langue régionale ?) pensont d'abord à ce qui est commun afin de rétablir l'égalité entre citoyens. Les langues régionales sont en option, et c'est très bien comme ça, et les cours devraient être à la charge des Régions et non de l'Education Nationale.
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J
Le rapport entre l’amour des valeurs de la République et la langue française a-t-il jamais été démontré ? Le patriotisme exacerbé de mon grand-père (« ‘Quilhs coquins de Bòches ! ») ainsi que son attachement farouche aux conquêtes de la Révolution française (« Nos veiquí tornats au temps daus senhors ! ») et au parti radical de Clémenceau s’exprimaient fort bien en occitan ! Les Américains qui n’ont pas de langue officielle et les Suisses qui en ont quatre sont-ils moins patriotes que les Français ?<br /> L’idée que la reconnaissance des langues régionales, si longtemps dénigrées, dont certaines sont porteuses d’une culture brillante, puisse menacer l’identité nationale, l’unité du pays, est une ânerie. Car, parmi les occitanistes comme moi, où sont ceux qui contestent l’idée que la langue française est et doit être la langue nationale ? <br /> Ceux qui menacent la République sont ailleurs, comme semble le montrer la complaisance de certains hommes politiques envers les arguments des puissances d’argent (marchands d’OGM, de pétrole, d’infrastructures, etc.)<br /> L’idée que la pratique des langues régionales puisse remettre en cause le principe d’égalité est assez saugrenue. Elle fait penser à l’attitude des gens de la campagne qui, autrefois, ne voulaient pas qu’un de leurs enfants se présente au certificat d’études primaires si ses frères et sœurs ne l’avaient pas obtenu ! Eh bien oui, Messieurs les académiciens, les habitants bilingues de nos régions possèdent une richesse que vous n’avez pas, vous qui, dans vos dictionnaires, attribuez une origine espagnole ou italienne aux mots occitans passés en français !<br /> Nos langues régionales menacées ont grand besoin d’être respectées, soutenues, promues. Cet article de la Constitution est (était ?) pour nous un espoir, car les langues font effectivement partie du patrimoine, et à ce titre, elles sont une source de richesses à tous points de vue.
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M
Je constate que j'ai réagi par divers commentaires, en direction de Marianne , du Figaro, de la Depêche, de sociétés de news sur le net, que je reponds aux medias étrangers , Suisse Romande, Quebec, et à divers medias Africains de commentaires à propos , de la prétendue defense de la diversité culturelle de la France , sans obtenir de réactions ou de publicacions ou les deux. <br /> Dernièrement les liaisons avec des blogs italiens , catalans, libanais sont devenus inactifs...<br /> Je pense que le débat est confisqué , pipé et que les multiples flics de ce royaume s'emploient à nous recencer , à nous épuiser , à anéantir toutes vélléités de debat... <br /> 350000 militaires sans compter nos gendarmes,les SR et les mouchards. Le record d'Europe.<br /> Que faut-il faire?<br /> Surtout quand on sait que des gens à priori répertoriés dans les rangs des démocrates , nous qualifient de comunautarismes , de sectarismes , de dangereux rêveurs passeistes , independantistes , etc...<br /> Voir Galo , D'Encausse , Slama, France Culture, Debre Melanchon , Badinter, etc etc...<br /> Que faire?
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