Mescladis e còps de gula

blog dédié aux cultures et langues minorées en général et à l'occitan en particulier. On y adopte une approche à la fois militante et réflexive et, dans tous les cas, résolument critique.

12 décembre 2007

Hérodote radote. Langue et nation en France

L’une des dernières livraisons d’Hérodote présente, un article consacré à la question « Langue et nation en France » [1], qui offre une fois de plus[2], et loin de toute perspective universitaire digne de ce nom (mais y a-t-il de nom plus galvaudé ?), une vision idéologique étroite et partisane de la question des langues dans l’hexagone. Il s’agit d’ailleurs d’un texte bizarre et mal fagoté, essentiellement consacré aux langues régionales, mais entrelardé à deux reprises (un peu sur le modèle du double cheeseburger) de longues et lénifiantes pages sur le rap, visiblement d’une autre main[3]. Aucune problématique commune n’est sérieusement construite et l’on chercherait en vain une véritable articulation entre les deux parties. Le lien se limite à relever la présence, dans l’un et l’autre cas, du discours victimaire exigeant réparation. Or ce discours est aujourd’hui la chose du monde la mieux partagée, et l’on se demande pourquoi avoir mis ensemble deux réalités hétérogènes : une activité culturelle et politique – la défense des langues régionales – et un produit culturel – les textes des rappeurs. Qui plus est, la revendication victimaire est un phénomène de large ampleur qui mérite mieux que l’indignation vertueuse des bons enfants de la patrie, à laquelle l’analyse tend ici à se limiter. Du reste, non plus ne sont certes exempts du syndrome victimaire.

herodote

Pauvre Hérodote

Adversité et partenariat

La thèse de l’article est vite énoncée et qui connaît les écrits de Barbara Loyer les connaît déjà : les partisans des langues régionales, pour la plupart, concevraient les rapports entre le français et leurs idiomes en terme d’adversité et de lutte ; ils percevraient la relation entre la langue française et ces autres langues comme « un combat historique à l’issue duquel la première a vaincu les secondes ». Plutôt que de parler de langue adversaires, il faudrait parler de « langues partenaires ».

Remettons brièvement les choses au point : il n’y pas, il n’y a jamais eu de combat entre le français et les langues régionales. Il existe en revanche un combat politique, commencé au lendemain de la Révolution française (on ne peut pas parler en ces termes auparavant), contre « les patois », un combat explicitement et méthodiquement conduit en vue de leur éradication (abbé Grégoire, etc.). Les associations engagées en faveur de ces langues réclament, au contraire, que les institutions de la République cessent les hostilité et s’engagent dans un réel partenariat. Même lorsqu’elles demandent « l’égalité », la co-officialité (dans laquelle l’auteure ne voit qu’une forme d’adversité, en pleine contradiction avec le principe égalitaire républicain), ellesrestent dans la logique, me semble-t-il, du partenariat et non du conflit. Pourtant, bien que moins explicite et tonitruant qu’il ne le fut, le combat continue, et il est unilatéral. Cet article en est un exemple, car il tient un discours de combat, derrière la déploration du partenariat impossible, impossible puisque les partisans des langues voudraient en fait la guerre, rien que la guerre, l’horrible guerre contre le français[4]. Ainsi est-il évident que tant que les partisans, et en fait les simples locuteurs des langues régionales seront perçus comme des adversaires effectifs ou potentiels de l’unité nationale, tant que la richesse du patrimoine linguistique sera appréhendée comme une menace, aucun partenariat ne sera possible. Le partenariat n’existe pas, parce que l’adversité unilatérale est plus vive que jamais, même si elle n’est plus aussi claironnante (tout dépend de qui parle, évidemment) et se masque souvent derrière de vibrants plaidoyers pour la diversité culturelle. Mais l’adversaire se contente d’agir le plus souvent en silence, en bloquant systématiquement tout ce qui irait dans le sens de la reconnaissance minimale à partir de laquelle un partenariat pourrait être possible : ratification de la charte européenne des langues minoritaires ; intégration des écoles immersives au service public ; prise en compte dans le débat politique et écho politique national des revendications culturelles, etc. etc. Et quand un débat est ouvert à l’assemblée nationale, que le moindre petit pas en avant est demandé, ne serait-ce que pour le maintien d’un cour d’occitan en Île de France, l’adversité se fait entendre, plus véhémente que jamais.

On me dira sans doute que je suis de mauvaise foi et qu’un partenariat existe, puisque ces langues sont enseignées à l’initiative de l’État, que nous avons une Délégation à la Langue Française et aux Langues de France, qu’une place est même faite à celles-ci dans les médias nationaux… Mais lorsqu’on fait le compte, on obtient une somme dérisoire de broutilles misérables, tant en matière d’enseignement (le nombre de postes est à ce point réduit que les concours n’ont plus de sens) que de média (où l’on compte les minutes hebdomadaires, là où il y a quelque chose) et de sensibilisation (même sur ce terrain la « délégation » susnommée ne peut à peu près rien…) ; bref des concessions minimales, minimalistes à des décennies de luttes qui avaient comme enjeu non de déclarer une adversité, mais d’obtenir un partenariat, c’est-à-dire le respect de droits qui semblent inhérents à l’idée même de démocratie (les droits au pluralisme culturel et linguistique). Il est vrai que certaines régions, tournant le dos aux politiques nationales d’hostilité, commencent à s’engager de manière concrète (ce n’est certes pas le cas du limousin, comme mes lecteurs le savent). Mais que peuvent en France, à ce jour, les régions ? Quel est leur pouvoir effectif ? Quelle est leur autonomie administrative, culturelle et budgétaire ? Posez sur un plateau de la balance d’un côté les initiatives de (pseudo)partenariat et sur l’autre toutes les mesures négatives par lesquelles se manifeste une adversité continue et jugez par vous-mêmes.

Le spectre des nationalismes

L’auteure, pour illustrer sa thèse, passe en revue les situations des langues minorées aujourd’hui en France (qu’elle n’appelle bien sûr pas ainsi, mais tout au plus « régionales »), du point de vue exclusif qui est le sien, c’est-à-dire, géopolitique. A vrai dire il s’agit d’une forme bien fruste de géopolitique appliquée aux langues, qui conçoit justement les relations entre langues comme fondamentalement conflictuelles et en situation d’adversité : voilà pourquoi du reste l’invocation du partenariat et le reproche fait aux autres de tenir un discours d’adversité sont contradictoires et ridicules. Cette revue des situations est aussi superficielle que tendancieuse : on ne saurait s’accorder sur le constat expéditif dressé pour chacune des langues, et encore moins sur la conclusion générale : ce sont « des langues qui ne représentent presque plus rien en nombre de locuteurs », mais auxquelles « leur défenseur cherche à conférer un pouvoir symbolique, celui par exemple de rendre visible une communauté régionale, de lui donner un élan collectif », avec en sous main, tapi dans l’ombre des propositions généreuses, le spectre de l’autonomisme et du séparatisme.

Ce qui est dit en particulier de l’occitan (un mot banni du vocabulaire de l’auteure) mérite d’être souligné : le territoire (« toute la zone langue d’oc ») serait le lieu d’un conflit entre les « tenants d’une seule grande langue d’oc » et « ceux qui veulent une politique favorisant l’épanouissement de diverses langues ou dialectes parlés dans l’aire d’oc, notamment le provençal ». Le conflit existe bien, mais la description qui est faite des partis en présente est absolument mensongère, puisqu’il y aurait d’un côté les partisans d’une langue unifiée et unique (sans aucun doute des « adversaires ») et de l’autre les défenseurs des « langues ou dialectes » d’oc (mieux traités, des « partenaires » possibles ?) . Notons au passage qu’il y aurait donc une pluralité de « langues » d’oc mais aussi de « dialectes », tout cela n’est pas très clair, et il ne faut certes pas chercher ici la moindre fiabilité linguistique ou sociolinguistique. Seule importe encore et toujours l’approche « géopolitique » ; en l’occurrence, le constat, selon l’auteure, que « l’occitanie […] n’existe pas en tant que territoire politique », ce dont témoignerait suffisamment l’absence d’intégration des « multiples » associations en un seul mouvement. Cette description, je l’ai dit, est fausse : le différend oppose d'un côté ceux qui reconnaissent l’existence d’une langue d’oc dont il s’agit de défendre la diversité dialectale (et qui disent clairement que la langue est dialectalisée, c’est-à-dire existe dans et par ses dialectes) et de l’autre les partisans d’une pluralité de langues d’oc (il y aurait une langue provençale, la langue gasconne, la langue auvergnate) rivés à des identités culturelles localistes (ils refusent l’idée que leurs langues soient des dialectes de l’occitan). L’auteure sait très bien que sur le terrain des revendications, y compris en Provence, le deuxième camp est toujours plus marginalisé. Les manifestations concomitantes de Béziers et d’Arles du 17 mars 2007, dont elle ne dit pas un mot (l’article a pourtant été écrit après), ont cependant rendu visible l’énorme déséquilibre des forces. La première s'est en effet montrée capable de réaliser une très large unité des associations culturelles, en intégrant à une même plate-forme, entre autres, l’Institut d’Études Occitanes, Calandreta et le Félibre.

Mais la désinformation idéologique tient ici lieu d’information scientifique. Ne doutons pas, du reste, que si notre auteure en venait à reconnaître une réelle unité autour d’une revendication de reconnaissance linguistique, ce serait pour la considérer comme le simple paravent idéologique de secrètes manœuvres nationalistes. En fait cet article, comme ceux de Béatrice Giblin et d’autres auteurs d’Hérodote, montre que la géopolitique pratiquée dans cette revue entretient une conception conspirationnelle des revendications linguistiques et culturelles. Derrière, en sous-main, implicitement, la taupe des nationalismes s’emploierait encore et toujours à miner l’unité républicaine. Il ne s’agit pas de nier l’existence de courants nationalistes mais, d’une part, encore faudrait-il montrer à partir de données fiables leur poids effectif dans les mouvements culturels (celui-ci est extrêmement variable selon les situations) et, d’autre part, seraitèil  souhaitable de ne pas diaboliser les nationalistes au seul titre qu’ils le sont. Ceux qui agissent ainsi, du reste – l’équipe d’Hérodote s’en est fait une spécialité – le font toujours eux-mêmes au nom d’un nationalisme exacerbé. Pour eux, il y aurait d’un côté un bon nationalisme, entendons le nationalisme français, et d’un autre le mauvais (celui des militants basques, bretons, corses). Il faudrait plutôt juger les uns et les autres aux actes, selon des critères strictement démocratiques. Ainsi, Loyer de dire, comme s’il s’agissait d’une chose gravissime que l’on ne peut écrire sans trembler, que « l’idéologie nationaliste basque comprend explicitement la volonté de réunir en une seule nation souveraine les territoires bascophones d’Espagne et ceux de France ». Ce à quoi, pour ma part, peu suspect d’être favorable aux idées nationalistes et à l’idée même de nation, j’ai envie de répondre : « So what ? Et alors ? Quid ? Où est le problème ? » Le problème, à mon sens, réside seulement dans le projet de nation qui est visé et dans les moyens politiques mis en œuvre pour atteindre cet objectif (autrement dit, respecte-t-il les règles du jeu démocratique, ou non ?), qui n’est ni plus ni moins respectable que celui du maintien de l’unité nationale française, au moins si l’on s’accorde sur le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Dans tous les cas, il appartient aux citoyens de décider et il est étrange de voir comment les auteurs d’une revue à prétention scientifique se livrent eux-mêmes à des gesticulations idéologiques aussi grossières.

Minorité n’est pas français ou : Sarko ne vous décevra pas

Farouche opposante à la ratification de la Charte européenne, qui « obligerait à reconnaître des groupes à qui il aurait fallu concéder des droits particuliers en vertu de cette appartenance » (ce qui est faux, car il s’agit du droit de tous à parler ses langues), l’auteure émet un satisfecit anticipé (l’article a été écrit manifestement peu avant le vote) en faveur de l’élection attendue de Sarkosy, dont elle cite un point du programme: « Si je suis élu, je ne serai pas favorable à la Charte européenne des langues régionales. Je ne veux pas que demain un juge européen ayant une expérience historique du problème des minorités différentes de la nôtre, décide qu’une langue régionale doit être considérée comme langue de la République au même titre que le français. Car au-delà de la lettre des textes il y a la dynamique des interprétations et des jurisprudences qui peut aller très loin. J’ai la conviction qu’en France, terre de liberté, aucune minorité n’est opprimée et qu’il n’est donc pas nécessaire de donner à des juges européens le droit de se prononcer sur un sujet qui est consubstantiel à notre identité nationale et n’a absolument rien à voir avec la construction de l’Europe » (discours de Besançon, du 13.03.07) Tout l’argumentaire de celui qui est devenu entre temps notre président consiste ainsi à soustraire la France, sur le plan des droits linguistiques, à toute juridiction internationale, en l’occurrence européenne. Le raisonnement est d’une mauvaise foi absolu qui s’appuie sur le postulat qu’il n’existe pas en France de minorités opprimés. Cette assertion est donnée comme le constat d’un fait indiscutable, s’imposant de lui-même, et dont on ne saurait douter sans rougir. En fait, il en va bien ainsi, et pour une raison très simple et parfaitement cynique : le concept même de minorité est par avance exclu dans une conception de la chose publique qui ne reconnaît que l’égalité juridique abstraite des citoyens, c’est-à-dire considérés abstraction faite de toute espèce de groupe d’appartenance. Il n'y a donc aucune possibilité de reconnaître aux citoyens des droits linguistiques et culturels du fait de leur appartenance ) des groupes pourtant de langues et de cultures diverses. Il n’y a pas de minorités opprimées en France, puisqu’il y a pas et il ne saurait y avoir de minorités. Il est donc inutile – et surtout dangereux – de donner le pouvoir à une justice internationale d’en décider autrement. Ce qui revient bien sûr à reconnaître que cela pourrait être le cas et tout particulièrement en matière de droits linguistiques.

On peut constater, après coup, que cette déclaration programmatique n’a guère été soulignée durant la campagne : comme le remarque justement Loyer, « la question des communautarismes religieux est passée devant celle des langues régionales ». Cela montre, une fois de plus, notre incapacité et notre impuissance (à nous militants ou acteurs culturels) à susciter le moindre débat public sur la question des langues. C’est l’aspect en fait le plus préoccupant et même le plus désespérant du problème. Les 20 000 manifestants de Béziers n’y ont rien changé. On a entendu au lendemain de la manifestation que les médias nationaux avaient relayé largement l’information. L'enthousaisme était pour le moins exagéré : ils ne l’ont fait, quand ils l’ont fait, comme d’habitude, que du bout des lèvres. Tant que l’on n’aura pas compris que le centre non seulement du pouvoir politique, mais aussi et d’abord du pouvoir médiatique et intellectuel est à Paris (où Hérodote est bien sûr publié) et nulle pas ailleurs, nous pourrons continuer à défiler tranquillement dans notre coin, sans générer aucune représentation négative ou positive, ni susciter la moindre discussion collective. Car sur ce plan, comme sur tant d’autres, la classe politique est à la traîne des médias, et l’on ne peut reprocher aux candidats des présidentielles et des législatives de s’être enthousiasmés pour les questions linguistiques. Loyer a beau jeu de souligner par exemple que le « pacte des langues », qui demandait la modification de la Constitution pour accorder un statut officiel aux langues régionales, n’a été signé que par 129 candidats sur 7 555, 2 seulement de ces 129 ayant été élus. On peut se demander qu’elle représentativité accorder aux résultats de cette initiative, louable sans doute, mais ayant manifestement bénéficié d’un soutien associatif insuffisant. On pourrait lui opposer l’appel « Anem ! Per la lenga occitana : òc ! », associé à la manifestation de Béziers, qui compte 345 noms d’élus[5]. Ce maigre résultat permet en tout cas à notre auteure de conclure par ces mots cruels, peut-être un tantinet triomphalistes et même franchement discutables, dont on ne saurait tout de même nier qu'ils contiennent une part de vérité : « l’apparent affaiblissement sur la politique locale de l’influence des réalités linguistiques régionales et des activistes qui tentent de les faire connaître, ouvre la question du décalage entre l’énergie de certains élus et militants et l’opinion publique majoritaire ». Et d’ajouter enfin : « on peut se demander, au contraire, si la relation entre unité, uniformité et démocratie n’est pas une composante encore importante de la conception française de la démocratie ». Il serait plus juste de dire « des contradictions de la conception française de la démocratie », car même en la retournant dans tous les sens, on ne voit pas comment uniformité culturelle et linguistique et démocratie pourraient aller ensemble sans contradiction. Qu’est-ce en effet qu’une démocratie qui nie en son sein la diversité et impose l'uniformité au nom de l’unité ?

A la récup ! Castan, Fabulous et Massilia

Loyer croit trouver des alliés, ou plutôt des partenaires d’une autre façon « d’aborder la relation entre pluralité des langues et nation française » dans les idées d’un auteur qu’elle semble ne connaître que de fort loin : « Félix Cassant » (sic, pour Castan) et deux groupes musicaux influencés par celui-ci : les toulousains des Fabulous Trobadors et les marseillais du « Massilia Round (sic !) System ». Du penseur montalbanais, elle retient, sans aucune analyse, deux citations, dont une mérite d’être rapportée, glanée dans le texte d’une conférence prononcée au Forum des langues de Toulouse: « En développant l’idée du pluralisme culturel, il est évident qu’au départ la littérature occitane plaidait pour sa propre existence, pour la reconnaissance de son existence au sein de la France, c’est-à-dire, d’une dualité littéraire, d’une dualité culturelle. Mais défendant sa propre identité, il se trouve que la philosophie qu'elle élabore a une portée universelle, c'est une philosophie qui peut être reprise par toutes les cultures du monde : la philosophie même de l’avenir culturel de la planète » (la référence n’est pas donnée, mais on la trouve dans les actes en ligne du Forum des langues)[6]. Énoncé quelque peu grandiloquent à mon goût, mais qui, on en conviendra, est en totale opposition avec la déclaration précédente sur la conception dominante de la démocratie comme « uniformité », par rapport à laquelle l’auteure n’esquisse pas la moindre critique. Castan (décédé en 2002), en fait, n’a jamais cessé de dénoncer le centralisme idéologique et le nationalisme francophone et, au risque de me répéter, cet article me paraît un bel exemple du type de culture universitaire qu’il n’hésitait pas à critiquer avec véhémence. Du reste, les coquilles mêmes sont révélatrices d’une lecture évasive et superficielle de Castan, ne retenant que la référence positive à la nation française.

Si Loyer a aimé Castan, elle devrait aussi apprécier le titre du petit manifeste proposé cette année par Claude Sicre, l’âme des Fabulous Trobadors : Proposition de nationalisation des langues/ cultures de France. D’autant plus que Sicre s’en prend vertement à « l’idéologie des militants régionalistes ou nationalitaires, politiques ou culturels, désireux de prendre la France en sandwich entre l’Europe et les régions, voire, pour certains, désireux de constituer des régions/états autonomes ». Mais le digne fils spirituel de Castan ajoute aussitôt que « ces régionalistes s’appuient sur un juste constat, celui du multiséculaire mépris de l’idéologie française pour les langues/cultures indigènes de France (et au-delà pour les accents et tout ce qui sort du moule), et défendent des valeurs (démocratie, pluralisme) auxquelles les Français s’attachent de plus en plus ». Il remet d’abord en cause « l’idéologie française régnante, celle du centralisme et de l’unitarisme, qui croit ainsi se débarrasser du problème ; cette idéologie, qui organise et donne ses contenus à la culture française depuis plus de cinq siècles, à tel point qu’on ne la voit plus et qu’on la prend pour la nature des choses, commence à décliner face à la montée du démocratisme et du pluralisme… ». Sicre formule son projet de la façon suivante : « les langues/cultures indigènes de France ont participé de façon déterminante à la construction de la langue/culture française, de la pensée française, de l’identité française ; sans éducation aux langues/cultures indigènes, on comprend mal la langue/culture française, on ne comprend rien à ce qu’est la pensée et l’identité française ». Et d’ajouter : « non seulement la langue/culture/identité française est, ainsi, mal comprise, mais elle est condamnée au déclin si meurent les langues/cultures indigènes […] le centralisme a toujours essayé – réussissant en partie – d’éradiquer tout esprit d’initiative ou d’entreprise qui ne partent pas de son nombril et, partant, de tuer toute émulation ». Pour finir sa dénonciation des « cocoricos subventionnés » et des « mythes cocardiers » qui plombent la culture française peut s’appliquer à une foule de productions, parmi lesquelles la revue Hérodote me paraît tenir une place modeste certes, mais fort honorable.

Je ne veux pas ici me lancer dans une discussion du texte de Sicre, qui me semble indéniablement stimulant, même si, entre autres choses, le refus de la « diversité (chacun sa petite langue/culture dans son coin, dans sa « communauté ») au profit de la « pluralité culturelle (émulation entre les œuvres) », ne me paraît pas laisser la moindre chance aux langues minoritaires de survivre comme langues de communication. Car sans ancrage territorial, local, ou du moins communautaire – n’en déplaise aux contempteurs du terme – il ne saurait y avoir de communauté linguistique possible. Sicre est d’ailleurs hostile à la langue comme outil de communication au profit de la seule valorisation des « œuvres ». En cela il ne peut que se tromper, car les deux fonctions de la langue sont inséparables, à moins évidemment de ne plus la considérer que comme la langue des seules œuvres, ainsi qu’à pu l’être le latin, c’est-à-dire en fait d’en accepter la mort, justement, comme langue de communication.

On voit cependant suffisamment que les Fabulous et les Massilia sont, comme l’était Castan, aux antipodes des promoteurs des identités linguistiques localistes. Ils ont du reste manifesté à Béziers, aux côtés de ceux que Loyer appellent avec mépris (et faussement) les « tenants d’une seule grande langue d’oc ». En outre, ils donnent d’eux-mêmes pour soutenir les écoles associatives immersives (Calandreta), perçue par l’auteure comme des écoles communautaristes, etc. Qu’elle les lise et les écoute donc mieux, car je subodore que sa sympathie est fondée sur une grossière méprise.

Le vainqueur magnanime ne connaît pas de vaincu

L’article reprend aussi le vieux récit de reconstruction historique du procès de marginalisation et d’extinction des langues régionales ; un vieux récit, on peut le dire, s’il est vrai que l’historiographie la plus récente sur laquelle s’appuie l’auteure et qu’elle utilise non comme document mais comme autorité historique, n’est autre que l’Histoire de la langue française de Ferdinand Brunot (1905-1938 !). Disons en deux mots qu’il s’agit d’une histoire téléologique, qui vise à justifier a posteriori, comme un processus à la fois bénéfique et inéluctable l’imposition du français au détriment des « patois » (il est intéressant de voir comment le récit historique permet de laisser tomber le terme politiquement correct de « langue régionale », pour revenir au bon vieux mot de « patois »). La langue française, qui se diffuse au XVIIIe siècle, lorsqu’elle se substitue au latin comme langue savante, apporte avec elle de « nouveaux horizons de pensée » et « laisse les patois et idiomes non écrits sur le bord du chemin ». Certes, le français fut le vecteur des Lumières, nous ne le mettons pas en doute, mais il faut tenir compte de deux choses :

1- avant et en dehors des Lumières, il n’y a pas néant de savoir, pure ignorance, mais des formes de connaissance et de culture dignes d’intérêt dont les « patois » étaient à la fois les dépositaires et les vecteurs.

2 - le savoir n’appartient pas aux langues qui le transmettent : il est traductible. Évidemment – comment pourrait-il en aller autrement ? – la culture savante, et pas seulement celle des Lumières, a pénétré les langues minorées. Les exemples foisonnent d’adaptations orales de textes écrits, de motifs littéraires et philosophiques, d’appropriation parodiques du religieux, de thèmes musicaux, etc.

La vision caricaturale de Brunot, ici, benoîtement répétée, ne consiste qu’à retenir les productions écrites en « patois » (en fait une partie seulement d’entre elles) de les identifier avec la culture des locuteurs eux-mêmes, qui pour parler de choses sérieuses ou savantes n’auraient eu à leur disposition que le seul et unique français. Ainsi, dans le passage cité par l’auteure, Brunot confond-il la culture effective des gens qui parlaient ordinairement autre chose que le français et un certain type de production écrite, « patoisante », réduite aux genres bas refoulés par le français : les « patois », selon lui, ont été « précipités dans la gaieté vulgaire ou la blague burlesque, dans la paysannerie d’opéra-comique, ou la naïveté pastorale et enfantine. Le burlesque, chassé du français, prend un peu partout sa revanche dans les parlers provinciaux ». D’une part cette culture écrite, ici désignée avec tant de mépris et de condescendance, mérite à mon avis une radicale réévaluation, ne serait-ce que par sa capacité à exprimer ce qui ne pouvait pas, ou plus l’être en français. D’autre part sous et derrière cette production, existe, persiste et se transforme une culture orale, musicale, gestuelle d’une extrême richesse, qui va servir de terreau aux œuvres des courants renaissantistes des XIXe et XXe siècle, pas même évoqués ici. Pour toutes ces raisons, rien ne justifie cette fausse évidence qui fait apparaître la mort des langues régionales comme une fatalité historique, parce que celles-ci auraient été indissociables de formes sociales particulières aujourd’hui disparues ou moribondes : « ces langues étaient des langues rurales qui meurent avec la société qui les parlait ». J’ai déjà eu l’occasion de le répéter cent fois : non, ces langues n’étaient, ni di fait ni par essence, des langues seulement « rurales » et les exemples de transformations sociales radicales sans perte de la langue ne manquent pas, dans un cadre diglossique (par exemples les « dialectes » italiens) ou non (le catalan en Espagne). Il s’agit donc bien d’une fausse évidence.

Le but est en tout cas de montrer que « la diffusion du français traduit un progrès de l’idée nationale mais aussi de la démocratisation. Les deux vont ensemble, c’est pourquoi la notion de vainqueur et de vaincu ne semble pas être appropriée pour décrire ce mouvement ». Que le progrès de l’idée nationale, en France comme ailleurs, ait produit des vaincus, cela est pourtant indiscutable, si l’on accepte de considérer comme des vaincus ceux qui par millions, en grande majorité « patoisants », ont laissés leurs vies sur les champs de bataille pour la plus grande gloire de la nation, et si l’on pense que sont aussi des vaincus les nombreux laissés-pour-compte d’un processus de démocratisation, lent et contrasté, aujourd’hui encore le plus souvent limité à la seule expression du suffrage. Qu’il y ait effectivement eu un vaste processus de spoliation culturelle et linguistique est tout autant indiscutable et il ne saurait être justifié par les « gains » en terme de patriotisme et de démocratie apportés par le français ; du reste si cette démocratie était vraiment effective, les langues régionales seraient respectées et non bafouées. De plus, l’histoire nous apprend tout de même que la France s’est faite par annexions territoriales successives et non démocratiquement, et que ce sont bien les modèles politiques, culturels et linguistiques produits par la capitale qui se sont imposés à tous les citoyens des territoires annexées (ce qui est en effet la signification étymologique du mot de « province »). Cette histoire est pétrie de conflits et de rapports de domination, et suppose donc des vainqueurs et des vaincus.

Que les vaincus soient cependant devenus des vainqueurs dans l’adhésion aux modèles imposés, qu’ils aient été eux-mêmes bien souvent les artisans les plus convaincus à la fois de la citoyenneté républicaine et de l’aliénation linguistique, cela est vrai et, à un certain niveau d’analyse, en effet, vainqueurs et vaincus sont les mêmes. Il n’est plus utile de parler en ces termes, sauf à se déclarer soi-même vaincu, dans le déni de ce que l’on estime être des droits bafoués. Mais en effet, il ne sert à rien d’adopter la position victimaire du vaincu, il vaut mieux plutôt nous battre avec les instruments consentis par une démocratie fort imparfaite afin de faire reconnaître nos droits linguistiques. Il y a de fortes chances pour que nous n’y parvenions pas, l’article en question, montrant bien que nous sommes encore loin de pouvoir espérer ce type de reconnaissance dans notre douce France, mais au moins aurons-nous éprouvé jusqu’au bout la force de notre conatus : nous aurons allègrement persévéré, envers et contre tout, dans notre être patoisant, bouseux et burlesque.

Jean-Pierre Cavaillé 

[1] Barbara Loyer, « Langue et nation en France », Hérodote, n° 126, troisième trimestre 2007.

[2] Cf. Hérodotes, Langues et territoires, n° 105, 2002 (j'en ai esquissé une lecture critique après avoir écrit ce papier sur ce même blog).

[3] Il est précisé en exergue que les parties sur le rap « ont été écrit avec l’aide de Jérémy Robine, doctorant à l’Institut français de géopolitique ». Je ne m’arrêterai pas sur cette partie, compilation indigeste de textes peu et mal commentés, assaisonnés de niaiseries du genre : « le mouvement musical n’étant pas organisé, il n’y pas de consensus ni sur l’identité de la victime, ni sur celle de l’oppresseur »… On y sent une préférence marquée pour un artiste, Mc Solaar, qui représente à peu près l’antithèse de ce que le rap apporte de nouveau en matière de musique et d’usage de la langue. L’auteur se demande si Kamini peut être défini comme un rappeur, qui ne parle pas de la Tci (encore que le mot figure bien dans son texte), mais « chante son spleen dans un village rural ». Le « public », qui nous explique doctement l’auteur, fait le rappeur, n’en a pourtant pas douté un seul instant ! (rappelons que Kamini a opéré une percée magistrale dans le monde du rap par la circulation d’une vidéo indépendante sur la toile, décalée, hilarante et néanmoins fort bien sentie : Marly-Gomont). La plupart des texte sont tirés d’un mystérieux « site » (aucune indication n’étant donné, pas même son nom, pour le retrouver) sur lequel sont insérés régulièrement des nouveaux titres et textes de rap non commercialisés ». Il s’agit en fait, selon toute probabilité, de Lavie2rue.com, où sont autopubliés des freestyles. Mais voir surtout Clap, l’anthologie de rap français indépendant, volume n° 1 (2007).

[4] Dans mes heures noires, j’en viens à penser que cette lutte unilatérale sans merci contre les langues régionales est destinée à se poursuivre au-delà même de leur effacement définitif, un peu à la manière de ces pays qui après avoir exterminé (ou laissé exterminé) leurs juifs se permettent d’être encore antisémites. Il s’agit d’une analogie et rien de plus, je le précise, car évidemment il ne s’agit pas de confondre le génocide au sens propre, un génocide humain (qui est bien sûr toujours aussi linguistique et culturel) et un « simple »  génocide linguistique, qui ne porte nullement atteinte à la vie des locuteurs. Cela pour éviter toute polémique inutile. Du reste cette expression de « génocide linguistique », que je viens de risquer, est trompeuse, parce qu’elle place justement les locuteurs dans une position purement victimaires. Or les victimes, dans cette situation, participent activement à leur condition ; elles jouent même un rôle décisif, puisque c’est du fait de leur refus de transmettre les langues que celles-ci semblent vouées à la mort. On pourra juger cette façon de voir injuste, car la guerre remportée par la culture dominante l’a été par des moyens extrêmement puissants : le lavage de cerveau scolaire, l’imposition d’un modèle culturel exclusivement francophone, etc. Mais cette explication n'est pas satisfaisante, parce qu’elle ne suffit pas à expliquer pourquoi les mouvements renaissantistes qui se sont succédés depuis le XIXe siècle ont échoué, globalement, à communiquer un sens de la dignité culturelle et linguistique, pourquoi la société des locuteurs n’a pas mieux ou plus résisté à l’écrasement, activement – en prenant fait et cause pour les « patois » – ou passivement – encore une fois il aurait suffi de continuer à communiquer la langue au sein du groupe comme cela se faisait auparavant, comme le font tant de locuteurs de langues minoritaires de par le monde. S’ils ne l’ont pas fait, ce n’est pas qu’on les q réprimés, en tout cas par la force. Dans ce cas, il faut parler d’acquiescement, d’acceptation et même de collaboration active. Nous sommes donc aux antipodes de la pratique génocidaire. Finalement, lorsque Loyer avance dans son article, « l’hypothèse que le discours sur l’oppression des langues régionales, certains parlent même de génocide, qui fait référence à la politique scolaire de la fin du XIXe siècle, est nécessaire pour pallier l’absence de volonté du peuple, ou d’un nombre massif de citoyens, de s’investir dans le sauvetage de langues patrimoines », elle n’a hélas pas tout à fait tort. Mais l’absence de volonté suffisante, ou d’esprit de résistance, n’enlève rien, absolument rien à l’entreprise d’éradication systématique et méthodique des langues, et l’on comprendra que certains en effet, comme moi tout à l’heure parlent de « génocide ».

[5] Et encore, ils n’y sont pas tous ! Il en manque au moins un que j’ai personnellement sollicité et dont j'ai obtenu la signature qui ne figure pas dans la liste.

[6] Il est étonnant de voir qu'envisageant la vocation pluraliste de la culture littéraire occitane, Castan la situe dans une relation de dualité par rapport à la littérature française et non de pluralité par rapport aux littératures du monde (y compris bien sûr celles des autres langues de France). Castan considère en effet la littérature occitane comme engagée avant tout dans un vis-à-vis dialectique avec la littérature française ; bien qu’il invoque universalité et pluralité, son discours reste de ce fait très et, à mon sens, trop hexagonal (voir l’intéressant débat dans les mêmes Actes qui l’oppose à Philippe Carbone au sujet de l’œuvre de Jean Boudou). Sans doute cela a-t-il à voir avec l’importance qu’il donne lui-même à la « nation française ». Faire l’histoire de la littérature occitane impose me semble-t-il de l’articuler non seulement au français, mais au moins au latin et au catalan, puis à l’italien et au castillan, et pour le XXe siècle, au moins aussi à la littérature américaine.


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07 juillet 2007

L'enseignement des langues régionales ne sera plus possible en Ile-de-France

On a plus d'une fois évoqué sur ce blog l'existence du cours d'occitan de Noisy-le-Grand, les difficultés rencontrées par les lycéens s'étant inscrit à l'épreuve d'occitan du baccalauréat cette année et les propos effarants que le directeur du SIEC (Service Interacadémique des Examens et Concours) d'Arcueil a tenus à la délégation du CREO de la Talvera. Le groupe des Verts a récemment présenté un voeu pour l'enseignement des langues régionales en Ile-de-France en séance plénière du Conseil Régional. Le texte a été soutenu par les communistes et apparentés, par l'UDF et une partie des élus socialistes (dont le président du groupe). L'UMP, le FN, le MRC et l'autre partie du PS (dont J.-P. Huchon) ont voté contre accusant les Verts de « démarche idéologique », de « communautarisme » et « de vouloir faire exploser le système », alors qu'ils ne demandaient, comme le souligne Catherine Candelier sur son blog, que de permettre la continuité d'un enseignement existant depuis trente ans… Si certains en doutaient encore, voici un signe fort du changement des temps et l'un des premiers effets de la dévolution, ou plutôt du confinement de l'enseignement des langues régionales aux régions. Juste une remarque fiéleuse : il est plaisant de voir que les partis qui participent à plein de l'involution nationaliste à l'échelle hexagonale et tous ceux qui, de plus en plus nombreux, attendent tout de la région en matière de sauvegarde et de promotion des langues minorisées partagent une même conception bêtement territoriale des langues et des cultures, la même idiotie des frontières. Ils devraient finir par s'entendre...

Ci-dessous, le texte refusé des Verts.

J.-P. C.

Enseigner les langues régionales en Ile-de-France

Vœu du groupe Verts – Sylvie Duffrene

Séance plénière des 27, 28, 29 juin 2007

Depuis quelques années, en Ile-de-France, des lycéens et des lycéennes étudient l’occitan, le breton, le corse, ou d’autres langues régionales, qui font la richesse du patrimoine linguistique de notre pays. Il y a quelques jours, ils ont pu valoriser cet enseignement en présentant ces langues à l’épreuve du baccalauréat. Mais de justesse. Une interprétation restrictive de l’article 20 de la loi Fillon – loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école - a en effet voulu limiter ces épreuves aux territoires dans lesquels ces langues sont pratiquées : le corse en Corse, le breton en Bretagne, l’occitan en Occitanie et ainsi de suite.

Au mois d’octobre 2006, 36 élèves du Lycée Flora Tristan de Noisy-le-Grand se sont vus refuser leur inscription à l’option facultative d’occitan. L’association CREO de la Talvera, regroupant des enseignants d’occitan, s’est mobilisée à temps pour obtenir que les élèves qui se sont investis ne soient pas pénalisés. Mais ils n’ont obtenu qu’un sursis. L’an prochain, des élèves de toutes les régions françaises se trouveront face à une rupture de contrat pédagogique. Leurs efforts ne seront pas récompensés et le temps consacré à ces disciplines, bien que riche à titre personnel, sera autant de temps de moins mobilisé pour décrocher le diplôme nécessaire pour accéder aux études supérieures. La Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité) a été saisie de ce qui peut être considéré comme un cas de discrimination à part entière.

Pourquoi limiter l’enseignement d’une langue régionale à sa région géographique ? Les langues survivent et s’enrichissent par la transmission, et donc la mobilité. Notre région compte un million de Bretons ; combien d’Occitans, de Corses, de Créoles, Basques, Catalans ou même de Tahitiens ? La Région Ile-de-France, en revanche, ne dispose pas d’une langue régionale. Quel beau symbole, dès lors, pour la région capitale, d’accueillir toutes celles pratiquées dans le pays ! Le public motivé par l’enseignement de ces langues dépasse largement les frontières régionales. Cet enseignement suscite y compris l’intérêt de personnes issues de l’immigration. Il faut donc non seulement permettre, mais favoriser le développement des langues régionales sur tout le territoire. Ouvrir largement sur la diversité historique et culturelle française ne peut qu’enrichir notre patrimoine commun grâce auquel nous pouvons renforcer et vivifier le lien social, dont notre société a tant besoin, notamment en Île de France.

L'article 2 de la Constitution, indique que « la langue de la République est le français. » Mais comme le reconnaît la délégation générale à la langue française et aux langues de France, il faut tant promouvoir la langue française, instrument de cohésion sociale, que les langues dites régionales, qui contribuent à la diversité culturelle en Europe et dans le monde. Il s’agit là du sens et des valeurs que nous voulons donner à notre République : l’intégration des régions signifie-t-elle la désintégration des identités, ou bien la promotion de la diversité sur tout le territoire et au-delà ? Les Verts, qui portent une Europe des Régions, fondée sur des identités locales communes, ont déjà répondu à cette question.

Les langues régionales ont façonné l’histoire et la culture de notre pays. La culture française est l’émanation des cultures régionales. Qu’il s’agisse de littérature bien sûr, mais aussi de musique, de danse, de gastronomie, des lieux et sites historiques et jusqu’au sport, l’empreinte des régions de France est partout fortement présente dans notre patrimoine national.

C’est pourquoi le Groupe des Verts considère que ces langues constituent le bien de tous les citoyens et qu’elles ne peuvent pas être cantonnées aux seules régions où elles sont traditionnellement en usage.

J’ajoute que de par la volonté régionale, un lycée international va voir le jour à Noisy-le-Grand. J’espère que nous pourrons en faire un fleuron de la promotion du patrimoine linguistique de toutes les cultures, qu’elles soient régionales ou nationales.

Pour aujourd’hui, nous vous proposons donc, chers collègues, qu’ensemble nous émettions le vœu que le Président du Conseil régional intervienne auprès de la Ministre de la Culture et du Ministre de l’Education Nationale, pour obtenir l’autorisation pour les élèves franciliens et des autres régions, de présenter au baccalauréat les langues régionales de leur choix, et ceci de façon pérenne.

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20 mai 2007

Una lectura del tract : Reivindicam pas res

Vaqui un tèxte mandat a la Setmana lo 5 d'abrial darrièr en responsa d'una sollicitacion de Lois Rousse a prepaus del tract que foguèt distribuit a la manifestacion de Besièrs : Nous ne revendiquons rien.

 

Una lectura del tract : Reivindicam pas res

Ai recebut uèi  4 d'abrial 2007 un mail mandat per Lois Rousse que ditz, exactament (aquò es un copiar-pegar) :

 

Amics,
Ce serait bien, si, dans les débats occitanistes qui suivent la manif de Béziers, vous faisiez savoir, en quelques lignes, ce que vous avez pensé du tracts (nous ne revendiquons rien) . Pour ouvrir.
Merci.
Claude Sicre
Ci-joint le tract
Courriel de la setmana
vistedit@wanadoo.fr

 

Es pauc de dire qu’aquel messatge es pron cavalièr, se pòdi dire ! Se vei plan que lo Sicre a pas de temps a perdre : un « amics » generic, una demanda formulada d’un biais estranh (« seriá plan... », mais perque e per qual ?), l’adrèça electronica de la Setmana en PS... donca aquò vòl dire : « seriá plan de mandar a la Setmana vòstre vejaire sul prospèctus Reivindicam pas res... » (tract que traparètz aquí dejós). Es pas une invitacion a discutir (sufís pas de botar un « per dubrir » enigmatic), mas a parlar del prospèctus dins la Setmana. Soi un occitaniste obedient e farai aital.

Ièu n’ai deja parlat un bocin dins mon blòg, per dire qu’aquel eslògan me semblava a l’imatge de la manifestacion : un acte d’autoafirmacion joiós e sobeiran de la lenga e de la cultura occitanas. Diguèri tanben qu’era « irritant ». Irritant, perque :

1- aquèla auto-afirmacion se pòt pas far (solament) en frances. De mai en mai, l’occitan s’afirma esclusivament, ò quasi, en frances. Es renonciar, de fach, a la lenga per la portar melhor, la far coneisser, etc. Aquò me sembla completament contradictòri. L’occitan, es a dire sa sola evocacion / invocacion ven un mejan per se far una plaça dins l’espaci de la cultura esclusivament francofòna. O disi pas per los Fabulos (lo grop), que cantan e bolegan encara en occitan, mas es una tendéncia, que me sembla plan representada per la Linha Imaginòt (la revista).

2- evidentament, la tòca d’aquela manifestacion era de portar de reivindicacions. La crida se faguèt sus un sòcle de reivindicacions culturalas esplicitas : ensegnament, ajuda a la lenga… e lo monde que faguèron lo trabalh per trobar de sostenhs encontrèron sovent de dificultats importantas, perque las reivindicacions justament semblavan tròp « radicalas » ( !) (subretot per la referéncia al desvolopament de l’usatge public de la lenga). De reivindicacions, n’avèm un fais per pas daissar crebar la lenga completament, e lo monde que participavan, normalament, eran d’accòrdi amb aquèla plata-forma (minimala, per dire la vertat).

3- lo prospéctus es contradictòri, que ditz : « nous savons grâce à elle [la lenga/ cultura occitana] que l’approfondissement de la démocratie passe par la décentralisation et la pluralité culturelles ». Aquò es pas una reivindicacion ? Parla tanben de « langues maltraités », per l’occitan e d’autras lengas. I a donca forçadament la reivindicacion de pas mai mal-tractar la lenga (una reivindicacion que, o podèm dire, manja pas de pan).

4- l’atencion esclusiva a las « òbras » es completament irresponsabla (« donner, au peuple qui nous a tant appris, donner, au plus large public, les œuvres qu’ils méritent. Car c’est par nos œuvres, de toutes natures (y compris les manifestations de joie ) que nous convaincrons ces publics de venir partager ce que nous vivons », mas subretot, veire la prefacia de Sicre à La Revue des Deux Rives, Europe/Maghreb, n° 4, tanben dins lo darrièr n. de la Linha Imaginòt). Plan segur, las òbras sont essencialas per balhar la desirança de la lenga, e la far viure. Mas demandi pardon de dire una causa tant triviala : per obrar cal la materia, cal la lenga, e la prioritat de las prioritats es la transmission de la lenga parlada (disi plan parlada e non pas escrita, qu’aquò es totjorn secondari per la vida d’una lenga). Las òbras (musicalas, oralas, escritas, etc.) seguiran totjorn : i a pas de lenga sens òbras, mas sens lenga i a pas mai d’òbras (aquò s’apela una lapaliçada). Mas la quite distincion entre lenga e òbra me sembla discutibla : perque i a un biais de considerar una lenga coma una òbra collectiva (quand disiaí « materia » per la lenga, de fach, m’enganavi), e un biais de veire las òbras coma de produccions naturalas de tota lenga. Aquela manièra de sanctifiar las òbras al mespres de la lenga pòrta a escanar la pola als uòus d’aur. Enfin, debèm pas doblidar que i a de lengas que se parlan pas mai, ò quasi pas mai, que son solament escritas, e que produsisson d’òbras subrebèlas : foguèt lo cas, longtemps, pel latin. Volèm pas que l’occitan venga un latin dels paures, abans de s’escafar completament. L’urgéncia es de trobar los mejans per la transmission orala de la lenga ; dins aquela transmission las òbras podon jogar un ròtle decisiu, mas sufison pas.

 

J. P. Cavalièr

B_siers

foto de la manif de Besièrs panada a Méla

Lo tract en question :

NOUS NE REVENDIQUONS RIEN.

Nous sommes là ; à Béziers, ce samedi 17 mars, avec d’autres, pour dire et montrer notre joie : celle de nous être intéressés à la langue et à la culture occitanes. Langue / culture occitane qui ,

- par sa situation et son histoire complexe, nous a obligé à réfléchir à ce qu’est une langue et une culture, nous a obligé à apprendre l’histoire de France telle qu’on ne l’enseigne pas ; ce qui nous a fait réfléchir à l’histoire en général et nous a donné des outils pour mieux comprendre le monde.

- nous a ouvert aux autres langues latines, aux autres langues maltraitées ; ce qui, du coup, nous a fait réfléchir aux langues, aux cultures, et aux peuples du monde entier.


- nous a donné une posture et une stratégie pour repenser et transformer la France : nous savons grâce à elle que l’approfondissement de la démocratie passe par la décentralisation et la pluralité culturelles.

- nous a offert un vaste champ d’expériences (musicales, littéraires, civiques, sociales …)

- a fait de nous, bref, des pionniers des temps modernes, là ou nous vivons.

Nous ne revendiquons rien !

Nous ne revendiquons rien car personne ne pourrait nous « donner » cette joie et cette intelligence que nous nous sommes forgés tous seuls, dans le maquis, contre les idéologies régnantes.

Nous ne revendiquons rien car nous avons, avec la langue et la culture occitanes , et l’expérience du maquis, tout ce qu’il nous faut pour continuer à être ces « pionniers ».

Enfin, nous ne revendiquons rien car c’est à nous de donner : donner , au peuple qui nous a tant appris, donner, au plus large public, les œuvres qu’ils méritent. Car c’est par nos œuvres, de toutes natures (y compris les manifestations de joie ) que nous convaincrons ces publics de venir partager ce que nous vivons :
la plus belle et la plus féconde des aventures intellectuelles, artistiques et humaines qui se puisse vivre ici et en ces temps. Et, n’en doutons pas : ces publics sauront bien, en passant, forcer les pouvoirs politiques et culturels à faire ce qu’ils doivent.


Carrefour culturel Arnaud Bernard, Escambiar
carrefourculturel@arnaud-bernard.net escambiar@free.fr

Tolosa

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13 avril 2007

Contra l'occitan

Vaquí una analisi critica del trabalh de panoccitan.org per Sergi Granièr. L’ataca es ruda mas totjorn argumentada e, evidentament, lo tèxte es dubert a la discussion.

JP. C

 

Contra l’occitan

 

Mon filh me demanda se coneissi un diccionari occitan sus Internet que trobèt pel lexilogos.com, siti fòrça interessant sus de lengas divèrsas amb un fum de ligams. (S’interèssa a l’occitan, e demòra dins una zòna ont l’occitan eiretat s’emplega pro). Es un diccionari occitan-francés e francés-occitan, interactiu e sonorizat, e li sembla formidable a primièra vista, atal coma çò que l’acompanha : Imagier, Phonétique occitane, Correcteur orthographique d’Occitan, Conjugaison occitane, Cours d’occitan e Logiciels pour l’occitan, lo tot interactiu e sonorizat.

 

Li respondi qu’aquel diccionari e tot çò autre val pas res. Es contra la lenga occitana.

 

Ma responsa l’espanta. De costuma, soi brave. Es que sa demanda me pròva lo mal formidable que fa aquel diccionari e tot çò que figura dins son siti, marcat del meteis deliri lingüistic – amb en mai una Newsletters « La Letra de Nòvas Occitana » de la meteissa inspiracion.

 

Cal a tot pèrdre que me fòrce a lo denonciar publicament.

 

Lo diccionari bilingüe interactiu en question presenta mai de 30 000 mots, e es esteticament e tecnicament fòrça plan fait (coma tot çò que l’acompanha).

 

Aquò càmbia pas res a son contengut INACCEPTABLE

 

L’autor a pres coma basa lo diccionari d’Alibèrt (l’edicion informatica que ne faguèt lo GIDILOC a d’autras utilitats !), e a passat un fum de mots a sa pichòta molineta, quand los a pas remplaçats per d’autres que dona per « occitans », emai quand sortisson de sa fantasiá destimborlada.

 

Totes los diccionaris pòdon aver d’enganas. En mai, i a forçadament quicòm de convencional dins una part dels mots d’una lenga, segon l’emplec oral o escrit e segon çò qu’apèlan tradicionalament los nivèls d’usatge (apelacion contestabla). I a donc totjorn dins un diccionari qual que siá mai o mens de causas que se pòdon discutir, subretot dins un diccionari bilingüe.

 

Mas aquí, çò en causa, es sa concepcion e son ensemble.

 

Es necessari de comprene lo cossí, lo perqué, e subretot de mostrar l’importància catastrofica de las consequéncias. Vòli solament citar d’exemples. Mas ne cal pro per mostrar coma cal la catastròfa. Me perdonaretz. (L’esteleta indica los mots marrits per la forma o pel sens).

 

I) Se nòta la tissa d’evitar cèrtas finalas de mots occitans : per ex., pels noms, ­‑ION, ‑IA, ‑FÒN, etc., e, pels vèrbs, ‑IZAR...

 

De còps, las remplaça per d’autras finalas :

 

· -SON. Equivalents « occitans » (sic) de circulation : *circulason ; description : *descriveson ; installation : *estallason (o enzengament) ; manifestation : *manifestason ; reglamentacion : *reulamentason ; relation : *religason (o endacòm mai *religança) ; le point d’interrogation : lo ponch *d’entergason (!) ; etc.

 

· -IDA, ‑UDA (tant a la mòda en « neooccitan », aquesta passa) : élection : *elegida ; évolution : *evoluida ; expression : *espremida ; supression : *supremida ; emission : *emetuda ; etc.

 

· Dins los mots en ‑IA amb I tonic, desplaça la tonica sus la darrièra sillaba. Al lòc de anarquia : *anarquiá ; colonia : *coloniá ; economia : *economiá ; geologia : *geulogiá ; geometria : *geumetriá (*geugrafia deu èsser un oblit) ; sociologia : *sociologiá ; teoria : *teuriá ; etc.

 

·IA postonic, lo càmbia en ‑A. Al lòc de anóncia : *anonça ; astúcia : *astuça ; bíblia : *bibla ; denóncia : *denonça (e *denonçar) ; independéncia : *endependença ; etc. (Mas, a l’invèrsa, càmbia categoria en *categòria).

 

Qualques còps al contrari pòrta l’accent sul I : per ànsia : *ansia ; audàcia : *audacia ; fàcia : *facia ; polícia : *policia ; etc. (levat pregària : *pregariá).

 

· téléphone : *telesson (Perqué refusar fòn e pas tele, pres al grèc del meteis biais ? aquela « logica » ridicula demandariá *luènhson... !) ; phonétique : *sonetica ; télévision : *televista ; etc.

 

· Càmbia ‑IZAR per ‑EJAR. Réaliser : *realejar ; occitaniser : *occitanejar ; automatiser : *automatejar ; etc.

 

Se priva pas tanpauc d’inventar a la seguida los derivats correspondents a aquelas capbordisas. Électoral : *elegidorial ; relationnel : *religatèl ; etc.

 

D’autres còps, remplaça los mots « escumenjats » a causa de sas finalas per d’autres mots :

 

· Per attention dona *permejança ; avion : *avian (!) ; éducation : *abaliment (e éducateur : *abaleire) ; camion : *tregin ; communion : *comenjança ; exposition (dins lo sens d’explicacion) : *desponement ; instruction : *aletrança (e instruire : *estrusir) ; operation : *obrança (o *operatge) ; organisation : *endreçament (e organiser : *entindar) ; union :*asunança ; etc.

 

II) En realitat, l’autor s’imagina que las finalas ‑ION, ‑IZAR, etc., son pas occitanas (!). La clau de sas tissas es sa volontat de diferenciacion artificiala dels mots franceses. Aquò lo mena a refusar un fum de mots occitans condreits solament perque correspondon per lor forma a de mots franceses.

 

· Remplaça autor per *fasedor ; basa per *sòla (e basar : *assolar) ; defensa : *devesa ; delta (de fluvi) : *camarga ; exercici : *acorsòt ; grop : *bodolh ; partenari : *comijaire ; participar : *acomunalar e participant : *acomunalador (o *parcenejant o *partendièr) ; fotografia : *retracha (que dona aparelh retrachor !) ; lançar : *ronçar ; situar : *airalar (o *aloga) ; traduire : *trabucar ; votar : *balotar (e vòte o votason : *balotason) ; etc.

 

· Remplaça tanben de mots generals corrents per de mots pescats qual sap ont, o per de mots fantasieroses formats sus de localismes rarissimes : caractèr per *caracta ; caracteristica : *caractièr ; certificat : *acertant ; infirmièr : *costosièr ; irís (de l’uèlh) : *irit ; prat : *pre ; aissèla : *citilat ; etc. E Catalonha per *Catalonia.

 

· De còps, va fins a d’invencions encara mai risiblas. Une automobile : un *mòu-desé (e un automobiliste : un *carrista) ; la motocyclette ven una *motora, emai se la bicicleta demòra ; astérisque : *asteric ; cinéma : *cinmat (!) ; etc. Lo cap d’òbra : Une personne : un *degun, e la personnalité : la *degunaletat (!!!).

 

III) A partir d’aquí, se dona naturalament lo dreit de « reformar » los mots occitans per los faire mai « logics » – segon sa « logica » a el.

 

Al lòc de masculin : *masclin ; posicion : *pausicion (a causa de pausar – mas aquí, d’autres s’i enganan : pausar ven del latin pausare, e posicion del latin position(em), e es lo mot occitan condreit emplegat sens interrupcion dempuèi lo temps dels trobadors : se totes los diccionaris serioses pòrtan pas que posicion, es pas un azard) ; possible : *podedís (a causa de poder), e possibilité : *podença ; impossible : *despodedís ; impossibilitat : *despoder ; scientific : *sapientific ; sensibilisacion : *sensidisassion (?) ; solucion : *solvucion (a causa de resòlvre, segur) ; umanizar : *omenesir ; inflamacion : *enflambacion ; etc.

 

IV) Pas estonant que prenga tota libertat per refusar de finalas de mots d’origina latina o grèca pasmens universalas dempuèi totjorn dins las lengas neolatinas, occitan coma catalan, castelhan, portugués, italian... (Dins l’occitan parlat popular – mas solament dins l’Estat francés – aquelas finalas de còps se respèctan pas a causa de l’influéncia del francés deguda a la situacion inferiorizada de la lenga).

 

· Pels mots masculins amb ‑A etimologic, lo càmbia en ‑E. Atal fa pels mots en ‑ista coma especialista, occitanista, protagonista, torista, etc. E tanben per de mots coma atlèta, despòta, geomètra (que ven *geumètre !), indigèna (*endigène), problèma, profèta, sistèma... Qualques còps, sens cap de coeréncia, quita simplament la ‑A : per democrata, drama, (un *dram !), quilograma, sistèma, etc.

 

· Pels mots femenins en ‑I d’etimologia grèca, lo càmbia en ‑A, per ex. per analisi, epatiti, escleròsi, ipotèsi, parentèsi, tèsi, etc. Mas sintèsi ven *sentèsa e artriti ven *artisica (!).

 

L’adicion de mai d’una falordisa dins un meteis mot dona de resultas grotescas e lamentablas. Lo dentista ven lo *caissaliste perque refusa dent e lo remplaça per cais (!!!).

 

V) Aquela fantasiá destimborlada va amb una idèa simplista de l’ortografia qu’es per el un codatge mecanic de la prononciacion. Per exemple :

 

· Escriu los X davant consonanta segon una de sas prononciacions : explicar ven *esplicar ; extraordinari : *estraordinari ; tèxte : *tèste ; etc. Excepcion ven *eicepcion ; exacte : *eisacte (perqué pas eizatte ?) ; sèxe : *seisse ; etc.

 

· Atal, INS‑ ven logicament ES‑ : instaurer : *estaurar ; institucion : *estitucion ; etc.

 

· Logicament tanben, una vocala pòt venir una vocala vesina : autoritat : *autoretat ; indicar : *endicar ; indecent : *endecent ; eficacitat : *eficacetat ; minoritari : *menoretari... o terrible : *tarrible ; ambulància : *embulança ; etc.

 

· Amb aquela concepcion ninòia de l’ortografia coma mecanica simplassa, se cal pas estonar de trobar dins las conjugasons, al lòc de ditz : *dis, e, naturalament, al lòc de parlan : *pàrlan.

 

Aquí çò que dona tota aquela farlabica dins lo « cours d’occitan » d’aquel « occitan de comunicacion » (sic !) o dins una letra d’informacion Internet del meteis autor e de sos complicis : La comissaria de l’Asunança Europenca a las Religanças foralas en vistalhada en China. (Çò que pretend significar : La comissària de l’Union Europèa a las Relacions exterioras en visita en China.) Lo ministre del Dedins contra los reulejaments d’imigrants desleials. (Lo ministre de l’Interior contra las legalizacions d’immigrants ilegals.) Lo candidat a l’elegida presidenciala e sos reversièrs. (Lo candidat a l’eleccion presidenciala e sos adversaris.) Un nòu pregit de trabucada de logicials en occitan. (Un projècte novèl de traduccion de logicials en occitan.)

 

Un fum de mots « geinants » figuran pas dins lo diccionari : s’i tròban pas las traduccions de épigramme, hypocrite, injure, luxure, patrimoine, presbyte, télégramme, thèse, théorème, etc. Pasmens, ten 30 054 mots. Se son contengut èra fantasierós de pertot, qual que siá o sentiriá lèu fait. Seriá una amuseta risibla mas inofensiva. Solament, sas fotraladas innombrablas i son barrejadas a l’essencial dels mots de l’Alibèrt, e es pas possible que las gents s’i enganen pas, al mens en part. Al cap d’un moment de consulta, sabes pas res pus de segur suls mots occitans, ni sus lor ortografia. Te cal purgar d’urgéncia lo cervèl amb qualque bona lectura.

 

A costat d’una massa de creacions absurdas, i a fòrça mots atestats qu’emplega a tòrt. Per ex. :

 

- abalir s’emplega per « faire venir de bèstias » : s’emplega pas normalament per educar d’enfants dins totes los sens de educar. Que pòsca servir excepcionalament dins un sens larg o figurat o plasent autoriza pas de cap de biais a decretar que deu remplaça lo mot general condreit.

 

- Las doas terminasons verbalas ‑IZAR e ‑EJAR existisson : an de sens diferents.

 

- Las doas sòrtas de terminasons ‑ÀNCIA,ÉNCIA,... e ­‑ANÇA, ‑ENÇA,... existisson dins de mots diferents per de rasons precisas (distància, consciéncia,... e aliança, coneissença...).

 

- L’autor dona sovent tanben a de mots existents de sens completament impossibles : degun a un sens negatiu. A pas res a veire amb una persona, e pòt pas jamai de cap de biais remplaçar aqueste mot. Mai fòrt que lo Ròcafòrt : aquel refús de la persona per se diferenciar del francés la personne ven evidentament ...de la coïncidéncia de forma entre la personne e personne al sens negatiu, qu’existís solament en francés !!!!!! Aquela diferenciacion artificiala e absurda del francés es, en realitat, ...un francisme de rasonament. S’inventariá pas !

 

Atal doncas, LA CATASTRÒFA ES TOTALA.

 

Aquel diccionari es un monument d’incultura e de vanitat bèstia a plorar.

 

Pas cap de volontat de conéissença de la lenga, emai dins sa realitat sociala.

 

Pas idèa de sa formacion e de son evolucion.

 

Pas idèa de la diferéncia entre mots de formacion sabenta e mots de formacion populara, d’una importància formidabla en occitan coma dins las autras lengas neolatinas.

 

Pas idèa de la coeréncia intèrna de las causas que semblan illogicas a primièra vista.

 

Pas idèa que la lenga es una realitat dins l’espaci e dins lo temps, pas idèa d’anar veire las autras variantas de la lenga, ni mai la lenga anciana.

 

Pas idèa tanpauc de la plaça de l’occitan dins la granda familha de las lengas neolatinas, ont lo francés es al contrari una lenga marginala, e donc pas idèa d’anar veire las autras lengas neolatinas (en començant pel catalan, segur, mas pas solament) per comprene melhor la lenga occitana. Necitge absolut : tant mai se vei la lenga occitana en rapòrt amb las autras lengas neolatinas, tant mai se comprenon melhor sas caracteristicas, sa qualitat e sa grandor. Se’n téner al cap e cap de l’occitan e del francés es un mejan extraordinari per comprene tot de travèrs.

 

Quand òm practica seriosament los diccionaris, i a una evidéncia que peta als uèlhs : la matèria primièra vertadièra dels grands diccionaris es l’amor. L’amor de la lenga – quina que siá la lenga. Se vei aicí exactament lo contrari. L’autor « se fa plaser » a el, en jogant a d’invencions fantasierosas nècias que non sai.

 

Pretend determinar, el, çò qu’es d’occitan e çò qu’o es pas, e o faire non pas segon un estudi aprigondit, de coneissenças amplas e d’arguments precises, mas segon sos prejutjats, e, fin finala, sa fantasiá : es clarament un diccionari antiscientific (*antisapientific, diriá el... !!!!!!!).

 

Aquel inocent espandís son necitge nociu. La situacion de l’occitan, la necessitat de reconquista, e la realitat qu’es, per fòrça personas, de se reapropriar la lenga tard, e dins una environa de pauc d’occitan, fan que son entrepresa es formidablament damatjosa. En mai, la preséncia de sas fotraladas a costat de causas seriosas pòt pas que portar tòrt a l’imatge dels occitanistas e de la lenga per tot lo mond.

 

NOS PODÈM PAS PUS CALAR.

 

Se li podèm pas faire comprene çò qu’es la lenga occitana e çò qu’es un diccionari digne d’aqueste nom, cal al mens denonciar publicament son entrepresa nociva qu’inventa un occitan qu’existís pas. Cal portar testimoniatge publicament de totas las intervencions òrras que fa o faguèt d’un costat e d’autre. Fa d’annadas que fa de mal de pertot ont passa.

 


 

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Ne cal tanben TIRAR LA LEIÇON.

En realitat, fa pas que portar fins a la psicopatia los complèxes occitans, que son pas pus los complèxes de l’inferioritat de la lenga mas los complèxes de l’insufisença de coneissença.

1) Lo trabalh d’enriquesiment lexical deu èsser prudent, limitat, apiejat sus un estudi e una reflexion aprigondits, emai s’es, de còps, conflictual. Avèm de lingüistas e de lexicografs serioses. Lor cal permetre de trabalhar, malgrat las dificultats degudas a l’incompreneson de fòrça Occitans plan mai qu’a las dificultats de la lenga.

Las fotraladas fantasierosas del diccionari citat an pas res a veire amb la creativitat especifica de la lenga occitana. A la diferéncia del francés, qu’es copat en dos mai que cap d’autra lenga neolatina, l’occitan es en se una lenga viventa e creativa, a causa de son usatge popular e perque a pas patit dels complèxes e de l’academizacion formidabla del francés oficial. Pendent tot l’Ancian Regime, lo francés, del dedins, se sentissiá coma una lenga bastarda, geograficament, lingüisticament e culturalament marginala rapòrt al mond de las autras lengas neolatinas mai dirèctament eiretièras del prestigi extraordinari del mond de l’antiquitat latina. La societat cultivada francesa coneissiá lo latin e, d’italian e de castelhan, mai que çò que coneis ara d’anglés (basta de veire l’importància de l’influéncia e emai de las imitacions de lors literaturas dins la literatura francesa dels sègles XVI a XVIII). D’aquí una subredita pedanta per ensag de compensacion, en mai de son ròtle de mejan de poder social. Cal anar veire d’un biais un pauc aprigondit las autras lengas neolatinas per comprene aquesta particularitat de la lenga francesa (Un autra es l’influéncia lingüistica germanica contunha dins totes los domenis, fonologia, sintaxi..)..

La creacion espontanèa de mots es totjorn estat un element de la vida de l’occitan. Mas es una creativitat individuala e passadissa que ten puslèu de l’estil que de la lenga. Se fa per l’expressivitat e las diferéncias de connotacions, es a dire de sens, dins una situacion donada. I a d’aquelas creacions espontanèas de mots qu’acaban per dintrar dins la lenga e l’enriquesisson, quand son represas collectivament, lo mai sovent perque son de capitadas d’expressivitat, es a dire de sens, e que son dins lo biais de la lenga. Lo pòble sobeiran fa sa lenga. Los lingüistas fan pas que rapelar la coeréncia de la lenga, e tanben sa coeréncia dins l’espaci e dins lo temps. Al mai, fan modestament qualques suggestions. Fan pas la lenga.

2) · Las semblanças formalas de l’occitan e del francés son normalas, estant qu’an la meteissa origina latina, e, en mai, qu’an sovent recebudas d’influéncias comunas. Las diferéncias son mai de prosodia, de fonologia, de sens e de sintaxi.

· Aquelas semblanças de formas son pas sistematicas. (Per ex., las lengas neolatinas emplegan pas totjorn del meteis biais las terminasons vengudas del latin, las vengudas de ‑tione(m), etc.).

· Las semblanças de formas implican pas forçadament una semblança de sens. (Dos exemples, emai grossièrs : en occitan, una discussion a servat son sens original de debat, mentre qu’en francés une discussion significa ara, lo mai sovent, una convèrsa ; e chaussure a près lo sens de soulier qu’es en passa d’eliminar, mas qu’es pas lo sens de cauçadura).

· La polisemia es la règla. Lo mai sovent, cada mot pòt aver de sens diferents. Se correspondon pas o se recopan pas forçadament d’una lenga a l’autra. Determinar e explicar clarament las finesas dels sens (emai per d’exemples) es fòrça mai dificil que de determinar las formas e las grafias.

· Cal pas jamai diferenciar l’occitan del francés d’un biais artificial. Un tèxte notarial a pas a revertar los mots ni l’estil de Padena. Pas mai en occitan que dins cap d’autra lenga. Dins totas las lengas neolatinas, la television se ditz amb un mot format atal, e lo qu’assegura una tutèla es un tutor, mots venguts del latin, comuns a totas las lengas neolatinas, e presents en occitan sens cap d’interrupcion dempuèi mai de mila ans. Discutida es una forma corrècta acceptabla, mas i a pas cap de rason d’evitar discussion, mot condreit present dins la lenga dempuèi totjorn.

L‘occitan es una lenga « autra » en se. Es lingüisticament mai vesina del catalan e emai de las autras lengas neolatinas que del francés. I a pas besonh d’anar inventar de diferéncias falsas. Cal pas determinar son emplec de l’occitan per referéncia al francés, ni per l’imitar, ni per se’n diferenciar. Lo cal determinar per referéncia a la lenga occitana meteissa.

Evitar las influéncias del francés dins los mots, los sens dels mots e la sintaxi se deu faire per la vertat de la lenga, pas per l’artificialitat de contorsions ridiculas. Cal simplament que cadun, conscient de la situacion de l’occitan e de sa responsabilitat pròpria, faga atencion, e melhore de longa son biais de parlar e d’escriure, legisca e escote de bon occitan, e se regaudisca d’estudiar la lenga e de se la perfeccionar de longa dins son cap, sa boca e sa pluma.

La situacion de l’occitan fa que l’environa lingüistica es febla en quantitat e qualitat. Es donc necessari d’èsser mai exigents, non pas amb los neooccitanofòns mas amb se meteis ; de nos i ajudar recipròcament ; e de se noirir mai que los autres de bona lenga (avèm besonh de nos faire de classics).

Cal que siá clar : valdriá mai que l’occitan se claufisca d’influéncias del francés puslèu que de ne faire una lenga de farlabica segon las fantasiás de cadun o las mòdas de gropusculs.

3) Cal pas pretendre « reformar » de punts de la lenga per una « logica » qu’es pas la sieuna. (Los mainatges començan per dire en francés il mourira...).

4) La fonologia es la basa de l’ortografia, mas n’es pas res mai que la basa.

Ni la lenga, ni l’ortografia son pas un « còdi » al sens pròpri, absolut, mecanic. Parlar de « còdi » es pas qu’una metafòra.

· Se sap ara que las nòtas d’estudiants, basa del Cours de linguistique générale de Saussure (òbra postuma qu’es pas de sa pluma), « taulas de la lei » dels mandarins de la lingüistica estructurala de las annadas 1970, foguèron traficadas per donar de la lenga la vision d’un « còdi mecanic » que correspondiá pas a sa pensada.

Distinguir los mots dins la cadena parlada exigís l’interpretacion del subjècte intelligent. Es pas un simple descodatge mecanic de fonèmas. La distincion entre « lenga » (sistèma) e « paraula » (utilizacion del sistèma) es simplista.

La comunicacion utilitària es una de las foncions de la lenga, inseparabla d’autras foncions individualas e socialas. Es benlèu la basa istorica del lengatge. (Es pas solament segur que siá la sola). Mas se pòt pas reduire la lenga a un « còdi mecanic » de « comunicacion », qu’es a bèls uèlhs vesents pas qu’una vista de l’esperit, digna de la granda epòca dels doctrinarismes de tota mena de las annadas 1970.

Aquela vision donava un ròtle màger a la lingüistica – o puslèu a de professionals de la lingüistica... – pels ensatges d’elaboracion de lengas reduitas a una mecanica aprenablas per reflèx emai amb de maquinas, e pels ensatges de tractament automatic de las lengas – mai que mai l’anglés, naturalament – perque respondián a d’interèsses economics e emai militars al moment del desvolopament de l’electronica e de l’informatica e al començament de la mondializacion « postindustriala », coma dison. Los practicians de las lengas (per oposicion als teoricians), es a dire los ensenhants de lengas e mai que mai los traductors (mas los ensenhants de lengas son sovent avesats a la traduccion) s’i daissèron pas jamai vertadièrament enganar. La comunicacion lengatgièra es de natura « poetica ». Se redutz pas jamai a la comunicacion per un « còdi » de la mena d’un còdi informatic, un còdi al sens pròpri.

· Es aisit de mostrar que totas las lengas naturalas foncionan amb un fum d’ambigüitats que geinan pas a causa de l’intervencion permanenta e normala de l’intelligéncia dels usancièrs. La frequéncia enòrma de la polisemia dels mots es una pròva del ròtle del subjècte intelligent.

Un exemple significatiu es l’identitat de formas de las 1èras e 3èras personas del singular de fòrça temps dels vèrbs, en occitan, catalan, castelhan e portugués. S’emplegan en practica sens lo pronom subjècte dins l’enòrma majoritat de las ocurréncias dins totas las lengas citadas.

Alibèrt dona coma formas verbalas de referéncia per çò qu’apèla la lenga literària las formas classicas parlariá, parlariás, parlariá... legissiá, legissiás, legissiá... etc., emai pels temps ont existís una 1èra persona del singular coma parlariái... legissiái... Aquelas formas diferenciadas son luènh de se trobar a totes los temps, ni dins tota la lenga. Resultan d’una simpla analogia amb d’autras formas, exactament coma *importent o coma *pòrton a la 3ena persona del plural. Resultan pas d’una pretenduda necessitat lingüistica. A pròva : l’occitan se passèt d’aquela diferenciacion pendent mila ans, e las autras lengas, a començar pel catalan, contunhan de se’n passar sens l’ombra d’un problèma. La sola rason d’adoptar parlariái, legissiái... pòt èsser son espandiment dins l’usatge, pòt pas èsser una superioritat lingüistica de « logica » qu’es pas qu’una vision teorica ninòia, desmentida per la realitat del foncionament de totas las lengas naturalas.

L’occitan es victima de la vision sectària de la lenga e de l’ortografia coma de « mecanicas », mentre qu’obesisson tanben a de necessitats autras.

· La pichòta evolucion cap a un caractèr un pauc mai analitic dins qualques lengas europèas es pas una fatalitat. (Lo castelhan de las Americas mòstra lo contrari). Se deu a l’influéncia de las lengas germanicas per de rasons extralingüisticas. Al contrari de çò que pretendon de còps de teoricians, lo caractèr analitic d’una lenga es pas una superioritat sul caractèr sintetic. Malgrat lo discors francés tradicional d’inspiracion nacionalista, lo francés, un pauc mai analitic, es pas ni mai precís ni mai clar que lo castelhan per exemple – plan se’n manca.

· La lenga en se es « literatura » e filha de « literatura ».

Los mots novèls se fan per « l’estil » (e pas per una obligacion de sens « pura »). Emai un mot de formacion sabenta a partir del latin, o un manlèu recent a una autra lenga, començan d’ordinari per èsser una causida d’« estil ». En francés, causir de dire o d’escriure courrier électronique, courriel, mail o mel, es en realitat al començament una causida d’òrdre estilistic mai o mens conscienta (per faire « a la mòda anglosaxona tecnica e modèrna », o la recuperar amb un còp de pintura grafica « plan francesa », o se’n diferenciar per una abreviacion non anglesa, etc.). Al contrari, dins los païses anglosaxons, mail es ja normalament dins la lenga e es pas una causida estilistica, o es una causida estilistica diferenta. Atal, en francés (o en occitan, etc.) mail o mel pòdon pas èsser l’equivalent « lingüistic » de mail en anglés (pas encara). L’integracion a la lenga d’un mot o expression novèl es pas jamai jogada d’avança. Fashionable al sègle XIX e speaker al mièg del sègle XX èran integrats al francés tant coma ara los anglicismes camping e tourisme, puèi ne son estat escampats e, subretot, i a agut un « trabalh d’oblit » fòrça eficaç d’aqueles mots (emai se speaker figura totjorn dins los diccionaris franceses). Es aisit de mostrar que fútbol en castelhan e calcio en italian son tanben la resulta de causidas d’òrdre primitivament estilistic.

· Legir se redutz pas tanpauc al deschifratge « mecanic » d’un còdi fonologic. Se fa tanben amb l’intervencion de l’intelligéncia del legeire (siquenon ...tant qu’òm sap pas legir). Sleon une édtue de l'uvinertisé de Cmabrigde, l'odrre des ltteers dans un mot n'a pas d'ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire seonit à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dséror­de ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porbèlme : aquí una pròva. N’i a d’autras.

· L’esperanto es la pròva pel contrari. A la diferéncia de las lengas naturalas, a una grafia (sistèma general d’escritura) e pas d’ortografia (convencions d’escritura dels mots). Legir l’esperanto reven donc a un « descodatge » mecanic de l’escritura. Es evident qu’aquela caracteristica compta per pas res dins l’interès de l’esperanto. Li dona, sus de lengas naturalas coma las lengas neolatinas, pas qu’un avantatge infim limitat al periòde cortet d’aprendissatge de la lectura, al contrari de çò que poirián pretendre de teoricians.

Aquel sistèma d’escritura completament fonologic de l’esperanto es a l’encòp possible e necessari perque son emplec e sa foncion son diferents de los de las lengas naturalas. A pas cap de problèma d’adaptacion a la prononciacion de tota la lenga estant que per natura es pas diversificada e que per foncion o deu pas èsser. E a de sens coma lenga complementària (lenga « de secors », lenga supletiva). Vertat qu’i a de familhas, lo mai sovent d’originas lingüisticas diferentas, qu’adòptan l’esperanto coma lenga normala d’usatge. Solament, son pas gaire, e l’emplegan a costat de la lenga de l’environa e de las lengas d’origina. Se l’esperanto veniá lenga d’usatge primièr de tota una societat, l’evolucion naturala fariá qu’en doas generacions seriá fotut. Se pòt enriquesir, mas aquò’s pas evoluir coma fan totas las lengas naturalas. Es fait per un ròtle complementari (basta de ne faire l’experiéncia per saber que marcha formidablament e sens cap de limitacion per aquò). Mas per assegurar aquela foncion es tanben necessari que s’i limite. (Lo sòmi multimillenari d’una lenga unica que remplaçariá totas las autras es una irrealisme ninòi exactament contràri a l’interès real que presenta l’esperanto).

Per una lenga naturala, una escritura mecanicament fonologica seriá pas jamai adaptada a tota la lenga dins l’espaci (l’escritura del turc es adaptada pas qu’a la forma de lenga de Constantinòple). La tissa d’une escritura unicament fonologica coïncidís en realitat amb un purisme irrealista de prononciacion unica, e, fins finala, d’uniformizacion artificiala de la lenga, contrari a son unitat reala dins la diversitat. Seriá pas adaptada tanpauc a la lenga dins lo temps (la prononciacion dels felens es totjorn diferenta de la dels pepins).

· La reflexion d’ensemble mai aprigondida es L’Ortografia occitana, sos principis de Robèrt LAFONT (CEO) – mas lo cal saber legir.

X davant consonanta correspond generalament a la prononciacion de S en occitan coma dins la majoritat de las lengas neolatinas, e pasmens cal escriure excusa e extraordinari (mas estrangièr) per mai d'una bona rason que son pas fonologicas.

L'ortografia generaliza, e obeís tanben a de constrentas practicas. A pas a marcar las diferéncias de prononciacions ni a èsser d’una logica mecanica. Es donc forçadament convencionala. Es pas una sòrta de prononciacion figurada que seriá simplament dins un « còdi grafic » diferent segon las lengas<