Mescladis e còps de gula

blog dédié aux cultures et langues minorées en général et à l'occitan en particulier. On y adopte une approche à la fois militante et réflexive et, dans tous les cas, résolument critique.

14 avril 2009

Dominique Schnapper et la question des « langues régionales » ou quand l’ethnique perce sous le civique

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KËYA-35-ROAZHON [Rennes]


Dominique Schnapper et la question des « langues régionales » ou quand l’ethnique perce sous le civique

 

 Les 6-10 avril dernier, dans l’émission de France Culture A Voix nue, Maryvonne de Saint-Pulgent s’entretenait avec Dominique Schnapper. Les deux femmes sont à la fois des universitaires et de hauts fonctionnaires : Maryvonne de Saint-Pulgent est conseillère d’État, enseignante, musicienne et journaliste ; Dominique Schnapper sociologue, directrice d’étude à l’École de Hautes Études en Sciences Sociales, et membres du Conseil constitutionnel, fonction qui n’est pas sans importance pour ce qui va suivre.  C’est à l’évocation de l’ouvrage de D. Schnapper publié en 1994 chez Gallimard, La Communauté des citoyens, que la conversation en vint à rouler sur la question des langues régionales. Il est difficile de ne pas être indigné par les propos tenus, dans lesquels il n’est pas aisé de faire le départ entre l’ignorance assez consternante manifestée sur le sujet et la mauvaise foi éhontée, la dénonciation de chimères ne correspondant d’aucune façon à la réalité.

 Mais l’indignation ne sert à rien et à personne ; il est plus utile de rapporter et d’analyser assertions et arguments afin, éventuellement, de relever la fausseté des unes et le caractère profondément contradictoire des autres. Il ne s’agira donc pas ici de discuter le cadre théorique développé dans la Communauté des citoyens, qui relève plutôt de la philosophie politique que de la sociologie, mais seulement de pointer les incohérences et inconséquences internes de l’application de ce cadre à la question linguistique et, au-delà, à celle de la diversité culturelle. On trouvera à la suite de ma discussion la transcription la plus exacte possible du passage de l’entretien en question, accessible pour quelques jours encore en postcast.

 

Civique et ethnique

 

 Tout le discours repose sur une distinction, établie dans le livre et reprise, avec une clarté remarquable, lors de l’émission, entre civique et ethnique. Est civique tout ce qui relève du projet de constitution d’un « espace public concret qui est celui de la citoyenneté dans laquelle tous, par delà nos différences, par delà nos inégalités, nous sommes libres et égaux en tant que citoyens ». Sont ethniques, « tous ces liens concrets qui unissent les membres d’une même société par la référence à une même histoire, à une même culture, souvent à une même religion, en tout cas à une même langue ». Mais la langue a cette spécificité de relever simultanément de l’éthique et de l’ethnique : elle est en effet « le moyen à la fois de créer des émotions communes » (et est ainsi du côté de l’ethnique), mais elle est aussi « du côté civique », dans la mesure où « la démocratie consiste à résoudre les conflits par les mots et non par la violence » et où « la langue est l’instrument nécessaire de la pratique démocratique ». Ainsi civique et ethnique sont-ils dans la langue inextricablement liés.

 Ils le sont tellement, comme on va le voir, que c’est en réalité au nom de caractères ethniques (au sens entendu par l’auteure de la Communauté des citoyens) présentés comme la quintessence du civisme (« à la française », ce qui place d’emblée ce civisme – en tant que français et pas autre chose – du côté de l’ethnisme), que toute dimension civique est refusée a priori à toute autre langue que le français sur le territoire national, au prix des plus grossières contradictions, et que tout ce qui dans l’érection du français comme langue unique de la République relève de manière flagrante et indiscutable (dans le cadre des définitions même produites par l’auteur, je le répète), de l’ethnique est présenté comme la quintessence du civisme. Par ce tour de passe-passe, ou plutôt par cette confusion due aux préjugés ethniques franco-français, la démocratie linguistique se trouve niée au nom même de la démocratie, à travers la distinction entre une bonne et une mauvaise démocratie, une bonne démocratie soi-disant égalitariste et universaliste et une mauvaise démocratie, dite « extrême », selon un emprunt déclaré à Montesquieu (mais il s’agit en fait de Tocqueville), au service des passions individuelles et non plus de l’intérêt collectif.

 

Le droit à une liberté linguistique privée (de public)

 

 Le point de départ de l’exposé de Dominique Schnapper, suscité et accompagné par Maryvonne de Saint-Pulgent (les interlocutrices manifestant un accord global sur la question, on ne saurait parler de discussion), est l’évocation de la mention récente des langues régionales dans la Constitution au titre du patrimoine de la nation, qui apparaît dans la conversation, en filigrane, comme un exemple de concession dommageable à la démocratie civique. Mais l’intervention de Schnapper démarre en fait par une défense sans restriction de la « position du Conseil constitutionnel », dont elle est membre. Cette position n’est nullement présentée : il s’agit sans doute du refus de la ratification de la Charte Européenne des langues régionales et minoritaires, mais il n’en sera étrangement question à aucun moment. Par contre la défense de cette position est énoncée comme suit : « tout le monde a le droit d’apprendre ce qu’il lui plaît dans l’espace privé ; le problème c’est la langue de l’espace public et s’il n’y a plus de langue commune dans l’espace public, on ne construit pas cet espace de citoyenneté qui est commun à tous les membres de la société par delà leurs différences ». Schnapper sait qu’il est pourtant difficile de nier l’existence de ce qu’elle appelle un espace de citoyenneté commun à travers des langues différentes. Cela existe indéniablement un peu partout dans le monde et elle prendra elle-même plus loin l’exemple de la Suisse, mais alors pour dire que, du fait de ce qui selon elle serait le renforcement des séparations linguistiques en Suisse (je ne sais sur quoi elle se fonde pour l’affirmer, car la forte territorialisation linguistique est une donnée aussi ancienne que le pays lui-même), l’espace public de la Confédération Helvétique serait en train de se « défaire »[1]. Le principe affirmé est qu’il ne saurait y avoir un espace public viable et durable constitué de monolinguismes séparés. Il est faux, mais concédons-lui encore ce présupposé.

 Schnapper affirme, comme une chose allant de soi, que, précisément, les défenseurs des langues régionales remettent en cause l’existence d’une langue publique commune à toute la nation, en l’occurrence le français. C’est-à-dire que la revendication de la pratique et d’abord de l’enseignement de ces langues est nécessairement dirigée contre le français, dans le morcellement et le cloisonnement linguistique de la France. Cela est absurde : l’ensemble des acteurs associatifs engagés dans la défense et l’illustration des langues minorées de Franc travaillent à la préservation d’espaces de bilinguisme, et non à la substitution de la langue nationale par « les langues régionales ». N’oublions pas que même les écoles associatives comme Diwan, dont le Conseil d’État a refusé l’intégration au service public, ou Calandreta ici en Occitanie, sont des confédérations détablissements sous contrat avec l’État qui, à ce titre, respectent les programmes scolaires nationaux. Aucune étude n’a jamais montré une maîtrise moindre du français par les élèves de ces écoles : bien au contraire ! Les associatifs et militants des langues régionales et des langues de France (dans lesquelles les premières sont englobées) sont tous partisans du multilinguisme, et personne, absolument personne ne rejette le français. Aussi, lorsque Schnapper affirme que les Bretons qui « apprennent le breton sans savoir le français, […] limitent leurs capacités d’échange à la Bretagne », soit elle se moque du monde, soit elle ne sait pas de quoi elle parle. Car de tels locuteurs monolingues n’existent nulle part en France, et cette description ne répond à aucune espèce de projet linguistique existant sur le territoire.

Elle ajoute que les Bretons feraient mieux d’apprendre l’anglais, qui leur serait plus utile. Et c’est parce que l’alsacien permet de parler allemand qu’il trouve grâce à ses yeux (à condition de rester confiné à l’espace privé et de ne pas être aidé par le public). Cela révèle un rapport aux langues incroyablement pauvre, étriqué, bridé par une idéologie politique du monolinguisme… Il est évident, comme toutes les études le montrent, que les nouvelles générations de locuteurs de langues minorées aujourd’hui, parlent aussi de surcroît d’autres langues, dont évidemment l’anglais. Je n’ai d’ailleurs pour ma part jamais rencontré de bretonnant d’aujourd’hui qui ne connaisse aussi l’anglais (en plus du français, évidemment). Mais passons… Ce que je note, c’est l’infini mépris manifesté envers toute langue, dès lors qu’elle n’est pas langue d’État ou langue de communication internationale (sinon Schnapper n’aurait évidemment aucune leçon d’anglais à donner aux bretons qui choisissent d’apprendre le breton) et, à la fois, une méconnaissance totale des pratiques linguistiques incriminées : « on » lui a rapporté que les bretons ne se comprennent pas entre eux (et Saint-Pulgent de renchérir en invoquant les locuteurs Gallo, qui comble de ridicule, – n’est-ce pas ? – revendiquent leur identité par rapport au breton !) et d’ailleurs il est bien connu que les langues régionales se fragmentent en de multiples langues privées d’intercompréhension (laquelle est pourtant l’un des premiers critères à partir desquel son définit aujourd’hui une langue)… Comment peut-elle dire que la position du Conseil constitutionnel vis à vis des langues régionales lui paraît « sociologiquement raisonnable », apportant ainsi généreusement la caution de la science sociologique à l’appareil politico-juridique auquel elle appartient, alors que la moindre de ses assertions en la matière trahit une incompétence absolue en sociolinguistique ?

 Je n’insisterai pas sur la bonne conscience de la pratique politique du linguicide à la française : les individus sont « libres » et ont donc le « droit » de parler leurs langues, à la condition impérieuse de rester confinés à l’espace privé de leurs chaumières. C’est exactement de cette façon que les langues ont été tuées en France, lentement étouffées par leur éviction de toute forme de publicité et de publication. Comment une langue pourrait-elle survivre durablement, dès lors qu’un enseignement public monolingue est imposé à tout citoyen, un enseignement qui exclut les autres langues historiques non seulement de l’espace scolaire, mais de toute dignité culturelle et sociale (indignité reconduite ici dans chacun des mots de nos éminentes conversantes) ? L’idée d’une langue uniquement privée est une pure fiction, une pure abstraction ; elle ne correspond à aucune pratique possible, même dans le cadre de la plus rigide diglossie (la structuration hiérarchique entre langue haute et langue basse, notion d’ailleurs étrangère au vocabulaire de Schnapper). J’entendais l’autre jour, sur la même chaîne de radio, Mona Ozouf, pourtant fervente républicaine s’il en fût, présenter l’ouvrage qu’elle vient de faire paraître sur la figure passionnante de son père militant breton de gauche (Yann Sohier), rétorquant à l’inénarrable Alain-Gérard Slama, qui défendait toujours la même position d’exclusion ignare et obtuse, qu’un jardin que l’on ne cultive plus disparaît[2].

 

Droits linguistiques et « démocratie extrême »

 

 Nos conversantes raisonnent de toute autre façon, et à l’inverse : elles voient le monolinguisme généralisé comme une remarquable conquête, qui fut très longue et très dure (Saint-Pulgent, rappelle, émerveillé, que sa grand-mère ne parlait que le breton et que son père avait le breton comme langue maternelle) et surtout extrêmement récente eu égard à la longue durée de la nation (après la deuxième guerre, et grâce au coup de pouce de la télévision, remarque Schnapper), mais une conquête menacée par ce que Schnapper affirme être, contre toute espèce de vraisemblance, des revendications à la pratique d’un monolinguisme régional. Jamais il ne leur passerait par l’esprit, apparemment, que ces langues constituent une richesse culturelle inestimable à cultiver dans un horizon de plurilinguisme, où le français, loin d’être menacé, devient un partenaire, après avoir été si longtemps un despote fort peu éclairé. Ces revendications n’ont rien à voir avec une mise en cause de la citoyenneté, au contraire ! C’est au nom d’une conception éminemment civique et pour tout dire démocratique de la culture et de l’histoire que nous réclamons nos droits linguistiques.

 Cela me conduit, bien entendu, à récuser l’analyse de ces revendications dans les termes de ce que Schnapper appelle « démocratie extrême ». Pour elle, en effet, la pratique des langues régionales relève d’un individualisme forcé qui se détourne des devoirs envers la communauté nationale au profit d’une jouissance immédiate indifférente aux valeurs collectives. En effet, selon elle, les revendications portant sur l’usage public des langues régionales font « partie du délitement du lien social, c’est-à-dire on veut que le lien social soit de plus en plus proche et à force qu’il soit plus proche… […] on rétrécie de plus en plus le sentiment de solidarité et les possibilités d’échange, et ça me paraît remettre fondamentalement en cause l’idée démocratique dans laquelle, parce que nous sommes tous égaux, nous pouvons entrer en communication avec tous les autres et à force de restreindre cette possibilité profonde de communication, je crois que l’on remets en cause le lien social qui est une condition de la société démocratique ». Et encore : « aboutissant à ce que chacun recherche exclusivement son propre bien être et trouve son bien être dans son isolement, dans son soi-même, dans l’écho de son propre cœur, comme disait Tocqueville et le replis sur les langues particulières qui, encore une fois, peuvent se rajouter à la langue française en pleine liberté, mais qui risquent de remplacer la langue française, me paraît un de ces signes du replis sur soi et de l’affaiblissement de la citoyenneté commune qui, jusqu’à présent, a toujours été une citoyenneté nationale portée par une langue nationale et donc, c’est un signe de l’affaiblissement de la citoyenneté nationale ». Soutenir que certaines langues, parce que parlées par une partie de la communauté nationale et non toute, déferaient le « lien social », est contraire au bon sens, car il n’est pas de langue naturelle dont la première fonction ne soit précisément de faire lien et de faire société. Le nombre de locuteurs ne saurait compter, sinon il faudrait en dire autant du français par rapport à l’anglais ou à l’espagnol. D’ailleurs, du point de vue d’un cosmopolitisme abstrait, on pourrait affirmer (certains ne s’en privent pas), que les langues nationales sont des barrières à la citoyenneté globale et doivent être abandonnées au profit d’une langue universelle. Affirmer que parler une langue régionale est une restriction des possibilités de communication est évidemment une ânerie, d’abord, encore une fois, parce qu’il faudrait alors le dire aussi de cette langue locale qu’est le français, mais aussi parce que ce raisonnement ne pourrait être soutenu que dans le cadre d’un monolinguisme local : il va de soi qu’un locuteur parlant breton, français et anglais, par exemple, possède une ouverture communicationnelle autrement importante et plus riche qu’un monolingue français. Et en terme de « solidarité » tissée à travers la langue, tourné comme il l’est à la fois vers le plus proche et vers le plus lointain (et notons qu’il arrive souvent en Bretagne que le plus proche parle anglais), le breton bretonnant n’a aucune leçon de civisme à recevoir des maîtres de vertus républicaines. Quant à l’assertion selon laquelle l’acte même de pratiquer les langues régionales contribue à affaiblir la citoyenneté nationale, elle se trouve contredite par l’histoire linguistique du pays, telle que Schnapper elle-même la présente, puisque le sentiment d’appartenance nationale n’a pas attendu la fin de la deuxième guerre mondiale pour se manifester, c’est-à-dire l’avènement béni de générations enfin purement monolingues : l’affirmer serait évidemment une injure innommable à l’encontre de tous ceux qui, de gré ou de force, ont laissé leur vie sur les champs de bataille sans maîtriser la langue française. Et l’on aperçoit ainsi d’ailleurs tout ce qui distingue, du point de vue même de l’appartenance civique à la nation, les langues régionales des langues étrangères, et interdit de les confondre dans un même statut de privatisation imposée, comme le fait Schnapper (« le problème, dit-elle, des langues régionales doit être traité comme celui [je souligne] des langues étrangères » ; au cours de l’entretien, elle fera même ce lapsus on ne peut plus révélateur : « en 1914 on parlait encore 14 ou 17 langues étrang… euh non françaises sur le territoire national », là encore on notera la qualité de l’information, en l’occurrence historique). Il est par contre possible, en effet, d’avancer que le multilinguisme relativise les sentiments d’appartenance nationale au profit d’une vision cosmopolite de l’humanité et de l’humaine condition, et s’avère sur ce plan beaucoup plus efficace que les prétentions universalistes du français érigé en langue soi-disant naturelle des droits de l’homme. Mais s’il en est ainsi, si la religion de la France ethnique s’en trouve affaiblie, je serai bien le dernier à m’en offusquer.

 

Le poids des représentations ethniques de l’histoire et de La langue de France

 

Car tel est le nœud de la question : c’est bien au nom d’une représentation de la « réalité ethnique » de la France qu’est conduite la critique des revendications linguistiques et menée leur lecture comme exigence de « démocratie extrême », s’il est vrai, je le rappelle, que Schnapper définit l’ethnique comme ces « liens concrets qui unissent les membres d’une même société par la référence à une même histoire, à une même culture, souvent à une même religion, en tout cas à une même langue ». En effet, au cours de son entretien, elle ne cesse de dire que « la nation française a été construite à travers les siècles autour de l’idée de la langue commune » et que, s’il n’y avait plus « l’obligation du français comme langue unique de la République » (selon les termes de la question que lui pose Saint-Pulgent), ce serait « dans l’histoire française […] une mise en cause très grave » ; les divisions de langues remettraient fatalement en question « l’histoire de la France telle qu’elle s’est constitué. ». C’est au nom de la référence à ce qui serait l’histoire spécifique de la France, non pas d'ailleurs lhistoire des historiens, mais le récit historique commun, le mythe ethnique selon lequel depuis 1539 au moins (Villers-Cotterêts) la nation se ferait autour de la « langue commune » (qui ne devient une réalité sérieusement soutenable qu’après 1789), que toute avancée dans la reconnaissance des langues régionales et l’application d’une démocratie culturelle et linguistique non pas extrême mais bien élémentaire, est récusée a priori, en contradiction foncière avec les principes de rationalité et d’universalité de la citoyenneté. Car, de ce point de vue, il semble impossible de soutenir qu’il est des langues qui par essence seraient supérieures à d’autres et mieux capables de dire l’universel. C’est pourtant ce que Schnapper et son interlocutrice affirment sans sourciller, en mettant dans l’entretien du 10 avril sur le même plan, au titre des effets délétères de la démocratie extrême dans laquelle toutes les productions culturelles, savantes ou populaires, transmises ou nouvelles, s’équivaudraient, les langues de France (par rapport au français), les musiques du monde (par rapport à la musique « savante ») et les nouvelles expressions artistiques urbaines (« tags », etc. par rapport aux arts transmis selon l’apprentissage de la tradition : manifestement, nos conversantes n’ont jamais entendu parler de ce qu’est devenu l’art « savant » après Marcel Duchamp). Cela leur donne d’ailleurs, lors des deux émissions, l’occasion de dénoncer la Délégation à la Langue Française et aux Langues de France, sur le site duquel ces dernières seraient mises sur un pied d’égalité avec le français et même prendraient la place du français (ce qui est faux comme un simple clic suffit à le montrer). Cette intolérance à l’égard du seul organisme public qui fait une place à ces langues (d’ailleurs avec des financements absolument dérisoires), comme envers des formes musicales et artistiques stigmatisées – soi-disant parce qu’elles exprimeraient l’ethnique contre le civique – en dit long sur la conception que nos éminentes fonctionnaires d’État se font de la démocratie culturelle ainsi que sur leurs propres préjugés ethnicistes (encore et toujours pour utiliser les distinctions de Schnapper). Je crois en effet que lorsqu’on s’insurge, comme elles l’ont fait le 10 avril, contre le projet qu’avait caressé Chirac de présenter les arts premiers au Louvre, saint des saints de la culture noble et savante, on ne peut le faire qu’au nom des préjugés les plus ethnicistes qui soient, ceux-là mêmes qui, encore et encore, animent la bataille contre les langues de France. Ces langues qui, soi-disant, menaceraient de se substituer au français, sont pourtant déjà très largement et profondément détruites, en partie, c’est évident, par ce vieux, très vieux discours nationaliste républicain, auquel Schnapper tente ici de conférer une dignité théorique qu’il n’a jamais eu et ne pourra jamais avoir, car il n’est rien d’autre que l’expression d’une passion ethnique exacerbée.

 

Jean-Pierre Cavaillé

A lire aussi, l'analyse de Christian le Meut

Appendice

 

émission A voix nue Transcription d’un extrait suivi de l’entretien du 8 avril entre Maryvonne de Saint-Pulgent et Dominique Schnapper

 

Dominique Schnapper : travail du sociologue éclaircir les termes : « Dans la Communauté des citoyens, j’ai proposé mes définitions. Civique : tout ce qui ressort de ce projet de l’espace public concret qui est celui de la citoyenneté dans laquelle tous, par delà nos différences, par delà nos inégalités, nous sommes libres et égaux en tant que citoyens et j’ai appelé réalité ethniques tous ces liens concrets qui unissent les membres d’une même société par la référence à une même histoire, à une même culture, souvent à une même religion, en tout cas à une même langue ; la langue étant le moyen à la fois de créer des émotions communes, c’est-à-dire étant du côté de l’ethnique, et étant aussi du côté civique puisque la démocratie ça consiste à résoudre les conflits par les mots et non pas la violence et que la langue est l’instrument nécessaire de la pratique démocratique. Civique et ethnique sont inextricablement liés.

 

 Maryvonne de Saint-Pulgent : depuis il y a eu les « langues de France », problème encore plus compliqué en France, puisque en France, le français est la langue de l’État.

 

Dominique Schnapper : Le français langue de la République inscrit dans la Constitution, les langues régionales : rajoutées plus loin au titre du patrimoine de la nation.

La position du conseil constitutionnel, je la défends tout à fait ; elle me paraît sociologiquement raisonnable : c’est-à-dire que tout le monde a le droit d’apprendre ce qui lui plaît dans l’espace privé ; le problème c’est la langue de l’espace public et s’il n’y a plus de langue commune dans l’espace public, on ne construit pas cet espace de citoyenneté qui est commun à tous les membres de la société par delà leurs différences.

 

Maryvonne de Saint-Pulgent : espace public, c’est-à-dire concrètement ?

 

Dominique Schnapper : l’administration, la justice et l’école. C’est particulièrement vrai en France où la nation française a été construite à travers les siècles autour de l’idée de la langue commune même si elle a été tardivement acquise à tous.

 

Maryvonne de Saint-Pulgent : Vous avez épousé un Alsacien et moi je suis bretonne : pour ces deux marches là, ça veut dire sacrifice d’une langue.

 

Dominique Schnapper : mon mari n’était pas Alsacien, mais de toute façon, le problème des langues régionales doit être traité comme celui des langues étrangères, c’est-à-dire qu’il est tout à fait heureux que les alsaciens apprennent à parler l’alsacien puisque ça leur permet d’apprendre l’allemand, c’est une excellente chose qu’une partie des Français sachent l’allemand, mais si ils veulent participer à l’espace commun français, il faut que la langue principale soit le français qui permet d’entrer en communication avec tous les autres de la nation française. Il serait peut-être plus utile aux bretons d’apprendre l’anglais que le breton, mais c’est absolument leur liberté d’apprendre le breton s’ils le souhaitent, simplement s’ils apprennent le breton sans savoir le français, ils limitent leurs capacités d’échange à la Bretagne et il me semble qu’ils ont tout intérêt intellectuel et social à pouvoir vivre éventuellement en dehors de la Bretagne, donc je pense que la position de conseil constitutionnel est conforme à la tradition française et à la constitution.

 

Maryvonne de Saint-Pulgent : est-ce que vous iriez jusqu’à dire qu’il n’y aurait plus de nation française, s’il n’y avait plus d’obligation du français comme langue unique de la République ?

 

Dominique Schnapper : Dans l’histoire française se serait une mise en cause très grave, oui. Et je crois d’une façon générale qu’il faut un espace public commun pour que se construise la démocratie, c’est le problème que l’on voit au niveau européen, les difficultés des européens à dialoguer... La démocratie est le régime du dialogue pour remplacer la violence. Je vois toutes les difficultés aujourd’hui dans le cas très particulier de la Suisse ou de moins en moins les germanophones – je prends le cas le meilleur, celui où il y a le moins de conflits, où ils ont réussis un espèce de génie politique pendant un siècle entre la majorité germanophones et les minorités hé bien maintenant où de moins en moins les germanophones apprennent le français et les français apprennent l’allemand, on voit se défaire cet espace public qui était celui de la Confédération Helvétique et c’était un cas tout à fait particulier et tout particulièrement favorable. Dans le cas français où la population est déjà divisée par toutes sortes de critères, ajouter celui de la langue me paraîtrait remettre en cause l’histoire de la France telle qu’elle s’est constitué. On considère que le français a commencé à être la langue première de la population française juste après la seconde guerre mondiale [aidé par la télévision], en 1914 on parlait encore 14 ou 17 langues étrang… euh non françaises sur le territoire national, sans compter les langues que les immigrés parlaient dans l’intimité de leurs familles.

 

Maryvonne de Saint-Pulgent : Ma grand-mère paternelle ne parlaient pas du tout français et mon père avait comme langue maternelle le breton, le français est sa deuxième langue…

C’est un discours de plus en plus difficilement reçu. De plus en plus de gens revendiquent le droit de se faire juger, de se faire enseigner et de communiquer dans leur langue. Ça fait partie des crises de la nation, ou c’est autre chose ?

 

Dominique Schnapper : Cela fait partie du délitement du lien social, c’est-à-dire on veut que le lien social soit de plus en plus proche et à force qu’il soit plus proche… La langue commune, c’est un lien avec tous les nationaux, la langue régionale un lien avec tous les régionaux, et comme la langue régionale se divise elle-même en une série de langues, elles-mêmes différentes les unes des autres : j’ai entendu dire que tous les bretons ne se comprenaient pas.

 

Maryvonne de Saint-Pulgent : Ah oui, il n’y a pas que le breton : il y a le breton et il y a le parler gallo, depuis que les bretons revendiquent de parler breton, les gens du pays gallo disent : il faut pas que le breton éteigne le parler gallo !

 

Dominique Schnapper : Donc on rétrécie de plus en plus, le sentiment de solidarité et les possibilités d’échange, et ça me paraît remettre fondamentalement en cause l’idée démocratique dans laquelle parce que nous sommes tous égaux nous pouvons entrer en communication avec tous les autres et à force de restreindre cette possibilité profonde de communication, je crois que l’on remets en cause le lien social qui est une condition de la société démocratique.

 

Maryvonne de Saint-Pulgent : Vous savez qu’il existe une institution qui s’appelle la Délégation à la Langue Française, enfin qui s’appelait la Délégation à la Langue Française… mis à la disposition du ministère de la culture et qui s’appelle depuis quelques années la Délégation à la Langue Française et aux Langues de France [en insistant avec une légère emphase sur « Langues de France »] ce qui a été une révolution conceptuelle, puisqu’à l’origine elle avait comme mission de promouvoir l’usage du français et maintenant elle promeut l’usage plutôt des autres langues, elle promeut l’usage de tout, bon… et si vous allez sur son site, vous ne trouverez d’ailleurs aucune information sur la pratique du français mais surtout des informations sur la pratique des autres langues. Que vous inspire cette évolution d’une institution de la République ?

 

Dominique Schnapper : ça m’inspire… beaucoup d’autres éléments m’inspirent le même sentiment, l’inquiétude sur ce que devient, en empruntant un terme à Montesquieu, la « démocratie extrême » aboutissant à ce que chacun recherche exclusivement son propre bien être et trouve son bien être dans son isolement, dans son soi-même, dans l’écho de son propre cœur, comme disait Tocqueville et le replis sur les langues particulières qui, encore une fois, peuvent se rajouter à la langue française en plein liberté, mais qui risquent de remplacer la langue française, me paraît un de ces signes du replis sur soi et de l’affaiblissement de la citoyenneté commune qui jusqu’à présent à toujours été une citoyenneté nationale porté par une langue nationale et donc, c’est un signe de l’affaiblissement de la citoyenneté nationale.

 

 


 

[1] Voir l’article, très bien informé, et aux conclusions bien différentes de Uli Windisch, "Multiculturalisme et plurilinguisme: le cas suisse," in. D. Lacorne & T. Judt, (eds.) La Politique de Babel : du monolinguisme d'état au plurilinguisme des peuples, Fondation nationale des sciences politiques. Centre d'études et de recherches internationales, Remarque Institute (New York University), Kathala Editions, 2002.

 

[2] Aux antipodes de Schnapper, lire les déclarations de Mona Ozouf au Télégramme, du 5 avril dernier, en particulier sa réponse à la question suivante : « La France n'a pas ratifié la Charte européenne des langues régionales et minoritaires: le breton et la Bretagne feraient-ils toujours peur à Paris? » : « Le feuilleton jamais clos de la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires illustre, en effet, la mauvaise grâce que la France montre à l'expression de la diversité culturelle. En proclamant que «la langue de la République est le français», en refusant les amendements qui auraient permis de manifester le respect dû aux langues minoritaires, en criant à la balkanisation du territoire français dès qu'une proposition de reconnaissance de ces langues, fût-elle modeste, voit le jour, la France révèle sa vieille allergie à la particularité, son goût constant pour l'uniformité. »

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07 juin 2007

Pour en finir avec la francophonie

L’émission « Répliques » de France Culture, animée par Alain Finkielkraut, recevait le 26 mai dernier Jean-Marie Borzeix et Michel Le Bris autour du thème « Littérature-Monde et francophonie ». J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer les Carnets d’un francophone de Borzeix, pressé d’enterrer son cher « patois limousin » avec force larmes de rapiettes (on a les crocodiles qu’on peut !), et par ailleurs de critiquer dans Libération le récent manifeste intitulé Pour une littérature monde, dont Le Bris est l’un des signataires, qui me semble reproduire ce qu’il dénonce, à savoir l’idéologie franco-centrée de la francophonie.

J’aurais presque (je dis bien presque) envie de faire un mea culpa à ce sujet, tant les arguments des deux autres compères contre le texte et, maintenant, l’ouvrage collectif de Le Bris et de ses amis, dénotaient une étroitesse d’esprit, une crispation nationaliste tout à fait révélatrice de ce qu’est et reste foncièrement la francophonie (on n’oublie pas que Borzeix est directeur des francophonies limousines), et l’écrivain breton, créateur d’Étonnants Voyageurs, fit souffler un peu le vent du large dans l’atmosphère confinée du studio pavoisé aux couleurs de la France éternelle.

 

Prière de déposer ses bagages avant d’entrer

 Sommé de se justifier sur le thème « pourquoi tant de haine de la francophonie, et donc de la France ? », Le Bris insista justement sur le clivage entre écrivains français et la sous-catégories des « écrivains francophones », priés de « déposer leurs bagages avant d’entrer » dans le temple de la littérature nationale. Bref il soutint l’idée bien connue selon laquelle la francophonie est le « dernier avatar du colonialisme ». Borzeix s’en montra fort fâché, affirmant haut et fort que la francophonie telle qu’elle est pensée aujourd’hui fut élaborée par des intellectuels « décolonisés » (Senghor, Césaire, etc.), alors que ces premières formulations historiques, aux temps du colonialisme (Onésime Reclus…) n’avaient eu aucun succès. Il faut concéder que la question de la francophonie, pris au sens le plus large, est plus complexe que sa simple réduction au colonialisme. A la fois, il est clair que la francophonie n’est pas, n’a jamais été un mouvement culturel autonome, et n’existe qu’à travers son institutionnalisation et sa promotion, depuis la France, à des fins trop évidentes de propagande nationale. Les intérêts français avancent ainsi de par le monde drapés dans l’universel des droits de l’homme et de la francophonie confondus. Car la spécificité de l’idéologie linguistique nationale française réside dans cette double opération de prestidigitation, qui consiste d’abord à établir une relation consubstantielle entre la nation et la langue – en complète contradiction avec la réalité plurilingue de l’histoire de la France – et à créditer cette langue de l’universel, du fait de son identification d’une part avec une littérature (la « grande » littérature française) et d’autre part avec les « valeurs » des droits de l’homme et de la démocratie – autre tour de passe-passe consistant à confondre la langue avec la culture littéraire (une certaine littérature, bien entendue, « classique », etc.) et avec les valeurs dont elle a pu être porteuse de manière en vérité purement accidentelle (voir à ce sujet le compte rendu du livre de Pierre Encrevé et Michel Braudeau).

 C’est justement avec cette conception nationaliste et cryptocolonialiste de la littérature française et de la francophonie, que les signataires du manifeste Pour une littérature monde entendent rompre, appelant à délier le pacte entre la littérature de langue française et la nation française. Voilà de quoi en effet attirer le juste courroux des vaillants petits soldats de la nation française.

 

Colonisés, payez votre dette !

Finkielkraut, fidèle à lui-même, s’est empressé, bien sûr, d’asséner, comme s’il s’agissait d’une vérité éternelle, le poncif de l’identité nation/ langue/ littérature. Cet homme fait un usage spécial de la philosophie ; elle ne lui sert pas à s’interroger, à poser des questions, mais à appuyer et conforter des réponses toutes faites, toutes prêtes, et qui, dans le discours des autres, se passent très bien de la philosophie, reproduisant les lieux communs les plus éculés de l’idéologie réactionnaire mise au goût du jour (car même un réactionnaire n’échappe pas à la mode !). Comme chez beaucoup d’autres, la philosophie lui sert de bouche-trous, lui permettant de parler, toujours avec véhémence, de ce qu’il connaît mal ou ne connaît pas et surtout de ce qu’il ne veut pas connaître, ayant trop peur d’entamer ses belles certitudes. D’ailleurs, les savoirs qui lui permettraient de parler de manière censée de ses objets – la linguistique, la sociologie, la sociolinguistique, l’histoire sociale, etc. – sont pour lui du côté de l’ennemi ; les ennemis du beau, du vrai et du bon, valeurs qui, chez lui, se trouvent coïncider avec le vade mecum des nouveaux réacs. La connaissance est inutile, un vernis philosophique plaqué sur une rhétorique de l’indignation supplée à tout, ornées de citations. Ah les citations ! Quel que soit le sujet du débat, Finkielkraut a toujours dans son sac une citation bien sentie, définitive, qu’il assène avec emphase, comme une formule magique, fin mot et mot de la fin de toute discussion possible. Ce jour là, il se contenta de Ernst Curtius, de Roland Barthes et de Gustave Flaubert. Excusez du peu… Curtius d’abord, le « grand » (voilà un adjectif dont il a plein la bouche, notre « grand » Finkielkraut) philologue, qui remarquait en 1925 : « La littérature joue un rôle capital dans la conscience que la France prend d’elle-même et de sa civilisation. Il n’y a qu’en France où la nation entière considère la littérature comme l’expression représentative de ses destinées »[1].

Franchement, on m’excusera cette grossièreté, mais mon père, mon grand père, mon arrière grand-père, dans leurs champs de fèves, n’en avaient pas grand chose à fiche de « La » Littérature ; c’est sans doute pourquoi, ils étaient de si tièdes patriotes, pressentant seulement, à chaque fois qu’il entendaient parler de « nation » avec trop d’insistance, que l’on n’allait pas tarder à les envoyer se faire trouer la paillasse.

Mais écoutons encore Finkielkraut, ajoutant, à l’adresse de Le Bris : « C’était la langue, et c’était la langue par la littérature. Et au moment où vous dites : « il faut que la langue se délie de la nation », qu’est-ce qu’on constate en France ? On constate que c’est la nation qui est en train de s’affranchir de la langue ». C’est le moment de sortir du sac Barthes citant Flaubert, les deux « grands » auteurs ayant assumé la possibilité que la langue cesse de vivre, c’est-à-dire, traduit-il abusivement, « cesse d’être inspirée par la littérature, se rétrécisse, se rabougrisse avec des tas de mots étrangers ». La langue est menacée ; le français risque demain de disparaître englouti par les langues étrangères. Il suffit de lire le dernier livre de Pierre Encrevé et de Braudeau pour savoir que ces terreurs de l’an (deux) mille sont de pures idioties.

Mais justement, Finkielkraut attaque Encrevé, au passage, qui a commis le crime d’avoir parlé de la vitalité et de la richesse de la « langue des banlieues ». Ce qui le révulse, c’est, il le dit, la perspective égalitaire, égalitariste adopté par le linguiste, dont il faut pourtant rappeler ici à notre idéologue de la nation que s’il ne l’adoptait pas, il ne serait plus un linguiste : « on ne fait pas de hiérarchie, on ne dit pas qu’une langue peut être plus belle que telle ou telle autre ». Évidemment, ce qu’il veut dire, c’est que sa langue d’abord (le français) et son idiolecte à lui ensuite, le français compassé du bourgeois lettré producteur sur France culture (c’est-à-dire grosso modo, à quelques négligences près, tout aussi bien le mien) sont les plus beaux du monde ! Comme l'on dit dans les Pouilles « Ogne cciuccciu se vanta de lu raju sou », c'est-à-dire « Il n'est point d'âne qui ne se vante de son braiement ». Quant à « la langue des jeunes des cités », ses caractéristiques, ses spécificités, ses liens étroits avec le multilinguisme sur lequel elle est adossée, il n’en connaît rien et ne veut bien sûr rien en connaître ; d’ailleurs elle n’est, pour lui, même pas audible, redisant à l’occasion, pour la nième fois, que les émeutes de 2005 avaient été « aphasiques » et pleine de « vacarme silencieux ». Il n’est de pire sourd que qui ne veut entendre.

C’est peu dire que cette façon de considérer un groupe humain, à travers ses manières de parler et sa culture, réduite ainsi à l’indigence, à l’insignifiance, voire même au néant de sens, est la pire des injures que l’on puisse lui faire, une injure d’une violence redoutable, à mon sens autrement plus grave que la destruction physique d’automobiles ou mêmes d’écoles (partant du principe qu’il est moins grave de casser des choses, même à fort potentiel symboliques, que de détruire ainsi la dignité des gens). Cette violence n’est pas étrangère à la manière, elle aussi extrêmement brutale, de rappeler aux écrivains francophones en mal d’émancipation leur dette à l'égard de ce contre quoi ils s’insurgent, c’est-à-dire, leur dette envers la colonisation. Le philosophe en appelle à un fait, indiscutable : « Il y a une antériorité, une durée, on ne peut pas éviter cette réalité que la littérature française est très ancienne et a produit d’immenses chef-d’oeuvres et que ces chef-d’oeuvres sont en danger, comme dit Barthes ». Inutile de rappeler ici que l’ancienneté de la littérature française est très relative, inutile de suggérer que ses « chef-d’œuvres » continuent à être lus et traduits dans le monde entier et ne sont guère en danger de ce côté là ; inutile, cela ne servirait à rien. Allez donc raisonner les prêcheurs d'apocalypse ; c'est à peu près impossible, tant ils désirent en fait eux-mêmes la destruction  purificatrice de toute chose. Pour notre Savonarole, la corruption et le péril sont partout, et ici bien sûr, dans la prétention de délier le bien suprême, « La » littérature, de son « pacte avec la nation », comme le voudrait Le Bris et ses amis de toutes les couleurs. De la part d’auteurs francophones issus des ex-colonies, cela revient à une « non reconnaissance de dette » ! Qu'ils sont ingrats ces enfants envers la République coloniale qui leur a fait « le don » de la langue, et de quelle langue ! La question de l’ancienneté et de la valeur culturelle des langues minorées par la colonisation ne se pose évidemment pas : Finkielkraut veut bien reconnaître que « la colonisation, ça été l’oppression, la domination, l’exploitation, le racisme, mais ça été aussi le rayonnement de la langue française, et dire en français, comme le font Chamoiseau et d’autres, que cette présence a seulement été négative, c’est presque contradictoire dans les termes, parce que cette langue a permis que Chamoiseau écrive de grands livres ». Parce que sans la colonisation Chamoiseau n’aurait pas eu de langue, il serait sans doute resté dans un coin d’Afrique à ânonner un patois aussi indigent que celui des cités, le genre d’idiome dans lequel on n’a jamais écrit le moindre « grand » livre. Même si cela n’est pas dit, c'est là une conséquence obligée, nécessaire de l’argument selon lequel la langue de la colonisation « a permis » (comme si le véritable acteur de l’écriture était la langue même et non l’écrivain : Finkielkraut est très irrité de ce que Mayse Condé puisse affirmer « j’écris en Maryse Condé ») à l’ex-colonisé d’écrire de « grands » livres et de lui avoir même permis finalement, du fait de l’union substantielle de cette langue avec les principes républicains, de s’affranchir de la colonisation elle-même. L’affranchissement par la littérature méritait bien le sacrifice d’un peu d’esclavage, non ? Ah ingrats, ingrats enfants des colonies !

 

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« La langue française, c’est la France »

 Jean-Marie Borzeix interpella Le Bris en adoptant une position tout aussi nationaliste, et une conception de la nation qui semble même (j’en fus très étonné) assumer un caractère racial alors qu’il faut reconnaître que sur la question de la langue, sa position est plus libérale que celle du « philosophe » : « La langue est un élément fondateur de la nation, avec la race peut-être, le territoire, avec la mémoire… Souvenez-vous de ce que Braudel disait jusqu’à sa mort : la langue française, c’est la France ; la France c’est la langue française »[2]. On entendit alors Le Bris, dont la voix était couverte par ce cocorico assourdissant, manifester son désaccord en marmonnant : « c’est peut-être que je suis Breton... ». J’eusse aimé qu’il eût parlé plus fort, cela aurait pu être – qui sait ? – l’occasion d’évoquer au moins une fois au cours de l’émission les langues régionales. Tant pis… Borzeix n’entendit pas et poursuivit, reconnaissant qu’il « peut y avoir plusieurs langues. Je suis très frappé, ajouta-t-il, par ce que dit Boualem Sansal : il dit « mon pays est fait de plusieurs langues qui sont les miennes ! », il dit « notre langue française ». Je ne vois pas ce que serait un pays dont le rapport n’existerait pas entre langue et nation. Que serait le Québec sans la langue française ? que serait la Wallonie sans la langue française ? Je ne vois pas. C’est une abstraction ».

Ces déclarations sont très intéressantes :

1- parce que, ce qui est reconnu légitime pour un écrivain algérien (avoir plusieurs langues, dont il peut dire qu’elles sont les siennes) est exclu pour un écrivain français de France. Borzeix ne dirait sûrement pas, lui qui se vante de ses racines limousines, « mon pays est fait de plusieurs langues toujours vivantes qui sont les miennes ! », sinon il aurait depuis longtemps intégré les langues régionales aux francophonies de Limoges. Il a certes volontiers reconnu, au cours de l’émission, que bien des jeunes immigrés, en France même, sont des bilingues, qui s’ignorent (« dans les banlieues il y a des jeunes qui sont francophones sans le savoir, ils ont hérité d’autres langues, maternelles ou d’usage »), et qu’il faudrait que l’école valorise cette richesse. Formidable. Mais comment ? hé bien en leur enseignant « la littérature francophone ». Nous voilà rassurés, il ne s’agit certes pas de reconnaître ces autres langues en elles-mêmes, certes pas, surtout pas (il n’a jamais évoqué l’enseignement des langues de l’immigration), mais seulement à travers le prisme de la francophonie. De la même façon, lors de sa discussion du livre d’Encrevé et Braudeau, parue récemment dans Le Débat, Borzeix se fait l’apôtre du multilinguisme, contre l’enseignement systématique de l’anglais (qu’Encrevé considère comme nécessaire, mais non certes comme devant être exclusif)[3]. Il déplore que « dans nos lycées, l’allemand, l’italien, l’arabe, le chinois, le russe.. soient désormais ravalés au rang de langues rares à cause de l’hégémonie de l’anglo-américain » (p. 149). « Rares » est un euphémisme (rares, à part les deux premières, elles l’ont toujours été dans nos écoles) ; force est de constater qu’elles disparaissent purement et simplement et que l’offre scolaire se rétrécit comme une peau de chagrin… et l’anglais a bon dos ! Mais surtout, il est significatif que les langues prises en compte soient les langues considérées comme les plus nobles dans le palmarès des valeurs culturelles, et qu’elles sont appréhendées indépendamment de la présence effective des langues de l’immigration véritablement parlées (par exemple « arabe » veut dire ici, j’en suis sûr, arabe classique, « chinois », chinois mandarin…), qui est cette richesse dont il ne propose l’exploitation que par le biais de la francophonie. Évidemment, il n’a pas le moindre mot pour les langues régionales, et fait exactement comme si elles n’existaient pas, malgré l’existence des (trop rares certes) structures d’enseignement bilingues dans le public et dans le privé. Là encore, il est manifeste que francophonie, hélas ne rime guère avec polyphonie, c’est-à-dire avec une reconnaissance effective de la diversité linguiste. J’admets que par rapport à la position de type Finkielkraut levée des couleurs, adoration des classiques et prosternation devant la langue unique il y a un léger progrès… mais enfin, on est encore loin du compte…

2- parce qu’il reconnaît la légitimité pour le Québec et la Wallonie de se définir comme des nations (langue française oblige !), et donc en principe, il ne saurait s’opposer à ce que la Bretagne, la Corse, l’Occitanie, le Pays Basque en fassent de même, au nom de leurs langues respectives et respectables. On ne peut pas être nationaliste pour soi tout seul ! Mieux, dans l’article en réponse au livre d’Encrevé et Braudeau, il va jusqu’à écrire : « N’est-il pas légitime pour un État de vouloir protéger l’usage d’une langue nationale, l’usage d’une ou plusieurs langues minoritaires, de maintenir des accès libres et égalitaires à sa propre culture ? » Ne croirait-on pas qu’il prend ici fait et cause pour les langues minoritaires partout, et donc aussi en France ? On se tromperait, il ne veut par là qu’affirmer la légitimité des langues minoritaires reconnues comme des langues nationales et en fait la légitimité des mesures prises en faveur du français en France (évidemment contre l’anglais, mais aussi contre les langues minoritaires) et dans les pays où le français est présent comme langue minoritaire : « Sans la loi 101, le Québec n’aurait pas sauvegardé sa langue et Montréal serait une ville de plus en plus anglaise parlant français en cachette » (p. 148). Hé oui ! Jean-Marie Borzeix a bien raison ; sans loi en notre faveur, mais au contraire avec un article constitutionnel utilisé contre toute velléité d’affirmation publique des langues régionales, nous en sommes effectivement réduits à parler occitan et breton en cachette, c’est-à-dire sans aucune reconnaissance, légitimité et aide publiques.

 

Le français langue africaine

Quant au marin Le Bris, ardent promoteur et défenseur de la catégorie de « littérature monde » d’expression française, rejetant la notion de francophonie et les épousailles de la langue avec la nation, il fut fortement balloté et fit face à gros grain. C’est peut-être la raison pour laquelle il concéda, hélas, l’essentiel à ses objecteurs. Le problème avec cette expression de littérature-monde, dont il reconnaît ce qu’elle a de vague, c’est qu’elle est contradictoire : elle me semble en effet nécessairement polyglotte et non française, le monde se dit dans la pluralité des langues, et s’il est tout à fait louable de défendre la littérature d’expression française des ex-pays colonisés encore sous-estimée, il me paraît par contre très discutable de le faire si l’on ne prend pas de manière claire nette et précise fait et cause en même temps pour les autres langues de ces pays et bien sûr de la France elle-même, comme langues de culture tout aussi capables de porter une littérature que le français. Or dans son propos, il n’en fut pas question… Surtout, lorsque Finkielkraut affirma qu’il fallait « prendre acte de la crise, du désamour de la langue, de la violence faite à la langue » en renvoyant aux pages clicheteuses des Carnets d’un francophone, il jura (« nom d’une pipe ! ») qu’il était « d’accord avec ça ». « ça »  : le mythe du déclin, de la décadence du français… seulement, ajouta-t-il, les responsables de cette situation ne sont pas les jeunes des banlieues, mais les écrivains français, dont il trouve la littérature d’une pauvreté extrême… Je ne suis pas en mesure de discuter le constat, tout en ayant la certitude qu’il pourrait l’être ; par contre l’idée que la mauvaise qualité de la littérature puisse avoir pour effet une détérioration de la qualité de la langue parlée elle-même, non seulement me paraît reposer sur des présupposés que l’on devrait commencer par interroger (quels sont les critères de la qualité, aussi bien pour la langue littéraire que parlée, et quelles sont les preuves de la perte ou détérioration de la qualité ?[4]), mais me semble revenir à octroyer aux écrivains un pouvoir sur la langue qu’ils n’ont pas et, grâce au ciel, n’ont jamais eu et n’auront jamais.

Tout à la fois, je sais gré à Le Bris de m’avoir fait découvrir l’article d’Achille Mbembé, « Francophonie et politique du monde », paru, en réaction au fameux manifeste, sur le blog d’Alain Mabanckou, auquel il renvoya pour défendre l’idée que le français est devenu aussi – et à plein titre – une langue africaine.

Les analyses de l’auteur de l’ouvrage intitulé De la Postcolonie, professeur d’histoire et de sciences politiques à Joanesburg sont tout à fait pertinentes, qui visent à montrer que l’idéologie linguistique dominante chez les élites françaises, dont Finkielkraut et Borzeix représentent deux versions complémentaires, est sur certains points étrangement proche des positions nationalistes panafricaines.

          Selon le discours panafricain (Mbembé cite les noms de Paulin Hountondji et de Ngugi wa Thiong’o) « les langues européennes parlées en Afrique seraient des langues étrangères imposées par la force à des populations défaites et soumises. Elles représenteraient de puissants facteurs d’aliénation et de division ». De sorte que « l’émancipation culturelle ne serait guère possible sans identification totale entre langues africaines, nation africaine et pensée africaine ». Certes « on ne saurait nier les pouvoirs de la langue, notamment lorsque ces pouvoirs s’exercent dans un contexte de rencontre imposée, d’expropriation et de dépossession, comme ce fut le cas sous la colonisation. De fait, il y a toujours, dans ce genre de situations, un équivalent linguistique du « pouvoir du sabre » (razzias et destructions, tortures, mutilations, épurations et profanations) ». Mais il n’en demeure pas moins que le français, comme ailleurs l’anglais, ont fait l’objet d’une appropriation pleine et entière : il est devenu une « une langue africaine à part entière ». Plus encore, Mbembé affirme que « loin d’entraver le pouvoir de figuration des langues autochtones ou de le piéger, ces dernières ont tiré profit du procès d’indigénisation du français. De cet entremêlement est en train de naître une culture baroque caractéristique des grandes métropoles africaines ». Ce n’est pas à mes yeux, la partie la plus claire ni la plus convaincante de l’exposé : « baroque » est un concept fourre-tout dont Pierre Charpentrat nous a appris depuis longtemps à nous méfier[5], d’autant plus que l’auteur ajoute que, sur le plan linguistique, le baroque ici est défini comme « un processus de transformation figurative impliquant, de nécessité, une relative déperdition, une dissipation, voire un obscurcissement de la langue originaire ». Si baroque veut dire, que les langues autochtones disparaissent assimilées par un français qui lui-même s’« africanise », la perte de ces langues me semble fort dommageable, et je serai le dernier à m’en réjouir au nom d’une prétendue esthétique baroque, mais sans doute l’auteur a-t-il voulu dire autre chose, qui ajoute : « Cette dissipation a cependant lieu au sein d’un foisonnement des objets, des formes et des choses. Voilà pourquoi, sur un plan culturel, le baroque rime, non pas avec la production mimétique et l’aliénation comme tend à le faire croire le discours du nationalisme culturel, mais avec vraisemblance, véri-similitude, onomatopée et métaphore ». La seule juxtaposition de ces concepts a elle-même, en effet, quelque chose de « baroque »...

        Là où Mbembé m’a convaincu, par contre, c’est en montrant que « le discours officiel français sur la langue française présente des similarités avec celui des nationalismes panafricains ». En effet, la France, mal décolonisée, « continue de promouvoir une conception centrifuge de l’universel largement décalée par rapport aux évolutions réelles du monde de notre temps. Elle fait, aujourd’hui, l’expérience d’un blocage culturel. L’une des raisons de ce blocage est que le français en France a toujours été pensé en relation à une géographie imaginaire qui donnait à ce pays l’illusion d’être le « centre du monde ». Au cœur de cette géographie imaginaire, la langue française était supposée véhiculer, par nature et par essence, des valeurs universelles (les Lumières, la raison et les droits de l’homme, une certaine sensibilité esthétique, un certain esprit de la méthode) ». Or, « dans ce mouvement, ni l’Autre, ni le Monde n’existent point ». L’autre raison du blocage « c’est la totale identification de la langue française et de la république française. Les noces de la république et de la langue sont telles que l’on pourrait dire : la langue n’a pas seulement créé la république (l’État). La langue s’est elle-même créée au travers de la république. Dans un acte de transsubstantiation, la république s’est déléguée elle-même dans un substitut, la langue française, qui la représente et la prolonge. Du coup, parler ou écrire le français dans sa pureté, c’est, essentiellement, dire non point le Monde, mais sa nationalité, sa race et son ethnie. D’où la difficulté pour le Français moyen de prendre au sérieux le français des non-Français, voire les institutions telles que la Francophonie ; ou encore de penser que la littérature de langue française écrite par des non-Français fait partie de son patrimoine culturel. » Enfin, ajoute-t-il « ce rapport métaphysique à la langue s’explique lui-même par la double contradiction sur laquelle repose l’État-nation français. D’une part, les noces de la langue et de l’État trouvent une partie de leur origine dans la Terreur (1793-1794) durant la Révolution. C’est de cette époque que date le réflexe du monolinguisme – cette idée typiquement française selon laquelle la langue française étant une, indivisible, et centrée sur une norme unique, tout le reste n’est que patois. Il s’agit, d’autre part, de la tension, elle aussi héritée, du moins en partie, de la révolution de 1789, entre le cosmopolitisme et l’universalisme. Cette tension est au fondement de l’identité française. L’universalisme à la française n’est, en effet, pas l’équivalent du cosmopolitisme même s’il signifie, quelque part, une certaine manière de lecture du monde et de relation au monde. Dans une large mesure, la phraséologie de l’universalisme a toujours servi de paravent à l’idéologie du nationalisme français et à son modèle culturel centralisateur - le parisianisme ».

        On m’excusera d’avoir cité ci longuement cet article, qui mérite d’être lu en entier et in situ, mais il me semble produire la critique la plus efficace qui soit des adversaires de Le Bris, mais aussi de Le Bris, lui-même, avec cette idée de Littérature monde française, dans laquelle se rejoue le paradoxe et la tension d’un universalisme qui se dit en une langue particulière, centrée sur Paris, s’il est vrai que l’on attend de Paris même qu’il reconnaisse, par des prix et des récompenses, la littérature d’expression française produite aux quatre coins du monde. Si la culture francophone (sans notion de francophonie) est structurée et fonctionne dans des réseaux multiples qui ne font que traverser la France sans s’y arrêter, qu’a-t-elle besoin de Paris ? Francophones, encore un effort, foutez-vous de Paris ; de toute façon, quand Paris s’apercevra que les choses importantes, y compris en français, se passent ailleurs, il sera trop tard pour la ville lumière, c’est-à-dire que son avis n’intéressera plus personne, et qu’elle aura perdu sa domination symbolique sur la langue. Mais ne rêvons pas, nous n’y sommes pas encore !

 

Jean-Pierre Cavaillé

 

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Superdupont de Godlieb, encore (on ne s'en lasse pas)
 


[1] Ernst Robert Curtius Essai sur la France, traduit de l'allemand par J. Benoist-Méchin, avant-propos de François Ewald, éd. de l'Aube Éd. de l’Aube, 1990.

[2] C’est cette seconde version qui est la véritable expression utilisée par Braudel dans un entretien avec Michel Kajman paru dans le Monde les 24-25 maris 1985, où l’historien défend cette conception de l’union mystique entre la nation française et sa langue unique et une vision politique ultra-centralisatrice.

[3] « Pour prolonger la conversation », Le Débat, n° 144, mars-avril, 2007.

[4] Voir en particulier l’ouvrage collectif intitulé La qualité de la langue ? le cas du français, Paris, H. Champion, 1995 et en particulier la postface problématique de Jean-Michel Eloy.

[5] Pierre Charpentrat, Le Mirage baroque, Paris, Éditions de Minuit, 1967.

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12 novembre 2006

Combi / Peirat : Eschantits

Las boinas lo long de la via se boteren en marcha[1]


eschantits

Bernard Combi est une présence phénoménale, une voix énorme, une force qui avance.

Son cd, Eschantits, réalisé avec Olivier Peirat, que nous étions au moins quelques dizaines à attendre impatiemment, est enfin paru ; il est beau à voir, à lire et plus beau, bien plus beau à écouter. Qui ne connaît pas encore Combi est tout de suite saisi – c’est le mot – par la puissance et la chaleur du timbre, la générosité, la tendresse, la sensualité de la voix, la force, le rythme de la diction ; toute la sorcellerie vocale du grand chamane limousindien. La musique de Peirat fine, raffinée même, pourtant simple, évidente et efficace creuse son propre espace quelque part entre les airs traditionnels du limousin, l’orient, du luth arabe et de la darbouka, l’art des troubadours, une pointe de blues, mais pourtant sans mélange, sans juxtaposition, le contraire de la world soup music, seulement de l’essentiel, presque de l’art minimal, qui ménage de longues plages méditatives et de grands moments de lyrisme où se dépense l’énergie accumulée du désespoir, qui est le sort du limousindien d’aujourd’hui et de toujours. Disons que dans sa version contemporaine ce désespoir se vit, presque fatalement, dans le destin de la langue, dont on ne dira pas qu’il est scellé, parce que justement on ne veut pas donner raison, on ne donnera pas, jamais, raison à nos fossoyeurs : de dedans la tombe encore, le chant du chamane empoisonnera l’atmosphère des maisons de caractère à charrettes encombrées de pots de fleurs, des villas clinquantes aux portails télécommandés et des lotissements blêmes à barbecue et portique. Les eschantits sont voués à réapparaître, tant qu’il y en aura un, ou une, pour détourner sa tête du lampadaire et plonger ses yeux dans la nuit. Les eschantits, ce sont les ardents, « sorte de météores ignés, formés des exhalaisons sulfureuses qui s’élèvent dans les lieux marécageux » dit le dictionnaire. « Feux follets » est le terme commun en français, mais il correspond mal à cette idée d’incandescence évanescente, de reviviscence née du bourbier. Combi, lors d’un concert, a dit un jour (j’y étais) que l’on ne devrait pas lever les yeux pour parler des morts, mais regarder plutôt vers le bas : « et si tout venait d’en bas, du magma ? ». C’est sur cette terre chargée d’eau et de vieux chagrins, de sueurs perdues, d’humeurs sombres, de foutre et de mauvais vin, de toutes les vieilles misères des vieux morts, de toutes les misères nouvelles des nouveaux morts, c’est sur elle que Combi pose son oreille, c’est de ce magma qu’il tire l’énergie et les éclats de sa voix erratique.

Les textes, bien sûr en limousin (on trouvera la traduction en français et en anglais), sont tous d’une grande beauté et forment un ensemble parfaitement cohérent. A qui veut « achever d’entrer », le cd ouvre une à une les portes de la langue et de la culture populaire et/ou savante de l’aire limousine. Le fond est constitué des chants traditionnels revisités avec l’intensité dont Combi est capable, et ce pas de côté, qui fait saisir toute l’amertume du cocu (L’autre jorn me maridei), toute la difficile sérénité de Piti Piare sur lequel s’acharnent les avanies domestiques (Me vòle pas faschar), toute la rudesse (et l’esprit) du sexual intercourse d'un moissonneur et d'une bergère (De medre me’m tornava), toute la fantaisie, la poésie des improbables épousailles du coucou et de l’hirondelle (Lo cocut e l’irondela) et de la belle, surréelle chanson énumérative qui est peut-être le sommet de l’album (Que donarai-ieu a ma mia ?). Comme les cailloux du poucet dans le grand bois, le cd est ponctué de perles de dau Melhau, déclamées par Combi à claire voix : « Faguet talament freg, ’quela annada, que ’lumeren lo fuec per Sent-Jan » (« Il fit si froid cette année-là, qu’on alluma le feu pour Saint-Jean »), « Queu buòu, amoros coma era, auria fach portar las banas a tot un tropeu de vachas » (« Ce taureau, amoureux comme il était, aurait fait porter les cornes à tout un troupeau de vaches »)[2].

Combi fait aussi sa place à l’un de ses propres Chants de bada-luna[3] et à un poème de Paul-Louis Grenier. Pau-Lois Granier (1879-1954) est un poète majeur, fréquenté régulièrement par Combi et dau Melhau, qui l’a publié, et il vaut la peine de donner ici le texte mis en musique par Peirat et Combi : « Escotas, a pè de la còla,/ un trin que redòla ;/ aqueste trin que fai/ lo bruch de mar/ e que sembla prés/ de passar/ e corre coma/ un estindòla/ ambe daus marmus/ umans,/ pòdes l’aspitar cent ans ;/ es una esclusa/ que reviscòla tos jorns malastrats,/ es una esclusa que redòla/ tos espers nejats »[4].

Le cd contient enfin un extrait du grand petit livre de Gisèle Chrétien, Un paisan lemosin dins las annadas 50, texte de mémoire apparemment modeste sur le grand-père des monts de Blond, où le récit prend tout à coup une épaisseur lyrique et même proprement métaphysique (si l’on veut utiliser un gros mot), à dix mille lieux de la déploration complaisante des paradis perdus de l'agriculture. Et dire que Melhau donnait, oui, offrait gratuitement aux visiteurs ce livre mal vendu pour la réception des vingt ans de sa maison d’édition ! Jugez pourtant de la qualité du texte choisi et lu par Combi, servi par une improvisation musicale de Peirat : « Saber, quela espessor que l’i via dins l’aer, quand la sopa fumava, quelas ombras dins lo brun, sus, denaut la clardat redonda de la lampa, quitament la « lumiera », pendilhada aus traus mai son pès coma un cuer de ganhon, a meitat chamin de la taula, quelas votz que sautavan de’n pertot, de l’estelon que purava, dau topin que siblava, de la teulada que crasenava, quo era los signes de na preséncia, que menet dau breç a la tomba, sens que zo sauguessan, tant de generacions de paisans, que lor balhava la man d’un biais, e la miseria de l’autre, e que se’n es nada, creiriatz, coma la miseria de dins lo temps, per laissar la plaça a n’autra miseria, e a la television, saver s’avem ben fach de la tuar ? Saber si l’avem tuada ? »[5]

Mais l’homme n’est jamais content de ce qu’il a ; ce cd à peine écouté le voilà qu'il se prend à désirer, à réclamer, à exiger au plus vite la parution d’un autre : celui de Tras, où Combi, déchaîné, se mesure à la magnifique contrebasse, libre, virtuose, inventive de Dominique Bénété. Une chose inoubliable. Ceux qui ont assisté aux concerts peuvent en témoigner.

JP C

Voir les vidéos "pirates" de Combi et Peirat de Gilbert Brun et Franck Galmiche sur You Tube

[1] « Les bornes le long de la route se mirent en marche », Jan dau Melhau, extrait dit dans le cd, de Òbras completas, edicions dau Chamin de Sent Jaume.  Le cd peut-être commandé directement à l'Institut d'Etudes Occitanes du Limousin ieo.lemosin@free.fr

[2] Dans les mêmes Òbras completas.

[3] Ces poèmes sont très intéressants, ils sont aussi publiés aux éditions dau Chamin de Sent Jaume : ils ont pour moi une saveur beat generation, version limousine, évidemment.

[4] « Tu écoutes au pied de la colline, un train qui roule ; ce train qui fait le bruit de la mer et qui semble près de passer et courir comme une étincelle avec des murmures humains, tu peux l’attendre cent ans ; c’est une écluse qui ressuscite tes jours malheureux, c’est une écluse qui roule tes espoirs noyés »

[5] « Savoir, cette épaisseur qu’i y avait dans l’air, quand la soupe fumait, ces ombres dans le sombre, là-haut au-dessus de la clarté ronde de la lampe, la lampe même, la lumière, pendue aux poutres avec son contrepoids comme un cœur de cochon, à mi chemin de la table, ces voix qui sortaient de partout, de la bûche qui pleurait, de la marmite qui sifflait, du toit qui craquait, c’était les signes d’une présence invisible, qui venait peut-être du commencement des temps. Savoir, cette présence qui mena du berceau à la tombe, sans qu’elles le sussent, tant de générations de paysans, qui leur donnait la main d’un côté, et la misère de l’autre, et qui s’en est allée, croirait-on, comme la misère d’autrefois, pour laisser la place à une autre misère, et à la télévision, savoir si nous avons bien fait de la tuer ? savoir si nous l’avons tuée ? », Un paisan lemosin dins las annadas 50, Meuzac, edicions dau Chamin de Sent Jaume, 1984, p. 24-25.


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14 octobre 2006

fragments d'une histoire souverainiste de la langue française

L’évocation de notre seule, unique, universelle, divine langue nationale, comme on a déjà eu maintes fois l’occasion de le constater, autorise toutes les inexactitudes historiques, toutes les absurdités linguistiques, tous les délires idéologiques nationalitaires[1]. Nous en avons eu un nouvel exemple le 9 octobre, dans l’émission de Patrice Gélinet, 2000 ans d’Histoire. Il faut dire que l’invité était le député souverainiste Paul-Marie Coûteaux venu présenter son dernier opus : Être et parler français, Perrin, 2006. Evidemment, connaissant les positions idéologiques du monsieur, député européen sur la liste du Mouvement Pour la France de Philippe de Villiers, on pouvait s’attendre à une totale absence de rigueur historique. Il est plus étonnant que Gélinet, censé tout de même faire une émission d’histoire n’ait, à aucun moment, esquissé la moindre critique ; il s’est plu, au contraire, à renchérir sur les élucubrations de son invité.

Coûteaux ne fait en effet nullement oeuvre d’historien, ni – encore moins – de linguiste, mais défend une thèse idéologique selon laquelle l’unicité de la langue fait la nation décrétée par la loi, dans l’optique de renforcer encore l’appareil législatif en faveur du français et contre l’usage de toutes les autres langues sur le territoire national. Gélinet est manifestement sur la même longueur d’onde, puisqu’il déclare, au cours de l’émission, comme s’il s’agissait d’une évidence, d’un point de départ, que « toutes les nations du monde se font autour d’une langue » : ineptie qu’il est nul besoin de chercher ici à réfuter (il suffirait d’énumérer les nations plurilingues).

Certes, quand notre député dit que la question linguistique est politique et que le sort d’une langue est lié à la volonté politique, on ne saurait lui donner entièrement tort, quoique l’affirmation selon laquelle « une langue est très malléable par la politique et très accessible par la loi » préjuge beaucoup des capacités d’intervention des pouvoirs politiques sur les langues. Il serait trop long de recenser, en France comme ailleurs, les réformes linguistiques décrétées par les pouvoirs établis et ayant lamentablement échouées, à commencer, en France, par l’écrasement des « patois », qui ont résisté tout de même à deux bons siècles de persécution culturelle. Ne fut-il pas longtemps interdit de parler publiquement le catalan en Catalogne ? Les exemples sont myriades : on ne s’étendra pas…

Mais quand Coûteaux nous explique que les rois ont lutté contre le latin (ce qui en soi mérite bien des bémols, l’édit de Villers-Cotterêts ne concernait que le seul domaine du droit et de l’administration, et les rois n’ont jamais, pour autant que je sache, empêché l’enseignement, la pratique et la publication du latin) par souci de la « démocratie », il est bien difficile de ne pas rire. En effet, affirme-t-il sans sourciller, le « bilinguisme est une atteinte à la démocratie ». Certes, le peuple ne parlait pas latin, mais on pourrait faire remarquer qu’une réelle démocratie, en pareil cas, consisterait à donner accès au bilinguisme à tout un chacun, ce qui n’était certainement pas à l’ordre du jour sous l’Ancien Régime ! Ce qui n’était pas à l’ordre du jour, évidemment, c’était d’abord la « démocratie », dont on ne nous fera jamais croire qu’elle était un objectif politique de la monarchie, et affirmer que les rois en choisissant le français ont choisi « la langue du peuple » est une imbécillité, pour la simple raison qu’une grande partie du « peuple » ne parlait ni latin ni français. Le français fut d’abord la langue de l’hégémonie politique et culturelle des élites du régime monarchique sur l’ensemble du territoire national, et non pas certes la langue du peuple promue par de bons rois contre le latin, langue de l’Eglise, qui selon Coûteaux – il ne s’embarrasse pas de détails –, était perçu par nos monarques comme la langue d’« une puissance étrangère » (n’aurait-il jamais entendu parler de quelque chose comme d’une « Eglise gallicane », anti-romaine et pourtant très attachée à son latin ?). Il évoque bien, au passage, une résistance du « patois » à l’expansion de la langue française, mais que la royauté, selon lui, avait largement brisée, s’il est vrai qu’il fait de la diffusion du français sur tout le territoire (Gelinet appelle cela « unification des patois », car le français unifie les patois en les supprimant, comme chacun sait) la condition même de possibilité de la Révolution. Ce n’est pas entièrement faux, mais il faudrait immédiatement corriger et ajouter que la Révolution, pour beaucoup de ses acteurs, s’est faite aussi dans ce que Coûteaux appelle justement les « patois ». On peut d’ailleurs noter qu’en utilisant uniquement le terme méprisant et méprisable de « patois » les deux interlocuteurs n’ont évidemment pas à prendre en considération une situation de trilinguisme (latin/français/« patois »), car « patois » n’est bien sûr pas « langue » et la notion de bilinguisme peut ainsi être réservée au seul rapport latin/français. Dans cette épopée de la marche conquérante et glorieuse du français, le « patois », à aucun moment, n’apparaît positivement comme une langue, un vecteur de culture, mais seulement comme une « résistance » (selon le mot de Gélinet) transitoire à l’avènement du français.

Il y aurait bien d’autres choses à relever dans cette contribution à deux voix au monument linguistique national. Je me contenterai seulement d’une merveilleuse comparaison avec l’anglo-américain à propos de la « codification ». Il s’agit d’un hymne à l’Académie française, garante de la fixité et par là (selon Coûteaux) de la pérennité du français : « Il y a, nous explique-t-il, un énorme avantage à la codification : la langue ne bougeant pas, elle se transmet […] à la différence de l’anglais. Je vous signale que l'anglais et l'américain plus encore, et c'est une énorme faiblesse de l'anglais, qui me fait dire que l’américain finira très mal le XXIe siècle : la langue anglaise ne cesse pas d'évoluer. Les textes écrits en Angleterre en 1910, des romans, doivent aujourd'hui être traduits en anglais contemporain, parce que la langue est beaucoup plus malléable, elle n'a pas eu l'Académie française. Le résultat c’est qu’elle subit une scissiparité, il y a plusieurs américains et que cette langue est encore plus en danger que le français… » Là aussi, il n’est guère besoin d’un réfutation ; affirmer qu’une langue est amenée à disparaître plus vite qu’une autre parce qu’elle évolue plus, plus vite et produit des variantes, ne repose sur aucune donnée scientifique. Il est de la nature des langues d’évoluer, de se transformer et donc en effet, si l'on veut, de mourir (mais évidemment, ce n’est pas la même chose de mourir comme le latin qui meurt en devenant autre chose, et de mourir par décret politique, comme Coûteaux sans aucun doute désire le voir pour tous les « patois » indésirables et toutes les langues d’ailleurs qui font obstacle à la marche royale du français), et ce n’est pas l’Académie française qui pourra empêcher les transformations inéluctables du français. Muséifier la langue, l’embaumer, la sanctuariser n’est pas en assurer la pérennité ; déjà dehors, dans les rues et mêmes dans les écoles (voir Entre les murs, de François Bégaudeau) on parle de toute façon autre chose, depuis longtemps !

Ce qu’il faut dire enfin et surtout, c’est que Coûteaux, comme tous les souverainistes de droite, de gauche ou républicains ont surtout une position politique absolument contradictoire en matière de langue, une contradiction aveugle à elle-même tant elle est prise dans l’idéologie nationalitaire. Ils s’insurgent contre toute mesure en faveur des langues minoritaires, au nom de l’indivisibilité républicaine, dont ils sont si peu sûrs, qu’ils estiment foncièrement nécessaire qu’elle soit garantie par l’unité et l’unicité linguistique. Ainsi Coûteaux et ses petits camarades se sont-ils élevés avec la plus grande véhémence contre la charte européenne des langues minoritaires « menace contre la République » selon le titre du texte qu’ils ont signé et qui dit notamment : « Ils [les signataires] estiment que la Charte est en complète contradiction avec la tradition républicaine parce qu’elle méconnaît l’unité du peuple et du territoire français et qu’elle est contraire au principe d’égalité entre les citoyens »[2]. C’est-à-dire que, selon cette conception de la République, la reconnaissance de toute spécificité, particularité culturelle et linguistique sur le territoire national est une mise en cause de l’unité territoriale et de l’égalité entre les citoyens et doit comme telle être proscrite. Même si ces différences existent, il faut faire comme si elles n’existaient pas, voire s'acharner à les supprimer, ou du moins en interdire entièrement toute expression publique, afin que tous les citoyens français, ne parlent, n’écrivent et finissent par ne plus penser qu’en français, afin de communier dans une seule et même idéologie nationalitaire. On a là affaire, me semble-t-il, à une dérive radicalement anti-démocratique et de fait totalitaire (contrôle linguistique et culturel total de la société civile par l’État centralisé). Cela est assez effrayant, si l’on y songe, mais on n’y songe guère, car ce projet, depuis la Révolution française, a acquis une sorte de légitimité idéologique, qu’il est très difficile de remettre en cause, tant elle est ancrée désormais dans les esprits. Par contre les mêmes considèrent absolument légitime, au nom sans doute de « l’exception française », que les minorités francophones à l’étranger bénéficient d’un statut public d’égalité avec la langue dominante des pays concernés, c’est-à-dire un statut de « langue officielle », d’enseignement, etc. etc. Plus, ils encouragent vivement les séparatismes. On se souvient du « vive le Québec libre ! » de De Gaulle, hé bien notre Paul-Marie Coûteaux a fait parler de lui, pas plus tard qu’en 1999, en déclarant en Belgique, lors d’un rassemblement de « rattachistes » wallons : « la Wallonie manque à la France ! ».[3]

Voilà à quelles grossières contradictions conduit le nationalisme exacerbé, voilà de quel cortège de mensonges, de faussetés historiques et d’arguments de mauvaise foi il s’entoure. La foi nationale l’exige : credo quia absurdum est (« je crois parce que c’est absurde ») disait Tertullien.

JP C

sarkoland

Linogravure de Roland Cros

 

[1] Voir sur ce blog :  Quand l’Académie refait l’histoire.

[2] http://notre.republique.free.fr/languespet.htm

[3] Voir le texte très intéressant de Philippe A. Steinmetz.


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