Paoli-U-Babbu-di-a-Patria-in-lingua-corsa

extrait de la BD Paoli, U Babbu di a Patria de Bertocchini et Rückstühl

 versione italiana

D’une île l’autre : de la Corse en Sardaigne

 

U paese di u riacquistu

Je suis allé récemment (début juillet) en Sardaigne, en passant par la Corse. C’est un voyage sociolinguistique passionnant, mais, étant donné la brièveté de mon séjour, je n’ai pu qu’effleurer le sujet.

D’abord, contrairement à ce que l’on dit ici ou là, j’ai pu constater que le corse était encore bien parlé, sinon dans les villes (je rejoins tout à fait le constat récent de Gerard Joan Barceló pour le Journalet) au moins dans les villages, aussi bien par les gens qui y vivent toute l’année et par les membres de leurs familles qui viennent les rejoindre, comme à Cervione par exemple, non loin de Bastia, mais aussi le long de la côte par les commerçants et bistrotiers, avec leurs familiers qui connaissent la langue.

Par contre, mais je suis peut-être mal tombé, je n’ai pas entendu d’enfants parler corse, ni d’adultes s’adresser à eux dans la langue.

Dans pas mal de boutiques, la radio était syntonisée sur Frequenza Mora (France Bleu Corse), la plus suivie de l’île, qui propose une bonne partie de ses émissions en langue et les gens commentaient aussi bien les émissions en corse qu’en français. Nous sommes évidemment loin, très loin des France Bleu du continent (et sans parler de France Bleu Limousin, au-dessous de tout). Par contre, pas un mot de corse dans Corse Matin, du moins dans les quelques numéros qui me sont passés entre les mains. Le journal présentait cependant une longue interview du nationaliste bien connu Jean-Guy Talamoni pour le gros bouquin, tiré de sa thèse, qu’il vient de faire paraître : Littérature et politique en Corse, lequel me paraît d’ailleurs tout à fait intéressant.

A Bonifacio (Bunifazziu), je suis tombé par hasard sur une pièce entièrement jouée en corse (surtitrée), A Mandracula è piu, inspirée par l’excellente et mysoginissime comédie de Machiavel, La Mandragore, librement adaptée par Guy Cimino au contexte corse (les ablutions d’eaux minérales d’Orezza sont tenues pour accomplir des miracles contre la stérilité féminine, etc.). La Compagnie s’appelait U Teatrinu ; le spectacle était truculent et enlevé, même si certains des acteurs déclamaient le corse avec une pointe (mais fort aiguë !) d’accent du nord de la Loire.

Comme il venait de sortir et qu’il s’étalait partout, j’ai lu dans le Spécial Corse du Canard Enchaîné les articles sur la langue et sur la littérature. Je m’attendais au pire et on en n’était pas loin ; titre emblématique dans la langue et sur la langue (ù cunnosce più a filetta : « il ne connaît plus la fougère » ; qui se dit d’un Corse ayant oublié son pays) ; présentation du corse comme un « ragout de dialectes », « né dans la bouche de bergers et de paysans », devenu en moins de quarante ans « une langue de la ville », entendez une « plante hors sol » ; persiflage du capes de corse « diplôme chétif, taillé sur mesure pour que ses titulaires ne puissent pas être mutés ailleurs qu’en Corse », et par là sur le coût exorbitant et comprend-on inutile des mesures politico-administrative du« riacquistu » (« réacquisition » plutôt que « reconquête » comme traduit le Canard) ; la question de la littérature réduite à celle de la constitution d’une production de « terroir » (c’est ainsi qu’est traduit l’adjectif « nustrale »), etc.

J’ai préféré me plonger dans la lecture de quelques un des articles du recueil de Marcu Biancarelli (auteur déjà évoqué ici, avec son comparse et traducteur Jérôme Ferrari), Vae victis (voir la présentation du livre par Emmanuelle Caminade), en bonne place dans la bibliothèque de l’ami qui me logeait, et notamment un texte intitulé « Le Riacquistu et moi » (2005), fragment d’autobiographie rageuse (j’aime le ton rageur, exaspéré, vivifiant de Biancarelli) sur la récupération individuelle de la langue dans lequel beaucoup d’occitanophones, britanophones, bascophones etc. se reconnaîtront, au moins en partie. Car la situation corse, du fait de l’importance du militantisme indépendantiste, est particulière (de la langue, il écrit : « on me la proposait combattante, en tenue kaki, vociférante et agressive… ») et il explique comment, chez lui, le militantisme « léger » et la passion, « immense », ne firent pas bon ménage. Il devint enseignant et écrivain.

Comme le montre le passage que j’ai cité, Biancarelli est très dur avec le militantisme nationaliste qui promeut le « Riacquistu » : tentation de la fermeture, exclusivisme linguistique et culturel, etc. Mais il semble se raviser : « serions-nous ici aujourd’hui si un mouvement tel que le Riacquistu n’avait pas existé ? Sans doute non ». Mal nécessaire ? Au vu de ce que les Irlandais, dont le nationalisme reste intact, ont fait de leur langue, il y a tout lieu de se méfier, et au Riacquistu, Biancarelli préfère l’Acquistu, « c’est-à-dire de l’apprentissage sérieux, du travail, de la curiosité et non pas de la nostalgie et de la culpabilisation… ».

 

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Mural d'Orgosolo, évocation de la chanson de Francesco Ignazio Mannu, Su Patriottu Sardu a sos Feudatarios

Cantu a tenore et Poesia a bolu

La Sardaigne n’est qu’à une petite heure de traghetto de Bonifacio. Là, évidemment, la langue, ou plutôt les langues sont tout autres. Hors du gallurese et du sassarese, dans le nord, qui sont liés au corse, l'isolat de catalan à Alghero et le tabarchin des petites îles de San Pietro et de San Antioco, la langue sarde, constituée d’un grand nombre de variantes en général ramenées de manière très discutable à deux ensemble dialectaux distincts – logudorese et campidanese – occupe l’ensemble de l’île[1], dont il ne faut pas oublier qu’elle est très peuplée (1.600.000 habitants), relativement à la Corse (310.000).

J’y suis allé surtout, sans programme préconçu, avec l’idée d’entendre quelques groupes de chant polyphonique a tenore, dont la beauté gutturale me fascine et m’enchante, et éventuellement, d’assister à quelques séances d’improvisation poétique chantée, pendant sarde du chjama è respondi corse et de l’ottava rima chantée de l’Italie centrale. Polyphonie et poésie improvisée sont, cela va sans dire, exclusivement en langue sarde.

Le chant a tenore, très différent du cantu in paghjella corse, est l’association de 4 voix d’hommes (la boche, voix soliste qui chante une poésie versifiée, et le tenore (chœur) composé du mesu boche (littéralement « demi-voix » : contralto), du contra (baryton) et de la bassu (basse). Ces deux dernière voix sont traitées de manière très spécifique et inhabituelle dans nos cultures chantées européennes, exploitant la gorge et l’appareil phonique et elles donnent l’impression, peut-être fausse, de nous plonger dans un terreau culturel ancestral (sans preuve décisive, on fait toujours remonter le chant a tenore à la civilisation préromaine des nuraghes, mais voir à ce sujet la mise au point d’Ignazio Macchiarella). Les voix du tenore sont dites respectivement imiter le souffle du vent ou le tintinnabulement des clochettes, le bêlement de la brebis et le meuglement de la vache (voir la présentation didactique saisissante des voix des Tenores di Bitti, Mialinu Pira[2]).

Cette expression vocale extraordinaire, dont les styles changent considérablement de village en village, connaît aujourd’hui un intense regain de pratique. A Orgosolo, le soir, on entend partout des groupes répéter de tous âges et peut-être surtout de jeunes, dans les rues ou dans les maisons, avec un incroyable esprit d'émulation. Grâce à la présidente de l’association culturelle S’ottada, j’ai eu la chance assister à un petit concert improvisé par un groupe de jeunes chanteurs dans un appartement ; le chant emplissait tout, l’air vibrait dans le moindre interstice. A Orgosolo, ce village connu pour avoir lutté contre l’implantation d’un camp militaire en 1969 et célèbre pour ces murales nés de ces événements, cette vogue du canto a tenore s’adosse à une longue tradition, documentée depuis la diffusion des enregistreurs ; des groupes des années 60 servant d’inspiration aux plus jeunes[3].

J’avais rencontré à Monestiés ce mois de mai le Cuncordu de Orosei, groupe confirmé (fondé en 78) qui chantait ce jour là en compagnie de Vox Bigerri. J’en ai profité bien sûr pour aller leur rendre visite sur place, dans le beau village d’Orosei, accueilli par Martino Corimbi, qui conduit le groupe, j’ai pu assister à l’une de leurs répétitions quasi-quotidiennes, après de rudes journées de travail (deux membres du groupe travaillent dans une carrière de marbre, un troisième travaille dans les champs…). Ils excellent aussi bien dans le registre religieux, pour lequel ils sont célèbres, que profane : on peut juger de leur qualité à l’écoute en ligne de quelques unes de leurs prestations (Tzeleste Tesoro, Libera me Domine).

J’ai été moins chanceux pour la poésie « a bolu » (littéralement « au vol »), qui donne lieu à des soirées dites « gare di poesia » (compétitions de poésie). Les poètes (généralement deux ou trois) improvisent en chantant des strophes de huit vers endécasyllabes sur des thématiques opposées, qu’ils découvrent au moment de chanter (le ciel et l’enfer ; le stylo et la charrue ; l’art, la nature et la science ; le mensonge et la vérité ; le berceau et la tombe ; le prêtre et le démon ; le mari jaloux et la femme libertine ; le vieillard en maison de retraite et le vieillard chez lui ; la minijupe et la burqa…).

Le chant est rythmé par l’intervention régulière d’un chœur, composé des trois voix du tenore. On voit ainsi que le chant improvisé se développe dans la structure même du cantu a tenore; il en fait pleinement partie, même si toute la performance est ici focalisée sur la prestation du poète. Ces joutes poétiques, qui durent bien environ trois heures de temps sont d’un raffinement extrême que seul peuvent saisir les habitués et initiés. Non pas que l’on puisse parler de culture ésotérique, car au contraire, il s’agit de l’exploitation d’une culture commune (ou plutôt qui par le passé était commune, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui), mais pour saisir les subtilités des poètes, il faut – disent les aficionados – avoir déjà assisté à de nombreuses joutes et évidemment connaître le logudorese, la langue littéraire qui est utilisée. Le nom de logodorese, qui renvoie à une région, est de fait trompeur ; cette langue est en effet d’abord un standard littéraire élaboré au XVIe siècle, de manière très consciente, sur le modèle italien, par un poète lettré, Giròmine Araolla, et qui est toujours suivi, principalement par les poètes d’expression écrite ou orale de toute l’île.

Il faut avouer que, de prime abord et vu de l’extérieur, tout comme pour l’improvisation toscane, corse ou baléare, l’exercice paraît austère. Et pourtant… J’espère trouver le temps, une fois prochaine, de m’étendre plus sur le sujet, ne serait-ce que pour rendre compte du livre de Maria Manca, La Poésie pour répondre au hasard, tout entier consacré à la Sardaigne. Pour avoir un aperçu, il faut jeter un coup d’œil sur une joute très bien filmée de 2011, à Bari Sardo, entre Giuseppe Porcu, Bruno Agus et Salvatore Scanu, et pour la profondeur historique, on écoutera un très beau et très audible enregistrement de 1928 entre deux poètes nommés Cubbeddu et Ninniri sur le thème : Chiè salvare, sa mamma o s’isposa ? (« Laquelle sauver, l’épouse ou la mère ? »). D’ailleurs, on peut constater que des collectionneurs d’enregistrement ont commencé à publier leurs trésors en ligne, en même temps que se poursuivent les publications papiers des poètes défunts du XXe siècle les plus célèbres.

J’ai dit que je n’avais pas eu de chance, parce qu’il n’y avait apparemment pas de gara prévue lors de mon passage. Très gentiment, toujours par le biais de l’association S’Ottada, un poète important dans le monde des « gare » (je tais ici son nom pour ne pas le mettre dans l’embarras), s’est offert d’organiser une exhibition privée, mais il n’a pu réunir les deux autres poètes sur lesquels il comptait. En fait, j’ai quand même raté une joute, vue trop tard dans le journal, qui avait lieu à Sennai, près de Cagliari. J’ai eu alors l’impression qu’il y a bien deux aires plus ou moins distinctes dans le monde des poètes et des amateurs : le centre-nord d’une part, et le sud d’autre part.

Je me suis consolé en découvrant, comme vous pouvez le faire, un petit documentaire en italien sur deux personnages magnifiques. Le film s’appelle la Valigia di Tidiane Cuccu (La valise de Tidiane Cuccu). Antonio Cuccu était un type extraordinaire qui courrait les joutes poétiques, les transcrivait, les publiait lui-même dans de petits livrets qu’il vendait sur les foires. Il sillonnait ainsi la Sardaigne, vivant dans sa voiture. A sa mort, en 2003, il léga son trésor, sa valise contenant ses livrets, à un immigré sénégalais avec lequel il s’était lié d’amitié, Cheick Tediane Diane, qui continue à les vendre sur les marchés.

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Mural, Orgosolo, avec un extrait de la poésie de Peppino Mereu, A Nanni Sulis

Une langue menacée

Le film ne dit pas si le Sénégalais Tediane, arrivé en Sardaigne au début des années 90 maîtrise le sarde. Cela est fort possible, car la langue est encore très parlée, au moins dans certaines zones et en particulier dans les villages du centre, car dans les villes, on ne l’entend presque plus dans les rues. L’effondrement linguistique semble rapide et violent. D’autant plus qu’il existe des poches de résistance, où la langue est encore pratiquée par toute la population.

C’est le cas à Orgosolo, où tous le monde, y compris les plus jeunes enfants, utilise comme langue de communication spontanée exclusivement le sarde, alors même que tous maîtrisent l’italien (qu’ils utilisent en fait surtout avec les « étrangers »), seule langue, du moins dans ce village, enseigné à l’école. Détail étonnant, une personne rencontrée dans la rue m’a affirmé que les seuls enfants auxquels on n’apprenait pas le sarde étaient ceux qui avaient de grandes difficultés intellectuelles et d’apprentissage ; avec ceux-là on se concentrait sur l’italien, trop important pour être négligé. A Orgosolo, le bilinguisme est donc général et les habitants en sont très fiers, évoquant dédaigneusement le reste de l’île où ce n’est, selon eux, plus le cas. Ils m’ont même parfois donné l’impression de maximiser la perte de la langue partout ailleurs, de manière à se valoriser d’autant plus. Il faut dire qu’à Orgosolo, la langue est aussi en majesté, très présente sur les célèbres murales, qui reprennent les vers de poèmes connus à forte signification sociale et identitaire.

Il existe une étude sociolinguistique très solide et fouillée (même si bien des aspects de la littérature qui l’accompagne est discutable), publiée en 2007 : Le lingue dei Sardi (les langues des Sardes), effectuée sur de larges échantillons. Ces résultats sont impressionnants. 68,4 % des personnes interrogées déclarent savoir parler l’une ou l’autre variété de sarde et seulement 2,7 % disent ne pas le parler et ne pas le comprendre. Le pourcentage des locuteurs est de 85,5 % dans les communes de moins de 4000 habitants et descend à 57,9 % dans les centres urbains de 100.000 habitants. 89,9 % sont d’accord pour que la langue soit soutenue par les institutions et 81,9 % sont favorable à l’enseignement du sarde, à côté de l’italien et d’une langue étrangère. Ces chiffres font apparaître d’une part l’importance quantitative des locuteurs, mais aussi le fait, comme souvent, que la société civile dans son ensemble est beaucoup moins timorée sur ces questions que ne le sont les politiques et les élites en général. Car même si le sarde jouit d’une reconnaissance institutionnelle bien supérieure (loi régionale n. 26 du 15 octobre 1997, loi nationale n. 482 du 15 décembre 1999, et autres dispositions) à celle dont bénéficient les langues historiques de France, les moyens matériels mis en œuvres pour sa tutelle restent tout à fait dérisoires et surtout le complexe diglossique des élites est une chose souvent assez spectaculaire (tous les intellectuels sardes sont loin de tenir des propos comme ceux que j’avais traduis ici de Francescu Sedda, voir même ceux de Salvatore Niffoi, pourtant écrivain d’expression italienne, que j’avais notés alors que ce blog en était à ses premiers balbutiements).

Par exemple un premier standard pour l’écriture du sarde a été proposé par une commission de chercheurs dans le cadre de la Région autonome de Sardaigne, la « Limba Sarda Unificada » (LSU), mais les résistances, justifiées (entre autres l’insuffisance de prise en compte des variantes méridionales) ou non, furent telles que la même institution en a proposé une nouvelle en 2006, la « Limba Sarda Comuna » (LSC), elle-même très contestée, entre autres par ceux (sans doute les plus nombreux) des dialectologues professionnels ou amateurs, qui ne sauraient imaginer la standardisation, fût-elle limitée à l’écrit, ce qu’il leur apparaît comme une diversité irréductible, ce que l’on peut d’ailleurs fortement contester, comme l’a fait le linguiste Roberto Bolognesi, fortement impliqué dans l’élaboration de la LSC.

Mais, lorsqu’on voit le nombre de locuteurs potentiels sur le papier et qu’on le compare à ce que l’oreille peut entendre, surtout dans les espaces urbains, on ne peut que constater un hiatus énorme, signe évident que la langue est menacée jusque dans ses usages les plus quotidiens : l’opération de substitution par l’italien est fort avancée et la perte de transmission familiale directe est à peu près générale (sauf exceptions notables, comme j’ai dit). Ces signaux sont les plus négatifs qui soient et montrent que l’avenir de la langue n’est pas du tout assuré.

Deux petits faits relayés dans les journaux, concernant l’usage « sauvage » du sarde par certains candidats à la maturità (l’équivalent du bac) sont symptomatiques du désarroi des enseignants et des journalistes devant ce qui semble bien devenir une assez large revendication. J’ai lu dans la Nuova Sardegna (17 juillet) qu’un candidat de Gavoi au bac professionnel avait donné une épreuve de cuisine (la recette d’un pain dit coccone) en sarde, à l’entière satisfaction du jury. Tout cela est reporté dans le journal avec amusement et bienveillance, comme s’il s’agissait d’une curiosité folklorique sans conséquence. Mais je suis tombé sur un numéro du même journal un peu plus ancien (7 juillet), où figurait le cas d’une candidate qui s’était vue refuser d’intervenir dans une épreuve orale en sarde, alors qu’elle proposait de traduire son exposé en italien. Cette fois, le sujet était traité de manière politique, à travers les déclarations véhémentes de l’indépendantiste Giovanni Angelo Colli et dans un débat très violent sur le site du journal. On peut alors constater combien la question linguistique, qui pourrait finalement paraître inoffensive, tant qu’elle est maintenue dans le folklore, soulève de terribles passions, nationales ou nationalistes (italiennes/sardes), dès qu’elle assume une dimension politique.

Au moment de conclure, une nouvelle vient de tomber. Grâce à un accord entre la Région Autonome et l'équivalent du rectorat d'académie (Direzione Scolastica Regionale), il existe pour l'année scolaire qui va commencer un dipositif qui permet aux parents d'inscrire leurs enfants dès l'école primaire à un cours optionnel de Sarde. Or, sans aucune campagne d'information, sans qu'aucune publicité notable ne soit faite à cette iniziative, on vient d'apprendre qu'une famille sur quatre a fait spontanément la démarche. Cela est bien sûr tout à fait considérable (on se demande d'ailleurs comment cete enseignement va pouvoir ainsi être prodigué du jour au lendemain, sans formation des maîtres) et vaut comme démonstration sans appel de la large demande sociale pour un enseignement du sarde (voir par exemple, le blog de Vito Biolchini).

 

Jean-Pierre Cavaillé

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Un mural d'Orgosolo évoquant la lutte du Larzac



[1] Sur la mise en question radicale de la séparation entre logudorese et campidanese, voir le livre récent de Giuseppe Corongiu, Il Sardo una lingua « normale », Cagliari, Condaghes, 2013, dont j’espère faire un compte-rendu un jour prochain.

[2] Voir aussi une présentation générale en Français, de l’Unesco, plutôt mal faite, où apparaît le Cuncordu de Orosei, dont je parle plus loin.

[3] A écouter, en ligne, le tenore nommé Coro Carbone, des années 64-65 ; et cet autre anonyme. Plus récents, le tenore Untana Vona ; le tenore Antonia Mesina, Gennargentu, Disidzos de hane amìu (1991) et Su Ballittu Cadenzatu.