La pause du 202e post

La pause du 202e post
Je m’étais promis de faire un petit bilan des activités de ce blog à l’occasion du 200e posts (le blog a été créé en mars 2006) ; j'ai laissé passer le 201e et il est donc temps de dire quelques mots, en évitant, si possible, les satisfécits et les jérémiades.
Quelques données
D’abord quelques données de bases. Ce blog, consacré aux langues minorées et tout particulièrement à l’occitan, est trilingue (français, occitan, italien), mais très largement rédigé en français, avec un peu moins d’une trentaine de textes en occitan et une dizaine en italien. De l’occitan, je croyais qu’il y en avait plus, et il faudra que j’y veille, car la présence et la promotion de la langue sont tout de même parmi les enjeux majeurs de l’entreprise : se pòt pas trabalhar a la far viure sens l’escriure.
Certains de ces textes occitans ou italiens sont traduits en français mais non tous. Je ne trouve d’ailleurs pas intéressant de tout traduire, soit parce que les publics visés peuvent l’être très fortement dans une langue et pas dans une autre (il est des questions internes au mitan occitaniste qui méritent d’être abordées en oc), soit parce que la présence d’une langue romane non traduite me semble incitative, au sens où si l’on veut bien se donner la peine, n’importe quel francophone (Òc ben ! Voir la documentation réalisée par la DGLFLF à ce sujet : 1, 2, 3) peut lire et comprendre l’essentiel et j’oserai même dire, une bonne partie du détail.
Bien m’en a pris, au tout début, d’appeler le blog « Mescladis » (si c’était à refaire, limousin oblige, ce serait plutôt « Boiradis »), car on y trouve des choses très différentes, et je ne vais pas essayer ici d’ordonner ou de hiérarchiser ce qui s'y présente dans l’anarchie la plus totale : des réactions à des entretiens radiophoniques et à des articles de journaux, des analyses de débats parlementaires autour des langues régionales, des tentatives de critique interne de l’occitanisme, des impressions de voyage, des compte rendus de lecture, des critiques de films, de pièces de théâtre, des articles à caractère historique, de petites recherches sur la littérature orale en Toscane, il y a même une oeuvre littéraire occitane que j'ai traduite de l'occitan (Rai la mòrt, de J. M. Pieyre)… Le seul dénominateur commun, j’espère suffisamment apparent, est la question de la langue minorée (qu’on l’appelle « patois », « dialecte », « régionales », « vernaculaire », « indigène » ou autre), abordée de tous les points de vue qui me sont possibles.
J’éprouve la plus grande difficulté à interpréter les chiffres que me donnent les statistiques de canalblog, car je sais qu’une visite de moins d’une minute ne signifie rien ou pas grand chose et il y en a bien sûr beaucoup. Je vous livre donc quelques uns de ces chiffres qui me paraissent importants sans trop savoir ce qu’ils veulent dire réellement. D’abord en matière de fréquentation : le blog reçoit une centaine de visiteurs par jour en moyenne (disons entre 80 et 120) pour un peu plus de 160 pages visitées. Selon les périodes, entre 10 et 20-25 visiteurs sur 100 sont « déjà connus ». La fréquentation tend à croître mais sans commune mesure avec la quantité de documents disponibles (je croyais à un effet cumulatif, or celui-ci n’est pas du tout évident).
Les visiteurs, ce n’est guère étonnant, à plus de 80-85 %, se connectent en France. Les 15 % restants le font surtout dans les autres pays francophones, en Espagne et en Italie.
Les textes en occitan sont peu fréquentés et, en général, moins commentés. C’est pour moi la source d’une grande inquiétude. Cela est peut-être dû au fait que la masse critique de textes occitans est trop faible (30 sur 200, c’est très peu). J’ose l’espérer.
Les textes en italien (et plus généralement parlant ceux qui sont consacrés aux langues et cultures de la Péninsule) ont bien quelques lecteurs (les visiteurs d’outre-Alpes sont en moyenne 4 ou 5 par jour) mais, par contre, ils ne sont jamais ou presque directement commentés (sauf exception) en ligne. Cela montre d’abord, me semble-t-il, que ce blog, avec ses problématiques spécifiques, très éloignées de ce qu’on lit généralement sur les « dialetti » en Italie, est perçu comme trop étranger, trop décalé par rapport aux discussions sur ces sujets dans la Péninsule et ses îles, ce qui pour moi est, certes, un échec, mais atteste d’abord du fait que l’on écrit toujours de quelque part, d’un lieu géographique, social et culturel spécifique et les lecteurs ne s’y trompent pas.
De toute façon, il est très difficile de se faire une idée de la lecture effective des textes les plus visités, non seulement parce qu’un visiteur n’est pas forcément un lecteur, mais aussi parce que les lecteurs reviennent sur les pages pour participer aux fils de discussion. Il doit y avoir des moyens de débrouiller tout ça à partir des informations statistiques du blog, mais il me vient mal à la tête rien que de penser aux calculs qu’il faudrait faire.
Les mots clés les plus récurrents conduisant au blog sont « patois limousin » (aussi le post le plus lu, toute catégorie confondue, est-il celui que j’ai consacré au troisième tome de Vive le patois limousin, de Fernand Mourguet), « patois », « occitan limousin », « langues régionales », mais aussi, des mots comme Family Village et Auchan Périgueux ! Je me demande bien d’ailleurs comment réagit un(e) internaute en quête de l’adresse de l’hypermarché et tombant sur un post consacré aux questions de déontologie du Label òc. Sans doute, s’échappe-t-il aussitôt, surtout si sa femme ou son mari l’attend déjà dans la voiture. Mais c’est aussi ça le net ! On cherche Auchan Périgueux et on tombe sur le Parc Naturel Régional Périgord-Limousin, on y cherche du patois et on y trouve de l’occitan, on y cherche une réponse à sa question, et on en trouve deux contradictoires, voire – au mieux – une autre question…
Fils de discussion
Ce blog, dans sa conception et sa réalisation, est un blog personnel, même si je publie volontiers des posts écrits par d’autres, des amis ou des relations occitanistes qui me proposent des textes ou que je sollicite. Mais justement, c’est moi qui publie et en général j’explique pourquoi je le fais.
Ce blog possède pourtant indéniablement une dimension collective : elle est celle du groupe de discutants qui interviennent régulièrement dans les fils de commentaire. Ce collectif n’est bien sûr et heureusement pas arrêté et toujours identique à lui-même, mais je constate qu’il a une base limousine, ce dont je suis très heureux, parce que le Limousin est aussi ma propre base géographique ; c’est là où je vis, et l’on intervient toujours depuis un lieu déterminé, même sur la toile, évidemment. Ce collectif comprend des intervenants liés ou non (mais de fait surtout) à la langue occitane. Certains interviennent pour marquer leur hostilité à la dénomination « langue » (au singulier) occitane et à l’occitanisme sous toutes ses formes et il s’ensuit, parfois de longues et parfois assez véhémentes discussions. Sans vouloir me vanter, ce blog est à ma conaissance l'un des seuls lieux où de tels échanges sont possibles.
Pour ma part, j’interviens peu, afin de laisser une place maximale aux autres voix, préférant me concentrer sur mes posts. Cela me permet de dire que les discussions, qu’elles soient à caractère strictement linguistique ou plus larges (sur les questions de politiques linguistiques en particulier, mais aussi d’histoire, etc.) me paraissent souvent de très bonne tenue ; elles m’apprennent beaucoup, nourrissent ma réflexion et je suis sûr qu’elles confèrent au blog une grande partie de sa (très) modeste notoriété. Évidemment, on y trouve aussi des commentaires déplacés ou très faibles, exceptionnellement à la limite de l’injure, et je n’ai pu éviter parfois que tel ou tel intervenant ne pratique la reductio ad Hitlerum. Certains de mes lecteurs me disent que ces « scories » parasitent et dévaluent le propos général. J’essaie de faire en sorte que la limite de l’injure ne soit pas dépassée et je censure sans vergogne les mails qui me paraissent l’avoir franchie (mais l’appréciation est bien sûr assez subjective et je l’assume complètement, d’autant plus volontiers que cela arrive rarement).
Mon problème majeur est de n’opérer la modération qu’a posteriori, pour laisser libre cours aux échanges et au dialogue, dans la continuité (car je ne suis pas toujours derrière mon écran !) ; or la discussion a souvent déjà rebondi lorsque je lis un message que j’aurais volontiers supprimé ; je suis donc tenté de le laisser, pour la cohérence du fil, et en me disant que c’est bien sûr à l’internaute de se faire une opinion. En outre – vice professionnel – il me semble que ces discussions, même lorsqu’elles dérapent, méritent l’archivage, car elles témoignent d’un état des échanges à un moment donné sur des sujets qui, par ailleurs, ne sont le plus souvent pas considérés par les autres médias comme dignes d’attention. Surtout, ces discussions me paraissent valoir la peine d’être conservées, parce que, dans l’ensemble, je les trouve autrement plus argumentées et enrichissantes que les fils de commentaire apparaissant de-ci de-là, sur les sites des médias nationaux à propos de sujets similaires, où la part d’argumentation (et d’information) est des plus réduite (voir par exemple la discussion récente sur la question tendancieuse du Figaro soumise au vote de ses lecteurs : faut-il réduire l’enseignement des langues régionales à l’école ?). Enfin, les rares fois où je supprime des commentaires, voire exclus un intervenant, je le signale et j’explique pourquoi.
Ce que j’aime le plus, dans les fils de discussion, c’est d’y trouver des styles d’écriture et de pensée complètement différents du mien ; le pédagogisme humoristique d’un tel, la prose heurtée et toute mesclée de languedocien de tel autre, les limousinismes (et l’humour qui va avec) de tels autres, les sorties volontiers provocantes de tel accro des pseudonymes, les remarques aigues et ramassées d’un autre encore… J’apprécie aussi le passage et le va et vient entre l’oc (quelle que soit sa graphie et son appellation) et le français, qui confèrent de fait au blog, plus que mes posts, sa spécificité de naviguer entre deux langues, sans que la discussion n’exclut d’aucune manière – me semble-t-il – les internautes non occitanophones…
Évidemment, chacun défend ses idées et on ne saurait être d’accord avec tout le monde. Je voudrais surtout dire, au passage, à toutes celles et à tous ceux qui sont des lectrices/lecteurs habitué(e)s, mais ne laissent jamais le moindre signe de leur présence (phénomène que connaissent tous les blogs), qu’évidemment ils ont tort, car le renouvellement ou non, l’ouverture du propos ou sa clôture, son évolution ou son involution dépendront de leurs (non)interventions.
En partie pour cette raison, des discussions que j’avais essayé d’impulser n’ont jamais eu lieu : autour de Calandreta en particulier, dont je suis pourtant membre ; avec les élus et responsables des collectivités locales du Limousin ; avec les responsables ou simplement habitués des Francophonies en Limousin et autres personnes engagées dans le monde de la culture de la région où j’habite (sans doute, tout simplement, parce que les questions que j’agite, ne les intéressent aucunement, ce qui est bien leur droit) ; avec les journalistes locaux, ici en Limousin, qui se gargarisent de diversité culturelle sans jamais imaginer possible de publier un seul mot en oc ; avec les partisans (italiens ou autres) de la « dialectologie » ; et bien sûr avec mes collègues non occitanistes de l’enseignement supérieur et du CNRS, qui n’ont pour la plupart, comme ils me le disent à l’occasion, nullement l’intention de souiller leur plume dans la fange du net.

Le nez dans le guidon
Ce blog – faut-il le dire ? – n’est pas un blog d’information (au sens usuel du terme), mais de réflexion. Mes posts en fait, pour la plupart, n’en sont pas vraiment. Ce sont plutôt des articles, de longueur très variable, mais généralement longs, voire très, sans doute trop longs pour le format blog. C’est que je ne crois pouvoir faire œuvre utile pour le lecteur et intéressante pour moi-même, qu’à condition :
1- de donner de l’information, de communiquer du savoir, sur la base généralement d’un petit (ou gros) travail documentaire, avec liens et références (le problème des notes est à peu près insoluble, il faut être sur la page isolée d’un seul post pour que les renvois fonctionnent : visiblement le format blog n’est pas fait pour ça) ;
2- de prendre le temps d’argumenter les critiques et d’instruire les questions.
En outre, il me semble que l’on met plus de temps à (se) poser des questions et à produire de la critique (et de l’autocritique) que d’asséner ses propres convictions et des vérités toutes faites. Même lorsque la critique se veut virulente, j’essaie en effet d’en énoncer et d’en examiner les raisons.
En tout cas, sur le plan des apports documentaires comme sur celui de l’argumentation, tout ce que je présente relève de l’auto-formation car, sur les sujets que j’aborde, je n’ai par rapport à mes textes aucune longueur d’avance, je ne dispose pas d’un savoir préconstitué et d’opinions définitivement arrêtées. Je suis entièrement engagé dans l’apprentissage et l’interrogation. J’ai le nez dans le guidon. Du coup, alors même que j’essaie d’aborder les sujets les plus divers, parmi tout ce qui me tombe entre les mains ou que je vais chercher ; à l’occasion aussi de déplacements et de rencontres, chaque texte est l’équivalent d’une page de journal, une réflexion au jour le jour.
Par rapport à mes premiers posts, les enjeux ne se sont guère modifiés : il s’agit d’abord pour moi d’examiner, de l’intérieur, et avec toute la matière et la documentation qui me tombent entre les mains, une position militante dans sa confrontation avec les réalités de terrain, telles bien sûr qu’elles m’apparaissent, directement ou par la médiation de livres, d’émissions de radio, de films, etc.
Vous avez dit militant ?
Au départ, j’ai créé ce blog pour y publier les papiers que me refusaient de plus en plus souvent les quotidiens et les revues nationales, mais aussi locales, voire (plus rarement), des publications à vocation occitanistes (voir à ce sujet mes posts de 2006-2007). Ces textes n’étaient pourtant pas excessifs dans le ton, comme on peut en juger en parcourant les archives du blog, mais ils n’étaient pas recevables parce qu’immédiatement perçus comme militants, là où la seule attitude admise est l’objectivité prétendue des positions hostiles aux langues régionales (en effet, le discours dominant peut prétendre à l’objectivité du seul fait qu’il est dominant, c’est une chose bien connue) ou en tout cas des positions strictement non participantes (j’ai compris que le premier réquisit pour être autorisé à traiter publiquement des langues régionales, c’est de ne pas les parler !).
Pourtant cette position militante était, et est restée, en ce qui me concerne, minimale. Il n’en demeure pas moins que ce qu’elle met en branle, pour moi, dans ma vie quotidienne, dans ma vie sociale, est considérable. Ce militantisme tient en peu de mots. Il naît de la constatation que l’on ne peut s’approprier ou se réapproprier une langue et culture minorée, menacée d’extinction, et même, disons-le, en ce qui nous concerne, à l’agonie, que dans le combat pour qu’elle vive quand même dans notre bouche et dans nos productions culturelles. Ce combat – c’est cela le militantisme –, n’est même pas un choix, il s’impose de lui-même. Il nous est imposé. En effet, le seul fait de consacrer du temps et de l’énergie à cette réalité, d’en devenir d’une façon ou d’une autre le porteur conscient et soucieux, nous place ipso facto dans une position militante. En effet, en parlant occitan (je prends mon propre exemple, mais on pourrait en prendre bien d’autres, le cas n’est certes pas isolé) et en parlant de l’occitan, en prononçant même le mot pour désigner ce que l’on parle et ce dont on parle (cela, pour le coup, constitue une spécificité, sans être une situation unique), nous voici assignés, sans que nous ayons eu à le choisir, à une position militante.
Ceux qui pensent échapper à cette assignation en faisant de l’occitan leur métier, en passant les concours d’enseignement, en devenant chercheurs, animateurs culturels ou autre, se jettent dans la gueule du loup, car l’institution elle-même les (mal)traitera au mieux comme des militants d’une cause perdue, au pire comme de doux rêveurs inutiles et encombrants auxquels on s’efforcera par tous les moyens de faire enseigner autre chose ou de faire faire autre chose que la promotion de la langue vivante (par exemple de la patrimonialisation, de l’événementiel, etc.).
C’est d’ailleurs parce que cette position de militant est imposée, que l’on est amené si vite à s’interroger, à se demander ce qui passe, et ce que l’on a fait pour se retrouver dans cette situation d’inconfort, de décalage. C’est parce qu’on ne peut pas s’intéresser de manière participative, active à une langue réellement menacée (parce qu’évidemment une langue parlée par l’énorme majorité de la population, voire toute sa population, comme le français, n’est dite menacée que par pure paranoïa propagandiste), sans être taxé au pire de doux rêveur passéiste, au mieux (ou l’inverse ?) de militant fanatique, doctrinaire et sectaire.
Cette oscillation entre l’insignifiance et la diabolisation est peut-être d’ailleurs une condition universelle de tous les phénomènes minoritaires, dès lors qu’ils assument une certaine visibilité sociale. Même lorsque, avant toute articulation d’une idéologie déterminée, on s’en tient à la revendication ou seulement à l’aveu, même à demi mot (je veux dire par là qu’il n’y a nul besoin d’ostentation), d’une pratique ou d’une conduite… Mais c’est justement la revendication ou l’aveu, même le plus discret, qui est soit perçu comme une extravagance inoffensive, soit interprété comme prosélytisme, dogmatisme, sectarisme, communautarisme (ou tout autre mot pour affirmer une sécession délétère d’avec le reste du corps social) et traité comme tel.
Dans la situation qui est la nôtre (là nous sommes dans le spécifique), nous payons cette assignation militante non d’une répression brutale et frontale (un peu parce que nous bénéficions des garanties formelles de la liberté d’expression, beaucoup parce nous somme jugés politiquement inoffensifs), mais d’un indéniable ostracisme social, sous ce rapport là (il est clair que nous bénéficions aussi d’une situation où sont reconnues de fait, socialement – mais non certes idéologiquement – les identités multiples et nous ne sommes donc pas réduits à notre seule étiquette militante). Cette gêne amusée des collègues de travail, des voisins de paliers, des membres de sa propre famille sur cette question là, conduit forcément, me semble-t-il, à se poser une foule de questions sur cette situation dont on ne pouvait pas s’imaginer, lorsque comme moi l’on s’est prononcé tard, qu’elle pouvait être aussi inconfortable, aussi délicate, et pour tout dire, un peu honteuse.
Il faut bien prendre acte du fait que, sans même le vouloir, par ce seul geste d’intéressement actif, de souci (au sens du prendre soin de ce qui compte pour nous) déclaré ou avoué, nous nous retrouvons à contre-courant, à contremarche, à contretemps. Ainsi représente-t-on au moins une petite gêne, pour dérisoire qu’elle soit, une petit caillou dans la chaussure du monde pressé, un léger trouble au cours normal des choses, à la fluidité de l’information et à la transparence de la communication. Voilà évidemment ce qu’il en coûte de ramer à contre sens de ce que le main stream affirme être l’histoire, de s’approprier ce dont la plupart cherchent à se défaire, de se souvenir de ce que tout le monde oublie, de trouver de la dignité dans ce qui est presque unanimement voué au mépris et au ridicule. C’est-à-dire non seulement d’être assigné à une position de militant, mais aussi de militant d’une cause passéiste, réactive, réactionnaire, alors que – là aussi – nous pouvons avoir mille bonnes raisons de penser que c’est nous qui allons de l’avant en affrontant les vieilles lunes d’une conception autoritariste du vivre ensemble rigoureusement unificatrice et centralisatrice, tellement invétérée qu’elle n’est plus même ressentie, et nous le faisons évidemment au nom d’un autre monde possible, pluriel, riche de ses différences, démocratique enfin, au sens du respect, non des communautés (nationales ou autres, ça c’est la pire des conneries qui nous guette), mais des aspirations culturelles et linguistiques individuelles, pour minoritaires qu’elles soient, qui s’inscrivent dans des collectifs d’égaux.
C’est ce possible, cette possibilité là, qui donne un avenir à la pratique des langues minorées et un sens à la proposition d’engager la réflexion la plus ouverte et à la fois la plus exigeante à leur sujet. Le fait même, qu’ici, en France, elles représentent une réalité vivante, encore, malgré tout, alors qu’on les déclare mortes ou moribondes depuis deux bons siècles, ce défi d’une résistance, d’une persistance, que les esprits prétendument éclairés, depuis tant de temps, jugent néfaste, impossible ou utopique (voir à ce sujet le post sur le projet de conservatoire des patois en 1910), suffit à justifier la présente entreprise, en vérité bien modeste.
Jean-Pierre Cavaillé

Commentaires sur La pause du 202e post
- PassionnantBonjour, je viens ce matin sur votre blog et je lis avec grand plaisir ce regard de blogueur sur son blog ; je trouve des points communs (et des différences) avec ma propre pratique. Merci pour ce langage si clair et déterminé, cette voix où l'on entend le sourire en même temps que la conviction. Je me dis que la vitalité et la créativité sont vraiment dans ces pratiques individuelles/collectives sur Internet. Je n'ai pas encore publié les listes de livres limousins et bretons (cela viendra avant la fin de l'année), pris que j'étais par la vie hors-blog et par des discussions assez prenantes sur le blog. Au plaisir de vous lire encore !

- Démocratie, militantisme, majorité, c’est certainement le triptyque magique. Or effectivement nous sommes condamnés à être à jamais minoritaires, minorés, mineurs comme des enfants. Premièrement parce que nous avons créé une formidable machine à diviser. La démocratie, le militantisme, la majorité supposent le peuple, mais de la même manière qu’il y a des intellectuels qui ne veulent pas « souiller leur plume dans la fange du net », d’autres ne veulent pas souiller leur noblesse dans l’ignominie du peuple. Et ces derniers se sont créé un bras « armé » (disons l’IEO) avec deux mots d’ordre : graphie normalisée et professionnalisme. On a créé une graphie normalisée, pratiquement illisible par les gens du peuple, pour rendre de la dignité à la langue (comment peut-on alors être majoritaires en écartant le peuple ?). On crée désormais du professionnalisme pour donner du sérieux à l’action. J’ai, à mon grand regret découvert récemment que ce type de professionnalisme pouvait aller un peu contre le militantisme. La raison principale est que le militantisme suppose une société à construire alors que le professionnalisme suppose une société en place (objectifs différents : comment peut-on alors créer de l’unité dans le mouvement ?). La société telle qu’elle est, nous convient-elle étant donné que nous y sommes minoritaires et bafoués ? Pour moi non donc le militantisme a toujours et plus que jamais sa raison d’être.

On peut faire un parallèle entre l’urgence culturelle que nous connaissons et l’urgence sociale que connaît la France. Des centaines de milliers de personnes ont réellement besoin de la « soupe populaire » (restos du cœur et autres). Cela peut paraître anachronique mais c’est une réalité. On peut considérer que c’est une honte pour un pays qui se dit « moderne ». Mais que fait la France, loin de le condamner pour essayer de cacher la misère réelle de certains de ses citoyens, elle accompagne finalement le mouvement en soutenant les acteurs de terrain et les militants. A côté de cela en Occitanie, au lieu de se rapprocher du peuple, on s’en éloigne, au lieu de soutenir les militants et les acteurs de terrain, on cherche à en professionnaliser une extrême minorité. Pourtant l’urgence est là et plus prégnante que jamais. Si l’Occitanie s’est, dans les temps anciens, toujours conduite de cette manière, on comprend que son peuple se soit éloigné d'elle. En démocratie, il vaut certainement mieux quelqu'un qui dit : "je comprends votre détresse et nous essayons de parer à l'urgent." Plutôt que quelqu'un qui dit : "Nous travaillons à vous rendre votre dignité mais il faudra du temps." On peut attendre longtemps.
Pour finir et concernant ce blog, il fait en ce sens partie de la démocratie puisqu’il est ouvert à tous. Il est donc peut-être l’ébauche de la construction d’un esprit démocratique véritable en Occitanie, esprit dont nous en avons bien besoin. Il est donc plus que nécessaire. - IEO bras armé de l'élitisme ?!!!@ mp

Attention à un emploi incantatoire du mot de peuple ! Le peuple comme entité une et unie n’existe pas. L’expression, « les élites » a au moins le mérite d’être au pluriel. Qu’il y ait des fractures économiques, sociales, culturelles, sans aucun doute…. Mais de faire de l’Institut d’Etudes Occitanes, Limousin en l’occurrence, le « bras armé » de l’élitisme anti-peuple dans notre région, n’est selon moi, tout simplement, pas sérieux. L’IEO, en Limousin comme ailleurs, est une structure associative qui vit de l’action de bénévoles de tous horizons sociaux, et ses 2 permanents et demi (les « professionnels ») vivent en contact permanent avec leur « terrain », dans toutes leurs activités (ce que vous appelez donc le peuple, dont il font évidemment partie). L’imposition de la graphie normalisée n’est certes pas leur priorité quant à leur professionnalisme, il leur permet de mieux mener à bien des projets, grâce au compétences acquises, et parce que leur (maigre) salaire leur donne le temps de le faire. Donc par pitié, ne confondons donc pas tout et ne nous trompons pas d’adversaire ! d’ailleurs des adversaires, c'est-à-dire des gens hostiles à toute défense, promotion et illustration des langues nous en avons aussi bien dans ce que vous appelez « peuple » que parmi « les élites ». Aussi faut-il chercher, même si c’est peine perdue, à convaincre les uns et les autres, avec nos meilleurs arguments… Maintenant ce que me paraît révéler le ressentiment nourri dans une association comme la vôtre à l’égard de l’IEO pour des raisons précises qui m’échappent (car je suis extérieur à cette histoire), c’est l’urgence d’une nouvelle concertation en vue d’actions communes. - merciMerci Jean-Pierre,

- d'abord pour ce blog qui nous donne à réfléchir, nous relance sur des questions que nous avions pu écarter, laisser dans un coin de notre tête. Merci pour ces fils de commentaires sur lesquels j'ai pu passer par le passé "trop de temps" à déblatérer des choses en apparence inutiles, à me disputer sur des choses en apparence futiles, au bout du compte cela ne fut pas inutile justement, je me rends compte à quel point ce blog a été (et reste) formateur pour moi, à quel point certains "posts" et certaines discussions qui s'en suivirent ont pu me faire avancer dans mes réflexions et dans mon cheminement occitaniste. D'autant que je ne suis plus ni un fan ni un assidu des réunions et communions occitanistes diverses et variées (d'ailleurs cela me vaut parfois le reproche d'être "anti-intellectualisme"), ce blog me permet de tout de même confronter mes points de vue d'ursidé casanier avec quelques-uns des grands représentants de l'occitanisme limousin (j'inclue là les Dordogne et Charente limousines, il va sans dire).
-merci ensuite pour ce post justement qui fait le point et nous permet de prendre un peu de recul, car nous aussi, tes lecteurs/commentateurs, sommes souvent la tête dans le guidon, nous qui bien souvent rentrons du boulot à 19h30, allumons le PC, lisons les derniers commentaires parus sur Taban, nous énervons et ne pouvons nous tenir de dire en 10 lignes bâclées ce que nous voudrions développer de façon claire et argumentée en 500 lignes, mais on n'a pas le temps car déjà il est 20h et il faut aller faire la soupe, car on ne vit pas seul avec son PC et il y a bien trop de choses à faire per far 'nar la maison mai son vargier, sens parlar de la familha.
Merci pour tout ça, encore.
ps: malgré deux ou trois dérapages un peu trop appuyés (rien du tout en presque 6 ans !), je trouve que ton blog a finalement beaucoup gagné à recevoir les commentaires provocateurs, acerbes voire "violents" de nouveaux contradicteurs arrivés là, c'était bien plus propret au début, et depuis deux ou trois ans je trouve tout cela finalement plus enrichissant (on s'y arrache plus de cheveux certes, mais on évolue aussi davantage). - bon anniversaireAdiu,

tout comme Sac ripant, je te remercie pour ce blog que je trouve bien intéressant pour les mêmes raisons que lui.
Je voulais ajouter une chose dont il n'a pas parlé : bravo pour ton long paragraphe sur le "militantisme" et l"occitanisme", et surtout sur ta description de notre "place" et de notre "posture" par rapport au reste du monde (et surtout de la France. Moi, à chaque fois que je lâche un mot de "patois" au débotté parmi le troupeau de collègues, dans la soirée entre copains ou devant le jeune voisin, j'ai toujours droit à un rictus voire à un gloussement moqueur. La famille, eux, ils savent qu'il ne faut pas déconner avec moi sur le patois, ils se rappellent encore trop bien de cette époque pas si lointaine où, au sortir de l'adolescence, j'étais capable de les insulter tous et de quitter la table du repas familial et non moins dominical en hurlant si l'un d'eux avait eu le malheur de juger mon anti-jacobinisme trop extrémiste ou tel mot de "patois" "amusant" ou "ridicule".
Mais ce qui me rassure c'est que, de plus en plus d'ailleurs, et surtout depuis que je noie moins les gens sous mes discours "politiques", dès que le collègue, le voisin, le parent cherche "comment on disait déjà ?!", ils sont bien heureux que je m'y intéresse, à ce "patois limousin", et que je puisse leur répondre, leur donner la réponse à la question qui les minait depuis deux heures voire deux jours. - avanti o popolo !mais le "peuple" dont parle mp ne viendra donc jamais à la rescousse !

Moi j'ai le cul entre deux chaises, ce qui doit être son cas (à moins qu'il soit encore plus populiste que moi). La critique véhémente qu'il fait de l'IEO, je pourrais moi aussi la faire, mais certainement pas en ce qui concerne l'IEO dau Lemosin. Comme dit notre hôte, restons sérieux! Cette critique s'appliquerait peut-être à l'IEO 31, mais pas à nos bonnes gens !
Je comprends bien ce que veut exprimer mp, moi aussi à ma façon (bien maladroite) je tentai quauquas vetz de l'exprimer ici-bas-même, sur ce blog. Ce que nous avons en commun, lui, moi et à peu près tous les participants à ce blog, c'est que nous sommes à la recherche de notre peuple ! Où sont-ils, les Occitans occitans ? Nous les cherchons tous, sans eux notre combat n'a aucun sens.
Certains, comme le "chantre limousin de la fin de son monde", nous diront que notre peuple a disparu depuis 50 ans (tout en continuant d'en "remplir" ses salles de concert).
D'autres nous diront qu'il est là notre peuple occitan, tapi dans l'ombre de la culture dominante, certes frappé du sceau de la déculturation, mais qu'il suffirait d'un rien pour le faire revenir à sa culture originelle et surtout à sa langue. Cette catégorie est soit politisée, elle milite au POc, à Anaram, milite parfois à l'IEO. Celle-là croit encore pouvoir réveiller le peuple occitan.
La troisième catégorie est plus sceptique, elle parle d'acculturation de la masse, et propose une troisième voie (plutôt de gauche, occitan n'a rien à voir avec Occident). Celle-ci donne l'impression à d'autres d'être une "bande de bobos", une "secte", une "élite occitaniste". Elle fait ses trucs dans son coin, en somme, se construit un petit nouveau monde occitan et semble bien trop déconnectée des réalités et du "populo" (puis elle agace parce-qu'elle rafle tous les subventions). Je ne crois pas que cette catégorie soit beaucoup représentée en Limousin.
La dernière catégorie est désabusée, découragée, en ce sens qu'elle ne croit plus en son "peuple occitan limousin", elle n'y voit que des beaufs qui votent toujours pour les mêmes jacobins de droite et de gauche, et s'intéressent davantage au dernier "rebondissement" de Secret Story ou au dernier épisode des Experts Miami qu'à leur culture moribonde. Davantage n'est d'ailleurs pas bien choisi, puisqu'on peut dire que la plupart de ces gens ne s'intéressent (en matière culturelle) QUE à leur série sur TF1. Ils sont là, les 95% qui voteront pour Sarko, Hollande et Le Pen...
Ah là là, quelle mauvaise chose que de catégoriser ainsi la populace, et je ne suis pas le seul à le faire n'est-ce pas? Le piège, c'est que l'on a alors tendance à soit brasser du vent inutilement, gonfler les gens, soit à rester prostré, abattu. Je suis un peu entre plusieurs catégories, moi, je crois de moins en moins à un retour de l'occitanité du peuple limousin (ne jouons pas sur les mots, je comprends la remarque de Jean-Pierre mais le peuple ici veut dire la "masse", les classes inférieures et moyennes, la majorité de la population donc), je crois qu'il en reste des bribes (quelques limousinismes par exemple) mais qu'il sera bien difficile d'en faire quelque chose, de recoller les quelques morceaux restant, et la "troisième voie" ne m'intéresse plus, elle m'a écœuré à vrai dire.
Désolé c'est encore tapé trop vite tout ça, je ne me relis pas et ça doit pas être bien clair, mais je crois avoir donné là quelques unes de mes idées. - Merci pour ce blogJe fais partie de ces lecteurs qui ne laissent pas de message. Par manque de temps - la bonne excuse ! Mais c'est vrai aussi car on ne peut pas répondre en qq clics à de tels sujets

Néanmoins, je dois dire que souvent je me trouve en complet décalage avec ce que je vois de la réalité occitane(iste) et je ne sais quoi dire.
Cossí far viure la lenga sens la parlar ? Sens parlar de tot e de res dins aquela lenga ? Sul oèb, vesi pas que de garolhas occitanistas o linguisticas (en majoritat). Je suis aussi très déçue de la réalité Calandreta : je vois qu'il s'agit tout simplement d'une école bilingue avec une majorité de parents qui ne soutiennent pas la langue si ce n'est d'y être favorable. Naïvement, je pensais que le projet Calandreta consistait à faire revivre la langue dans les familles et à l'extérieur de l'école ; or, elle est cantonnée à la salle de classe.
C'est ainsi que je découvre que des manifestants de Anèm Òc ne sont absolument occitanophones. Non pas que je dénigre leur soutien dynamique mais comment exiger quoi que ce soit des autorités quand une partie du noyau actif ne parle pas la langue ? - Le 200e, ça se fêteEncore une lectrice qui ne laisse pas de commentaires... J'aime bien venir ici pour y trouver des horizons linguistiques complètement différents des miens, traductrice de l'anglais et de l'allemand vers le français, originaire de l'est de la France, complètement étrangère aux problématiques de l'occitan et pas passionnée **a priori** par les langues régionales (j'ai compris ici que tout dépendait de la façon dont on en parlait, des langues régionales !). Lire "en transparence" les mots dans cette langue que je ne connais pas, mais dont on peu comprendre des bribes quand on aime jouer aux devinettes étymologiques. Et me plonger dans ces billets copieux en français ou en italien (langue que je comprends à peu près, en revanche) qui sont toujours denses et intéressants. J'ai découvert ce blog il y a quelques mois seulement, mais merci, vraiment, pour tous ces écrits passionnants. Et bonne continuation pour les 200 billets à venir !

- @ TavanSincèrement, je ne visais pas particulièrement l’IEO du Limousin mais vous avez raison de réagir. Je visais plus précisément ceux (certains intellectuels) qui ont poussé, il y a quelques décennies, à la création de l’organe IEO (plutôt que bras armé si vous voulez) en officialisant ainsi une fracture dans le mouvement qui couvait depuis longtemps (la machine à diviser en marche). Ils savaient parfaitement ce qu’ils faisaient et quelles seraient à termes les conséquences de leur choix. Je le répète mais ce n'est que mon sentiment, je ne vois pas comment on pourra faire une majorité en se coupant délibérément du peuple. Même en collant au plus près, on y arriverait peut-être pas... Avant, le peuple - ou les peuples comme vous voulez, un peu comme la langue/les langues d’oc- était globalement alphabétisé (en français d’accord) mais en changeant le code graphique, on l'a rendu analphabète dans sa propre langue et c’est là que je pressens le problème. Qui voudrait entrer heureux dans un mouvement ou un programme qui va à ce point le rabaisser ? Un programme dans lequel, il devra remettre en cause tout ce qu'il sait, sans transition aucune et sans aménagement. Dans l'état désastreux de notre langue, est-ce responsable ? Côté démocratie, jamais un échantillon représentatif (sans parler du peuple dans son entier) n’a voté pour ce qui devrait être fait ou pas, donc côté démocratie nous sommes pour l’instant au niveau 0. Le mieux en de telles circonstances et de très loin serait donc d’être très ouvert, très tolérant. Quant au professionnalisme, je ne suis pas contre pourvu qu’il s’inscrive dans un projet global dans lequel militants et bénévoles ont totalement leur place et leur mot à dire dans l'ORGANISATION, on n’a pas les moyens de refuser du monde, des bonnes volontés et des idées. Sans viser l’IEO local et très largement, cela reste quand même à améliorer grandement.

Mas bon tot quò, quò n'es nonmas mon eidéia e damande à degun de zu creure. - Oc e calandretaPère de calandron. Pas occitanophone même si nous parlons deux langues à la maison. Pourquoi ne manifesterai-je pas en faveur de l'occitan ou d'une autre langue méprisée ? Est-ce que les seuls locuteurs d'une langue sont habilités à manifester ? Est-ce que le fait de mettre son gosse à la calandreta, plutôt que de suivre le fil du fleuve dominant, n'est pas déjà en soi un acte qui dénote une volonté certaine ?

Mon fils parle la langue de sa mère — maintenant mieux que moi-même — et me demande déjà du haut de ses six ans de ne pas écorcher cette langue ! Alors pourquoi parler en sus un oc plus ou moins fautif pour complaire à quelque injonction ? Les parents de calandrons ne sont pas responsables de la situation actuelle de l'occitan... et il faut se garder de les en accabler. Oui, nous devons inventer d'autres modes de socialisation de la langue qui, faute de pouvoir passer par la famille, emprunteront de nouveaux chemins chemins. Il vaudrait mieux s'atteler à cette tâche.
Les parents ont déjà à supporter l'hostilité, sourde ou bien ouverte, dont Jean-Pierre nous entretient. Inutile d'ajouter un autre conflit stérile à ceux que nous affrontons. - parents de calandronsCe n'est pas vraiment le problème. Bien sur que les parents non occitanophones sont bienvenus et font partie du mouvement.

C'est juste mathématique :
- 80% de parents non occitanophones = langue cantonée au domaine scolaire
- 80% de parents occitanophones avec au moins l'utilisation partielle de la langue à la maison = langue qui sort de l'école et début de socialisation (à très petite échelle certes).
"nous devons inventer d'autres modes de socialisation de la langue qui, faute de pouvoir passer par la famille, emprunteront de nouveaux chemins chemins"
Comment ? par les médias et les actions culturelles ? Ça me parait un leurre s'il n'y a pas d'écho au sein des familles. - Inventer d'autres modes de socialisation. Bien sûr il ne va s'agir que de chemins existants... ailleurs sur lesquels on pourrait faire porter un effort particulier.

Je prends l'exemple de notre fils. Le néerlandais est une langue très rare dans notre ville et nous compensons ce fait avec un usage important des DVD, d'internet, des livres et des CD, de l'Ipod sur lequel on enregistre des histoires pour les voyages en voiture.
On aurait intérêt à approvisionner avec une grande libéralité des sites internet en histoires, contes, documentaires et compagnie en oc.
Le bon vieux système du centre aéré ouvert le mercredi et durant les petites vacances pourrait aussi être un moyen intéressant.
On pourrait aussi copier les espérantistes qui organisent des regroupements basés sur la langue.
L'idée serait d'opter pour le registre de l'action. Quitte à ce qu'une initiative montre des limites étroites. Quitte à se planter parfois.
Mais toujours en essayant de coller à notre époque (la garderie nécessaire aux parents par exemple) plutôt que de passer à côté de tout en se référant trop à une période même récente mais révolue... - Oui, c'est sur mais (de mon point de vue), ça reste très superficiel.

Nous aussi avons deux langues à la maison en sus de l'occitan. Et mon fils (à qui je n'ai pas parlé occitan depuis la naissance, je le regrette mais c'est ainsi) fait complètement la différence entre la langue qu'il n'entend que de son papa (et moi pour consolider) mais qu'il sait vivante à l'autre bout du monde et l'occitan qu'il a bien compris n'existe que dans la salle de classe (et avec moi en partie à la maison). Même à l'école, il sait très bien que pour parler avec les autres enfants (hors échanges avec l'institutrice), c'est en français ... . - "Une langue qu'il sait vivante à l'autre bout du monde". Là, c'est la langue dominée/méprisée ayant intériorisé un statut de deuxième zone, qui parle... ;o)

On pourrait dire que le néerlandais est très superficiel dans notre vie quotidienne — une seule locutrice — mais il garde pourtant une dimension vivante. Suffit de partir en vacances ou de recevoir un appel téléphonique par exemple. (Voir aussi mon commentaire sous Le Bilan linguistique des calandretas sur ce blog). L'espéranto a ce statut "hors du quotidien" qui ne gêne semble t-il pas ses locuteurs. Qui peuvent vivre cette langue dans le registre "j'ai mes amis du bout du monde", "j'ai sous le coude un réseau potentiel dans chaque pays que je souhaite visiter".
Un regret. Il me semblerait fort souhaitable, pour sortir de ce que vous nommez "superficiel", que les locuteurs natifs entrent beaucoup plus souvent dans les calandretas et/ou dans une vie périscolaire à développer. - Oups, j'ai l'impression que l'on parle la même langue mais n'avons pas la même perception à partir des mots utilisés. Parce que franchement je ne vois pas de "statut de deuxième zone intériorisé" dans ce que j'ai dit. C'est juste que, géographiquement parlant, le nombre d'heures d'avion pour s'y rendre est bien plus important que la Hollande. Et justement, je ne considère pas la deuxième langue de notre foyer comme une langue superficielle bien au contraire, elle est extrêmement vivante ... . Il faut croire que j'ai du très mal m'exprimer.

"que les locuteurs natifs entrent beaucoup plus souvent dans les calandretas et/ou dans une vie périscolaire à développer"
Surtout, il faudrait que l'on continue de "produire" des locuteurs natifs. Et c'est là que Calandreta ne peut réussir seule.
Un seul exemple me semble criant de vérité :
les enfants parlent français dès qu'ils en ont la "liberté". Ils ne s'approprient pas la langue (à qq rares exceptions). - En vrac et en retard...Bonjour,

Et joyeux anniversaire bloguesque avec un grand retard -cela faisait qqs mois que je n'avais plus le temps de vous suivre (c'est vrai qu'ils sont longs, et denses, vos articles).
Je fais partie des silencieux presque toujours. Cas de figure classique : famille occitanophone, grand parent "francisés" par les arrières grands parents, parents ayant réappris dans les années 1970. J'ai appris la langue à l'école, à la maison, au cercle occitan, à la mjc... Puis prépa, concours, études, etc - et 20 ans dans des régions sans langues régionales ou presque.
Il a fallu internet et des blogs comme le vôtre pour reprendre contact avec la langue autrement que par la musique.
Quelques remarques/questions :
- il faut intégrer dans la réflexion sur l'enseignement des langues régionales cette question de la mobilité géographique ultérieure. Que devient un locuteur potentiel qui ne vit plus au pays? Il peut garder la fidélité à lui même qui consiste à dire qu'il a une autre langue que le français (ds les milieux universitaires et culturels, c'est déjà parfois un acte militant.. ). Mais au delà? Où et avec qui parler (peu d'associations en dehors des régions concernées)? Même question à l'âge adulte que pour les petits calendrons... Les quelques blogs occitans qui existent, et la radio par internet, ont joué un rôle énorme de reappropriation de la langue dans mon cas ; je lis à nouveau en occitan. Mais de là à écrire ou parler...
- vu de Paris, la question linguistique n'existe pas. L'occitan n'a pas sa place dans une représentation du monde façonnée par sciences po-normale sup -ENA-France culture. Mais les syndicalistes ouvriers n'en ont pas non plus, pas plus que la vie quotidienne des péri-urbains. Si la situation se dégrade, c'est aussi que les décideurs sont de plus en plus homogènes socialement : la probabilité d'avoir en face de soi un haut administratif ayant l'expérience personnelle d'une langue nationale minorée diminue... même si le nombre de gosses scolarisés augmente. L'absence de la question linguistique dans les réseaux relationnels parisiens et "centraux" -haute fonction publique, grandes écoles, etc, fait que la question n'existe pas, n'est pas portée, n'est pas comprise. L'argumentation et le raisonnement s'épuisent contre ce mur de domination culturelle. Il n'y a plus aujourd'hui de Chamson à Paris et dans les réseaux décisionnaires.
- Les langues régionales -de même que certains thèmes historiques (catharisme, Vendée, and so on)- "menacent" cette belle histoire lisse de France sur laquelle se bâtit une belle élite culturellement homogène. Il y a un problème de refoulé tellement fort qu'on dirait qu'il est à prendre au sens propre (devant ces questions là, on se pince le nez comme devant un truc sale qui "refoule"). Dans la hiérarchie de débat public -universitaire parisien notamment- ces sujets ne sont pas légitimes - qui les traite le fait à ses risques et périls (notamment l'enfermement dans un réseau militant et/ou régional). Toute mon admiration, au passage, à ceux qui ont le courage de le faire -et notamment à l'auteur de ce blog et à certains de ses commentateurs.
- Que s'est-il passé dans les familles, pour les personnes, au moment de l'abandon d'une langue pour une autre? On voit bien le processus, les motivations, mais les conséquences? Ça n'est pas neutre, bon sang, d'avoir deux langues, une officielle et une cachée, héritée, enfouie. Comment élève-t-on un enfant dans une autre langue que la sienne -voire en s'interdisant d'utiliser la sienne? On évoque ces questions de manière général, ou bien à base de clichés plus ou moins vérifiés (interdit de parler patois, etc), on évoque l'intériorisation de la domination, ... Mais y a-t-il eu des études, des enquêtes anthropologiques? Des comparaisons entre langues minorées autochtones et langues minorées immigrées? Des enquêtes de terrain? Quid des "délocuteurs" primitifs, de la première génération à avoir changé de langue? Si qq a des éléments de biblio, je serai preneuse
Toutes mes excuses pour ce long message tardif, merci à Tavan et à vous tous pour l'espace de respiration qu'est ce blog, et, puisqu'il est encore temps, excellente année 2012 à tous. - Juste un merci...Juste un remerciement pour m'associer un peu tard à cet anniversaire, et vous encourager dans votre oeuvre. L'âge de l'industrie culturelle malgré son déploiement colossale s'avère d'une aridité notoire pour l'esprit. La faute probablement aux politburo "villageois" qui en actionnent les manettes et en détiennent les leviers, mais aussi à la fébrilité qu'ont eu de tous temps les clergés scolaires à refonder les hymnes de leurs chapelles en se risquant parfois au delà de la surface des choses. Qu'importe après tout, pour les lettres et la "conférence", il n'en va pas différemment du vin ou des autres heureuses transformations de fruits pour la gueule et les papilles : le tout est de collectionner l'adresse des artisans les plus amoureux et les plus sincères pour bénéficier régulièrement de la générosité abondante de leurs qualités. Ne pas mourir (trop) idiot, quoi. De mon point de vue vous en êtes, et pas qu'un peu. Continuez donc,je vous prie, d'abonder sur ces thèmes !















Je fais partie des lecteurs assidus de ton blog sans pour autant "laisser de traces" dans les commentaires.
J'en apprécie le ton, et vu de Bretagne les problématiques posées me parlent évidemment, et je sais que je ne suis pas le seul breton à venir trainer par ici.
Bonne continuation à toi.
A galon.