Vache

 

Quelques mots de limousin - 1912

 

Voici un exemple émouvant d’écriture « ordinaire » en limousin sur une carte postale envoyée de Limoges par un conscrit le 21 janvier 1912 (conservée aux Archives Municipales de Limoges). La carte appartient à une série « patoise » des éditions au pictogramme de l’Hirondelle, intitulée : Notré Limouzi – A lo fermo (soit en graphie dite classique : Nòstre Limosin – a la ferma). Celle-ci porte la légende : Yo jûte nôtré vâcho (Io juste nòstre vacha) : « Je trais notre vache ». La carte postale est représente une scène complètement incohérente : le bidon est au premier plan et non pas sous le pis de la bête, qui est devant la grange et non pas à l’étable (trop obscure pour prendre une photo ?), la fermière touche les mamelles d’une seule main, elle s'est coiffé du barbichet de fête (qui était déjà à l'époque un oripeau folklorique) pour vaquer à sa besogne, etc. etc. Le conscrit ironise sur l’incongruité de la scène, en écrivant de sa belle plume les lignes suivantes :

La vache qui fournit le lait à toute la garnison !!

Espère qué la bujô sayo pléno

Béleu qué sirén de lâ classo âvânt

(Espere que la buja saia plena / Beleu que sirèm de la classa avant)

Autrement dit : « J’attends que la jarre soit pleine/ peut-être que nous serons de la classe avant ».

On disait « Être de la classe », lorsqu’on faisait sa dernière année de service, ou pour signifier carrément, comme ici, la libération des obligations militaires.

Hélas, en l’occurrence, notre recrue ne savait pas ce qui l’attendait, car selon toute probabilité, il allait être rappelé pour la Grande guerre…

Les écritures manuscrites en occitan, dans la correspondance privée, en ces années là, sont plutôt rares. Ici, il existe évidemment un lien avec le fait que la carte soit légendée en « patois » ;  la légende valait comme une sorte d’autorisation et en tout cas d’incitation à partager la langue, sur le mode plaisant, avec les correspondants restés au village…

 

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