La langue des victimes : L’uomo che verrà

La langue des victimes : L’uomo che verrà
Une fois de plus[1],
un film important vient de sortir en Italie, entièrement tourné en « dialecte »,
puisque tel est le mot utilisé par tous, et sous-titré en italien. En
l’occurrence il s’agit de l’idiome parlé dans les Apennins au-dessus de
Bologne, dialecte, cette fois sans guillemets, non de l’italien mais de cette
langue minorée de la famille gallo-italique, expressément reconnue par l’Unesco
et la communauté européenne comme langue en grande difficulté, nommée emiliàn-rumagnòl
(« emiliano-romagnolo », en italien[2]), du nom des deux provinces
concernées. Le film qui porte un titre bien italien, L’uomo che verrà (L’homme qui
viendra) est dû à Giorgio Diritti, dont on avait
tant aimé L’aura fai son vir (Il vento fa il suo giro), tourné lui
aussi de bout en bout en cet occitan provençal parlé dans les vallées de Cuneo.
Ce nouveau film est lui aussi consacré à
une communauté paysanne, mais cette fois le réalisateur fait un saut dans le
temps, jusqu’en la terrible année de guerre 1944. C’est donc un film en
costume, centré sur une famille, vue par les yeux du personnage principal, une
fillette de huit ans, Martina, muette depuis la mort de son petit frère et dont
la mère attend un nouvel enfant (d’où le titre). Dans ce regard empathique, les
paysans sont saisis dans leur vie quotidienne, les gestes du travail, les
relations familiales, avec leurs hiérarchies indiscutées, leurs affects aussi bien sûr,
et ils parlent – du moins sont censées parler – leur langue maternelle. La
guerre est là, une ombre menaçante d’abord qui, progressivement, devient une
présence envahissante, avec les actions des « partigiani » (les résistants) de la zone (le groupe de La Stella Rossa : l’Étoile rouge), et les représailles allemandes,
avec ses victimes de part et d’autre (on ramène le corps du frère dans la
famille, un allemand creuse sa tombe avant d’être exécuté), jusqu’à l’horreur
absolue, vécue et vue par Martina, témoin muet et à la fois héroïque. Car le
film montre le massacre de Marzabotto (dit aussi de Monte Sole), où plus de 770
civils ont été exécutés entre le 29 septembre et le 5 octobre 1944 en représailles
aux actions de résistance, dans des conditions qui font immédiatement penser à Oradour-sur-Glane
où, le 10 juin de la même année, la division SS Das Reich fit 642 victimes
civiles. C’est dire si ce film, qui ne sera peut-être, pas plus que le
précédent[3],
visible en Limousin, parle à notre mémoire locale (et nationale). Il s’agit
sans nul doute d’une œuvre remarquable, d’une extrême densité dramatique,
jamais complaisante, jamais larmoyante, d’une grande poésie aussi, servie par
des acteurs magnifiques, presque tous non professionnels[4],
une image très belle, peut-être trop léchée, parfois à la limite de
l’académisme.
Le film, en Italie, est encensé par la
critique ; je n’ai à ce jour trouvé aucune voix dissonante : beaucoup
saluent ce travail de mémoire longtemps attendu, bienvenu en ces temps de
révisionnisme quasi officiel, certains insistent sur ce qui leur apparaît un
éloge de l’Église et de la foi (chacun voit midi à sa porte), Diritti montrant
– sur une base historique irréprochable – le rôle des curés de paroisse aux
côtés de leurs fidèles jusque dans les massacres. Il est vrai cependant que le
titre a quelque chose de messianique et d’un peu grandiloquent[5]…
Il n’est pas un critique qui ne
souligne l’insistance du réalisateur (chose, j’en suis sûr, qui disparaîtra des
critiques françaises, lorsqu’il sortira ici, s’il sort un jour) à tourner en
« dialecte ». Certains regrettent qu’une telle décision,
irrévocablement selon eux, condamne le film à un maigre diffusion[6]
et parlent même de « folie commerciale »[7],
mais ils sont démentis par le succès national du film : je l’ai vu à Rome
à salle pleine, trois semaines après sa sortie (il est encore présent dans une
quarantaine de salles). D’autres disent que le sous-titrage salit l’image (on
n’aime guère en Italie, pas même les critiques, le sous-titrage) et ils engagent
à aller voir le film en « oubliant » qu’il est tourné en dialecte et
accompagné de sous-titres. Personne, sinon ici ou là un internaute qui réagit à
tel ou tel papier, ne parle de langue (pas même, on le verra le réalisateur),
et il vaut la peine de noter comment l’idiome est appréhendé par les critiques,
car la chose est à mon avis très révélatrice d’une relation extrêmement ambiguë
avec cette réalité culturelle encore importante dans le pays et d’une réaction en
fait de refoulement. L’expression qui revient le plus souvent est « ancien
dialecte » (« dialetto antico ») :
« ancien dialecte bolonais », « ancien dialecte du lieu »,
« bolonais antique », etc.[8]
D’autres insistent sur le fait qu’il s’agit d’un dialecte non mitigé d’italien,
« stretto » (serré), et
même l’un d’entre eux ne peut s’empêcher de répéter plusieurs fois qu’il est
« incompréhensible » (sans préciser évidemment que c’est « lui », apparemment un
toscan, qui ne le comprend pas – mais il ne comprendrait pas plus les autres
dialectes de la langue d’Émilie-Romagne –, et puis, il ne lui viendrait jamais
à l’idée de dire que l’allemand, parlé par les SS dans le film, est
« incompréhensible » !)[9],
ce qui montre la surprise de ces spectateurs, qui s’attendaient plutôt à
entendre au cinéma un italien plus ou moins dialectalisé, auquel une certaine
veine comique les a habitué à Bologne, par exemple, avec les films « vintage » de Pupi Avati (le dernier
en date s’intitulant Gli Amici di bar Margheritta).
Il s’agit d’insister ainsi sur l’exotisme historique de la langue ancienne, de
la vieille langue, qui ne serait plus parlée, et appartient au passé et à la
montagne qui, loin de la ville, conserverait intacte un idiome antique. La
chose amusante est que l’on trouve en ligne une étude savante qui montre
combien le « dialecte » en question, à la différence de celui parlé
en d’autres zones, a reçu l’influence du dialecte urbain de la ville de Bologne[10].
Sur la disparition, ou du moins l’extrême raréfaction de la langue dans la zone
de Monte Sole, je ne peux ici apporter de données fiables, faute d’en avoir
trouvé. Diritti dit en tout cas qu’il a eu beaucoup de mal à rencontrer de bons locuteurs et il donne comme raison la déconsidération dont les dialectophones auraient souffert, surtout, ajoute-t-il bizarrement, dans les zones de montage[11].
Il ajoute qu’il s’est servi de l’un d’entre eux, un survivant du massacre, pour
enseigner aux autres. Il précise aussi qu’en d’autres zones, le parler s’est
beaucoup mieux maintenu.
On a cependant la sensation étrange
que, pour beaucoup de critiques, il s’agit de faire comme si la langue était
définitivement morte, et la force de Diritti serait de nous replonger, ainsi
qu’il se propose en effet de le faire, dans un temps et une société révolus, en
utilisant un idiome éteint. Le fait est pourtant qu’il a pu trouver des gens
pour le parler, et l’on peut s’interroger sur cette hâte d’enterrer la langue
alors même que l’objectif du film est de revivifier la mémoire de ce qui s’est
passé à Monte Sole, d’en faire un drame agissant au présent et non simplement
l’objet d’un film historique (Diritti insiste bien sur le fait qu’il ne
voulait surtout pas faire « un film historique », avec ce que cela
suppose de distanciation et d’objectivation). Évidemment les deux choses n’ont
rien à voir et il serait absurde de considérer la langue comme un mémorial du
massacre (quoiqu’il y ait quelque chose de très important à rappeler que c’est
en cet idiome et non en un autre que les victimes ont vécu l’horreur et les
derniers gestes d’humanité avant leur exécution), mais cela n’explique pas
pourquoi il serait si important de s’empresser de décréter l’extinction
définitive de la langue, au prétexte que le monde paysan auquel elle
appartenait a disparu, sous la forme du moins qu’il pouvait avoir il y a
soixante ans. Il y a là un malaise évident, distinct de la question que le film
affronte vraiment. Ce que le film déclare haut et fort, sans même avoir à le
rendre explicite par la parole, est qu’il est plus que jamais urgent de faire
les comptes avec un passé fasciste, complice des massacres nazis, quand la
mode, dans l’Italie berlusconienne, serait plutôt de dénigrer de façon plus ou
moins ouverte ou subreptice la résistance, qui par son inconséquence prétendue
se serait finalement rendue responsable de ce massacre. Mais cet autre malaise,
que je veux pointer, est le refoulement et la relégation des cultures
dialectales, qui ne datent pas d’hier, véritable mur auquel se heurtent les
tentatives multiples de réhabilitation.
Telle n’est pas d’ailleurs l’intention
du cinéaste ; de ce point de vue les critiques l’ont bien compris :
le choix de la langue est motivé par le réalisme, par la volonté de plonger le
spectateur dans ce monde disparu, non par une volonté de promotion du dialecte.
Diritti s’en est en effet expliqué à de nombreuses reprises, car tous ceux qui
l’ont interviewé lui ont posé la question du choix linguistique. Celui-ci,
répète-t-il, obéit à la « recherche de l’implication émotive et du réalisme
pour entrer dans l’atmosphère de l’époque. C’est une langue étrangère au
quotidien [des spectateurs évidemment !] qui permet de faire un saut dans
le temps »[12].
Aussi la démarche est-elle tout autre que celle du précédant film. Dans Il vento fa il suo giro, « la
différence linguistique est le signe de l’identité d’un peuple qui cherche à
survivre, de résister à une extinction quasi inévitable », dans ce nouveau
film, il s’agit par contre de « faire sentir le saut dans le temps, et de
donner la sensation d’un rapport aux mots qui était différent, d’une façon
d’agir et de parler... »[13]
La dimension de la réflexion de Diritti est alors proprement anthropologique :
quelque chose selon lui a radicalement changé dans la façon de parler et de se
rapporter à autrui, que le « dialecte » permet de restituer (ce qui
veut bien sûr dire que le « dialecte », pour lui, est irréductiblement
attaché à un temps révolu de la société) : « Aujourd’hui, souvent nous
parlons énormément, nous sommes dans la société de la communication, on
prononce tant de mots, mais on ne donne pas le sens fort et incisif de ce qui
se dit. En ces temps, il y avait moins de mots, et parfois il n’y avait que des
regards. Les répliques étaient directes, à la limite de la grossièreté, mais
très efficaces, du point de vue de la communication, à créer les rapports entre
les personnes »[14].
Dans un autre entretien, le réalisateur insiste sur le fait que ce choix est « juste »,
« fondamental », parce qu’il « te fait sentir des sons qui sont
d’un autre temps mais aussi il te donne le sens des hiérarchies familiales, qui
deviennent différentes, les dialogues sont plus serrés : peu de chose
dites, claires, sèches et déterminées »[15].
Mais c’est aussi l’impression que l’on a devant les dialogues du film
précédent, dont les personnages sont pourtant d’aujourd’hui ; beaucoup
sont d’ailleurs de jeunes gens et c’est alors le lieu (les hautes vallées
alpines) et le mode de vie qui semblent déterminants, plutôt que l’époque… et
finalement plutôt que la langue en elle même, c’est son usage qui diffère
complètement selon les temps certes, mais tout autant selon les lieux (à la
fois géographiques et sociaux) et les activités.

Mais surtout, surtout, il y a le fait,
que Diritti ne cherche pas du tout à cacher, que ce choix du dialecte, pour ce
film-ci, n’était pas prémédité de longue date. Le cinéaste voulait, cette fois,
tourner en italien, avec l’apport de l’accent bolonais pour ancrer l’action
dans la région. Mais il se rendit compte que cela allait fatalement tirer le
film du côté de la comédie de genre, puisque telle est la connotation spontanée
au cinéma de l’accent bolonais, et il risquait ainsi de rendre les échanges
ridicules et le film, en quelque sorte, étranger à lui-même. Emilio Marese, le
critique de la Repubblica à Bologne
lui en sait grée, le remerciant de n’avoir pas laissé passer le moindre « sòcmel » (interjection grossière
des plus communes à Bologne[16])
en deux heures de film, d’avoir évité toute connotation cabaret et tout lien
avec le masque du docteur Balanzone, auquel la ville de Bologne est, volens nolens, associée[17].
Il ajoute que, ce faisant, Diritti fait « franchir la barrière »
au dialecte, en le détachant du rôle culturel peu gratifiant auquel il était
jusque là cantonné par le cinéma[18].
Il est en effet évident que son usage, dans un film de cette ampleur et de
cette gravité, ne peut qu’être valorisant, même si cet exhaussement a tous les
traits d’un éloge funèbre.
Le choix de dernière minute ne fut pas « facile »,
comme on l’imagine bien. Diritti confesse que le producteur (la Rai) et le
distributeur (Mikado), dans un premier temps, réagirent avec bien peu
d’enthousiasme[19].
Le réalisateur s’empressa de trouver un ancien de la zone susceptible
d’enseigner aux acteurs non bolonais, ou qui ne connaissaient guère le
dialecte, la juste prononciation et d’abord la juste forme des répliques. Il
est en tout cas notable de voir des actrices fort connues comme Maya Sansa et
Alba Rohrwacher acceptant le défi de parler dans un idiome qu’elles ne
connaissaient pas. Évidemment, des spectateurs bolonais se sont plaints de l’imperfection
de leur prononciation (ce qui prouve une fois encore, que cette langue dite perdue
est bien encore dans les oreilles !).
Il est une autre critique de cet usage
impromptu du « dialecte », cette fois venue de ceux qui le pratiquent
et en défendent l’usage. Aussi est-il intéressant de rapporter leurs propos,
car ce sont, il me semble, des juges légitimes pour cet aspect du film. Je les ai
trouvés
sur le Sit Bulgnais : « On peut comprendre que
la prononciation des enfants et des jeunes filles ne soient pas bonne,
s’agissant de locuteurs n’ayant pas le dialecte comme langue maternelle (même si
l’on pourrait attendre plus de soin de la part d’acteurs professionnels). Non,
la vraie critique concerne la morphosyntaxe : certains acteurs utilisaient
le pluriel métaphonétique alors que d’autres, suivant la règle de diverses
parties de la montagne, le maintenait inchangé par rapport au singulier,
certains utilisaient des diphtongues et d’autres non, à la va comme je te
pousse, et tous, presque sans exception, se trompaient dans les
questions : dans les dialectes de l’Émilie-Romagne, et sans aucun doute en
bolonais et dans ceux de la moyenne montagne, les questions exigent
l’inversion, et ne pas la pratiquer est une erreur pure et simple que, sans
doute, les habitants de Monte Sole, ne faisaient pas. […] une question s’impose
alors : dans ces cas, ne serait-il pas mieux de suivre l’exemple des américains,
qui emploient un « dialect coach »,
c’est-à-dire un professionnel qui enseigne aux acteurs les divers accents de
l’anglais ? Dans notre cas, cela aurait été même plus important, vu qu’ici
dialecte ne signifiait pas une prononciation différente, mais un système
linguistique entier distinct de l’italien. On voit que la philologie n’est pas
assez prise au sérieux […] Aujourd’hui enfin, le subjonctif s’efface, mais
l’italien teinté d’émilien l’a toujours utilisé, et en grande partie l’utilise
encore, ce qui aurait dû s’entendre, même si les personnages du film sont
d’extraction populaire. Félicitations, Giorgio Diritti, en faisant parler tes
personnages en dialecte plutôt qu’en un italien régional peu crédible, tu as
donné plus de vie au récit qu’il n’y en a dans tous les films pourtant
excellents de Pupi Avati. Mais la prochaine fois, n’oublie pas que, faisant une
reconstruction, il faut aussi mieux refléter la vraie langue utilisée par les
protagonistes des faits ! »[20]
Peut-être, je ne peux moi en juger, ces
remarques pèchent-elles par un excès de purisme, mais il semble probable qu’en
effet, même en recrutant un « dialect coach », puisque c’est
bien ce qu’a fait Diritti, il n’a pas été possible, en s’y prenant à la veille
du tournage, de parvenir à une solution linguistique optimale. A qui me dira,
que ces « détails » sont tout à fait secondaires, je lui répondrai
qu’ils ne le lui paraîtraient nullement s’il s’agissait de sa propre langue
maternelle.
Il n’en demeure pas moins que Diritti a fait passer une idée forte, reprise par plusieurs critiques : loin d’enfermer l’histoire racontée dans son localisme, le « dialecte », parce qu’il contribue à conférer une densité existentielle aux personnages, contribue du même coup à lui donner une portée universelle et au lieu de nous les rendre lointains et étrangers, nous rapproche d’eux[21]. Voilà une leçon essentielle de ce film, malgré ses possibles imperfections sur le plan de la maîtrise de la langue par les acteurs. Je me contenterai de constater qu’un tel choix, une telle démarche sont à peu près inconcevables en France où, dans les films en costume, on ne cherche même pas à rendre les accents, et où la grande majorité des acteurs, jamais ne condescendraiten à abandonner le bon air de Paris pour adopter celui des provinces (il leur paraîtrait moins dégradant, j’en suis sûr, de s’abandonner devant la caméra à d’affreuses turpitudes sexuelles !)... Imaginez-vous donc, si on leur demandait de parler limousin pour jouer dans un film retraçant la tragédie d’Oradour ! Et pourtant les victimes d’Oradour, pour la plupart, parlaient cette langue. Lorsque la seule rescapée de l’église, Margueritte Rouffanche, qui gisait blessée entre deux rangées de petits pois, au petit matin du 11 juin 1944, entendit parler « patois », selon son propre récit, elle sut qu’elle était sauvée… Il n’y aurait rien d’absurde, il serait même normal, « juste », de faire intervenir, dans un film sur Oradour, le limousin aux côté du français, et bien sûr de l’allemand (et de l’alsacien ! plusieurs témoins ayant décrit ces « malgré-nous » qui parlaient « patois alsacien »[22]). Mais il faut bien comprendre que nous sommes dans un pays où un « critique littéraire » assistant à une cérémonie en l’honneur de Gingouin et de ses hommes en 2001 à Saint-Gilles-les-Forêts peut déclarer, qu’en entendant un « groupe d’hommes » parler « le patois limougeaud » (sic !), il jugea qu’il s’agissait d’un « drôle d’hommage [...] à la Résistance »[23]. Car, vous comprenez bien, il n’est d’autre hommage digne de ce nom à la résistance que dans le français de De Gaulle[24]... et de Pétain. Peu importe si les résistants en question, pour la plupart, parlaient limousin ! Décidément, en matière de préjugés, nous n’avons aucune leçon à donner aux italiens.
Jean-Pierre Cavaillé

Marzabotto...

Oradour...
[1] Voir les posts consacrés sur ce
blog à Nuovomondo, d’Emanuele Crialese et à Gomorra, de Matteo Garrone.
[3] Il vento fa
il suo giro, malgré ses nombreux prix, n’a d’ailleurs pas été distribué en
France ; c’est uniquement à travers les réseaux occitanistes, que quelques
rares visionnages en ont été possibles.
[4] Quelques grands noms cependant : Maya Sansa,
Alba Rohrwacher et Claudio Casadio.
[5] Le réalisateur dit lui-même qu’un livre écrit par
l’évêque Luciano Gherardi, Le Quercie di
Monte Sole (1986), est à l’origine de son projet.
[6] « È un film ostico e coraggioso, sul piano
commerciale non sarà facile imporre al mercato una pellicola tutta in bolognese
sottotitolato in italiano », Emilio Marrese, 22 ottobre 2009.
[7] « Coraggioso fino in fondo,
Diritti
ha voluto ripetere la ‘follia commerciale’ del dialetto antico,
incomprensibile », sur le site Il cinema che « blogga ».
[8] Voici quelques formules galnées sur la toile,
dont on retrouvera facilement la source : « dialetto quasi scomparso, il
bolognese antico », « incomprensibile dialetto antico del
luogo », « dialetto antico », « antico dialetto
bolognese »...
[10] Daniele Vitali, « Il
dialetto di Porretta Terme (BO) ».
[11] « Il
dialetto è ancora vivo nell’area? Giorgio Diritti : Molto poco, e soprattutto nelle zone di
montagne, perchè chi lo parlava era considerato ignorante. In altre regioni si
è mantenuto più forte », Interview du 21 octobre 2009 par Federico Raponi.
[12] « Perchè l'utilizzo del dialetto? – Giorgio Diritti : Per una ricerca del coinvolgimento emotivo e del
realismo, per entrare nell'atmosfera di quell'epoca. E' una lingua estranea
alla quotidianità che permette di fare un salto nel tempo », Interview du 21 octobre 2009 par Federico Raponi.
[13] « In entrambe le vicende la lingua è un
elemento fondante, addirittura ne Il
vento fa il suo giro la differenza linguistica è segno dell’identità di un
popolo che cerca di sopravvivere, di resistere a un’estinzione quasi
inevitabile. Qui è un modo per far sentire il salto del tempo, e per dare la
sensazione di un rapporto con le parole che era diverso, di un modo di agire e
di parlare », Interview réalisée par Maurizio Emersino,
le 27, 10, 2009.
[14] « Oggi spesso parliamo tantissimo, siamo nella
società della comunicazione, si dicono tante parole ma non si dà il senso forte
e incisivo di ciò che si dice. Allora erano meno le parole, e certe volte
c’erano solo gli sguardi. Le battute erano dirette, quasi sgarbate, ma molto
efficaci, dal punto di vista della comunicazione, a creare i rapporti tra le
persone » Interview réalisée par Maurizio Emersino,
le 27, 10, 2009 ; « L’idea che ho sempre havuto era di regalare la
sensazione allo spettatore di entrare nel 1944, di fare una specie di viaggio
nel tempo, come dicevo prima, di diventare parte della famiglia »,
Interview réalisée par Emanuela Martina, vidéo.
[15] [suite immédiate du même entretien] « A quel
punto la dimensione linguistica era giusta, fondamentale, perché ti fa sentire
dei suoni che sono di un altro tempo ma anche ti dà un senso delle gierarchie familiari,
che diventano diverse, i dialoghi sono più stretti : poche cose dette chiare,
secche e definite ».
[16] Soit, cette présentation du mot, au détour d’un
forum en ligne : « Per dire "Uffa! Che palle!"... noi alle
volte (fra amici) sbuffiamo: "Sòcmel! Du maròn!!".
E' il suono delle parole che a la differenza (Il vero significato di
"Sòcmel" sarebbe un pò volgare da spiegare, ma nel linguaggio comune
è ormai utilizzato come imprecazione generica) ».
[17] « Non c´è neanche un sòcmel in due ore
recitate tutte in dialetto bolognese. [...] È un film ostico e coraggioso, sul
piano commerciale non sarà facile imporre al mercato una pellicola tutta in
bolognese sottotitolato in italiano. Ma, per il bolognese cui non è mai stata
riconosciuta una dignità artistica aldilà di qualche macchietta da cabaret, è
un bel salto dello steccato. [...] L´umanità dipinta con tinte livide da
Diritti - che ha preferito il solco dell´altro suo maestro Olmi - è dolente e
aspra come la lingua che parla, senza esse sibilanti, senza cliché
balanzoniani, senza caricature da bar Margherita, senza tette, senza alcuna
indulgenza al luogo comune » , Emilio Marese, ibid.
[18] « per il bolognese cui non
è mai stata riconosciuta una dignità artistica aldilà di qualche macchietta da
cabaret, è un bel salto dello steccato. », Emilio Marese, ibid.
[19] « In Rai, come alla Mikado che ci distribuisce, all’inizio c’è stato un certo disagio », entretien avec Gabriele Barcaro, 14.10.2010.
[20] Cette critique est donnée à la fois en italien et
en bolonais. Je cite ici en bolonais, pour donner enfin une idée de la
langue : « Che pò la prunónzia di cínno o däl ragâzi żåuvni la n
fóss brîṡa bôna, quall lé as pôl capîr parché as trâta ed żänt ch'i n én brîṡa nèd
in dialàtt (anc se, da di atûr profesionéssta, as pôl pretànnder ch'i i stâg-n
un pô pió drî). Nå, la créttica vaira l'é par la gramâtica: ai êra di atûr ch'i
adruvèven al plurèl metafonêtic, di èter al plurèl invariè (come, defâti as fà
in socuànti pèrt dla muntâgna), ai êra chi dscurêva coi ditóng e chi sänza,
acsé bâsta ch'séppa, e tótt, sänza eceziån o quèṡi, i ṡbaglièven a fèr äl dmand: int i
dialétt dl'Emégglia-Rumâgna, e sicuramänt a Bulåggna e int la sô muntâgna ed
mèż, äl dmand äl vôlen l'inversiån, siché an fèrla brîṡa l é
un eråur, e l é inpusébbil che i mèrtir ed Månt Såul i féssen di ṡbâli
acsé int la sô längua mèder. [...]. Insåmma, i n la fèven brîṡa in
duv la i vlêva, es i la fèven in dóvv n inpurtèva brîṡa.
Alåura, as vén na dmanda: mo in sti chèṡ che qué, an srêv méi fèr cunpâgna i americàn, ch'i tôlen
l amaestradåur dialetèl pr insgnèr a imitèr äl prunónzi difaränti dl inglaiṡ ai sû
atûr? Int al nòster chèṡ al srêv stè anc pió inpurtànt, pòst ch'as vlêva adruvèr
una längua difaränta da qualla ufizièl. Mo as vadd che la filologî la n é mâi
tôlta tròp só l sêri [...] Masmamänt a cal tänp... Incû pò in itagliàn la żänt
i adrôven sänper manc al congiuntîv, mo l itagliàn dl'Emégglia d una vôlta (e
anc d adès) al l à ecómm, siché dånca al vlêva adruvè, anc se i parsunâg' i véṅnen dal
pòpol. Brèvo Giorgio Diritti, fagànd dscårrer i tû parsunâg' in dialàtt in pòst
d un itagliàn culurè ed dialàtt (e pôc credébbil) t è fât vîver la tô stòria
pió che tótti äl bèli peléccol ed Pûpi Avèti, però st'ètra vôlta brîṡa
dscurdèret che, s'as fà una ricostruziån, biṡugnarà pûr che anc la längua adruvè la
séppa cla gióssta! »
[21] Soit par
exemple la remarque de Gad Lerner dans la livraison italienne de Vanity Fair : « L’uso del dialetto
della montagna appenninica, invece che distanziarci rende a noi più familiare
la triangolazione dei contadini alle prese con un padrone non ancora sganciato
dai fascisti... ».
[22] Voir par exemple, l’un de ces témoignages sur le site
d’Ouest-France.
[23] Bernard Daguerre, dont j’ai trouvé sur
Google, qu’il est “cadre de la fonction publique territoriale, critique
littéraire et de cinéma”, s'exprimant dans la revue en ligne Passant Ordinaire. Il s’est attiré la réponse
suivante, de la part de Christian Champaud : « L'auteur est surpris
d'entendre le "patois limougeaud". Hors, le mot
"limougeaud" fait référence à la ville de Limoges, alors que le mot
"Limousin" fait référence à l'ensemble de la région. Il a sans doute
entendu parler "limousin", un dialecte prestigieux de l’occitan dans
lequel ont été écrites, dès le XIIème siècle, des oeuvres qui ont
honoré l’Europe de cette époque. Je m’honore moi-même de le parler, de
l'écrire, et de l'avoir transmis à mes enfants. Il n'y a pas de quoi faire la
fine bouche ».
[24] Je n’oublie bien sûr pas que
Charles De Gaulle avait un oncle homonyme qui prit fait et cause pour la langue
bretonne !
Commentaires sur La langue des victimes : L’uomo che verrà
Ah, mais non ! Les critiques de cinéma français peuvent être très soucieux du respect de la vérité historique lorsqu'il s'agit de la langue des victimes. Voire par exemple ce passage tiré de Télérama à propos du film "Hôtel Rwanda" : "On voit d'emblée les réserves que peut susciter Hotel Rwanda, première fiction sur le génocide rwandais. La langue anglaise, d'abord, artifice de cinéma, puisque le Rwanda est une ancienne colonie belge francophone (...)" Bon sang, mais c'est bien sûr !
L'accent lui mëme est devenu intolerable, alors pensez la langue...
Moi ce qui me surprend lors de votre analyse , c'est d'apprendre qu'un cineaste italien, ait éprouvé le besoin de s'inspirer d'un dialecte pour donner du corps à son film...
Inimaginable en France...En effet.
En France , avec une série qui se déroule à Marseille, et qui s'intitule "sous le soleil" tous les acteurs parlent avec l'accent d"Orly" . Il ne s'agit même pas d'accent parisien... Mais d'un accent fabriqué de toutes pièces.
Je déduis que les realisateurs europeens ont encore des préoccupations de réalisme, d'éthique, et que les réalisateurs français, sont pour la plupart devenus schisophrenes. Ce qui n'est pas le cas ici.
Il est inimaginable que la "France" puisse se laisser aller à, se "prêter", à de telles experiences .
Heureusement cet aveuglement annonce une fin rapide .
J'affirme donc :
Vive les droits de l'homme de la femme et des chevaux.
Amistosament a vos
Cher Fabre, je ne peux laisser passer une telle erreur concernant ma série TV préférée (j'ai toutes les VHS). "Sous le soleil" ça se passe à St Tropez, qui n'est pas une ville provençale mais francilienne, sise sur la Côte d'Azur près de Paris.
Vous confondez certainement avec ma deuxième série TV préférée (j'ai tous les DVD)"Plus belle la vie", qui se déroule effectivement à Marseille, dans le célèbre quartier du Mistral, situé entre La Belle de Mai et La Plaine Saint-Denis...
Alors révisez un peu s'il-vous-plaît votre culture télé et votre géographie, avant de dénigrer bourgeoisement les joyaux du PAF.
Vous n'êtes jamais contents! Parce-que si, l'on trouve des accents occitans et corses en pagaille dans l'histoire du cinéma français, et même récents. Par exemple de nombreux policiers (surtout des CRS) et épiciers ont un accent méridional... Et puis l'accent germanique, c'est souvent aussi qu'on le retrouve dans le cinéma français (bon certes 99% du temps ce sont des personnages de nazis...).
Et regardez par exemple dans Lacombe Lucien, vous avez les deux: un accent du sud-ouest et un accent germanique... Bon, c'est vrai, dans ce film le mec du sud ouest est un collabo et les Allemands sont des Nazis...
enfin, on peut pas toujours tout avoir...
A Pamela.
Je ne regarde pas la télé. mais ma femme me tient au courant. J'ai donc attribué un accent d'Orly à des personnes qui sont du 8ème arrondissement de Paris.
De toute façon je suis complètement inculte, dans tous les domaines.
Toutes mes excuses donc Pamela. Je pleure seulement les calanques qui ne seront plus les mêmes... Non
Au passage , je trouve ce blog remarquable, puisque tout y est étayé, démontré et incontestable .
Pôvre que nousôtre on sé pas fère...
Amistosament a totes...
plan car amic,
cada setmana agachi sul siti allôciné e vesi que "L'uomo che verrà" serà programat lèu...lèu...lèu...
esperem duncas,
de tot còr,
isabèu
Grâce à votre site nous projetons vendredi 14 octobre ce très bon film de Diritti
Dans le cadre du festival des films en langues régionales
Ciné C toi & Dante Alighiéri vous proposent
Au cinéma Comoedia à Sète
Vendredi 14 octobre : à 20h30 suivi d’un débat
L'uomo che verrà (L'homme qui viendra ) de Giorgio Diritti
Qui sera suivi le vendredi 21 par " Il vento fa il suo giro "
Encore merci
pour cine c toi
Pierre
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