01 janvier 2010

L’Institut d’Études Occitanes : dix ans de travail dans l’étouffoir limousin

Detzans


L’Institut d’Études Occitanes : dix ans de travail dans l’étouffoir limousin

 

 

 La salle des fêtes (dite Polyvalente), à Uzerche, se situe entre la maison de retraite et le cimetière. Les Limousins, je l’ai souvent constaté, ne sont pas exempts d’un bel humour macabre. C’est là que, le samedi 7 novembre 2009, s’est déroulée la fête des dix ans de l’Institut d’Études Occitanes du Limousin. Vincent Lagarde, son président, dans son petit laïus d’accueil, n’a pas manqué de noter la dimension hautement symbolique du lieu des festivités, en ce début du mois que l’on appelle en Limousin « lo mes mòrt », le mois mort, qui est aussi le mois où l’on fête les morts. C’est qu’en cette région, plus encore peut-être qu’en aucune autre des zones occitanes, le chemin qui va pour la langue de la maison de retraite au cimetière semble tout tracé, et la halte à la salle des fêtes paraît bien dérisoire et anecdotique ; tout au plus dérange-t-elle, de manière minimale et périphérique, le grand travail de refoulement et d’étouffement auquel, depuis des décennies et des décennies, se livre ici non seulement la classe des notables, des élus et des enseignants, mais aussi, il faut le dire, la plus grande partie des gens, qui commencent à peine, à peine à se dire que peut-être il y avait des perles dans ce tas de fumier dont on a débarrassé les cours des fermes limousines. On risque donc bien de passer directement du refoulement au deuil sans avoir rien fait ni tenté pour donner à la langue la moindre chance de survie, sous quelque forme que ce soit.

 

Bilan

 S’il existe cependant un projet aujourd’hui en Limousin pour perpétuer la pratique de la langue, en préserver la mémoire, la transmettre et l’exploiter dans la création culturelle, c’est celui de l’IEO, qui doit essentiellement sa difficile permanence au soutien de la Région et de la Drac, mais d’abord à l’obstination de ses membres professionnels et de ses adhérents. Car en dehors de l’IEO, de la structure Calandreta de Limoges, des éditions du Chamin de Sant Jaume (Meuzac) et peut-être de ce qui reste du Félibrige, les initiatives résolument tournées vers un avenir possible de la pratique de la langue sont très rares, alors même que l’on trouve dans la région de nombreuses structures locales (rattachées ou non au Félibrige) qui, à leur manière, continuent à faire vivre la langue, mais réduite au statut de « patois » et tournée presque exclusivement sur le passé. D’ailleurs le fait même que ces deux types d’initiatives coexistent en demeurant complètement étrangères l’une à l’autre est un problème crucial, sur lequel je reviendrai.

 Je n’entame pas cette réflexion au hasard ; l’équipe de professionnels l’IEO (je donne leurs noms qui, par un souci de discrétion maladive toute limousine, ne figuraient même pas dans les programmes : Magalí Urroz, Jean-Marie Caunet, Jean-François Vignaud, Sophie Peytoureaud et Pascal Boudy[1]) avait choisi de consacrer tout l’après-midi du 7 novembre au bilan de son action et à ses perspectives en présence de quelques élus, administratifs et représentants d’autres régions. Je n’en ferai pas ici un compte-rendu en bonne et due forme, pour lequel je ne suis d’ailleurs nullement mandaté ; ce sont donc à des considérations subjectives que je vais me livrer, n’engageant que moi, c’est-à-dire, en l’occurrence, un membre lambda de l’IEO du limousin et de la Calandreta lemosina, sans aucune responsabilité administrative ni dans l’une ni dans l’autre de ces deux structures. C’est cette irresponsabilité qui me donne toute liberté d’expression, je crois, ajouté au fait, bien sûr essentiel, que les discussions, ce jour là, étaient publiques et ainsi, me semble-t-il, publiables. Les quelques citations que je ferai des interventions sont issues d’un enregistrement personnel et donc parfaitement vérifiables, le cas échéant.

 Partons du bilan. On ne peut contester qu’il est globalement très positif, malgré toutes les difficultés rencontrées (voir infra). Il faut d’abord signaler que la section limousine de l’IEO, créée sur un projet de professionnalisation des agents culturels impliqués, est une structure associative parfaitement saine sur le plan budgétaire, qui s’autofinance à 40 %. Comme l’a rappelé Jean-Marie Caunet, ses champs d’interventions sont multiples et la somme des réalisations est impressionnante pour une équipe aussi restreinte : enseignement (2400 heures de cours d’occitan depuis 1999) ; enquêtes ethnolinguistiques ; expositions ; édition (livres, cd, dvd, voir par exemple Memòria de l’aiga) ; organisation de stages ; entreprise de spectacles (320 cachets en 4 ans) ; gestion de la Libraria occitana (et son transfert rue Haute-Vienne à Limoges) ; collaboration à la pose de panneaux bilingues ; programmation à l’Estivada de Rodez ; opération à Beaubreuil en 2003 en partenariat avec les communautés turques, kurdes et nord-africaines ; organisation des Assises régionales de la langue occitane en 2006, etc.

 

Surdité et déni de droit

 Toutes ces réalisations sont d’autant plus remarquables qu’elles ont eu lieu dans un climat d’indifférence à peu près générale, sinon d’hostilité ouverte ou larvée. Prenons par exemple les Assises régionales de l’occitan en Limousin qui se sont tenues les 24 et 25 mars 2006 à Limoges, pourtant très bien préparées (j’y étais) et sur lesquelles les associations impliquées avaient placé un grand espoir. Malheureusement ces journées ne rencontrèrent à peu près aucun écho, ni parmi les élus, ni auprès du rectorat, ni dans les médias. La déception est tout à fait légitime ; dans les propos de Lydie Valéro, conseillère à la DRAC limousin pour le livre et la lecture (et soutien de la première heure), elle se change même en colère car – au moins en ce qui concerne le rectorat – on a ici affaire à un pur déni de droit. Je citerai les propos qu’elle a tenu le 7 novembre, qui me semblent d’autant plus forts et marquants qu’ils furent entièrement improvisés au fil des discussions : « Vous avez organisé il y a quelques années des Assises régionales de la langue occitane sur lesquelles j’étais moi très enthousiaste… auxquelles je croyais beaucoup et […] j’ai tout fait pour que ce soit un succès. Je reste vraiment déçue des oreilles fermées en face de vous et de tous les médias que ce soit la télé ou la radio comme du rectorat […] : une surdité à ce point, c’est effrayant […] c’est écrit dans les textes qui régissent les radios et les télévisions régionales et qui ne sont pas appliqués chez nous, dans cette région. Et je parle ici en tant que citoyenne non en tant que représentante du ministère de la culture. Je pense que vous aviez fait tout ce que vous pouviez pour les interpeller, pour leur demander de remplir leurs devoirs, qui sont écrits dans leurs textes. Si aujourd’hui il n’y a pas des personnes pour leur demander qu’on applique la loi, on ne va pas avancer. Et du côté de l’enseignement, c’est terrible. Si les jeunes n’ont pas la possibilité d’apprendre cette langue à l’école, ça va être terrible… ».

 Il faut dire que les choses ne se présentaient pas de manière favorable, aux assises elles-mêmes. Le rectorat par exemple joua comme à l’accoutumée la politique de la chaise vide, de sorte qu’il n’eut pas à entendre le réquisitoire argumenté de Dominique Decomps sur le sujet (intervention publiée sur ce blog) et on ne peut dire que les élus se soient pressés au portillon ! Quant aux médias, malgré la présence plus que timide de FR3 (sans aucun engagement d’aucune sorte, d’où l’on ne s’étonnera pas qu’il n’y eut aucune sorte de suite) et la présence amicale de Radio-Bleu Périgord (pour l’émission Meitat Chen Meitat Porc), ils furent encore plus discrets.

 On peut résumer les choses comme le fit Jean-Marc Siméonin le 7 novembre : « surdité de l’Éducation Nationale, hostilité de la ville de Limoges et du département de la Haute-Vienne. J’ai toujours vu ça et c’est toujours, toujours pareil, c’est un mur ». Cela, sans aucune doute, en découragerait et en décourage plus d’un ; c’est de toute façon le but recherché, sans paranoïa, en mesurant les choses de la manière la plus posée et la plus équilibrée : décourager non par la persécution (les fixations identitaires nationales ont trouvé d’autres boucs expiatoires, comme le montrent les récents débats imposés par arrêtés préfectoraux), mais par la politique de la surdité, en effet, et du mépris.

 Prenons la situation de l’enseignement ; elle est absolument catastrophique et nous sommes dans le déni de droit le plus complet. Le rectorat n’a jamais réuni le conseil académique des langues régionales comme cela est prévu pourtant dans les textes ; les postes sont supprimés et jamais remplacés. L’enseignement en primaire et dans le secondaire n’est plus désormais qu’un reliquat. L’IEO a tenté de s’impliquer et de proposer des interventions dans ce vide abyssal. Jean-François Vignaud en a fait le bilan. Si la demande d’enseignement à destination des adultes ne fait que croître, tous les partenariats avec l’éducation nationale se sont à ce jour soldés par des échecs, à l’exemple des interventions dans le parc du Périgord Limousin qui après deux ans d’efforts – le temps de mettre les choses en place – n’a pas été reconduit… Selon les propres mots de Vignaud, « on s’épuise »… Mais, comme l’a bien remarqué Yves Lavalade, le problème en l’occurrence est celui d’un véritable recrutement de personnel par l’Éducation nationale et de la formation de maîtres (un seul enseignant du secondaire en ce moment en formation avec des compétences en Limousin).

 Estela Parot-Urroz a apporté à ce sujet son témoignage : elle est une jeune professeur des écoles formée pour enseigner l’occitan, à laquelle on n’a jamais donné la possibilité d’exercer ses compétences. Ce n’est qu’après avoir cessé d’enseigner qu’elle a pu intervenir pendant trois ans, les samedi, dans une école du sud Haute-Vienne. Les enseignants furent alors mis en demeure d’arrêter, au motif que cet enseignement était préjudiciable à celui de l’anglais. L’équipe enseignante a cependant décidé de continuer, malgré les injonctions. Estela Parot-Urroz apporte d’autres exemples : ici une jeune institutrice dotée d’une habilitation en occitan, une fois en poste en Haute-Vienne est enjointe par sa hiérarchie à renoncer à l’enseignement de l’occitan et obligée de passer une habilitation en anglais (abjuration de l’occitan et conversion forcée à l’anglais : merveilleux effets des dragonnades linguistiques du rectorat !) ; là un projet d’enseignement élaboré par deux maîtres intégrant l’occitan est refusé, etc. l’inspection académique, à chaque fois, affirmant que les textes ne prévoient plus d’enseignement des langues régionales. De sorte que cet enseignement n’existe plus désormais à l’école publique en Limousin que de manière sporadique ; il est devenu de fait, là où il existe, plus ou moins clandestin, dissimulé sous les autres matières. Dans ces conditions, il est bien entendu impossible de former des locuteurs. Pourtant un tel enseignement jouit d’un capital évident de sympathie chez une partie importante des parents, qui ignorent généralement à quel point la situation est bloquée et décourageante, d’autant plus que nous n’avons aucun moyen, en dehors d’Internet, d’informer la population ; les quotidiens régionaux refusant de publier tout ce qui pourrait apparaître comme polémique sur ces questions, où seules sont permises des platitudes sur les bienfaits de la diversité culturelle (énoncées en français évidemment, pas une ligne de limousin dans les journaux, pas une, merci l’Écho, merci Le Popu !).

 

 

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Professionnalisation à double tranchant

 De sorte que c’est dans toutes ses activités ou presque que l’IEO se trouve mis en difficulté, étroitement bridé, je dirai même humilié ; lorsque par exemple on lui fait savoir que le collectage ethnographique ne saurait être une priorité (alors qu’il est évidemment – et de la manière la plus objective qui soit – une urgence absolue, voir mon compte rendu du dernier ouvrage réalisé par l’IEO Limousin), lorsque il trouve les salles de concert fermées à ses propositions (quand les artistes ne sont pas purement et simplement exclus des lieux où ils déplaisent aux élus comme Jan dau Melhau de la ville de Limoges).

 Or, force est de constater que toutes ces difficultés sont accentuées par le fait même de la professionnalisation de l’équipe… Car le problème est aussi là ; les permanents se plaignent d’avoir à déployer une énergie énorme, et une bonne partie de leur temps, à monter projets sur projets (les projets dans les systèmes d’évaluation en vigueur devenant étrangement une sorte de fin en soi, la réalisation devenant une sorte d’appendice au projet, de formalité à se débarrasser au plus vite), à consolider la masse salariale... et à servir de faire-valoir pour les quelques institutions qui les aident ou les sollicitent. Ce qui vient à manquer alors, comme le déplore Vincent Lagarde, est bien sûr la dimension militante et revendicative de l’IEO.

 

C’est pourquoi, lorsque Jérémie Obispo, qui représentait le 7 novembre le Conseil régional d’Aquitaine, après avoir pourtant entendu ce constat accablant, nous a expliqué que les gens de l’IEO étaient trop militants et pas assez professionnels (du moins est-ce ainsi que je résume, pour ma part, les propos suivants : « je vois [...] àquel point il est difficile de structurer, de professionnaliser le milieu associatif occitan et notamment l’IEO et je crois que ce qui fera que la politique concertée pour l’occitan marchera dans les prochaines années c’est certes les efforts que feront les régions mais c’est aussi la capacité des associations comme l’IEO qui symbolise quand même l’occitanisme, cette capacité à se professionnaliser et surtout à distinguer le côté militant et revendicatif et l’aspect institutionnel parce qu’il est difficile de manier les deux : on peut pas d’un côté réclamer une institutionnalisation et de l’autre…[mot inaudible : militer ?]… c’est très difficile » ), il fut bien difficile de ne pas en concevoir une certaine amertume, voire irritation. Car c’est évidemment dans les régions où les militants sont les plus nombreux et les plus forts, comme justement en Aquitaine (avec la présence du basque et de l’occitan) que les choses avancent. Ainsi, Obispo a-t-il présenté l’Amassada, Conseil de développement pour la langue occitane en Aquitaine, composé de 85 membres, relevant de 3 collèges (institutionnels, associatifs et partenaires sociaux) destiné à structurer la politique linguistique occitane (enseignement, formation, spectacle vivant etc.) et à construire l’interrégionalité en matière de politique publique autour de l’occitan[2]. Cet aspect intéresse bien sûr au plus haut point le Limousin. Selon Vincent Lagarde, la coopération interrégionale est d’ailleurs le seul espoir d’un déblocage de la situation et d’un développement de l’intérêt des pouvoirs publics pour la langue. Je ne suis hélas pas du tout sûr que cela suffise, en l’absence d’une véritable organisation militante structurée et d’élus véritablement impliqués...

 Il faut dire, comme l’a rappelé Jan dau Melhau, qui a dressé rapidement l’historique de ce qui existait avant la création de la section régionale de l’IEO Limousin (qui n’a certes pas inauguré les activités occitanes en Limousin), que l’occitan n’a cessé de reculer sur tous les fronts ou presque depuis les années 70, où des veillées pouvaient rassembler jusqu’à 300 personnes, où il était possible de donner des spectacles sans traduction, où les pressions militantes avaient permis l’ouverture de postes d’enseignements aujourd’hui presque tous perdus... La seule avancée notable, outre la professionnalisation des acteurs culturels (avec les ambiguïtés que l’on a dites), est celle de la pause, ici ou là, de panneaux bilingues (Yves Lavalade a fait un exposé détaillé sur la toponymie et les propositions de panneaux)… Maigres, maigres consolations.

 

Allez jouer sur Internet

 Mon pessimisme est évidemment fondé sur le constat esquissé plus haut, mais aussi sur ce que j’ai entendu dire ce 7 novembre, non de la part des élus (très rares du reste : à souligner cependant la présence bienveillante de la sénatrice Bernadette Bourzai, qui s’est dite personnellement impliquée dans la revendication d’un projet de loi pour les langues régionales, dont on sait officiellement que le ministre de la culture ne veut pas), mais de celle des administrateurs et en particulier par la voix de la région, Marie-Annick Bernard Griffiths, Directrice des Services Culturels du Conseil Régional du Limousin. Cela me coûte vraiment à dire, car s’il est une institution qui s’implique pour l’IEO, c’est justement la région, et particulièrement Marie-Annick Bernard Griffiths, fortement impliquée auprès de l’association depuis sa création. Cependant, elle n’a cessé de répéter, dans une langue de bois qui, je le dis en toute franchise, m’a fortement agacé, que toutes les demandes (oh combien modestes !) ne sauraient être à l’avenir satisfaites (« on ne pourra répondre à toutes les urgences », façon de dire évidemment que toutes les urgences n'en sont pas), arguant de manière insistante de la disparition accélérée des locuteurs (sans que ne soit jamais proposée la moindre enquête statistique à la fois sur le nombre de locuteurs et sur ce que les gens penseraient d’un enseignement de la langue, par exemple), et ne proposant d’autre alternative que d’occuper des « niches » Internet encore vacantes ! Ce qu’elle a appelé « vivre avec son temps »… proposant en particulier d’investir le site Culture en Limousin, voulu par la région et porté par l’Agence Technique et Culturelle de la Région Limousin, ce qui est d’ailleurs déjà le cas, mais qui ne constitue pas franchement une grande révolution (à ce jour, ce site est surtout un agenda, à l’habillage plutôt tristounet). Nous sommes heureux d’apprendre qu’il reste une place pour l’occitan dans les catacombes d’Internet, où nous nous retrouvons en effet pour communier notre amour de la langue, faute de pouvoir le pratiquer ailleurs ! Que l’on sache une bonne fois, qu’Internet pour nous, est un pis aller et que nous ne nous en satisfaisons pas[3]. En particulier, il nous coupe d’une partie considérable des locuteurs, qui donnent pourtant sens à notre action. Mais Internet est devenu la réponse toute prête à l’effacement de toute forme de visibilité et audibilité publiques de la langue : plus d’occitan à la radio, à la télé, sur les journaux, à l’école, dans les salles de spectacle ? Mais enfin, grosses bêtes, apprenez à jouer sur Internet, faites des sites, ouvrez des blogs, ça ne coûte rien, vous vous amuserez comme des fous et n’emmerderez plus personne ! Car la crainte hélas, derrière tout ça, est toujours la même, explicitement déclarée par la conseillère : à travers l’appropriation d’Internet « il faut réfléchir, trouver un autre modèle [de quoi ?], sans en arriver à une situation conflictuelle, comme de faire sauter le rectorat ! » (je tiens à préciser que personne ne fit la moindre allusion à ce type d’action). « Le conflit, ajouta-t-elle, on l’a évité il y a 20 ans, il ne faut surtout pas le reprendre aujourd’hui »… alors même qu’elle venait d’expliquer une minute avant que les avancées en Aquitaine étaient, pour une bonne part, dues à la présence des basques et de leurs revendications… Contradiction éclairante… Mais au fait, quel est ce conflit monstrueux qui a été miraculeusement évité il y a vingt ans ? En 89 l’occitanisme était déjà en pleine décrue et certainement pas en voie de radicalisation… Du reste, l’a-t-il jamais été en Limousin ? Les militants limousins furent surtout et essentiellement des acteurs culturels, parfois de premier ordre, comme Melhau, Chadeuil, Combi, Siméonin et quelques autres… Alors pourquoi agiter ces ridicules épouvantails ? Hé bien, semble-t-il, à seule fin d’engager les militants culturels à prendre leur désespoir en patience et à sublimer leurs pulsions linguistiques sur Internet. En effet, de tels propos, de la part de la porte-parole d’une institution engagée auprès de l’IEO ne porte guère à l’optimisme…

 

L’avenir (comme toujours) est à contre-courant

 

 Et pourtant il fallait bien, il faut bien, malgré tout, envisager des perspectives : Vincent Lagarde est convaincu, soutenu par Jan Moreu, président de l’IEO national, qui était présent, que l’avenir de l’occitan est conditionné par la capacité des acteurs à sortir du ghetto linguistique et culturel, en travaillant au développement économique et social, la labellisation de produits, les interventions mobilisant le lien social et l’aménagement du territoire. Des projets investissant ces domaines, que l’on ne peut détailler ci, se développent en effet dans les régions les plus proches (voir par exemple les activités de l’Amassada en Aquitaine, déjà citée, le label « òc per l’occitan »), ou plus lointaines (Bretagne et Pays Basque), dont il serait judicieux de s’inspirer, comme l’a souligné Jan Moreu… Voilà du reste qui devrait suffire à rassurer ceux qui font encore semblant de croire au péril révolutionnaire occitan ! Il est évidemment urgent de travailler à la mise en place de véritables politiques linguistiques à l’échelle régionale et nationale ; Moreu a fait remarquer à ce sujet qu’il y a 10 ans, personne en France ne parlait en terme de « politique linguistique », alors que les Canadiens le font depuis plus de 40 ans et les Gallois depuis 30 ans… Moreu a évoqué également le colloque récent de Tarbes (20 et 21 novembre 2009) organisé par l’IEO, consacré à la transmission familiale de la langue, interrompue et pourtant vitale. Cette question là aussi doit être posée bien sûr en Limousin.

 Je me permettrai, pour terminer, d’y aller de quelques propositions, qui vont pour la plupart plutôt à l’encontre de ce que j’ai entendu le 7 novembre, car s’il s’agit bien pour moi aussi de sortir du microcosme occitaniste, cela veut dire évidemment et nécessairement refuser le replis, la retraite sur Internet. Ces réflexions me sont venues en entendant les propos tranchants de Melhau, contre un intervenant qui disait, à mon avis à juste titre, que de nombreuses initiatives locales, extérieures à l’IEO et hors de structures fixes (encore qu’il faudrait vérifier), passaient complètement inaperçues. Il nous apprenait qu’au moins deux spectacles de contes et de théâtre en « patois » avaient lieu ce même 7 novembre en Corrèze. Melhau déclara qu’il connaissait ces gens, dont certains mêmes – dit-il –, sont à l’IEO, qui continuent éternellement à faire des soirées « patois », bien sympathiques, mais qui ne relanceront jamais le spectacle de qualité en langue occitane. Oui, ajouta-t-il, des gens se rassemblent pour parler « du » patois, mais ils ne parlent pas pour autant patois. Or, pour ma part, je ne suis pas certain que ces protagonistes soient en fait tous véritablement connus et qu’on ait envie de les connaître. C’est un tort, car ils sont un lien, même indirect et faussé par le mot de patois, avec la langue encore parlée en Limousin. La première chose à faire serait de recenser toutes ces initiatives sans exception et d’envisager des collaborations. Je me souviens qu’il y a deux ou trois ans le groupe théâtral de l’Eglantino do Limouzi cherchait désespérément de jeunes recrues, mais il me fut impossible de tisser des liens. Quant au recensement, je croyais qu’il était naïvement à l’ordre du jour des Assises de 2006, mais ce ne fut pas le cas. On peut, au-delà, rêver d’une enquête sérieuse sur les pratiques et aspirations linguistiques en Limousin, on devrait même l’exiger, car je suis sûr que l’on aurait des surprises, certaines très désagréables (désertification de la langue en certaine zones), d’autres moins… Cet état de lieu est un préalable, me semble-t-il, à toute politique linguistique cohérente.

 Dans tous les cas, j’ai la conviction qu’il est impératif de se dégager de la morgue et du dédain élitaires de l’occitaniste par rapport au patois (n’en déplaise à la plupart de mes camarades), non que je reconnaisse une quelconque validité à la notion (je me suis assez souvent expliqué à ce sujet), mais parce qu’il nous revient à nous, en les intégrant à nos projets, de prouver que ce que les locuteurs appellent patois, est bien ce que nous appelons occitan. Par provocation, mais pas plus que ça, j’ai plus d’une fois proposé que l’on vende les œuvres patoisantes et anti-occitanes de Mourguet (voir mes divers comptes rendus à ce sujet, ici même) à la Librairie occitane, à la fois par cynisme commercial et principe de tolérance ; c’est à nous de montrer aux lecteurs qu’il existe aussi des livres plus sérieux que ceux de Mourguet.

 Il est au moins une chose que nous pourrions faire, et facilement, c’est de rendre accessible, dans leur graphie originale, des œuvres mythiques de la littérature en Limousin, comme les géniales Fables en vers patois de Jean-Baptiste Foucaud (par exemple l’édition de 1809) ; La Niorla d’Édouard Cholet Lingamiau ; certains recueils de Panazô (encore que pour Panazô il faille régler la question des droits)…[4] Je ne cesse en effet de rencontrer des gens, à la campagne surtout mais aussi en ville, qui recherchent ces livres, dont ils se sont délectés en d’autres temps, et qui seraient très heureux d’en disposer à nouveau. Rien ne nous empêchera de faire par ailleurs, le cas échéant, de nouvelles éditions critiques assorties d’une transcription en graphie classique ; mais l’urgence est selon moi de mettre ces ouvrages à disposition, tant qu’ils ont des lecteurs potentiels. Je n’ai d’ailleurs jamais bien compris cette frénésie de transcription systématique des textes plus ou moins anciens en graphie classique ; un texte, qu’on le veuille ou non et même si bien sûr il est possible de le transcrire, est attaché à sa graphie originale. Nous n’avons pas à avoir honte des graphies patoisantes, même si nous avons opté, pour mille bonnes raisons, pour la graphie classique dans l’écriture contemporaine.

 J’insiste sur ce point, parce qu’il me semble symptomatique du fossé considérable qui continue de séparer locuteurs et occitanistes, entre autres sur la question graphique : il me paraît tout à fait légitime que les gens aient envie de retrouver le Lingamiau qu’ils ont connu, sans que l’opération ne soit accompagnée d’une rééducation graphique. Ce sont par des initiatives similaires qu’il deviendra possible de s’assurer cette collaboration intergénérationnelle (en particulier des plus âgés avec les plus jeunes) qui se développe un peu partout (voir par exemple l’article concernant la Bretagne dans le récent n° 745 de la Setmana) et sans laquelle nous ne saurions renouer le fil de la langue.

 

Jean-Pierre Cavaillé

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Libraria Occitana, enseigne, rue Haute-Vienne. photo Josianne Pradoux

 


 

[1]  A noter que tous ne sont pas des permanents. Pascal Boudy n’est affecté à l’IEO qu’un jour par semaine.

[2]  Voir le compte rendu en ligne de la séance de 7 décembre 2009.

[3]  Je n’ai évidemment rien contre Internet, certes, mais je veux simplement dire qu’il ne saurait suffire à lui seul à faire vivre une langue ; cela tombe tellement sous le sens, que je me dispenserai de plus amples développements. Qu’on cesse donc de nous le présenter comme le remède miracle.

[4]  Je me rends bien compte de l’hérésie que je viens de proférer, à l’heure où l’on peut encore se déchirer autour de la proposition d’écrire Limòtges (graphie classique conforme à la prononciation des usagers) plutôt que Lemòtges (version bêtement étymologique) sur les panneaux d’entrée de ville.

Posté par tavan à 20:41 - - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires sur L’Institut d’Études Occitanes : dix ans de travail dans l’étouffoir limousin

bonne année!

Bon, je vais aller me pendre...
Malheureusement tout est vrai dans ton article...
Je suis par ailleurs complètement d'accord avec toi sur toutes tes remarques et propositions personnelles (à propos des "locuteurs du patois qui organisent des soirées" et la nécessité d'approcher ces gens, d'arrêter de les snober (comme nous avons su le faire avec le Félibrige). Sur la graphie de Lingamiau, il serait bon de pouvoir proposer deux éditions, l'une en graphie originale, l'autre en graphie occitane. Ce que les extrémistes de la graphie normalisée ne veulent pas reconnaître, c'est que la graphie patoisante est extrêmement utile à qui veut apprendre les particularismes et prononciations locales. C'est un plaisir de savoir précisément comment tel même mot se prononçait à Limoges, à Uzerche et à Bourganeuf en 1900.
Et enfin, tout à fait d'accord sur la nécessité de créer une Amassada limousine, réunissant sans préjugés ni dédain ni snobisme de part et d'autre les Jan dau Melhau, les Yves Lavalade et les Robert Joudoux (voire les Fernand Mourguet) ainsi que les occitanistes sauce IEO et ceux qui chantent des chansons en patois avec leur groupes folklorique, bref tous les gens qui ont un rapport d'affection à la langue, quelle que soit la conception personnelle qu'ils en ont... et bien sur, exiger la présence autour de la table des médias, des élus, du rectorat etc...
Il faut aller plus loin, en créant des liens réels entre cette Amassada et les équivalents d'autres régions, non seulement occitanes mais aussi basques, corses, bretons, alsaciens, catalans, d'oïl etc...
Anem, 'nirai pas me pendre, que lor faria ben trop plaser... vau contunhar la lucha, 'n'annada de mai!

Posté par Marteau Nadin, 02 janvier 2010 à 12:24
Plan granada 2010 ambe la santat

Adiussiatz,
D'accòrdi ambe vosautres...Mas.
Qualquas remarcas praquò
- pas facile de s'amassar totas "tendencias mescladas". Aici a Mureth avem tot per o far , n'avem somiat ambe plen de monde plan vodat a nòstra causa , e ben avem pas encapat. Aquò's un mestier de s'organisar.
-crompe tot çò que trobi escrich dins patès de Roèrgue , e de pertot, o dins occitan (de mai en mai malaisit de ne trobar ...)Justament per recaptar lo biais de dire e lo ton , s'es possible, o disi sens vergonha... En legissent , se vei consi lo moviment occitan foguèt fòrt un còp èra, e consi se demesiguèt. Un còp èra i avia dusca 500 liceans qu'estudiavan a Rodez, al temps de Calelhon per exemple , e mai de 1000 abonats a la revista del Grèlh Roergas. Quand òm vei çò que capitèron de far los aujòls e consi nos retrobem ara, nosautres.
- ara d'occitanistes fariàn gaireben lo repròche als occitans de daissar tombar la lenga , sens cap de dinhitat, mas i a una violençia que se'n parla pas. De segur nos faltan los mejans , l'escòla la radiò, la premsa tanben al nivèl nacional, mas me pareisson puslèu come las consequencias , que la causa prumièra es:
L'obligacion "economica"de parlar lo françès per se trobar un emplèc... Aquò val per la majora part de la populacion, e per la totalitat de l'"elita". Que dèu mai sovent "montar" trabalhar a Paris, un biais de mostrar la pata blanca qué.. . Fa gaire, sonque los paisans escapavan, tanben los minaires de La Sala(per etsemple) a la "lei etnocidaira".... mas ara son pus gaire , com'o notètz.
Solide que se los catalans contunhan de servar lor lenga , aquò's que tenon la potencia economica ambe los bascs... òm sab qu'Airbus es a mand de desluòcalisar cap a la China o endacòm mai. La mapa nacionala de la crisi joslinha plan ont se troba la Franca utile, industriela, lo trabalh d'aranha de la DATAR, e los emplècs vertadièrs, (e totes los diplomats de las regions ont las lengas crèvan) pas sonque los emplècs del torisme, lo païs dels pargues .
Coma o diguèt un jove dins la Depêche: " j'aime l'occitan , mais il ne me sert à rien".
- Cal de saberuts per denonciar aquel système etnocidaire , "consi estudiar una lenga qu'es per tal dire, enebida d'utilitat publica".
- mantunes elegits de drècha e d'esquèrra, e encara de responsables jacobins son d'accòrdi per nos escanar, doçamenton, es a dire en donant un quicòm mai , gaireben ren, per far mina d'ajudar . Podran dire deman qu'an fach tot lo possible, mas que lo monde ne'n volian pas mai de son patès .
-per l'internet me pareis un brave mejan d'enquiquinar totes aquelses "universalistes del défòra". A la condicion d'escambiar ambe los estrangièrs, ambe l'UE, cal escriure à totes los que "lutjan" o creson de lutjar per la diversitat francophonica , es pas de creire consi son nombroses, al dedins al defòra, e lo molon d' articles que ne parlan. Al Liban , dins "AEF" "AOF" Canada , dins Indochina . Cal cercar "menace sur la langue française"ou" diversité et francophonie" ... Coma se ne plòvià...Lo françès se sentis mai amenaçat que nosautres!
E lo fach que lo regent d'occitan sia forçat d'ensenhar de'n primièr l'anglès, farià plan plaser al fraires Quebecquèses...
Enfin , per clavar, me pareis qu'avem besonh de formacion per animar de còlas, que que siàn. E que cal d'un biais se "professionalmisar", per de qué lo monde i es accostumat. E que tot aquò s'inventa pas ?

Posté par Manjacostels, 02 janvier 2010 à 22:50

remarcas :
cal pas fantasmar sus l' adversitat de l'administracion . es marginala ! cal simplament saber aver de projèct credibles e saber contornar l'opposicion quora existis . i a tanben d'occitanistas dins l'administracion . cal , pensi tanben , destriar "un jacobin" estacat a l'egalitat e a la republica ( e n'i d'occitanistas) d'un tipe que se ditz jacobin per ço que suporta pas l'occitan .
i a çaquelà de problèmas dins de seccions de l'ieo per definir de projècts clar e realist . per lo moment me sembla la problematica prioritara a reglar

Posté par jofre, 03 janvier 2010 à 09:56

Chau pas fantasmar sobre l'ostilitat de l'administracion,mas la chau pas niar nimanco. Co qu'es contat dins l'article de JP sus las maniobras dels IA e dau rectorat es terrible. E sabo las dificultats qu'an descorat Domenja Decomps, que totun fai d'annaas que se bate. Los textes existan, sobre las CALR e sobre la plaça de las lengas reginalas dins l'ensenhament (franc que lo tipe qu'a dich que l'ensenhament de l'occitan es pus possible s'apiele sobre la lei Fillon de 2005 e la necessitat implicita de convencions Region-Rectorat. Vau vere se la FELC poèmfar quaque ren, quand foguesse qu'una interpelacion simbolica au rector e au president de Region.

Posté par Philippe Martel, 03 janvier 2010 à 22:22
Es aital en Lemosin

Ieu tanben m'a espantat lo retrait de l'actitud dels organs administratius pel sòl lemosin.
Es pas de créser aquela mena de bloquitge. Solide que cal de volontat de fèrre per plan voler endralhar de projèctes.
Cal plan faire quicòm ara per l'ensenhament de l'occitan en Lemosin.

Posté par Joan del Puèg, 04 janvier 2010 à 21:55
Mesa au punt

adieu Joan Peire,
ai legit amb grand interès ton article sus lo rendut compte de l'amassada de l'ieo lo 7 de novembre, onte ieu era pas, retenguda per d'autras activitas relativas a l'occitan .Per ta governa personala, m'agradariá d'apondre de chausas que ne'n parlas pas e que pertant relevan directament de l'ensenhament dins le segondari .
Veiquí çò que ieu fau a Seilhac, a Tula :
Mesa au punt :
efectius au collegi (totjorn en augmentacion dempuei 1997 , annada que tornei préner daus cors d'occitan a Seilhac, a la demanda de P Sarpoulet e J Salles-Loustau) :
- 6a : 50 (1 ora setmaniera)
- 5a : 63 (1 ora setmaniera )
- 4a : 16 (3 oras setmanieras)
- 3a : 28 (3 oras setmanieras)
total : 157 sus 380 escolans , e aquò dempuei d'annadas .
A Seilhac fau renmas de l'occitan, i fau un mieg temps que sufís pas per tots los cors, dins d'oraris normaus, coma totas las disciplinas .Chada annada dempuei 2004 ai organizat la dictada occitana (2010 serà la 7a !) , emb 130 personas l'an passat, e la mejana d'atge era massivament en dejós de 22 ans !!Mas qui ne'n a parlat dins los mitans occitanistas lemosins ?

Coma i a ren au liceu, los goiats an pas de cors, mas empescha pas que s'inscrivan totparier per l'espròva siá facultativa siá de lenga viva 2 (emb de coeficicients plan interessants).
2009 : un detzenat de candidats se presenteron per passar l'occitan au bac, e agueron de bons resultats, maugrat lo manca de cors pendent 3 ans ! çò que mostra ben lo trabalh fait de lor 6a a lor 3a, emb d'oraris normaus, dins lo respect de l' aplicacion daus textes.
2010 : coma las autras annadas despassarem los 12 candidats ; deve dire que tots los ans, a partir de Paschas, prene lo maquis per lor far una preparacion minimala per lo bac. Mas qui ne'n parla ?

A l'iufm, per la preparacion au concors en PE1 (per lo concors de professor d'escòla) ai tots los ans 50% daus efectius de la promocion per l'espròva facultativa. Qui ne'n parla ? (segur pas lo rectorat qu'espera que me'n ane a la retirada )

Ujan ai pas pogut, per de razons administrativas ( e subrecharja de trabalh) aceptar de far los cors a la fac de letras. Mas ren era fach perfin que los estudiants poguessan venir, qu'avián daus cors obligatòris en mesma temps, e far 160 km per d'efectius rachitics era pas gaire motivant .

Lo CREO : ieu ai desmissionat lo 16 de mai de 2008; ai tengut 5 ans, a escriure sens relambi de letras a tots los elegits, que responden sovent cortesament mas sens eficacitat de ren, letras au rectorat que fai de responsas mespresentas (ai 2 gròs classadors d'aqueus corriers que balhe a qui los vòu ....!!) , mas chau ben reconeitre tanben que las amassasdas a tres o quatre personas, qu'eram nonmàs un o dos dins lo melhor daus cas a ensenhar l'occitan, son pas una desmarcha motivanta !
Onte son los ensenhaires d'occitan en Lemosin ? Aquò seriá la primiera question de reglar ; per ensenhar chau daus ensenhaires, formats vertadierament. Un creo sens ensenhaires, quau sense a ?

darriera mesa au punt :
dempuei 2000 ai revirat o escriut un quinzenat d'obratges (BD, albums, juecs) en lemosin, editats per lo CAPOC , a destinacion de la jòunessa (mas los pus vielhs se'n pòden servir per apréner !) , qui ne'n a parlat en Lemosin a part I. Lavalade per los 2 primiers ? I a quauqu'un que quò interessa (a part la Calandreta e la librariá ) ??
JF Vinhaud a pres la sega per revirar aqueus albums (qu'a fòrt de totjorn far a gratis òm s'alassa !), benleu qu'alaidonc la visibilitat serà mai efectiva ?

Oc, de segur i a de las chausas que se fan en defòra de l'ieo, benvolentament, mas coma quò es pas subvencionat per la region, degun ne'n parla ! o ben i a d'autras razons que m'eschapan completament, e ai pas lo temps de las esperpissar.
Quau resson aguet OC BEN en Lemosin dins lo mitan occitanista ? Lo primier volum fuguet re-editat doas annadas après sa surtida, pas mercé aus Lemosins ...

Tanben tene de precisar, que lo rectorat vai pas crear "a priori" daus pòstes d'occitan ni dins lo primari, ni dins lo segondari ; chau d'en primier que las chausas se faguessan dins l'encastre de l'educacion nacionala, per mostrar que quò es possible, per demandar los mejans ; a Seilhac ren es pas estat jamai donat de denaut, m'a totjorn chaugut zo conquesir. Quò es los que son en pòste que deven obrar d'en primier, e bastir per los seguents, e l'avenir.... !!

aquò completarà tas informacions incompletas.
plan coralament
ddecomps

Posté par d.decomps, 05 janvier 2010 à 15:40
Continuez!

Je suis de passage souvent sur ce blog, interressée par toutes les langues. je progresse d'ailleurs, en compréhension écrite du moins, en vous lisant en occitan. Je suis familière du patois limousin par mes origines. Je dois vous dire que les joutes de commentaires me font "marrer". Et le dernier,posté par d.decomps, est pile dans la ligne de mes pensées. Ou comment peuvent s'opposer "érudition" (ou tout au moins affichage d'érudition) et "vécu" ( non exempt d'érudition mais dicrète). Vous devinez de quel coté mon coeur balance. Bravo donc à vos contradicteurs, tel fignel par exemple à propos des néos... merci à vous aussi monsieur Cavaillé de permettre ces échanges nourris. Pour parler de mercis, il y en a 1000 dans le 1000° numéro de courrier internationnal en 1000 langues parmi lesquelles figurent le gascon et le provencal, mais point d'occitan, ils exagèrent!

Posté par lalirette, 07 janvier 2010 à 13:51
qui sème le vent...

Il se passe en Limousin ce qui se passe un peu partout: l'occitanisme, qui est une idéologie, récolte ce qu'elle a semé: elle a méprisé le patois, elle récolte le néant. Elle a voulu imposer une graphie pour les savants, les gens normaux l'ont délaissée, pour ne pas dire méprisée.
Il faut rappeler à tout un chacun que le mot OCCITANIA a toujours désigné le LANGUEDOC, et rien d'autre: j'ai un tas de citations historiques à ce sujet, toutes vérifiables. Alors se dire "occitan" en Limousin, c'est soit risible soit à en pleurer: ignorance crasse, bêtise ou impérialisme qui n'ose pas dire son nom?

Posté par gourgaud, 01 février 2010 à 16:38
Vieille chanson antioccitane

Le message de Gourgaud est un concentré des vieux arguments anti-occitans dont le simplisme et la mauvaise foi sont à pleurer.
1- La graphie classique n'est pas savante, pas plus que celle de l'italien, de l'espagnol ou de l'anglais ! Une heure d'apprentissage et elle est acquise par n'importe quel enfant sachant déjà écrire. Ce travail minimal, qui permet d'accéder à tous les parlers d'òc et à la très vaste littérature graphiée selon le même code, devrait être fait à l'école et l'occitanisme n'est pas responsable des carrences du système scolaire français.
En plus, pour ma part, et je suis loin d'être une exeception, je n'ai aucune hostilité vis à vis des autres graphies, pas même des graphies patoisantes "singulières" (je veux dire bricolées par une seule personne dans son coin prétendant avoir trouvé la meilleure solution).
2- L'opposition "savants" et "gens normaux" est inepte : les savants (en tel ou tel domaine) sont des gens normaux et les gens normaux sont souvent savants (dans tel ou tel domaine). Le poujadisme anti-intellectuel et le mépris souverain pour le peuple sont les deux faces de la même médaille.
3- la phrase qui dit que l'occitania a "toujours" désignée le Languedoc et seulement le Languedoc est évidemment fausse, et sans rentrer dans le débat de l'ancienneté et du sens du mot en latin et en français (cela prendrait trop de place ici), il faut bien que les anti-occitans reconnaître que la revendication occitaniste ne date pas d'hier, et qu'elle existe en Limousin depuis le XIXe siècle, comme dans les autres zones occitanophones. Oui des limousins, depuis longtemps se disent occitans. C'est comme ça... Même la communauté de communes où j'habite, dans le nord de la Haute-Vienne, s'est donnée le nom de "porte d'occitanie" et les maires n'y sont certes pas occitanistes ! Mais surtout l'occitanie, comme identité géographique et éventuellement politique est une chose et l'occitan comme langue rassemblant les dialectes qui la composent en est une autre. Distinguons, n'amalgamons pas ! Adoptr une graphie (et uniquement la graphie !!!!!) commune à ce que l'on estime être des dialectes d'une même langue n'a évidemment rien à voir avec un projet de séparatisme politique...
4- Nous ne méprisons pas le patois, nous disons seulement que le patois est une langue à part entière et cette langue c'est (dans nos régions) l'occitan dans sa forme dialectale (ici) limousine. Autrement dit nous ne méprisons pas le patois puisque c'est cela même que nous appelons occitan !
5- Impérialisme de quoi et de qui ? du languedocien ? ça tombe bien, j'en suis un !!! sauf que je ne suis pas vraiment majoritaire à moi tout seul à l'ieo limousin !!! La différence entre votre conception de la langue et la nôtre, c'est que nous estimons que la langue est ouverte à tous (c'est pour cela qu'elle doit être enseignée) ; c'est ainsi que j'ai été accueilli en Limousin, alors que je suis languedocien. L'esprit de l'occitanisme est absolument étranger à l'idée d'une identité de la souche et de la transmission familiale comme unique forme légitime d'apprentissange de la langue.
6- Vous avez dit ignorance crasse et bêtise... attention, le boomerang est un instrument qui peut faire mal !
Tavan

Posté par tavan, 01 février 2010 à 19:15
Vieux arguments...

Je veux bien passer pour un menteur et un imbécile, même les deux à la fois, dès lors que l'anonyme "tavan" (moi je signe de mon nom) me répondra par des FAITS précis et vérifiables! Quand j'affirme que depuis toujours et jusqu'à la fin du XIXe siècle, OCCITANIA a désigné le Languedoc et rien d'autre, moi je peux donner des exemples concrets, des citations, etc.
Il vous suffit de faire la même chose pour me convaince et (re)faire de moi un occitaniste: où sont vos documents pour prouver que OCCITANIA ait jamais désigné le Limousin ou l'Auvergne ou la Provence, avant l'invention des Dupont-Dupond de l'occitanisme, les Estieu-Perbosc? Répondez à cela par des FAITS, et ajoutez toutes les insultes qu'il vous plaira: je serai satisfait.
En Cévennes, on a l'abitude d'être excommuniés, méprisés ou insultés, mais... on résiste!

Posté par gourgaud, 01 février 2010 à 19:18
Quelques réponses au "tavan"

Je sais bien qu'un tavan c'est hargneux et ça a pour vocation de piquer, mais on est dans mescladis e cops de gula (entre parenthèses un beau francisme, ce "cop de gula / coup de gueule"!! Chez moi on dit tout bêtement "brama", "uno bramado". Passons) donc je prends tout ça avec philosophie, c'est la règle du jeu. D'ailleurs je n'interviens que parce que je trouve cette chronique intelligente et sans langue de bois: des occitanistes disent qu'ils rament, ils essaient de savoir pourquoi, et moi j'apporte un essai d'explication, le même qui m'a fait passer de l'occitanisme (je fus même membre du Conselh de la Lenga Occitana, c'est dire si je reviens de loin!)au mistralisme pour la graphie, et à la pluralité DES langues d'oc pour l'intervention pratique sur le terrain.
L'argumentation de la "Grosse Mouche" a quelques points très faibles:
Affirmer que la graphie occitane n' est "pas plus savante que l'italien ou l'espagnol" fera rire tous ceux qui connaissent ces deux langues. Je suis d'accord pour l'anglais, qui a une graphie étymologique comme l'occitan (et le français...)mais l'espagnol (il faut dire "castillan" d'ailleurs) et l'italien ont une base graphique qui est non étymologique, phonétique (ou phonologique si vous voulez faire savant), donc l'occitan est à l'évidence bien plus difficile à maîtriser (je n'ai pas dit "impossible", figurez-vous que j'ai enseigné ladite graphie assez longtemps pour pouvoir en parler): quand en Cévennes "il avait" se dit "obiè" et qu'on vous fait écrire "avia" avec un -a accent aigu, ça fait quand même TROIS règles de prononciation pour quatre lettres : qui dit mieux?
Cessez de vous cacher derrière votre petit doigt: oui cette graphie est difficile, et bien plus que la mistralienne qui elle, comme l'italien, le castillan, le portugais et le roumain, a une base phonologique claire (du côté étymologiste,on trouve les Catalans, les Occitans ... et les Français...)Assumez donc sans complexe cette difficulté, que vous essayez de faire passer en proposant une meilleure communication (écrite) entre Nice et Limoges. CE QUI EST EXACT! Le problème étant: combien de Niçois lisent des livres en limousin, et combien de limousins de livres en niçois??
Nous on est des imbéciles, d'accord, mais notre problème principal c'est: comment faire lire du cévenol... à des Cévenols. Et il me semble, à lire cette chronique, que c'est aussi un peu le problème en Limousin: je me trompe?
Autre faiblesse, selon moi: la Grosse Mouche affirme qu'elle aime le "patois" puisqu'elle affirme que c'est de l'occitan: donc si de mon côté j'affirme que l'occitan c'est du français, c'est la preuve que je respecte l'occitan PUISQUE je dis que c'est du français?? Tout le monde verra bien la débilité de ce genre d'argumentation! Si vous aimez et respectez le patois, appelez-le "patois", c'est aussi simple que ça! Moi j'ai toujours entendu les occitanistes mépriser patois et patoisants, en Auvergne puis ici en Languedoc. Or le patois (qui n'a pas forcément cette note si péjorative que vous prétendez y lire: pour certains lexicographes (j'ai des références)le mot viendrait de "patrie": le patois serait la "langue des pères, des aïeux", et ça expliquerait qu'en Auvergne comme en Cévennes, le mot est bien accepté, populaire (pas comme "occitanie, -isme, etc."). Que vous le vouliez ou non, l'opposition savant/populaire existe bel et bien dans l'esprit des gens: pas des intelligences supérieures comme la vôtre, bien sûr, mais dans le petit esprit étroit des gens comme moi et d'autres. Au lieu de nier ou mépriser, il faut essayer de comprendre l'esprit patoisant et respecter les patoisants eux-mêmes, car ils possèdent une langue authentique, et c'est de cela qu'il faudrait partir, non?
Sur l'IMPERIALISME: si, comme je le crois, Occitan n'est historiquement qu'un synonyme de "languedocien", alors le fait de vouloir appeler "occitan" des pays qui ne l'ont JAMAIS été c'est de l'impérialisme, tout simplement! Quand la France (il n'y a pas si longtemps) déclarait "l'Algérie c'est la France", c'était une déclaration impérialiste. Quand on dit "Le Limousin c'est l'Occitanie" c'est exactement la même chose:pouvez-vous comprendre cela? ET que des Algériens se soient cru "français" n'a rien changé au problème, donc que des Limousins se croient "occitans" c'est tout pareil: vous ne réglez aucun problème en niant les faits.
Ce que j'en dis, c'est pour engager une discussion constructive: étant persuadé qu'en Limousin on parle une LANGUE d'oc et non un dialecte, je laisse bien sûr aux Limousins l'entière responsabilité de leus choix, et si la majorité se veut "occitane", ne croyez pas que ça me gêne un seul instant.
Comme disent les Provençaux "Iéu m'en foute, siéu d'Auriou!"

Posté par gourgaud, 01 février 2010 à 19:25
Un texte, pour montrer que les choses sont un peu plus compliquées

[je réponds à l'avant dernier commentaire de Gourgaud. Répondre au dernier me prendrait trop de temps et n'avancerait à rien].
Qui insulte qui ? je laisse juge le lecteur...
Bon, je citerai un texte, signalé par Jean-François Blanc (j'ai contrôlé !), pour montrer que la passion anti-occitaniste, comme toute les passions exhacerbée, aveugle ceux qui ne la maîtrise pas. Parce que pour le reste, qu'il soit bien clair que l'antiquité du mot et de la (des ?) notion(s) d'occitanie n'est pas ici mon problème. Le sujet de ce post c'est le sort fait à la langue en Limousin, que j'appelle occitan limousin, et que vous pouvez appeler "patois", car cela ne change rien à l'affaire (mis à part le fait tout de même que ceux qui ont hâte de la voir disparaître complètement, eux, disent encore et toujours, que ce n'est pas grave, car ce n'est qu'un "patois"). Identifier occitan et occitanie relève de la plus grossière des confusions et si l'on dit que l'occitan est parlé en Occitanie on ne fait pas ipso facto de l'Occitanie une réalité ni un projet politique. Maintenant, les gens (nous sommes soi-disant en démocratie) ont le droit d'avoir des projets politiques régionalistes, autonomistes, indépendantistes ou ce que vous voulez, c'est leur affaire ! Encore une fois, ce n'est absolument pas la question.
Une fois ces avertissements faits, voici le texte, que je ne cite donc pas pour montrer que l'occitanie a toujours existé, mais seulement pour infirmer les propos péremptoires de Gourgaud suivant lequel la notion d'occitanie comme excédant les limites de l'actuel Languedoc est une invention de Perbosc et d'Estieu : Louis-Etienne Arcère, Histoire de la Ville de la Rochelle et du Pays d'Aulnis, 1756, page 40.
http://books.google.com/books?id=DTgVAAAAQAAJ&pg=PA39&dq=%22les+%C3%A...
« Nous apprenons d’une Ordonnance de Charles IV du nom (1321) que Philippe le Long son frere,a voit fait condamner les Juifs du Royaume à une amende considérable, que la repartition en fut fait entre les Procureurs des Juifs de la langue d’oc & de la langue françoise ; que les premiers furent taxés à 40000 liv. parisis, sçavoir ceux des Sénéchaussées de Carcassonne, de Beaucaire, de Toulouse, de Rouergue, de Perigord & de Querci. […] En 1342, Philippe de Valois distingue la Saintonge, de la langue d’oc, in partibus Occitanis & Xantonensis. Des autorités contradictoires semblent renverser ce qui vient d’être établi. Philippe de Valois, par ses lettres du 4 Août 1304, appelle les Archevêques de Sens et d'Auch, l'Evêque de Noyon & Pierre de la Palu, ses Capitaines & Lieutenans dans l'Occitanie, in lingua occitana, avec ordre de s'y transporter tous ensemble, ou seulement deux d'entre eux, & de travailler à la réformation du Pays, dans les sénéchaussées de Toulouse, Agenois, Saintonge, &c. On peut conciler avec une distinction, cette contradiction apparente. Selon de sçavans Ecrivains, le Gouvernement de la langue d’oc pris en particulier, comprenoit depuis l’an 1271, jusques vers l’an 1455, toutes les Provinces méridionales du Royaume, où l’on parloit Provençal, soumises à l’autorité immédiate de nos Rois : la Saintonge n’étoit donc pas comprise dans le Languedoc proprement dit, c’est-à-dire, dans cette grand portion du Royaume, où le langage Provençal étoit en usage. Mais dans la suite, elle en aura fait partie par une attribution spéciale ». Rappelons que la Provence proprement dite n'est annexée qu'en 1481, cela pour montrer que 1- que les textes sur lesquels se basent Arcère conçoivent bien une unité linguistique ("lingua occitana")dans le Sud du royaume, de Beaucaire jusqu'à la Saintonge (qui fut du reste de langue d'oc). 2- ces textes certes n'utilisent pas le vocable "occitanie" c'est la traduction que propose cet auteur du XVIIIe siècle pour désigner ce qu'il appelle Languedoc (et là évidemment, notre contradicteur va crier "eureka !") mais pour Arcère languedocien et provençal... c'est la même chose!
C'est exemple n'a pas pour but de donner une légitimité territoriale à une revendication séparatiste, mais elle sert surtout à rappeler que la désignation "lingua occitana" pour désigner les parlers du sud (sans distinction des dialectes, déjà présents) n'est quand même pas une invention des occitanistes !!!!
3- Clairement, dans les textes des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle (voir par exemple la base de recherche Gallica), "occitanie" (en français) désigne néanmoins Languedoc, mais l'extension de ce que l'on entend par là est assez variable.

Enfin la posture de persécuté et de résistant est ridcule : personne ne parle d'envoyer des dragonnades dans les Cévennes pour imposer la graphie classique, que je sache ! D'autant plus qu'en Cévennes aussi, cette graphie s'est largement répandue, sans dragonnade ! Et sans vouloir polémiquer, je pense que les hussards noirs ont fait beaucoup plus de tort à votre cher "patois" que les dragons occitanistes envoyé par la sainte inquisition de l'ieo pour convertir par la force ceux qui refusent la graphie classique !!! Et quant à résister, il faudrait mieux résister "avec" ceux qui parlent d'occitan à la mort de la langue (je maintiens que ce que vous appelez patois et que j'appelle occitan sont la même langue puisque la différence est indiscernable à l'oreille) et non, stupidement, "contre eux".

Tavan (le pseudo qui apparaît partout sur ce blog, associé à mon nom propre, que vous trouverez donc sans peine)

Posté par tavan, 02 février 2010 à 09:41
Qui confond quoi?

Si j'ai bien compris la démonstration, "occitan" voulait dire "languedocien et provençal"?? Mais ai-je jamais prétendu le contraire??? Moi je parle du terme OCCITANIA qui désigne le Languedoc jusqu'en 1870 (Dictionnaire de Géographie) et même, pour le Félibrige, jusqu'en 1886 où un certain Joseph Roumanille traduit "Occitanie" par... Lengado, ça ne s'invente pas!
je ne vois pas trop en quoi ça vous gêne, d'ailleurs, puisque ppour vous l'"ancien" ça ne remonta pas avant le XIXe siècle, donc à Estieu Perbosc, CQFD. L'Occitanie, comme le disait mon collègue ès-linguistique P Sauzet, "n'a jamais existé, c'est pour cela qu'il est important de la faire exister". Pourquoi ne pas assumer tranquillement votre projet ocitaniste, à savoir faire surgir dans l'Histoire une "nation occitane" ou "Occitanie" dont les frontières seraient celles de la prétendue "langue occitane"? C'est un projet qui en vaut bien d'autres, après tout...
Moi je n'ai jamais appelé ma langue "patois", relisez-moi SVP: j'ai dit qu'il faut essayer de COMPRENDRE les patoisants et ne pas les mépriser: peut-on au moins être d'accord sur ce point? Et pareil pour les mistraliens (j'en suis) dont la graphie est celle (quand même) du Prix Nobel de Littérature.
Le jour où les occitanistes (ça a déjà été dit ici, et pas par moi) cesseront de vouloir toujours réécrire les auteurs et accepteront la diversité des graphies, on aura fait un grand pas en avant et la collaboration sera possible. Mais pas avant: je vous signale la parution d'un blog "Marsyas-oc" qui reproduit EN OCCITAN des poèmes de S.A. Peyre, un des plus anti-occitanistes des écrivains provençaux. C'est interdit par la loi, l'auteur ayant expressément prohibé ce trafic graphique. Etes-vous prêt(s) ici à condamner ce travail de faussaire? Ou êtes-vous solidaires du piratage graphique? Ca m'intéresse beaucoup de le savoir. J'ajoute que Mistral a aussi été piraté dans le même blog... et que c'est sur ce blog que j'ai trouvé votre adresse...
Tout ceci étant dit, je tiens à féliciter ce blog parce qu'il n'opère aucune censure sur l'expression des uns et des autres: c'est bien la première fois que je puis exprimer une opinion non occitaniste sur un site occitaniste: BRAVO!
Wikipedia, par contre... la censure totale et immédiate dès qu'on veut rétablir la graphie d'origine (j'ai essayé en vain avec l'abbé FAVRE)

Posté par gourgaud, 02 février 2010 à 23:25
Soyons clairs et brefs

Ne tergiversons en effet pas :
L'occitanie n'a en effet pas existé dans l'histoire comme entité politique ni découpage administratif (sinon identifié à la province du Lnaguedoc); elle existe par contre comme représentation, à travers l'acquisition d'une conscience linguistique et culturelle commune depuis le XIXe siècle, qui se manifeste aussi dans divers projets politiques. Mais l'adhésion raisonnée reposant sur les arguments des linguistes (ce que je ne suis pas je me contenterai de renvoyer à la même autorité de P. Sauzet) à la conception de la langue comme une dans la composition (et l'unification) de ses dialectes, n'a rien à voir avec le projet (en lui-même tout à fait respectable) d'une nation occitane.
Quant au mépris que les occitanistes auraient pour les patoisants, ça vraiment, pour moi, c'est du fantasme. Tout ce que je constate, c'est que tout le travail ici de collectage (de la parole de gens qui disent parler et chanter patois) ici, comme dans les parties du Languedoc que je fréquente, est fait par des gens qui appellent le patois occitan. Le fait d'appeler occitan le patois n'implique aucune espèce de mépris à l'égard des gens qui parlent ce qu'ils appelent du patois. cela est absolument étranger non seulement à mes convictions, mais à mon expérience, à l'ieo, à calandreta, au vu du travail de la Talvera de Cordes etc. etc.
Je ne suis pas partisan de la réécriture des textes; il me semble intéressant et même important de conserver l'originale, au moins en regard, pour les textes anciens, qu'il est aussi intéressant et important de transcrire, pour en permettre et faciliter la lecture à toute la koinè. Je ne connais pas cette affaire de piratage graphique : càd de réécriture d'un texte en graphie classique contre la volonté de son auteur. Mais là, je voudrais ajouter quelque chose : en français même nous lisons en permanence des textes plus ou moins anciens dont la graphie a été modernisée et normalisée; rien n'est plus commun que les transformations graphiques au cours du temps, dans toutes les langues. Je ne suis pas au courant de l'existence d'une législation à ce sujet, et je ne suis pas sûr que le terme de piratage, pour la réécriture des textes en graphie normalisée soit le terme idoine. certes changer la graphie change quelque chose à un texte, mais enfin cette transformation me paraît tout de même largement superficielle. Sauf que visiblement, elle est devenue pour certains un enjeu culturel et idéologique majeur, aussi bien parmi les occitanistes que les anti occitanistes : aux uns comme aux autres je conseillerai de s'intéresser plutôt à la qualité littéraire de leurs productions qu'à la qualité de la graphie (je dis pas ça pour S A Peyre, que je ne connais pas).
cordialement,
tavan

Posté par tavan, 03 février 2010 à 14:35
Nous allons nous entendre

Je suis d'acoord (et rassuré) sur l'essentiel: je vous fais confiance quand vous m'affirmez ne pas mépriser les patoisants, et surtout quand vous affirmez qu'on n'a pas à changer la graphie d'un auteur CONTEMPORAIN: SA Peyre, en plus, détestait la graphie occitane et avait expressément défendu qu'on le réécrive: ça peut se critiquer, mais c'était son droit, y compris légal. Pour les textes anciens, je suis bien d'accord qu'une visée pédagogique peut aboutir à "toiletter" un texte comme ça se fait dans toutes les langues je pense.
Le blog incriminé doit s'appeler "marsyas-oc", allez-y et vous verrez concrètement la difficulté à mettre en graphie occitane une poésie en provençal: des -a qui riment avec des -e, des pluriels avec des singuliers, etc. Ceci est un problème à la fois TECHNIQUE et IDEOLOGIQUE: je veux bien que la graphie occitane aide à lire d'une région à l'autre, mais il faut m'expliquer pourquoi le fait de rajouter partout des -s là où ils n'existent pas dans la langue (pas plus qu'en italien!) va aider à la compréhension?? C'est comme si vous vouliez réécrire l'italien, justement, en ajoutant des -s au pluriel sous prétexte qu'un castillan ou un portugais vont arriver ainsi à mieux lire l'italien!!! Là je diverge de votre jugement qui trouve que ce n'est pas très important de modifier la graphie.
C'est aussi là qu'est votre idéologie (et je la combats, pour des raisons pratiques, mais je la trouve respectable, elle est démocratique et n'a rien de choquant en elle-même: je ne confonds pas "occitaniste" et "intégriste occitaniste", ni "langue occitane" et "Occitanie", ma fréquentation du CLO m'ayant par ailleurs permis de fréquenter le gratin de l'intelligentsia occitaniste linguistique, parmi laquelle on trouve de fort honnêtes gens, P. Sauzet, J. Taupiac et bien d'autres)

Posté par gourgaud, 03 février 2010 à 16:40
J'oubliais...

Que la graphie occitane ait des partisans, une littérature, etc. tout autant que la mistralienne, ça ne fait pour moi aucun doute. Mais je constate une énorme différence d'approche de cette pluralité de graphies: chaque jour on peut voir des occitanistes qui changent la graphie d'auteurs mistraliens (et Mistral le premier, justement)et cela depuis plus de soixante ans. Mais pouvez-vous me donner UN SEUL EXEMPLE (toujours en 60 ans) d'un texte en graphie occitane qui ait été réécrit en graphie mistralienne? UN SEUL ??
Et si vous ne pouvez pas, pouvez-vous m'expliquer ou me justifier cette énorme différence de traitement (de respect)? Si la graphie a si peu d'importance, pourquoi s'acharner à la changer?
Je parle bien sûr de textes contemporains (depuis Mistral) et en graphie mistralienne (celle du Prix Nobel de Littérature, à ne pas oublier dans l'histoire)

Posté par gourgaud, 04 février 2010 à 00:08
Respect/ Irrespect

Le remarque est intéressante, mais à mon avis le fait de ne rien transcrire en graphie mistralienne ne s’explique pas par la simple invocation du “respect”. La différence énorme entre “classiques” et “mistraliens” (disons ainsi pour simplifier, et indiquer par là uniquement les deux choix de graphie), c’est que beaucoup de mistraliens refusent de considérer ce qui s’écrit en une autre graphie comme étant de la même langue (et donc digne d’être transcrit) ; ce n’est évidemment pas le cas des occitanistes, pour lesquels il s’agit bien toujours de la même langue. Pour eux – je veux dire de leur point de vue – transcrire en graphie classique est au contraire une marque de respect, certes pas pour la graphie mistralienne (ou des graphies patoisantes), mais pour la qualité du texte qu’ils transcrivent et pour la langue transcrite. L’obscession graphique conduit à cela : que ce qui est le comble de l’irrespect pour les uns est la marque du plus grand respect pour les autres... et finalement dans les deux sens, car en effet, lorsque le mistralien laisse en sa graphie un texte écrit en classique, il peut légitimement avoir l’impression de le “respecter”. Mais c’est un peu une vue de l’esprit, car je me damande si la plupart des mistraliens (qui sont évidemment les plus nombreux en Provence) s’intéressent tout simplement à ce qui se produit en graphie classique ? Et hors de Provence, lisent-ils Max Rouquette, Jean Boudou, Manciet, comme les occitanistes lisent et étudient Mistral et Aubanel,et même Peyre (que je n'ai pas lu, mais s’il a subit les agressions de la graphie classique, c’est donc qu’il intéresse des "classiques" !) Derrière la question classique, il y a évidemment la question de la restriction ou de l'ouverture de l'espace culturel.
Tavan (je n'ignore évidement pas tout à fait l'existence d'Alphonse Tavan, l'un des fondateurs du Félibrige, auquel j'ai usurpé involontairement le nom !)

Posté par tavan, 04 février 2010 à 09:02
Tavan, Tavan

vous n'avez rien "usurpé" du tout, puisque le nom propre est aussi un nom commun, que tout un chacun a parfaitement le droit d'emprunter. A preuve: avant vous, il y a eu deux "felibre di tavan": d'abord le propre Alphonse Tavan, cofondateur avec Mistral du Félibrige, puis le célèbre entomologiste Jean Henri Fabre. Disons que vous êtes le premier occitaniste à faire vôtre ce surnom au demeurant sympathique.
Pour en revenir à la philosophie graphique que supposent la "classique" ou "occitane " et la mistralienne (qui pour nous est évidemment "classique", puisqu'elle s'inspire directement des Troubadours): il y a chez les occitanistes la volonté affirmée d'effacer les différences dialectales par la graphie, pour unifier la langue. Cela suppose, bien entendu, une croyance en l'existence d'une langue "occitane" ou "d'oc" ou "provençale" de Nice à Bordeaux et de Montluçon à Salses (pour certains: a Elxe bien au sud de Valence en espagne)Cette croyance en vaut bien une autre, elle fut longtemps la mienne et n'est pas déshonorante. Mais pour des raisons pratiques, j'ai constaté (et ne suis pas le seul, j'ai "des amis" comme le dit ce brave Martel) que les gens ne se reconnaissent guère dans cette Occitanie qui leur paraît largement mythique ou mythifiée. D'instinct ils s'en méfient. Je ne dis pas qu'ils ont raison, je constate. Il est plus facile de les toucher en parlant de la "petite patrie" (je déteste cette expression!) cévenole que de la "grande patrie occitane" dans laquelle ils se sentent à la fois étrangers et ultra minoritaires.
L'essentiel de nos oppositions résident dans ce simple dilemne: Grande Occitanie ou petite Cévenne? Si vous répondez Grande Occitanie, vous avez raison d'utiliser et de promouvoir une graphie qui efface les localismes; si vous répondez Petite Cévenne vous avez tout aussi raison de défendre une graphie qui respecte les variations et qui permet à un débutant de prononcer correctement. La Grande Occitanie écrit "avia'", la Petite Cévenne "obiè": les buts pédagogiques sont tout différents, c'est tout!
Quand on cherche à convaince les autres, c'est juste par naïveté ou par plaisir de causer, car il en va des graphies comme des religions: ça ne se discute guère, mais ça se dispute beaucoup.

Posté par gourgaud, 07 février 2010 à 01:04
Deux outils à organiser

Bonjour,

Il est vrai qu'à partir du diagnostic que vous faites de la situation, il serait préférable de constituer deux niveaux de responsabilité :

- Une sorte de conseil politique de la Langue avec tous les gens engagés là dedans qui prends place dans un développement soutenable et qui dispose aussi de moyens d'action juridique de type
"offensif", c est à dire sans attendre que les obus nous tombent sur la tête.......et ce ne sont pas les vecteurs juridiques forts qui manquent.

- Une agence de développement linguistique avec des spécialistes permanents ou associés sur une approche globale de la langue dans son milieu ( compris avec des chercheurs des autres pays de l'UE ou d'Amérique du Nord).

FC

Posté par CHOUAS, 10 mai 2010 à 15:17
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