Mescladis e còps de gula

blog dédié aux cultures et langues minorées en général et à l'occitan en particulier. On y adopte une approche à la fois militante et réflexive et, dans tous les cas, résolument critique.

17 juillet 2009

Les nouveaux et les anciens Mohicans

Last_of_the_Mohicans

N. C Wyeth, 1919, illustration pour le Dernier des Mohicans


Les nouveaux et les anciens Mohicans

 

 En conclusion d’un compte rendu de l’excellent et très beau petit livre d’enquête sur le travail et les mots de l’eau sur le plateau des Millevaches, je disais non sans amertume que la question de l’agonie de la langue en Limousin ne semblait guère tourmenter les nouveaux habitants installés dans ce « refuge des résistances ».

Je suis en partie (en partie seulement) démenti par un tract inséré dans le dernier numéro de Creuse-Citron, le journal de la Creuse libertaire, et distribué lors de différentes manifestations cette année. Ce tract en effet se réfère à plusieurs reprises à l’occitan et aux autres langues régionales en même temps qu’aux identités culturelles et locales. Il s’y trouve exposé des idées sur ces questions à la fois radicales – on en attend pas moins de la part de militants anarchistes –, un peu naïves et surtout assez évasives. Je me permets de citer les passages où ces idées sont présentes, le texte intégral étant accessible en ligne  : « Défendre l’école publique, c’est défendre l’une des institutions les plus efficaces de l’État capitaliste: créée pour préparer les masses à la dictature industrielle, pousser à la revanche contre le Boche et glorifier l’exploitation coloniale, l’école de la république a d’abord détruit les langues et cultures régionales, porteuses, selon elle, de l’ignorance crasse, de l’archaïsme le plus infâme et... d’une insupportable tendance à l’autonomie locale. Elle a répandu, comme la vérole sur le bas clergé, ses mythes et mensonges sur l’histoire de nos pays […]. Elle reproduit une élite grande ou petite, de l’ENA et Polytechnique à la simple école "d’ingénieurs" ou "supérieurs de commerce"»[1]. Cette élite «  consacre l’échec, la casse des cancres, Occitans, Bretons ou Maghrébins, des enfants rebelles pour qui la dignité et le rêve valent plus que la peur du maître, de tous les insoumis de la science et de l’orthographe. […] Quelque part (au Chiapas et ailleurs), les derniers Mohicans luttent sur leur bout de terre, si belle qu’ils ne veulent pas la lâcher. Ils et elles (re)construisent des modes de vie qui leur sont chers, un habitat, des champs, leurs écoles et systèmes de santé, leur pratique de la justice, de la démocratie, du travail communautaire, des échanges équitables sans label, le partage gratuit des connaissances et le refus de la division du travail, la coordination et l’autogouvernement... Ici aussi (et ailleurs) de nouveaux Mohicans (peut-être Basques, Catalans, Parisiens ou Berbères, sur ces terres occitanes) se rencontrent, réfléchissent, préparent de nouvelles résistances, en dehors de l’État et du dialogue social, de la légalité et de la "défense des services publics" ».

 Je ne porterai ici aucun jugement sur le fond : il est clair que le refus de défendre l’école publique et les services publics dans leur ensemble est absolument cohérent lorsque l’on affiche un idéal politique anti-étatiste. L’attention, fugace mais explicite, pour les langues et les cultures locales s’appuie sur le principe libertaire de l’ « autonomie locale », c’est-à-dire de la maîtrise par les individus fédérés de leurs lieux de vie. Mais cet intérêt est une invocation sans grande conséquence. En effet, les « langues et cultures régionales » sont essentiellement perçues comme des victimes : de l’école de la République, des « élites » casse-cancres et répresseurs des « enfants rebelles », de la domination coloniale, voire de l’extermination pure et simple.. Mais à ce point, on quitte la vieille Europe pour les Amériques ; les exemples et modèles de lutte auxquels il est fait référence sont en efft les Mohicans, évidemment pour le livre de Fenimore Cooper, et les indiens du Chiapas, pour le sous commandant Marcos et l’Armée zapatiste de libération nationale… Il ne faut pas moins de deux mythes associés – le mythe indigéniste et celui du mouvement de libération révolutionnaire armé – pour donner un sens politique à la revendication d’autonomie locale. Derrière les mythes, il y a certes des réalités, mais c’est bien comme mythes que sont convoqués Mohicans et Chiapas : au Chiapas et ailleurs, les « derniers des Mohicans » luttent pour leur terre (notons au passage que cela est assez vexant pour les indiens du Chiapas, qui ont tout de même des noms à eux : Tzotziles, etc.)… et vivent en communautés autogérées. Du moins ce tract l’affirme-t-il. Sauf que Mohicans à nous, en règle générale, n’ont guère lutté pour leur « bout de terre » ; ils l’ont plutôt quitté pour s’en aller vivre en ville, et s’ils sont restés, sauf exception, les colons et les compagnies minières ne se sont pas précipités pour les leur prendre. En outre, les « élites », grande set petites, sont, pour une part, dans notre pays, constituées de leurs propres enfants, ce qui n’est certes pas le cas au Mexique, ni d’ailleurs aux États-Unis… Autrement dit, la comparaison n’est pas très pertinente, mais sa charge de lyrisme, son aura mythique, son romantisme indigéno-révolutionnaire, ne sont pas de trop pour justifier l’investissement du local, qui se caractérise ici surtout par une absence totale de références linguistiques, culturelles et politiques concrètes, au-delà du discours victimaire et du rappel – qui en effet n’est pas superflu – que le plateau est sis en « terres occitanes ».

 Mais justement, il n’est nullement question des indigènes ou autochtones, mais des « nouveaux Mohicans », installés dans ces maisons sur ces terres dont personne ne voulait plus. Ces nouveaux Mohicans ont bien sûr des identités multiples : « Basques, Catalans, Parisiens ou Berbères », et en ces « terres occitanes », ils se proposent de s’organiser sans l’État et contre lui… Mais qu’en est-il des relations avec les indigènes? Ce qu’ils sont, ce qu’ils ont été, ce qu’ils ont fait, au-delà (en deçà dans le temps) des faits de résistance… Ces indigènes qui eux-mêmes, fort de leurs savoir-faire et de leurs réseaux de solidarité, se débrouillaient comme ils pouvaient, dans une absence à peu près totale de soutiens et de secours publics, et qui étaient donc des sortes d’anarchistes malgré eux ? Peut-être que les « nouveaux Mohicans » auraient pas mal de choses à apprendre des vieux Mohicans, à commencer par leur langue, dans laquelle des siècles sinon de résistance, en tout cas de ténacité et de critique des puissants, se sont exprimés… Mais c’est que, voyez-vous, les « nouveaux » sont très occupés à se « rencontrer », à « réfléchir », à préparer de « nouvelles résistances ». En ceci, ils me font penser à ces communautés de radicaux fuyant l’Europe au XVIe et au XVIIe siècles (anabaptistes, quakers etc.), pour fonder une nouvelle société aux Amériques, et dont on ne peut pas dire qu’elles se soient beaucoup intéressées (doux euphémisme !) à la culture indigène. La différence est évidemment que le plateau n’est pas en dehors, mais au cœur de l’Europe, et nos colons n’ont aucune velléité colonisatrice et encore moins exterminatrice par rapport aux population locale, s’identifiant du reste significativement non au colon, mais à l’indien. Mais on voit bien encore une fois combien est insatisfaisante la métaphore indienne, comme elle masque en fait une réalité tout à fait étrangère aux Algonquins de l’Hudson et aux Lacandons du Chiapas.

 Mais je voudrais seulement dire : si le rapport à la terre que les nouveaux Mohicans ont choisi pour vivre n’inclut nullement la culture limousine et son histoire profonde (au-delà de quelques événements mythifiés, immédiatement absorbable par l’imaginaire révolutionnaire), pourquoi, finalement, y faire référence, si non pour se donner cette assise territoriale et une espèce de gage d’ancestralité par procuration, à travers laquelle les néo-ruraux peuvent se penser, ou plutôt se rêver comme les nouveaux derniers des Mohicans, se préparant à mener leur ultime combat ? Notons aussi que se choisir comme modèle les « derniers » des Mohicans est une façon non seulement de choyer un imaginaire, mais d’estimer que le combat est perdu d’avance. Les résistants de Guingouin, les communards et en général tous les révolutionnaires du passé se voyaient comme les premiers et non les derniers hommes libres. Ce qui est très frappant, en effet, dans les textes de la mouvance libertaire ou ultra-gauche qui paraissent ces derniers temps (voir L’insurrection qui vient, texte admirablement écrit, qui se réfère notamment à Guingouin d’ailleurs et entretient au moins par là un lien avec le plateau), c’est le sentiment de défaite irréversible et de désillusion révolutionnaire qui y domine, et justifie d’ailleurs la fuite des villes et l’adoption de modes de vie alternatifs. Car la fin du tract de Creuse-Citron exprime finalement le peu d’illusions que ces révolutionnaires, ou plutôt rebelles, se font quant aux chances de réussite de leur projet : « Déserter le système capitaliste, le boycotter, le saboter, inventer autre chose, n’est ni facile, ni impensable. On peut en tout cas essayer ». On n’y arrivera probablement pas, mais nous pouvons essayer quand même… Au fond, il y a bien un rapport – du moins en France (car tout cela, finalement, est très français ; cela est frappant dans l’Insurrection qui vient, : sa référence et son horizon étroitement hexagonaux) – entre les mouvements libertaires contemporains, le mouvement occitaniste et les mouvements en faveur des cultures et langues minorées. Nous nous savons à contre-courant, marginalisés, désarmés, ridiculisés, déconsidérés ; tout et tous, autour de nous, nous invitent  et nous pressent, par leur silence embarrassé, leur persiflage ou leurs menaces, à baisser les bras, à nous taire et à renoncer : nous connaissons notre extrême faiblesse, et à la fois nous nous démenons avec l’énergie du désespoir… Ce côté Don Quichotte, mais Don Quichotte lucide (une pure contradiction, mais qui fait sens), nous rapproche fort des anars d’aujourd’hui ; certains d’entre nous d’ailleurs se déclarent libertaires et loin de moi de leur cracher dessus… Autre chose enfin nous avvoisine, qui est tout de même le fond de ce tract : le fait de refuser que le lieu où nous vivons, soit le réceptacle passif de tout ce que la domination politique, culturelle et économique nous impose.

 

Jean-Pierre Cavaillé

 

vieuxpaysancreusois

 


 

[1] Voir, en un style autrement flamboyant, L’Insurrection qui vient : « Nous avons été expropriés de notre langue par l’enseignement, de nos chansons par la variété, de nos chairs par la pornographie de masse, de notre ville par la police, de nos amis par le salariat », p. 20.

Posté par tavan à 14:15 - Lemosinatges - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Voui...

Bonsoir ! Tu as raison et je trouve personnellement ta critique "amicale" ou ton com par rapport au tract mais en réalité non rédigé par Creuse-Citron mais inséré dedans assez pertinent et très intéressant.

Comparer les Mohicans à Guingouin, à l'EZLN, etc... n'est peut-être pas très judicieux... et surtout historiquement juste.
Je pense néanmoins que cette référence aux Mohicans, tout comme la formule ultra-connu "Le Dernier des Mohicans",n'est qu'une métaphore...
Usitée, comme la référence à Spartacus par exemple, devenu langage courant, et pis c'est tout.

Certes, pour les exégètes de notre acabit, historiens rigoureux, etc..., l'emploi de ce type de formules et ce genre de raccourcis peuvent sembler a-historiques (et ils le sont !) car faux intrinsèquement. Les Mohicans n'ont rien à voir avec l'histoire limousine même si quelques similitudes et quelques comparaisons peuvent y être trouvées.

Mais là, dans ce texte, je pense qu'il faut le voir comme seulement une formule, un "proverbe", un truc passé dans le langage courant: le dernier des Mohicans...signifiant...

Je dois t'avouer d'ailleurs que nous avons été "dubitatifs" longuement avant de re-publier sur "anarchie23" ce tract qui a néanmoins circulé d'abord à Toulouse, à Guéret et ailleurs et simplement "encarté" en page volante centrale dans Creuse-Citron.
A ce jour d'ailleurs, nous ne savons pas de qui il émane exactement. Mais peu importe...

Merci pour tes coms critiques, ton lien sur "anarchie23", etc...

Salutations Anarchistes !

Posté par Alayn, 18 juillet 2009 à 04:09

La question la plus importante qui soit soulevée dans votre critique est, selon moi, le lien entre les indigènes occitans du Plateau et les auteurs du tract. Les auteurs de ce tract mythifient les indigènes, que partagent-ils réellement avec eux?
S'intéressent-ils réellement aux langues et cultures minorées du territoire administratif français ou bien ne font-ils qu'instrumentaliser ces indigènes (romantisés) d'Occitanie, de Bretagne etc?
La question que cela pose également, c'est que, comme vous l'évoquez il me semble, les Occitans, les Bretons, les Catalans et Flamands français donnent tant dans la victimisation depuis 50 ans qu'ils sont devenus, aux yeux du grand public, des symboles de la soumission quand il eut été préférable qu'ils fussent des symboles de la résistance...
Passons, et pour revenir au sujet, quels liens lient nos nouveaux ruraux de la Montagne limousine et les gens qui y vivent depuis des siècles? L'alimentation? J'en doute, les néo-ruraux achètent des produits allemands dans les épiceries bio, plutôt que de tuer le cochon, les lapins et les poulets qu'ils élèveraient. La musique? 1 néo-rural limousin sur 10 a-t-il déjà écouté et apprécié le son rugueux du violon limousin? L'agriculture? Celui qui veut produire 100 courges, 500 tomates et 500 kg de pommes de terre à la main, bio, a-t-il vraiment à voir avec le vieux paysan qui économisa pour s'acheter son premier tracteur, puis son premier Round Baller, puis qui chercha toute sa vie à agrandir ses terres et son cheptel? La langue? Combien de néo-ruraux du Plateau parlent occitan? Combien savent que cette langue est la composante primordiale d'une culture ancestrale mais moribonde?
Lorsqu'ils s'installèrent dans les Cévennes, sur le Larzac, en Ardèche etc dans les années 1960-1970, les "babs", les "roots" se confrontèrent de suite avec les paysans et petits commerçants du cru, les fameux "indigènes". Ils y furent contraints, car d'abord ces indigènes tenaient l'économie locale, ils n'étaient pas tous retraités comme aujourd'hui, et ils voyaient arriver d'un oeil parfois médusé, parfois amusé, parfois inquiet, parfois agacé, ces chevelus qui débarquaient par centaines sur leurs territoires. Les indigènes allaient à leur rencontre, les babs allaient au devant des indigènes. Les indigènes voulaient comprendre, éclaircir la situation (un village des Cévennes qui passe de 50 habitants à une centaine en 6 mois, cela suscite des questions, des réactions), et les babs, qui voulaient souvent simplement perpétuer la paysannerie française, cherchaient une alternative à leur urbanité natale avant tout, allaient vers les indigènes pour leur demander conseil, ne serait-ce que comment fait-on pousser des tomates comme il faut, comment soigne-t-on une brebis, comment exploite-t-on une ruche etc... Les babas des sixties et seventies partaient du jour au lendemain de Paris, de Lyon, de Montpellier etc, dans leur van ou leur 2CV, et commençaient par, le plus souvent, squatter des bergeries, des ruines... leur installation était progressive, difficile, prenait des années. Ils sont encore là (hormi ceux qui sont repartis terminer leur fac de droit ou de médecine dès le premier hiver), promenez-vous sur les marchés cévenols ou ardéchois, ils sont là! certains se sont reconvertis, sont devenus, animateurs, formateurs, guides de rando...
Aujourd'hui, sur Millevaches, il me semble que nous assistons à une repopulation au compte-goutte, mais par des individus souvent hyper-militants, hyper-engagés, hyper-politisés, qui ne se mélangent pas forcément facilement à la faune indigène. On ne s'installe pas "à l'arrache", on fait appel à des réseaux d'entraide organisés, on monte son petit projet perso, on est appuyé par le Conseil Régional, par le Département, par l'Europe... Une fois installé, on passe plus de temps sur Internet à écrire sur son blog alter ou anar qu'à discuter avec l'indigène, qu'à organiser des veillées ou des soirées conte avec les vieux du village. On passe plus de temps à lire Bakounine qu'à lire Marcelle Delpastre... Finalement, on conçoit la "campagne" française comme un vaste ensemble homogène, ainsi on a été attiré par le côté désertique de la Creuse dans un esprit de "ici je serai tranquille, personne me fera chier!" plus que par un amour sincère du terroir. En un mot on aurait aussi bien pu se retrouver de la même façon en Dordogne, en Aveyron, dans les Ardennes, en Lozère... Combien restera-t-il de ces néo-ruraux dans 30 ans?
La campagne, vue comme un tout, devient le dernier endroit possible de modes de vie alternatifs, en opposition au capitalisme des villes. On aurait davantage discuté avec les fameux indigènes, on se serait pourtant apperçu qu'il n'est pas, traditionnellement, séculairement, de lieu où s'exprime plus le capitalisme, bien qu'à petite échelle, que dans nos campagnes, dans notre paysannerie. L'exploitation de l'homme, l'exploitation des animaux, la rentabilisation maximale de la terre, la recherche du profit, l'attachement viscéral à la propriété, la recherche permanente de propriété, la concurrence acharnée, cordiale ou agressive, avec la ferme voisine, avec le village voisin... Certes, nos paysans creusois ont très tôt voté socialiste, parfois communiste, cependant toute leur vie était vouée, et de façon assumée, au fonctionnement capitaliste.
Je généralise, certes, des cas particuliers pourront me démentir. C'est pourtant un constat des faits. Regardons les excellents reportages, visibles en ligne, de Télé Millevaches. Voyons qui sont les acteurs du Plateau aujourd'hui. Allons dans les foires bio, les fêtes alter, les festival world que nous concoctent ces nouveaux arrivants. Ils s'approprient la Montagne, en font ce qu'ils veulent en faire, et c'est très bien. Mais je ne vois pas, quasiment jamais, ce fameux lien, cette fameuse continuité par rapport aux indigènes qui les précédaient. Et j'ai peur que cela manque, car l'on peut naïvement penser que si l'on vit de telle façon depuis des siècles sur un territoire donné, c'est qu'il y a des raisons liées à la morphologie de ce territoire. Quant à la langue, et pour finir, repeupler le Plateau de Millevaches sans qu'y vive la langue occitane, cela a, à mes yeux, bien peu de sens! Mais il serait trop long d'expliquer ici pourquoi je pense ainsi...

Posté par Cafiero, 18 juillet 2009 à 11:26

Bonsoir ! Oui, je suis assez d'accord avec le com du dessus: il y a une certaine coupure entre les autochtones et les néo-ruraux mais pas toujours. Il y a des endroits où le mélange est effectif et a permis de redonner vie à certains lieux, villages, etc...

Je pense aussi que la plupart des autochtones ne vivent plus comme dans les années 50: la télé a remplacé les contes, les machines agricoles l'entraide pour les travaux des champs, etc...

C'est même bien souvent des néo-ruraux qui essayent de faire resurgir ce passé un peu mythifié.

Et puis, à part encore quelques personnes agées qui parlent le patois (de plus en plus rare) c'est bien souvent aussi quelques néo-ruraux, politisés d'ailleurs, qui essayent de faire revivre l'occitan, etc...

J'ai bien compris aussi que pour vous ici, votre cheval de bataille est de faire revivre la langue occitane et toute la culture qui s'y rapporte.
Pour moi, c'est un peu du domaine du folklore mais passons.

On était partis des "nouveaux Mohicans" ou soit-disant. Et c'est assez vrai que c'est une comparaison pas très juste avec beaucoup de néo-ruraux.
Pas plus que les autochtones, même parlant occitan, sont des "anciens Mohicans"

Salutations Anarchistes !

Posté par Alayn, 18 juillet 2009 à 19:02

reviviscence et folklore

Nous (puisque vous apostrophez un ocllectif) n'essayons pas de faire "revivre" l'occitan, car il n'est pas "mort". Disons que nous nous obstinons à le parler "encore". Qu'es tot un autra causa. Si vous jugez le fait que s'employer à faire vivre et (non "revivre") une langue minorée est "folklorique", alors il est clair que vous êtes en accord, au moins sur ce sujet là, en parfaite syntonie avec l'idéologie dominante, et votre position en la matière me paraît fort peu libertaire. La terminologie que vous utilisez ("patois", "folklore"), et que vous n'oseriez pas utiliser pour les indiens d'Amérique par exemple, en est un preuve manifeste.

Posté par tavan, 18 juillet 2009 à 19:35

anarchisme et cultures

A Alayn:
je ne conçois pas que l'on se dise anarchiste et que l'on méprise ainsi les cultures et les langues.
Ce que vous réduisez à du "folklore", c'est une culture millénaire, un façon de parler, donc de penser, donc de percevoir le monde, donc de le dire, de le comprendre, de l'appréhender. Chaque langue, chaque parler est une vision du monde.
L'anarchisme tend à l'émancipation universelle de l'homme, à la liberté totale des individus. Je doute que les hommes puissent s'émanciper en suivant le modèle dominant et écrasant d'une culture unique imposée en une langue unique. La concorde humaine que recherche l'anarchiste est la somme d'individualités respectées, le mélange harmonieux, et non l'uniformisation culturelle et politique qui rendrait l'humanité fade et inintéressante. Une façon unique de parler, donc de penser le monde, c'est plus largement une façon unique d'être, d'agir. C'est ce que nous, anarchistes, combattons. L'homme doit être libre, sortir des carcans. Défendre les langues, toutes les langues, toutes les cultures, toutes les façons d'être dans leur diversité, c'est défendre la liberté de l'homme. Beaucoup d'anarchistes aujourd'hui, et vous semblez en faire partie, passent complètement à côté de cet enjeu. Il n'y aura pourtant pas de liberté suprême sans droit à la différence. La mise à mort d'une langue par l'État et par le désintéressement des élites intellectuelles à ces questions, c'est l'absolutisme qui s'exprime et qui gagne. Continuez à vous émouvoir des questions tibétaines ou amazoniennes et de mépriser, de folkloriser la culture occitane, vous ne serez pour moi qu'un bouffon au service de l'impérialisme et du capitalisme occidental.

Posté par Cafiero, 19 juillet 2009 à 12:54

néo-ruraux et culture trad.

Merci Jean-Pierre pour cet article.
Au sujet des néoruraux, il est probable que la plupart d'entre eux s'installent ici ou là au gré des "occasions" et des "idées" qu'il se font de "la campagne" sans se soucier vraiment de l'endroit où ils s'installent.
Je ne serais néanmoins pas aussi "sévère" que Cafiero, dont j'entends bien les arguments cependant, notamment quant à l'abscence d'intérêt de ces néoruraux pour la culture du pays.

A vrai dire, le choix d'un mode de vie alternatif me semblerait parfaitement s'accorder avec un engagement pour une culture et une langue minorée. Seulement, je dois bien reconnaître que bien peu de néoruraux alter s'intéressent au final à l'occitan et au biais de viure, à la manière de vivre limousine, du moins ce qu'il en reste aujourd'hui.
On pourrait s'étonner de cela.
Mais est-ce le fait d'un désintérêt profond pour la culture "autochtone" ou d'une ignorance entretenue par le manque de curiosité, l'absence de sensibilisation de ces nouveaux installés ?
A vrai dire, je doute que les néoruraux écologistes soient fondamentalement hostiles aux langues et cultures dites régionales. Au pire, certains d'entre eux les assimilent-ils au passé les estimant sans intérêt pour l'avenir, comme cela semble être le cas d'Alayn.

Malheureusement, on ne peut que constater que le mode de vie traditionnel limousin est moribond. Les néoruraux réinventent des systèmes d'entraide qui finalement ressemblent à ceux que l'on pouvait trouver dans les villages. Néanmoins, il s'agit désormais de systèmes choisis comme tels et non subis comme c'était le cas. Il ne faudrait pas idéaliser le mode de vie de la société traditionnelle. Je crains que les hommes ne soient enclins à aider leur prochain que dans la mesure où ils savent qu'ils recevront une rétribution. Autrefois, on aidait le voisin pour qu'il nous aide à son tour.
Bref, je ne doute pas que la société traditionnelles eut ses avantages mais de là à la considérer comme exemplaire...
A l'inverse, il est tout de même regrettable que l'on ne retienne rien de ses apports séculaires pour aujourd'hui et pour demain.
Comme je ne vois pas d'opposition entre néoruralité et engagement pour les cultures minorées, je me prends à rêver d'un renouveau par ce biais.
Que faudrait-il donc, si ces néoruraux n'y voient pas d'opposition, pour susciter l'intérêt pour la culture autochtone ?
A mon avis, il manquerait pas grand chose, à moins que je me fasse des idées.

J'éviterais d'abord de les blâmer pour cela. Après tout, qui a arrêté de transmettre les savoirs et savoirs-faire ? Ce sont bien nos aieux. Certes, leur culture a été dévalorisée dans le discours dominant et ils y ont crus. Tout de même, ils ont aussi leur part de responsabilité et leurs enfants, pour partie, également.

Franchement, avec un peu de concertation, je suis convaincu qu'on pourrait susciter l'intérêt de certains ou alors, on pourrait clairement dire que la valorisation d'une néoruralité alternative par l'image du "dernier des Mohicans" n'est qu'un procédé rhétorique creux, non que les derniers Limousins "traditionnels" soient des derniers Mohicans, mais que l'intérêt pour les cultures minorées ne relève en ce cas que du discours, un discours romantisé avec en arrière plan un culte du martyr où l'on sait que tout est perdu mais où le héros veut mourir glorieux.

Il serait maintenant souhaitable que les uns et les autres se rencontrent, si cela est possible, afin de voir ce qu'il en est vraiment de chacun, que l'on sorte d'un côté de l'image parfois "bobo" (j'ai toujours pas compris exactement qui est ou n'est pas bobo...) des uns et de l'image nostalgique/folklorique, assimilé à un combat d'arrière-garde, des autres.

Encore ne faut-il pas renoncer, dans un cas comme dans l'autre avant même d'avoir commencé, sinon ce n'est plus qu'un combat pour la gloire.
On a pas grand chose à espérer mais on a pas grand chose à désespérer non plus.

Pour conclure, un point de vue très personnel : sur la question d'élever soi-même ses propres animaux pour les tuer, je l'admets de la part des paysans qui ont toujours vécus comme ça pour se nourrir, mais je comprends parfaitement qu'on ne souhaite pas tuer, notamment soi-même, des animaux, ses animaux.
Il reste deux choix dans ce dernier cas : soit ne pas consommer de viande, soit acheter sa viande en prêtant attention aux conditions d'élevages.
Qu'on ne me dise pas qu'il s'agit là de sensiblerie, c'est un des aspects de la société traditionnelle qu'il ne me dérange pas du tout de voir disparaître.
Cela dit, tous ces gens qui mangent de la viande produite en batterie, d'animaux qu'ils n'auraient pas le cran de tuer eux-mêmes, et qui donc n'assument pas leurs actes en se défaussant sur la société de consommation pour leur petit plaisir, ceux-là, ils me paraissent clairement hypocrites.

Enfin, je reste persuadé qu'il reste beaucoup à inventer, pas la peine de pleurer sans cesse sur ce qu'on a perdu.
On va peut-être dans le mur, cela ne doit pas être un prétexte pour que chacun ne fasse rien.

Posté par Jean-Christophe, 19 juillet 2009 à 14:09

lapin

A Jean Christophe:
je comprends parfaitement que l'on ne veuille pas tuer soi-même un animal, cela dit je trouve bien plus logique, lorsque l'on vit à la campagne, qu'on a du terrain et que l'on est carnivore, de tuer soi-même les animaux que l'on consomme. Cela redonne du sens au fait de manger de la viande, redonne de l'importance à cet acte. Celui qui n'a jamais tué un animal de ses propres mains (oh je ne dis pas que j'ai tué des veaux, juste quelques lapins et poules, en famille) et qui se contente toute sa vie de consommer des morceaux de viande tombés dans son assiette par la magie glauque de l'industrie agro-alimentaire, celui-là ne peut pas respecter l'animal pour se qu'il lui apporte: un moyen de subsistance et de plaisir. On peut surveiller les conditions d'élevage des animaux achetés au supermarché ou chez le boucher, mais il n'y a pas trente-six manières de tuer un animal. Une mise à mort, c'est une mise à mort. Et ça n'est jamais, même lorsqu'on y est habitué, une jouissance d'assommer un lapin, de lui arracher l'œil, de le vider de son sang, de le dépouiller et de le dépecer, mais quand on a le morceau de viande cuisiné dans son assiette, ensuite, on a ensuite beaucoup plus de respect pour l'animal, et de respect pour ce qu'offre la nature, que lorsqu'il nous tombe tout cuit dans l'assiette... ça peut paraître tordu, mais j'en suis persuadé. Mon rapport à la viande a radicalement changé le jour où, vers 12 ou 13 ans, j'ai tué mon premier lapin avec ma grand-mère...
Bref, j'évoquais seulement ce mode de nutrition traditionnel (tout comme le sont la chasse et la pêche) pour le comparer, l'opposer à l'achat de produits manufacturé dans les magasins bio à la mode. Et je suis toujours quelque peu amusé par les néo-ruraux qui élèvent des animaux (par exemple 2 ou 3 brebis dont ils ne se servent que comme de tondeuses à gazon) qui ne supportent pas l'idée que l'on touche à leurs peluches, pardon à leurs animaux, mais qui achètent "de la bonne viande chez le boucher bio du marché de Felletin, parce-que tu comprends c'est top qualité, c'est pas mal cher mais c'est trop bon...".

Posté par Cafiero, 19 juillet 2009 à 14:12

Il y a un paquet de monde qui est venu s'installer "à la campagne" : des néo-ruraux comme décrits ci-dessus, mais aussi des propriétaires de maisons secondaires à la retraite et tout le cortège de ressortissants de l'UE à la recherche de conditions favorables (soleil, prix de l'immobilier).
Ces gens là diffèrent-ils tant les uns des autres ? Pas sûr... On vient pour un lieu : nature, isolement, vielles pierres, un paysage quoi. Mais les nouveaux arrivants recherchent rarement l'intégration (ce qu'on exige absoluement des immigrés ailleurs). Tout ça se confond, il n'y a qu'a voir ce qu'est devenu l'Ardèche, où le mélange baba/bronze-cul a bien fonctionné.
En tout cas, les gens du pays (mais ce sont souvent des vieux cons)réservent généralement le même jugement moqueur aux uns et aux autres.
Tout ça c'est finalement une forme de colonialisme, ni plus ni moins, et d'ailleurs, on peut être colon et pauvre. La référence maladroite aux indiens est peut-être révélatrice d'une certaine mauvaise conscience... (?)

Posté par Laurent, 19 juillet 2009 à 15:10

société traditionnelle ?

Je ne comprends plus très bien où vous voulez en venir les uns et les autres si l'on considère le sujet de départ quant au rapport que les néo-ruraux entretiennent avec la culture "traditionnelle".

J'ai pas envie d'entrer dans une polémique quant aux fait de se nourrir de chair animale, de tuer pour cela ou d'acheter...
Je ne suis malheureusement pas convaincu que tout le monde répugne à tuer ou faire souffrir un animal, j'imagine même que c'est source de jouissance pour certains.
Quant à ses propres animaux familiers, ses compagnons, à moins d'être insensible, je vois encore moins comment on pourrait les tuer pour les manger à moins de crever de faim et encore.
Lors d'un crash d'avion dans la montagne, certains individus survivants ont subsisté en mangeant de la chair humaine le temps que les secours arrivent, mais tous n'ont pas pu et pourtant la chair était déjà morte.

Partir dans un débat comme celui-là ne mènerait nulle part. J'en ai déjà fait les frais.
Bref, au final, idéaliser la défunte culture traditionnelle me paraît excessif de même qu'exalter le bon sauvage... Il y a du bon et du moins bon dans chaque société.
Les néoruraux écolos essayent au moins de créer des systèmes alternatifs, certains d'entre eux s'inspirant de systèmes antérieurs. Je ne suis pas sûr qu'il y ait d'hostilité de leur part à l'égard des langues minorées, au pire une indifférence. On a tout à gagner à échanger avec eux.
Télémillevaches, à l'occasion de son anniversaire, avait organisé des rencontres sur le sujet il y a quelques années à Faux-la-Montagne. C'était une bonne initiative.
Maintenant, la com. sur les derniers des Mohicans... Jean-Pierre en a fait une analyse bien pensée.

Posté par Jean-Christophe, 19 juillet 2009 à 22:47

@ Tavan :
Òsca JP per vòstre "oclectif" !
Lo Lafont diguèt qu'al temps tres de l'occitanisme nos caldria trapar quicòm mai que "occitanista". Sem benlèu sus la bòna dralha...
;)

Posté par Laurenç, 20 juillet 2009 à 21:19

mauresca

"J’emmerde dans toutes les luttes le super militant
Prétendant en pleurnichant être le dernier des Mohicans"
Stéréotypes, par Mauresca Fracas Dub, album Bartàs (2008).

Posté par myrthe, 28 juillet 2009 à 10:58

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