Lu un bref, mais très intéressant article de David Grosclaude publié en occitan dans la Setmana n° 650 (14.02.08/ 20.02.08), sous le titre : Parla coma cal ! Je me permets d’en donner une traduction française, car il me semble contribuer à la discussion que j’essaie ici d’animer sur la question des accents (voir les messages intitulés Accent local et Suivez l’accent francophone. Un projet d’André Minvielle).

 

 

 

 

 

Parle comme il faut !

 

 

 

 C’était un soir comme les autres sur France 2 à l’heure du journal de 20 h. Les informations défilent, puis vient un sujet sur l’Afrique. Entretiens et commentaires et, à moment donné, l’entretien d’un africain qui parle français, comme beaucoup d’africains des anciennes colonies françaises. L’homme parle la langue avec un accent mais on le comprend sans difficulté ; au moins si l’on est disposé à accepter la différence, l’accentuation différente. Mais la télévision française a décidé de sous-titrer l’entretien. Qui a décidé de faire cela ? Qui a décidé que l’homme n’était pas suffisamment compréhensible ?

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 Un détail, dirons certains, mais en réalité cela devient de plus en plus courant. Il s’est passé la même chose pour des antillais qui parlaient français, non créole. Et même pour des personnes qui vivent dans l’hexagone et ont un accent.

 

 Cela pose la question de la norme. Il y aurait des gens qui ne seraient pas dans la norme et qui auraient besoin d’aide pour leur permettre de communiquer leur message. Il y a aussi des gens à la télévision qui pensent que les téléspectateurs ne sont pas capables de supporter la différence. Et c’est la même télévision qui donne des leçons à propos des minorités visibles. En clair, on peut avoir une couleur de peau différente mais à condition de parler comme un habitant du XVIe arrondissement de Paris !

 

 Je me demande si les responsables de la télévision publique se rendent compte de la responsabilité qu’ils ont d’accoutumer les téléspectateurs à ne plus supporter la différence. A la moindre différence de comportement, en l’occurrence de langage, on donne une version normée. On fait remarquer que l’interlocuteur n’est pas dans la norme. Imaginez un peu que l’on fasse la même chose pour la couleur de la peau ! A la fin, pour montrer une image « conforme », on pourrait décider de blanchir le visage des gens qui parlent et il n’y aura plus de problème.

 

 En définitive, c’est ce qui se passe. Dans la personnalité, la façon de parler est aussi importante que l’apparence. Allons plus loin. Que feraient les mêmes interviewers qui sous-titrent à la télévision s’ils faisaient de la radio ? Feraient-ils une traduction sonore ou laisseraient-ils parler la personne avec son accent, et éventuellement ses « fautes » de syntaxe ?

 

 On savait que la télévision française ne supportait pas les occitans quand ils parlent français avec un accent. Ça ne fait pas sérieux. Il en va désormais ainsi dans l’inconscient collectif, et le syndrome de Fernandel fonctionne bien. Maintenant le principe est appliqué à tous.

 

 C’est un signe d’enfermement de la part d’une langue, ou plutôt d’enfermement de ceux qui la portent car le français n’est pas plus enfermé qu’une autre langue. C’est un signe qui montre que le discours sur la diversité en France est d’une grande hypocrisie. La différence n’est pas supportée, même si on en chante les vertus quand on parle, par exemple, pour les élections, des « candidats de la diversité ». Il faut comprendre qu’il s’agit de candidats d’origine africaine, magrébine ou autre. Mais vous avez remarqué qu’alors la diversité se dit au singulier, ce qui signifie que la diversité est cachée sous une forme de norme pour le moins paradoxale. C’est aussi ridicule que si l’on disait qu’à partir d’aujourd’hui le pluriel se conjuguera au singulier. Une sorte de négation de la troisième personne du pluriel. C’est une négation de la personne. Vous êtes différents mais vous êtes surtout priés de ne pas le faire remarquer. Et si vous êtes bilingues, on vous prie de ne pas parler l’autre langue car elle pourrait déranger ceux qui ne parlent qu’une langue. Vous avez la peau noire, jaune, verte ou rouge ? Merci de dire que vous faites partie de « la diversité ». Il faut simplifier les concepts, renier les adjectifs. Et de toute façon, votre différence n’est qu’un moment passager, quelque chose qui ne durera pas. Celui qui est encore dans « la diversité » devra finalement prendre le chemin de la normalisation.

 

 

 

David Grosclaude