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Mescladis e còps de gula
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  • blog dédié aux cultures et langues minorées en général et à l'occitan en particulier. On y adopte une approche à la fois militante et réflexive et, dans tous les cas, résolument critique. Langues d'usage : français, occitan et italien.
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17 août 2006

Une littérature sans locuteur : le dialecte limousin dans le Guide Bleu

guidebleu_limousin

 

Une littérature sans locuteur : le dialecte limousin dans le Guide Bleu

Dans le tout nouveau Guide Bleu du Limousin, qui vient de paraître (2006, établi par Marie-Pascale Rauzier), trois petites pages sont consacrées au « Dialecte limousin ». Elles méritent une courte réflexion. Ces pages donnent en effet une information assez riche (s’entend : pour trois pages de texte) sur la littérature limousine, envisagée dans la diachronie : naissance de la poésie lyrique, troubadours, auteurs « patoisants » du XVIIIe siècle, « renaissance » du Félibrige au XIXe siècle, écrivains à cheval sur les deux siècles, et même du seul XXe : Jean-Baptiste Chèze, Paul-Louis Grenier, Albert Pestour, Marcelle Delpastre, Roger Tenèze… avec deux mots de description pour chacun. On notera cependant qu’aucun vivant, n’est nommé, à la différence des écrivains d’expression française, auxquels est consacrée la rubrique suivante (il est vrai étrangement plus courte : une seule page). Il s’agit donc d’une littérature active jusque dans un passé proche, mais apparemment aujourd’hui atone voire révolue.

 

Mais surtout une langue ne se réduit pas à sa littérature. Or sur la langue parlée, chantée, vécue, il n’y a à peu près rien, sinon un petit encadré sur les origines des noms de lieux et de personnes où apparaissent quelques mots d’occitan, d’ailleurs orthographiés convenablement … Vous me direz, c’est le problème des guides : entre les monuments, il n’y a rien, ou pas grand chose sur la vie sociale, la culture, etc. de même donc entre les monuments littéraires, pas de réalité linguistique vivante : cela n’est pas censé intéresser le touriste, pourvu qu’on lui réponde en un français compréhensible lorsqu’il demande où se trouve le menhir ou l’église romane. Voire, mais enfin, ce déficit est regrettable et révélateur…

 

Révélateurs d’abord les premiers mots : « Issu de la langue occitane, le dialecte limousin a connu ses heures de gloire à l’époque médiévale… », etc. Bien sûr, il n’y a jamais eu « une » langue occitane originelle dont seraient issus, par la suite, « des » dialectes, dont le limousin. Mais cela montre la difficulté de comprendre, lorsque l’on est pétri de l’idéologie de la langue unique, qu’une langue puisse être constituée de plusieurs dialectes, sans que l’on ait à présupposer l’existence d’une langue non dialectale les ayant précédés dans le temps. Ainsi n'est-il guère pertinent d’écrire, par exemple, que « le dialecte limousin » fut « adopté par les poètes d’òc » à l’époque médiévale. Cela est même, littéralement, faux.

 

La notice du guide raconte comment, par la suite, à la Renaissance, après l’ordonnance de Villers-Cotterêts, le « dialecte » fut « remisé au rang de patois » : ce n’est que « dans les campagnes » qu’il conserve sa place « comme langue orale et familiale ». Fausse projection de la situation, disons des années 1930-1950, sur les siècles antérieurs, car jusqu’à ces années-là, la langue était parlée et abondamment dans les villes et les bourgs comme à la campagne. Je suis obligé ici de me répéter (voir, « La langue des cimetières » : l’oraison funèbre d’un "francophone" pour le "patois" limousin), mais c’est l’un des préjugés les plus tenaces, partagé par de trop nombreux occitanistes et pourtant démenti par toute la documentation et bien sûr la mémoire vive des urbains. Il ne suffit donc pas d’adopter un vocabulaire politiquement correct, parler de « dialecte » et non plus de « patois » (effort certes louable), pour s’affranchir des préjugés liés à la notion de patois. Évoquer le limousin des XVIe-XVIIIe, et même du XIXe siècle, c’est se souvenir d’un territoire où l’occitan limousin reste la langue de communication orale dominante partout, à quelques exceptions sociales près.

 

Le lecteur du guide devra en tout cas se contenter de cette très succincte allusion pour ce qui est de la langue orale : rien d’ailleurs n’est dit, sur le présent, qu’il s’agisse d’oral ou d’écrit. Comme si Delpastre, dont la date de décès est donnée (1998) avait été la dernière à écrire la langue, et surtout, comme si Delpastre avait écrit en une langue déjà morte depuis longtemps. C’est ainsi que le Guide Bleu, dans ces quelques pages, muséifie la langue à travers sa seule littérature. Et cela est évidemment très déplaisant et assez déprimant pour ceux la parlent et qui l’écrivent. 

 

JP C

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Commentaires
G
Autrement dit Jan dau Melhau qui anime régulièrement et pas seulement dans l'île de Vassivière, écrit , publie , chante etc...passe à la trappe avec d'autres qui écrivent et publient encore comme les Périgourdins Jean ierre Reydy,Michel Chadeuil, Jean Gagnaire...).<br /> On attends qu'il meurt cmme un loup dans son coin, comme les autres.<br /> Mais la seule poésie ne peut suffir à illustrer la volonté de survivre d'une langue, il manque l'équivalent du Carnaval Béarnais et d'Hestivoc à Limoges (www.carnavalbiarnes.fr et www.hestivoc.com qui se déroulent à Pau, une ville légèrement plus modeste que Limoges, en Béarn),il manque sans doute plus de groupes et pas que folkoriques (mais du rock , du jazz, du jazz-rock , du rap e que te sabe mai, ren mas qu'en plana e brava lingalmosina, que sais-je, qui chantent tout en langue limousine).<br /> Il n'y a aucun article en limousin dans la presse régionale comme par exemple tous les jeudis dans la République des Pyrénées de Pau (rubrique de Pedezert), là aussi il faudrait qu'il y ait des éditorialistes courageux pour accueillir un petit encart (au moins une page à lire).<br /> Je suis un limousinant qui vit en Béarn et vraiement cela me fait mal au coeur de voir que le Limoges de Panazol et le Limousin ne se réveille pas davantage pour proposer une visibilité nouvelle pour notre langue, sans oublier les tee-shirts (ça commence un peu avec les tee-shirts "Chabatz d'Entrar" qui imitent le modèle des tee-shirts béarnais "Adishatz).<br /> On ne veut pas croire que le "patois" , la langue locale peut être économiquement porteuse d'un certain dynamisme, et pourtant, même en Suisse , dans le Valais ils l'ont compris, même en Belgique avec le Carnaval wallon de Malmédy le parler local y apporte son joyeux grain de sel, même au Québec où le français s'écoute aussi en joual.<br /> Il faudrait créer un événement qu'aucun guide ne peut occulter, un événement festif, musical, ludique et un peu joyeusement contestataire...autour de la langue et de la culture limousine... et de quelques clafoutis et autre plaisirs gastronomiques en passant.
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T
J'ai feuilleté aujourd'hui par hasard le guide du Limousin (3 départements) parus aux éditions La Renaissance du Livre (Tournai, Belgique) en 1997. Il fut rédigé par deux universitaires limougeauds, Olivier Balabanian et Guy Bouet. Repensant au sujet « guides touristiques et langue occitane » de ce blog, j'ai bien sûr traqué avec acharnement une quelconque référence à ce morceau majeur de notre culture régionale. Le résultat de mes recherches fut tant décevant que je ne peux m'empêcher de le commenter ici... <br /> La première partie de l'ouvrage s'intitule "Les facettes d'une identité"...vaste programme. Le descriptif nous promet entre autres une "présentation des aspects culturels originaux" de notre cher pays. Je me jette donc sur le chapitre nommé "Le Limousin, marche occitane", chapitre de 12 pages dans lequel à mon grand désespoir je ne devais trouver qu'un misérable encart (texte placé donc hors du développement global concernant la culture limousine...) de 15 lignes –taille de police 4 je pense- faisant référence à notre belle langue...et quel résumé! Je vous le livre:<br /> « Les troubadours limousins :<br /> En pleine période où triomphaient les guerres et la brutalité, dans un monde dur et viril, naquit et se développa, au nord de l’Occitanie, une chanson d’amour qui célébrait la femme. Ce furent les cours des grands seigneurs qui inspirèrent et hébergèrent les poètes –les troubadours- créateurs de la courtoisie, encore inconnue, à l’époque, du Nord de la France. Il est vrai que l’un des plus anciens troubadours fut un grand seigneur, Guillaume IX d’Aquitaine, soldat, croisé et poète.<br /> Véritable jeu littéraire, l’amour courtois idéalise la femme –la dame- célébrée par le poète, l’amant-vassal. C’est le culte respectueux de la femme qui impose sa douce et exigeante soumission. <br /> On a recensé en Limousin 36 troubadours (350 dans toute l’Occitanie) d’origines sociales très diverses : grands seigneurs comme Eble de Ventadour, simples chevaliers comme Bertran de Born, fils du peuple comme Bernard de Ventadour ou Gaucelm Faidit. Ces auteurs limousins ont connu une immense notoriété. Parmi les plus célèbres, citons Bernard de Ventadour, qui célébra en Limousin Marguerite de Turenne ; de 1147 à 1170, il a composé 44 pièces. La poésie en langue limousine vécut de 1150 à 1230, puis elle disparut brutalement. Alors que la masse de la population continuait à parler en occitan, les meilleurs écrivains limousins firent carrière à Paris : l’un des plus grands, Dorat, maître de Ronsard et Du Bellay, écrivit au XVIè siècle uniquement en latin et en français. La langue limousine ne fut plus alors considérée que comme un patois. »<br /> <br /> Les auteurs ont du se dire : « Voilà, ça c’est fait ! On ne pourra pas dire que nous n’en avons pas parlé… » Ensuite viennent quelques 60 pages couvrant des domaines si divers que l’élevage ovin, les industries de l’armement, l’ancrage à gauche de la région et même l’industrie du tourisme en Limousin sans que jamais, je dis jamais (j’ai dépouillé) il ne soit question de la langue et de la culture occitane. Comment voulez-vous que l’on en parle puisque cette culture et sa littérature sont mortes en 1230 ! <br /> Revenons sur quelques points particulièrement déplaisants de ce misérable et assassin résumé d’une culture qui a à peu près 1000 ans… et qui vit encore bien que cela les dépasse ! <br /> Tout d’abord de grossières erreurs concernant les «troubadours » cités. D’ailleurs pourquoi ne pas écrire ce mot dans sa véritable graphie, ainsi que de nommer ces poètes par leur véritable patronyme (écrit-on ‘Rousevelte’ au lieu de Roosevelt ?) .<br /> -Guilhem IX, considéré comme le premier des trobadors, a souvent livré des textes que l’on peut juger pornographiques. Il y parle crûment de ses exploits sexuels. D’autres trobadors firent plus fin niveau courtoisie… Rappelons également qu’il fit croisade aux côtés de Godefroy de Bouillon. Il passa sa vie à se battre (prise de Toulouse, reconquista du royaume de Valencia…). Bien d’autres trobadors firent la guerre toute leur vie (Jaufre Rudel, Richard Cœur de Lion…). L’opposition manichéenne nord violent/sud pacifiste est pour cette époque tout à fait imaginaire et réductrice. Il n’y a pas non plus d’opposition à sous-entendre entre fin amor et virilité !<br /> -Bertran de Born nétait pas simple chevalier mais seigneur de Hautefort. Il célébra la guerre comme l’amour. Il est connu notamment pour ses sirventes, poèmes satiriques plutôt violents. Son œuvre est en quasi-totalité politique. Eh oui messieurs dames, l’art des trobadors ne se résume pas à la pastourelle ni à la sérénade. <br /> -Gaucelm Faidit n’est pas à mettre au même niveau social que Bernat de Ventadorn. Faidit était issu de la grande bourgeoisie (ou de la petite noblesse, comme on veut…), Ventadorn était fils d’un boulanger (certains disent d’un serf).<br /> <br /> Précisons également que certains spécialistes parlent de plus de 400 trobadors en Occitanie, certains d’entre eux vont même jusqu’à 450 ! Ici on nous parle de 350…<br /> <br /> D’autre part ce que l’auteur de ce texte nomme « poésie limousine », il semble vouloir dire la poésie des trobadors (pas seulement limousins) n’a pas pu s’éteindre en 1230 puisque Peire Cardenal, célèbre trobador lui aussi, mourut vers 1270-1280…<br /> <br /> Mais c’est ce qui m’a le plus choqué dans ce résumé : « La poésie en langue limousine a disparu brutalement en 1230 » ! Alors les Mouzat, Delpastre, Rolet et autres Combi ne sont, ou ne furent, que des eschantits (feux follets) ? Des tòrnas (fantômes) ? La poésie occitane n’est plus, depuis huit siècles… Moi qui ai, naïvement, cru qu’il existait au XXIè siècle une création poétique occitane de valeur, presque abondante… ! Quelle violente désillusion. <br /> <br /> L’auteur se permet ensuite de parler des MEILLEURS écrivains limousins ! Celui qui aime un peu la littérature et la critique littéraire sait que l’expression « meilleur écrivain» n’a absolument aucune valeur dans cette discipline ! Et bien entendu les « meilleurs » sont montés vivre à Paris, normal. Nous apprenons ensuite qu’à partir de Jean Daurat (ou Dorat), donc du XVIè siècle, voire avant, l’occitan limousin ne fut plus considéré que comme un patois. Ce genre d’article y contribue, c’est certain, mais le plus grave c’est de finir sur cette phrase. Considérée comme un patois par qui ? Tout le monde ? Sans aller jusqu’à l’I.E.O. ou à d’autres associations, projets et évènements occitanistes récents, s’il nous avait seulement parlé de Mistral et du Félibrige…Mais non, la langue occitane est devenue un patois, la poésie occitane est morte ! Daurat vivait à Paris et écrivait en français, c’en est bien la preuve indiscutable… Point final !<br /> <br /> Je jette l’opprobre sans concession aux deux universitaires crétins qui pondirent ce guide, par ailleurs bien pauvre d’intêret.
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T
Dommage mais comme à l'accoutumée nous nous nourrirons et nous contenterons de ces quelques miettes, cependant peu rassasiantes...mais miettes tout de même et non néant!<br /> La maison d'édition de guides Bonneton fournit en général des éléments culturels et linguistiques plus satisfaisants dans ses ouvrages. Dans les guides du Limousin et de la Haute-Vienne plusieurs pages sont consacrées à la culture occitane de notre région et le portrait de celle-ci peut sembler ici plus moderne et ouvert que celui de son concurrent bleu. Bien sûr les puristes et passionnés (dont je suis) y trouveront toujours quelques imperfections mais de mémoire le texte de chez Bonneton ne m'avait pas paru si déplaisant. L'accent y est toutefois mis sur la littérature plus que sur l'oralité, une fois encore. Mais ne vaut-il pas mieux un guide moyen qui nous parle de Ventadorn et Melhau en passant par Grenier et Mouzat qu'un guide mauvais qui dresserait le portrait folklorique et "grotesquisé" d'une langue seulement parlée par les plus vieux des paysans de notre pays profond (contre-vérité terrible que l'on trouve encore dans force ouvrages...). Et voilà, une fois de plus nous nous contenterons de ces quelques miettes...pfff...<br /> Tiston
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