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Mescladis e còps de gula
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  • blog dédié aux cultures et langues minorées en général et à l'occitan en particulier. On y adopte une approche à la fois militante et réflexive et, dans tous les cas, résolument critique. Langues d'usage : français, occitan et italien.
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1 juin 2006

Vive l'Occitan Limousin

L'article qui suit, a été rédigé en juin 2004 pour la presse locale (Populaire du Centre), qui n'a pas daigné le publier

 

Mourguet

 

 

Vive l’occitan limousin !


Malgré son titre à la ponctuation audacieuse et une savoureuse illustration de couverture, le livre de Fernand Mourguet, Vive le patois limousin!..., est un livre triste[1]. Triste parce que résigné. Et il n’est rien de pire que la résignation, qui renonce à faire vivre et même à laisser vivre, en décrétant comme déjà advenue la mort du malade. Car il est clair que, pour l’auteur, ce qu’il nomme son « patois » - celui que l’on parle, ou plutôt que l’on parlait à Flavignac et environs - est une chose morte ou proche de la mort, une chose du passé. Le tout est de contenir une « amertume » et une « nostalgie », qui ne sauraient d’ailleurs être vraiment légitimes, ne s’agissant que d’une chose sans grande importance, sans dignité culturelle et sans avenir : le « patois ». Car la résignation et l’autodépréciation culturelle sont ici inséparables : pour que vive le patois limousin, encore faudrait-il reconnaître qu’il est une langue à part entière, et que cette langue est l’occitan.

Au contraire le discours de la résignation et de l’autodépréciation se nourrit d’une opposition factice, mensongère et dommageable : l’auteur en effet oppose les vieilles gens des villages et des campagnes, qui parlent patois, et les « savants » ou prétendus tels, étrangers aux réalités paysannes et qui, comprend-on, ont inventé l’occitan ; soit, pour le dire avec lui (et dans sa graphie), il y aurait d’un côté « lo patouei dau Galètou » (du nom d’une ancienne revue patoise limousine) et de l’autre « l’occitan daus sabènts ». Or cette séparation est fausse et malhonnête, aussi bien sur le plan linguistique que sur le plan social et culturel.

Sur le plan de la langue, elle se cristallise autour de la question orthographique, intéressante en soi, mais présentée de manière fausse et biaisée. Par exemple, lorsque l’auteur écrit, pour contester les très rares panneaux routiers en occitan : « nous ne disions pas Aissa » pour désigner Aixe sur Vienne, « mais Aïsso », il est facile de lui répondre que Aissa (graphie classique) se dit très précisément, selon une orthographe à la française, Aïsso, code de lecture que n’importe qui sachant lire et écrire peut s’approprier en une demi-heure ! Il s’agit donc très exactement du même mot, prononcé de la même manière et il n’est pire sourd que qui ne veut entendre ! Cette difficulté n’existe en fait que parce que l’école n’accomplit pas la tâche, que l’on peut estimer fondamentale, de délivrer l’apprentissage minimal qui permettrait la lecture de l’occitan normalisé et par là l’accès à ses expressions écrites contemporaines. Mais surtout, évidemment, il faut rappeler, une fois encore, que le « patois » limousin, sans aucune discussion possible, dans toutes ses variantes locales, est l’un des dialectes qui composent ce que l’on appelle occitan ou langue d’oc. Sur le plan social et culturel l’opposition entre les locuteurs authentiques, gens simples de la terre, et les occitans, savantasses urbains, est tout aussi fausse et perfide, tant il est vrai, d’abord, que plusieurs des grands écrivains d’expression occitane dont le limousin peut, pardon, devrait s’enorgueillir, ont partagé et partagent encore pour certains, la condition paysanne. On ne trouvera d’ailleurs dans le livre de F. Mourguet presque aucune mention à tous ces auteurs, à Marcelle Delpastre par exemple, poétesse, écrivaine et paysanne (cette année au programme du capes d’occitan) dont vient de sortir l’admirable dernier volume de Mémoires[2], à Jan dau Melhau, écrivain, conteur, musicien[3], à Yves Lavalade auteur de nombreux travaux linguistiques, lexicologiques, grammaticaux, à peine signalé dans le livre, etc. etc. Aucune référence n’est faite aux activités de l’Institut d’Etudes Occitanes, au travail pédagogique des écoles Calandreta (M. Mourguet sait-il, veut-il savoir, est-il est prêt à accepter de savoir que des enfants à Limoges sont aujourd’hui scolarisés gratuitement, sans aucune discrimination sociale, en « patois » s’il y tient ?), aux activités de l’Institut d’Etudes Occitanes, aux cours d’occitan délivrés dans les collèges, lycées, universités (certes en nombre très insuffisant, mais c’est là une autre question…), bref à tout ce qui fait que la langue que l’on déclare morte est encore vive. Surtout, en se livrant à ce qui est bien un travail de deuil linguistique, je voudrai faire remarquer que F. Mourguet, qu’il le veuille ou non, tient le même discours que les « savants », si l’on entend par là tous ces écrivains d’expression française, que j’appellerai pour ma part volontiers les renégats du patois, ceux qui font des campagnes de leur enfance et de leur jeunesse la matière d’une littérature composée dans un français ultra-académique et surcorrigé, où rien de « patois » ne doit se faire entendre, où rien dans le ton et le style ne doit plus sentir son cul-terreux. Comme s’il fallait, pour pouvoir tirer gloire d’être né et d’avoir grandi au pays du « patois », accomplir le décrottage total et définitif de la langue. Quelques noms viennent ici spontanément à l’esprit : ceux des Richard Millet, des Pierre Bergounioux, des Pierre Michon[4]… dont je ne juge pas ici la qualité littéraire, mais simplement l’attitude envers la langue et la culture paysannes. Comme Fernand Mourguet, ils affectionnent le mot de « patois », comme lui, ils ignorent tout, ou affectent plutôt de tout ignorer de la culture occitane. On voit par là comment se rejoignent la nostalgie patoisante (hors de Flavignac, point de salut) et l’idolâtrie du français comme religion de la langue unique, dont les temples sont nulle part ailleurs qu’en la capitale (Paris vaut bien un patois, ou plutôt : tous les patois du monde !).

 Mais qu’on ne se méprenne pas, les lignes qui précèdent ne cherchent pas à contester la valeur documentaire et surtout émotionnelle de l’ouvrage de F. Mourguet, à nier sa valeur de témoignage d’une mémoire personnelle et collective à la fois (une partie de l’ouvrage contient de précieux souvenirs), ni à mettre en cause l’intérêt linguistique concernant l’occitan parlé dans cette partie du Limousin. Avec ce bémol toutefois à propos de la langue, qui rejoint les critiques précédentes, que les travaux déjà existants n’ont pas été suffisamment utilisés (et cités !), et surtout – le plus grave – que l’auteur s’obstine à refuser de reconnaître pour ce qu’elle est, c'est-à-dire, une langue justement.

 

Jean-Pierre Cavaillé

 

[1] Fernand Mourguet, Vive le patois limousin !…, Naves, éditions de la Veytizou, 2004.

[2] Marcelle Delpastre, Mémoires (Les lourdes chaînes de la liberté. Le passage du désert – la fin de la fable), Lo Chamin de Sent Jaume et Plein Chant, 2004.

[3] Voir par exemple le très beau cd réalisé en collaboration avec Bernard Combi, Lo Diable es jos la pòrta, coproduction Lo camin de Sent Jaume et IEO Limousin.

[4] Voir l’ouvrage très révélateur à ce sujet de Sylviane Coyault-Dublanchet, La Province en héritage. Pierre Michon, Pierre Bergounioux, Richard Millet, Genève, Droz, 2002. Ma lecture de cet ouvrage sur le site Fabula.org.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Commentaires
D
Pour information (relativement au message de M. Fauri), à Nexon, le parler est encore en "è".<br /> Saint-Hilaire-les-Places est aussi en "è", La Meyze est en "è" mais [a] tend tout de même à s'ouvrir là-bas. Il faut atteindre Janailhac, La Roche l'abeille... donc passer la nationale pour entendre [a].<br /> Pour l'accent tonique, si on le souhaitait, la logique voudrait d'écrire "la vàcha" / "làs vachàs" pour indiquer la tonicité (et avoir ainsi un indice pour savoir que [a] tonique est réalisé [è]), je dis ça parce-que la logique décrite par M. Fauri m'échappait. En effet, on ne peut marquer un accent à l'écrit que s'il correspond à un accent tonique à l'oral. Certes l'accent grave est censé marquer une ouverture mais "á" aurait l'inconvénient d'entraîner une confusion avec [o] tonique noté ainsi.
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A
Bonjour,<br /> <br /> A busièreGalant, près de Chalus, il me semble que mes grands-parents disaient : <br /> " Qu'es ra que et non Qu'es vrai que" . <br /> Veuillez m'excuser, mais il se pourrait qu'il y ait une faute d'orthographe.<br /> <br /> Cordialement<br /> <br /> Alain Audoineau
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T
Bonjour,<br /> <br /> Je n'ai pas l'adresse de Fernand Mourguet et celui-ci, à ma connaissance, se vante de n'avoir pas internet (donc pas d'adresse électronique).<br /> La seule façon d'entrer en contact avec lui est donc de lui écrire chez son éditeur.<br /> à ma connaissance, il ne donne pas de cours de patois, d'ailleurs il n'existe pas des cours de patois, dès que la langue est objet d'enseignement elle devient autre chose que du patois... et en l'occurrence langue limousine ou occitan limousin... des cours d'occitan limousin, il y en a un peu partout dispersés en Limousin, et à Limoges même au centre culturel Jean Gagnant. Mais si vous voulez un professeur appelant ce qu'il professe "patois", à mon humble avis, vous chercherez longtemps....<br /> cordialement,<br /> JP C
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M
De Paris comme vous êtes du Limousin, admirateur des quelques livres lus par moi de P.Bergounioux, je m'efforce de piger les enjeux de la polémique qui vous oppose. Pour l'heure je suis le "candide" mais intuitivement je suis plutôt de votre côté même si je méfie quand même du communautarisme. Pourquoi ce soutien? Car parisien je suis, parisianiste je ne suis pas. Paris a perdu son âme à cause du fric, des bobos, et des zartisses. Paris fut villages, vie, "culture du pauvre", résistance par le langage, et cette ville que j'ai tant aimée est devenue, sauf quelques lieux dont les jours sont comptés une triste métropole normalisée.Il me semble que "l'archaîsme" dénoncé par certains, ici, à Paris, ou en Corse, en Bretagne ou ailleurs est une forme de REACTION contre ce que le populo conserve d'authenticité et de capacité à ne pas se laisser tyraniser par les "beaux messieurs".Mais, par ailleurs, je suis réticent à défendre les formes figées du "régionalisme" culturel, fermé aux autres, intégristes, voire, d'une certaine façon, xénophobe. La richesse d'un territoire, c'est la diversité de ses langues. Voilà c'est tout . Salut les aminches, et que la boîte à dominos vous épargne, comme on disait à Paname.
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J
Bonjùrn,<br /> <br /> Morguet a estat larjament publicat en nauta-vienna mai alhors perça que desfendut per las edicions de la Vetizon, las quau son relaiadas per lu rectorat de Lemotges per lu biais de P. Louty. Sens las edicions de la Vetizon, Morguet ne seria pas conegut! Ce qu'es maluros, qu'es se dich qu'eu ne pot pas metre mai de vocabulaira (o vocabulari) lemosin; que d'autre vocabulaira ne seria que dau frances tornat en patois (?!) Ai fach (pas chabat enquerra) un glossaira dau parlar de nauta-charanta e li sai à 205 pajas ren que de vocabulaira en collaboracion aveique de las gens dau coenh<br /> Ai legit ersér quaquas pajas dau libre de Morguet e ai vut que nombre de mots eiran francisat, coma lu coiffeur que disen chas me leu coiffor (couéfour).<br /> En fach, leu parlar de Morguet es un marchois linguistic entre leu parlar en A de Neisson e leu parlar totalament en ê de la nauta-charanta. Ni a des las particularitats que jainen Morguet per escriur envers sos pais<br /> Ai contornat queu problema en metant daus accents sus los A. En eifet, los A se prononcen dau cops A e d'autres cops Ei. En metant un accent grave sus leu A, un riba à A, e en laissen leu A libre, un riba à Ei. Qu'es tot simple, co ne pren pas de temps e qu'es realiste. A titre d'eisemple, las vàchas (les vachès) de charanta seran làs vàchas de Morguet (las vachès). Qu'es tot simplament na question d'accent tonic<br /> De mai eu me ufla quand eu dit que fau escriur "occasi" e non occasion. partant dau fach que qu'es na constanta, co ne jaina degun d'escriur ion. Dins tot leu nord-oest peiregord, ilhs disen eu (euï) per ion. Deven t'ilhs escriur eu (aviaceu ?)<br /> Morguet deu esser denonçat e violamment criticat perça que son libre (o sos libres) son daus appels à la delaissada de l'occitan. N'am jamai dich que ne faulia pas escriur e paralr frances. Qu'es nostra linga nacionala, dau muens per me. E per me la croisada occitana drapeu e partit politic en testa, qu'es de la connaria !<br /> Ai per ma part lançat quauques appels afen me far appoiar per l'edicion, mas à queu jurn degun n'am respondut. Qu'es vrai que ne m'appelle pas Morguet e que me vole libre tant à l'esgard dau patoisants que daus occitans rudes<br /> <br /> Jaque fauri, Lemotges, lesinhac, 16 oc
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